Catéchèse, catéchisme

De DHIALSACE
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Katechismus

Église catholique

Instructions sur les principes de la foi, faites à l’origine par un clerc ou le futur parrain aux catéchumènes qui recevaient le baptême à l’âge adulte.

Ultérieurement, il incombera aux parents d’apprendre à leurs enfants déjà baptisés les prières et les rudiments de la foi et de les préparer à la première communion ; à défaut, la tâche reviendra au parrain. Le clergé complétait cette formation par le biais de prédications, en exploitant, à l’occasion, les trésors de l’art sacré (fresques, vitraux, statuaire), à une époque où leurs ouailles ne savaient pas lire ; « der leyen geschrift, das ist das gemeltz in den Kirchen », disait en 1436 le pléban de la cathédrale de Strasbourg. A des fins pédagogiques, on faisait parfois confectionner des placards ; en 1296 déjà, l’église Sainte-Foy de Sélestat possédait un tableau des péchés : « tabella quedam in qua continentur VII peccata ». En 1509, l’évêque fait expédier des placards similaires, imprimés, à accrocher dans les églises, où se pratiquait cet enseignement, le dimanche après la grand’messe.

En 1471, le chapelain de Saint-Quirin dispensait une Kinderlehre chaque dimanche, assurée, en son absence, par le maître d’école. Les manuels scolaires (Namenbüchel), utilisés dès le XVe siècle, comportent d’ailleurs les prières usuelles et les dix commandements. La lente généralisation de l’enseignement et la parution de catéchismes imprimés simplifia la tâche des catéchètes. Dès le XVe siècle parurent des catéchismes en images (Bilderkatechismus).

Déjà mis en évidence par deux professeurs de l’Université de Bâle, Pierre d’Andlau († 1480) et Jean Ulrich Surgant († 1503), le devoir fait aux prêtres qui ont charge d’âmes d’enseigner le catéchisme aux fidèles qui leur sont confiés, est rappelé à titre officiel dans les synodes diocésains tenus à Bâle en 1503 et à Delémont en 1581, ainsi que dans les « Instructions pastorales » de 1597, 1611 et 1659. Dans son « Manuale curatorum », Surgant reprend, en 1514, les injonctions faites par le synode de 1503 et ajoute à son ouvrage un catéchisme à l’usage des curés.

En réaction à la Réforme, le Concile de Trente fait paraître le « grand catéchisme romain », dont une édition allemande, parue en Alsace en 1686, ne comporte pas moins de 888 pages ; elle était plutôt destinée au clergé.

L’œuvre des jésuites fut importante dans ce domaine ; ce n’est pas par hasard que le catéchisme de Pierre Canisius est édité à Molsheim en 1663 ou 1664, plus d’un siècle après sa première parution. Au XVIIe siècle, son « petit catéchisme » connut de nombreuses éditions. Dans le diocèse de Strasbourg, il fut remplacé, à partir de 1698, par celui du P. Kleppé, également jésuite ; il s’agit d’une Exposition de la doctrine chrétienne et catholique … en forme de controverse. En 1770 parut le Catéchisme de controverse du P. Scheffmacher et, en 1781, un ouvrage apologétique du même genre en allemand Licht in den Finsternissen. Un autre jésuite fit paraître, en 1747 et en 1755, un catéchisme en allemand à l’usage des protestants qui voulaient se convertir.

Un vieux prêtre, Ignace (?) Fuchs, est l’auteur, en 1783, d’une Méthode abrégée d’étudier la religion par principes et d’en démontrer la vérité d’une inspiration différente, puisqu’elle doit servir à lutter « contre les périls auxquels (la) foi est exposée dans ce siècle d’irréligion ».

A côté de ces publications spécifiques, le Catholischer Hauß-Catechismus a connu plusieurs éditions, dont celle de 1781 semble être la dernière ; il comportait alors 528 pages. Mais le Petit Catéchisme ou abrégé des vérités chrétiennes  (113 pages), édité dans les deux langues à partir de 1700 sur ordre du vicaire général de Camilly, devait être le plus utilisé ; il en existe même un abrégé de 24 pages, sans doute pour les plus petits : 9 pages sont consacrées aux prières usuelles et les autres aux rudiments de la foi.

Après la Révolution et le Concordat, le Catéchisme à l’usage de toutes églises de France fut édité en Alsace, en français et en allemand, au moins à partir de 1807 et encore en 1815.

Le premier catéchisme officiel du diocèse de Bâle, qui s’inspire de celui de Johann Ignaz von Felbiger (1724-1788), augustin proche des Lumières, est imprimé, sur l’ordre du prince-évêque Frédéric de Wangen (1727-1782), à Porrentruy en 1778 (version allemande) et en 1779 : Catéchisme par demandes et réponses, à l’usage du diocèse de Bâle. Peu après son entrée en fonction (1782), son successeur, le prince-évêque Joseph Sigismond de Roggenbach, décide d’abandonner le catéchisme de 1778, ce qui ne va pas sans susciter diverses oppositions. Le nouveau Catéchisme à l’usage du Diocèse de Basle, imprimé à Porrentruy en 1789 (traduction allemande : Bâle 1796), est l’œuvre du curé de Mervelier (JU), Joseph Louis Baur (1738-1810).

Durant la période française, dans le territoire de l’ancien évêché, on utilise soit le Catéchisme à l’usage de toutes les églises de l’empire français, soit celui du diocèse de Besançon, déjà en usage auparavant en Ajoie. Après le rattachement de la région au Canton de Berne en 1815, le catéchisme de 1789 est réimprimé à Besançon en 1816 à l’initiative du provicaire général pour le Jura, Aloys de Billieux (1758-1830), et imposé comme manuel unique par l’évêque François-Xavier de Neveu (1749-1828).

 

Bibliographie

DURAND de MAILLANE, Dictionnaire (1787), t. I, p. 674-677.

PFLEGER (Luzian), Beiträge zur Geschichte der Predigt und des religiösen Volksunterrichts im Elsass während des Mittelalters, München, 1918.

PFLEGER (Luzian), Beiträge zur Geschichte des katechetischen Unterrichts im Elsass im Mittelalter, Strasbourg, 1922.

BERZ (August), Geschichte des Katechismus im Bistum Basel, Fribourg, 1959 (Studia Friburgensia, Neue Folge, 25), avec une large bibliographie de la littérature catéchétique et des catéchismes imprimés entre 1474 et 1958.

CHATELLIER (Louis), Tradition chrétienne et renouveau catholique dans le cadre de l’ancien diocèse de Strasbourg (1650-1770), Paris, 1981, p. 254-257.

Jean-Pierre Renard, Louis Schlaefli

Églises protestantes

Convaincus que, faute d’une instruction suffisante, la foi de bien des fidèles restait superficielle, les réformateurs protestants ont insisté sur la catéchisation des jeunes, voire des adultes, et mis à la disposition de ceux qui en étaient chargés des manuels catéchétiques.

Dès 1526, le Kinderbericht fut introduit dans les paroisses strasbourgeoises sous la forme de leçons dominicales de catéchisme, qui avaient lieu au début de l’après-midi. L’Ordonnance ecclésiastique de 1534 y ajouta des séances de catéchisme extraordinaires ou trimestrielles, qui allaient se maintenir tout au long du XVIe siècle, voire au-delà du XVIe siècle. Elles donnaient lieu à une révision générale des vérités de la foi apprises aux catéchismes ordinaires, et devaient, en outre, approfondir la foi des parents, qui étaient tenus d’y assister. Les leçons dominicales, encadrées par des chants et des prières, portaient sur le symbole de la foi, la prière dominicale, le décalogue, le baptême, la cène et le ministère des clés, c’est-à-dire la confession. Les catéchètes expliquaient ces articles et faisaient apprendre par cœur les textes du catéchisme, puis ils interrogeaient les enfants. L’Ordonnance ecclésiastique de 1598 répartissait les enfants en quatre classes d’âge : dans la première, les enfants apprenaient les six articles sans les explications ainsi que les prières du matin, du soir et celles qui sont prononcées aux repas. Les enfants de la seconde classe apprenaient l’explication des six articles. Ceux de la troisième apprenaient le tableau domestique chrétien, un ensemble de recommandations aux chrétiens en rapport avec leur condition de vie, et quelques psaumes, ceux de la quatrième apprenaient tout le catéchisme par cœur ainsi qu’une grande partie des psaumes et des évangiles et épîtres des dimanches de l’année liturgique. A côté de l’instruction dispensée dans les églises, les écoles accordaient aussi une grande place à l’enseignement religieux, par l’étude de la Bible et du catéchisme et l’apprentissage des chants.

Jusqu’au milieu du XVIe siècle, on utilise des catéchismes élaborés par Capiton, Matthieu Zell et Bucer (Der kürtzer Catechismus, plusieurs fois remanié et réédité). Finalement, ce fut le Petit Catéchisme de Luther qui finit par s’imposer, en raison, disait Marbach, de la concision des questions et des réponses.

Dans les autres villes et territoires passés au protestantisme, on retrouve en général les mêmes pratiques et les mêmes textes. La leçon de catéchisme est dispensée le dimanche et les pasteurs sont tenus d’assurer cet enseignement. En 1659, l’Ordonnance ecclésiastique du Hanau-Lichtenberg prescrit six dimanches catéchétiques où, à la place de l’Evangile, le pasteur explique l’un des six points fondamentaux du catéchisme. Un peu partout, l’effort apparaît d’instruire aussi les adultes. L’Ordonnance ecclésiastique de Montbéliard et de Munster de 1571 stipule que les pasteurs doivent réciter chaque dimanche après la prédication les dix commandements, le Credo et le Notre Père. Les fidèles sont incités à réciter ces textes en même temps, en leur for intérieur.

En 1574, l’Ordonnance ecclésiastique de La Petite Pierre incite jeunes et vieux à assister à l’instruction. L’Ordonnance de 1605 exige du père qui veut faire baptiser un enfant de pouvoir, au minimum, réciter le Credo. L’Ordonnance ecclésiastique de Munster de 1575 exclut du parrainage ceux qui ignoraient le catéchisme. Partout, la discipline est sévère : les enfants de Munster rencontrés dans la rue à l’heure du catéchisme sont enfermés dans un lieu vu de tous, et les parents sont réprimandés. A Diemeringen, l’Ordonnance ecclésiastique de 1693 exige non seulement d’enregistrer les absences et d’admonester les coupables, mais aussi d’exclure de la cène, du parrainage et d’une célébration de mariage ceux qui ne savent pas réciter le catéchisme.

En général, on utilise le Petit Catéchisme de Luther, complété dans certains manuels comme le Lauterer Lehrbrunnen Israels, en usage depuis 1664 dans le Hanau-Lichtenberg.

Dans la seigneurie de Riquewihr, c’est depuis 1571 le Catéchisme de Brenz, proche de celui de Luther, qui est en usage.

Dans les paroisses réformées, d’autres catéchismes sont utilisés : dans la seigneurie de Cleebourg, c’est, à partir de 1588, celui du duché des Deux-Ponts. Mais le plus répandu est le Catéchisme de Heidelberg.

Vers la fin du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle, des textes catéchétiques nouveaux voient le jour, élaborés dans une perspective piétiste, comme le Catéchisme de Spener, ou marqués par le rationalisme. La méthode catéchétique change. Un mémoire du Convent ecclésiastique de Strasbourg de 1680 veut, certes, remettre en vigueur d’anciennes pratiques comme l’assistance d’adultes à la leçon pour maintenir la discipline, enregistrer les catéchumènes absents ou encore permettre la division en classes d’âge. Mais il demande aussi que les six points fondamentaux du catéchisme ne soient pas lus tous les dimanches, que l’interrogation des enfants ne prenne pas trop de place, qu’il y ait une certaine liberté dans le choix des sujets à enseigner, que plus de temps soit réservé à l’apprentissage des chants. L’autorité civile accepta ces propositions en 1683, mais prescrivit aussi, à côté des leçons, des examens hebdomadaires pour vérifier les connaissances des catéchumènes.

Selon l’Ordonnance ecclésiastique de 1693 en vigueur à Diemeringen, il ne fallait pas seulement exiger des enfants « la simple récitation du catéchisme, mais s’efforcer de répandre dans le peuple la vraie compréhension de notre doctrine chrétienne », une préoccupation qu’on retrouve ailleurs à la même époque.

Bibliographie

ERNST (August), ADAM (Johann), Katechetische Geschichte des Elsasses bis zur Revolution, Strasbourg, 1897.

ADAM (Johann), Evangelische Kirchengeschichte der Stadt Strassburg bis zur Französischen Revolution, Strasbourg, 1922.

ADAM (Johann), Evangelische Kirchengeschichte der Elsässischen Territorien bis zur Französischen Revolution, Strasbourg, 1928.

BORNERT (René), La Réforme Protestante du Culte à Strasbourg au XVIe siècle (1523-1598), Approche sociologique et interprétation théologique, Leiden, 1981.

 

Notices connexes

Confession de foi

Confirmation

Ecole (en Alsace)

Ecriture

Enfant

Enseignement féminin

Hanau-Lichtenberg (Comté de -)

Imprimerie

Kinderbericht

Kirchenordnungen

Livre religieux

Marc Lienhard