Édits de la monarchie française relatifs au culte protestant

De DHIALSACE
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I. Édit de Fontainebleau (révocation de l’Édit de Nantes)

L’édit promulgué à Nantes en 1598 par Henri IV en faveur des protestants de son royaume ne concernait pas l’Alsace, alors terre du Saint Empire. Pour cette raison, la révocation de cet édit par celui que prit, en 1685, Louis XIV à Fontainebleau ne pouvait pas s’appliquer à la lettre dans la province, annexée au royaume par les traités de Westphalie en 1648, les édits de réunion de 1680 et la capitulation de Strasbourg de 1681.

En revanche, suivant une politique d’intimidation, le roi et ses représentants, encouragés par le clergé, prirent une série de mesures contraignantes à l’encontre des luthériens et des réformés, trouvant parfois des prétextes pour enfreindre les clauses des traités de 1648 et 1681. Seule Mulhouse, non rattachée ni réunie, y échappa, avec son annexe d’Illzach.

La période la plus dure de cette offensive se situe entre 1682 et 1691. Dominique Dietrich, ancien Ammeister de Strasbourg, exilé à Guéret et interdit de sortir de chez lui pendant des années, est le symbole historique de la résistance aux « douces violences » exercées par le pouvoir, souvent sous l’impulsion de Louvois.

Les dispositions prises pour obtenir la conversion des protestants, tant luthériens que réformés, à la religion du roi sont soit les mêmes que dans le reste de la France, soit propres à l’Alsace, telles que les récapitule le recueil des ordonnances du président de Boug :

- juin 1681, les enfants de 7 ans et plus peuvent se convertir au catholicisme sans l’autorisation de leurs parents ;

- 1682, tous les enfants illégitimes sont réputés avoir le roi pour père et sont donc désormais obligatoirement baptisés et élevés dans sa confession ;

- janvier 1683, obligation de devenir catholiques pour les « mahométans et idolâtres » désireux de se convertir ;

- mars 1683, interdiction aux protestants d’accueillir des catholiques dans leurs temples, sous peine de bannissement et de confiscation des biens ;

- juin 1683, défense aux catholiques de passer au protestantisme ;

- août 1683, exemption pour tout nouveau converti du logement de militaires et, pour trois ans, de tout impôt et du paiement des dettes. Cette mesure, qui faisait reposer sur les « opiniâtres » tout le poids des impôts dus par la communauté des habitants, fut celle qui provoqua le plus de conversions, soutenues par des campagnes missionnaires. « Des villages entiers passèrent de la sorte au catholicisme » (Chr. Pfister) ;

- juin 1685, lettres patentes « en faveur des sujets d’Alsace qui feront abjuration de la religion prétendue réformée (RPR) » ;

- octobre 1685, interdiction de secourir les huguenots fugitifs du royaume, sous peine des galères. Contrairement à l’opinion courante, aucun d’eux n’a pu, dès lors, se réfugier en Alsace, sauf à Mulhouse. À compter de cette date, les comptes des aumônes de la paroisse réformée de Strasbourg à Wolfisheim ne mentionnent plus aucun don fait à des fugitifs ;

- septembre 1691, défense aux catholiques d’envoyer leurs enfants dans une école luthérienne.

À partir de 1683, la plupart des officiers seigneuriaux, notamment ceux qui rendaient la justice (baillis, prévôts de village), furent obligés d’abjurer sous peine de perdre leur place.

Dès lors, les protestants gradués furent écartés de la plupart des fonctions administratives et judiciaires et contraints d’émigrer. Les offices royaux leur étaient de toute façon interdits depuis 1648, sauf dans l’armée, du simple soldat au commissaire des guerres. À cette époque aussi furent institués le simultaneum dans les églises jusqu’alors uniquement protestantes, du moment que sept familles catholiques vivaient dans la localité, et l’alternative entre catholiques et protestants dans les conseils des villes à majorité protestante. D’ailleurs l’immigration de sujets protestants était déjà interdite par le roi depuis 1662 dans les seigneuries catholiques, sauf à se convertir. Assez normalement, une sage-femme catholique, appelée à procéder à des ondoiements, fut désormais recrutée pour accoucher ses coreligionnaires.

Entre 1684 et 1686, plusieurs localités luthériennes, isolées, loin de leur seigneur ou en bordure du Rhin, font l’objet de véritables dragonnades (prévôté d’Offendorf, Seltz, entre autres), souvent parce qu’elles avoisinent des places fortes, telles que Drusenheim, Fort-Louis et Brisach. Dans le comté de Nassau-Sarrewerden, réuni à la Couronne, les calvinistes, issus de réfugiés huguenots au XVIe siècle, sont obligés d’abjurer en 1686. Le traité de Ryswick (1697) leur permet ensuite de revenir à leur foi originelle, mais nombreux sont les religionnaires, constatant que l’Alsace et Strasbourg restent définitivement dans le royaume, qui décident d’émigrer, notamment vers le Wurtemberg, Francfort ou la Prusse.

Bien sûr, cette politique ne manqua pas d’inquiéter tant les princes possessionnés protestants que les communautés paroissiales, qui tentèrent de s’élever contre la violation du traité de 1648. Quand les intérêts du roi, militaires ou économiques, concordaient avec les doléances ou les craintes exprimées, il y eut des exceptions ou des accommodements.

Ainsi, le comte de Rosen, officier supérieur luthérien au service du roi, est autorisé à laisser les Suisses de son village de Rosenwiller lès Dettwiller construire un oratoire, inauguré le 13 mai 1685, exemple unique d’un lieu de culte de la RPR bâti l’année de la Révocation, quand tous les temples à l’intérieur du royaume sont démolis ! En 1687, les réformés isolés de Colmar s’élèvent contre le refus qui leur est opposé d’accéder à la bourgeoisie. Le comte de Hanau-Lichtenberg obtient en 1689 de l’intendant de La Grange d’autoriser les pasteurs luthériens de son ressort à continuer de baptiser, marier et enterrer les réformés isolés du comté. Aux fabricants de toiles pour la marine royale Herff et Hoser, notables réformés de Strasbourg, qui s’inquiètent des répercussions de la révocation sur leur communauté, Louvois répond personnellement, non sans hypocrisie : « Je ne scay pas sur quoy peut estre fondé (sic) l’inquiétude que vous avez de ce qui se passe en France contre les gens de la RPR, puisque vous devez avoir connu que Sa Majesté a intention de laisser les affaires de ladite religion en Alzace au mesme estat qu’elles ont esté jusques a present. » (Versailles, 17 novembre 1685). Toutefois, la veille, le 16, Chamilly, gouverneur de Strasbourg, dans son zèle, a ordonné aux deux pasteurs suisses, l’un francophone, l’autre germanophone, de la paroisse de Strasbourg de quitter la ville définitivement dès le lendemain, ce à quoi les anciens de la paroisse déclarent renoncer plutôt au culte en français que d’encourir la démolition du temple de Wolfisheim, si on y surprenait des soldats et officiers du roi, même en tenue civile. Finalement La Grange autorise, le 15 janvier 1686, les pasteurs réformés à loger intra-muros, pourvu qu’ils ne sachent pas la langue française et qu’ils ne fréquentent pas les officiers, soldats et bourgeois français de la RPR résidant en ville.

Par la suite, un léger assouplissement se fit sentir dans l’application rigoureuse de ces mesures. En 1699, Barbezieux confirma que la révocation ne regardait point l’Alsace. Une enquête menée en 1727 dans le comté de Hanau-Lichtenberg révèle que, dans la plupart des localités quasiment ou entièrement protestantes luthériennes, le prévôt ne s’était pas converti. Parfois le seigneur laissait la place vacante, faute de trouver un catholique idoine, et nommait un lieutenant de prévôt (Stabhalter) protestant pour remplir la fonction. Déjà en 1683, à Bischwiller, le calviniste Isaac Heusch, « capitaine des guides lors des dernières guerres », chargé des affaires du roi, put garder, sans se convertir, sa charge de prévôt, parce qu’il n’y avait pas de catholique apte à le remplacer (ABR, 14 J15).

II. Édit de tolérance (de Versailles)

Cet édit a été signé par Louis XVI à Versailles le 7 novembre 1787 pour abroger l’édit de Fontainebleau de 1685, qui abrogeait lui-même l’édit de Nantes de 1598. Il rendait aux protestants réformés ou calvinistes du royaume, dits de la RPR, la liberté de culte et un état civil normal.

Il n’était en droit pas applicable aux protestants d’Alsace, tant à la majorité luthérienne que même à la minorité réformée, protégés qu’ils étaient par les clauses du traité de Westphalie. Depuis un bon siècle pourtant, les réformés avaient eu plusieurs fois motif de s’inquiéter des mesures prises de temps à autre à leur encontre par les autorités civiles et surtout épiscopales, les obligeant à se faire confirmer chaque fois les engagements signés par la France en 1648.

Cependant, l’édit de tolérance eut une répercussion directe à Strasbourg. Après avoir été fermée en 1563 par le Magistrat de la ville, la paroisse réformée francophone avait été rouverte en 1655 par le comte de Hanau-Lichtenberg dans son village de Wolfisheim. La plupart des fidèles, ainsi que les deux pasteurs, demeuraient à Strasbourg.

Dès que l’édit de 1787 est connu, deux anciens et préposés de la paroisse, les négociants Jean-Christophe Bernard et Jean-Jacques Embser, demandent au Magistrat d’autoriser le culte dans une maison privée intra-muros. La Ville ne se croit pas autorisée d’y faire droit, car les termes de la capitulation de 1681 ne font pas mention d’un lieu de culte réformé dans ses murs. Elle renvoie les requérants à se pourvoir devant le roi. Les deux anciens s’adressent le 30 avril 1788 au comte de Brienne, ministre de la Guerre, « encouragés par l’esprit de tolérance que le gouvernement paroît avoir adopté », en exposant les arguments justifiant leur requête. Après avis favorable du Magistrat, Brienne répond le 14 août suivant que le roi donne son accord, à condition que l’endroit soit une maison particulière, dont l’extérieur n’annonce ni un temple, ni même un édifice public et que les réformés n’y puissent placer de cloche. La Ville émet un règlement de police du culte ainsi autorisé. Un terrain est acheté rue du Bouclier, les cultes ont lieu provisoirement dans une grange attenante et le temple est enfin inauguré le 21 mars 1790, en présence du maire de Dietrich et des représentants des confessions luthérienne et catholique. Un clocher n’a été ajouté qu’en 1905.

Sources - Bibliographie

ABR, Archives de la paroisse réformée du Bouclier de Strasbourg, 2G482 F/32 (révocation de l’édit de Nantes et ses conséquences). et 38.

CALBAT (Jean-Louis), « Émigration de réformés alsaciens suite à la révocation de l’édit de Nantes », Bulletin du Cercle généalogique d’Alsace, 118, 1997, p. 579-580.

PFISTER (Christian), « L’Alsace et l’édit de Nantes »,Revue historique, t. 160, 1929, p. 217-240.

L’édit de Nantes révoqué, Réforme n° 2084, 23 mars 1985, p. 79-82.

L’Alsace, Strasbourg et la révocation de l’édit de Nantes. Catalogue de l’exposition du 16 novembre au 7 décembre 1985 à la BNUS, 1985.

STROHL (Henri), Le protestantisme en Alsace, Strasbourg, 2e éd., 2000, p. 187-213.

Notices connexes

Alternative

Anabaptiste

Augsbourg (Confession d’)

Calviniste

Émigration

Luthérienne_(Eglise)

Protestantisme

RPR_(Religion_prétendue_réformée)

Municipalité

Temple

Tolérance

Simultaneum

Christian Wolff