Échasse (corporation de l')

De DHIALSACE
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Zunft zur Stelz(e)

Corporation strasbourgeoise réunissant diverses professions ou métiers d’art en majorité. Elle porte le nom de la maison où est situé son poêle.

Initialement, les orfèvres faisaient partie du Constofel du Holzmarkt (unité administrative, où ils avaient leur poêle). Le nombre des Constofel fut réduit à 10 à partir de 1306. Ainsi disparaît celui du Holzmarkt, probablement en 1362, lorsque les orfèvres érigent leur métier en corporation en s’agrégeant aux peintres d’écussons ou d’enseignes (Schilter), peintres (Maler), selliers (Sattler), fabricants d’arbalètes et d’armures (Armbruster und Harnischer), verriers (Glaser), batteurs d’or (Goldschläger) et savonniers (Seifenmacher). Tous les orfèvres, cependant, ne rejoignent pas la corporation, certains demeurant dans un Constofel. Le Magistrat précise que les orfèvres (et autres artisans) venant de la campagne et ne vivant pas de leurs rentes doivent s’affilier à la corporation. Malgré la pluralité des métiers qu’elle recouvre, ce sont les orfèvres qui y prédominent. Dès 1363, l’orfèvre Johans von Munoltzheim siège au Conseil comme représentant de la corporation (il était auparavant représentant du Constofel). Dès ce moment, un représentant de l’Échasse au Conseil sur deux est un orfèvre. La corporation fournit aussi des hommes à cheval pour la défense de la ville (Alioth). Elle porte alors le nom de Goldschmiedzunft (Heitz) et est considérée comme faisant partie des corporations les plus riches. Elle s’appellera zur Stelz(e) à partir du moment – antérieur à 1363 – où son poêle s’installe dans la maison dite zur Stelzen, située 15 (Martin) ou 22 (Heitz) rue du Dôme, aujourd’hui disparue. En 1790, elle regroupe les orfèvres (Goldarbeiter), les peintres (Kunstmohler), les verriers (Glasmahler), auxquels se sont ajoutés les relieurs (Buchbinder), les sculpteurs en 1427 (Bildhauer), les graveurs de sceaux et de cachets (Siegelgraber, Pitschler), les doreurs (Vergolder), les vernisseurs (Laquirer), les imprimeurs (Buchdrucker), les libraires (Buchhändler), les facteurs d’instruments de musique (–macher, selon l’instrument fabriqué) et les faïenciers (Fayencemacher). En font également partie les fondeurs de caractères d’imprimerie (Schriftgießer) et les papetiers (Papierer) sans que leur métier soit organisé (AMS 43 MW 10).

L’écu de la corporation est de gueules à trois écussons d’argent et à deux échasses d’or en sautoir brochant sur le tout. Au XVIIe siècle, il se pare d’un cimier : buste de jeune femme accosté de deux ramures d’élan (Martin). À la fin du XVIIIe siècle, les orfèvres et les peintres adoptent comme signe distinctif une Minerve tenant ses attributs (lance et bouclier). Le quotidien de plusieurs de ces métiers au XVIIe siècle (orfèvre et argentier, relieur, sellier, arquebusier, verrier et « faiseur » de luths) est décrit dans l’ouvrage de Charles Nerlinger.

En 1437, le Magistrat strasbourgeois fixe le montant de la taxe d’adhésion à tous les métiers à 1 livre et 5 schillings, auxquels s’ajoute le droit au poêle de 15 schillings, soit 2 livres au total. Il abolit en outre une disposition précédente, selon laquelle tout compagnon devait avoir travaillé chez un maître strasbourgeois pendant six mois (Muthzeit) avant de parvenir au statut de maître. Par ailleurs, le Magistrat précise que les enfants (garçon ou fille, jeune ou non) reprenant l’activité de leur père n’ont à verser que 5 schilling, plus le droit au poêle (Schmoller). À la fin du XVe siècle, une autre décision du Magistrat fixe le montant à 3 livres et 15 schillings. Les membres de la corporation de l’Échasse (et les pelletiers, AMS, Corporation des pelletiers, 1, fo 2), ont à régler une taxe supplémentaire d’1 livre et 5 schillings au maître de la corporation (AMS, Corporation de l’Échasse, 1, fo 1).

Le dénombrement de la population de 1444 fait apparaître que 93 orfèvres et alii (compagnons compris) vivaient dans la ville et qu’ils étaient 25 à être susceptibles de prendre les armes pour contrer une invasion des Armagnacs, soit 3 % et 3,6 % de l’ensemble des artisans enregistrés (AMS AA 194/195 ; Alioth). Entre 1350 et 1450, 8 Ammeister étaient issus de leurs rangs. Entre 1373 et 1418, 11 orfèvres et alii figuraient dans le Petit Conseil, totalisant 16 années de participation ; entre 1419 et 1450, ils ont été 18 totalisant 21 années. Total pour les deux périodes : 30 personnes, 44 années, chiffres qui les placent en 2e position après les bateliers et qui indiquent la forte représentation des orfèvres dans la direction de la cité (Alioth).

L’organisation administrative de la corporation est identique avant et après 1681, mais à partir de 1685, la corporation doit appliquer l’alternative (v. Alternative).

La corporation publiait un Zunft-Büchlein, annuaire de petit format comprenant 32 pages. Seul celui de 1784 est conservé (en 4 exemplaires). Il contient les noms des échevins (Schöffen), des membres de l’ancien et du nouveau tribunal (altes und neues Gericht), des « employés » (Beamte), des anciens maîtres de la corporation (Zunfmeister, depuis 1736), des personnes ayant fait des études (médecins, avocats, etc. n’entrant dans aucune corporation prévue ou membres ayant fait ce choix par arrangement personnel : Gelehrte und Zudiener, des membres titulaires (Vollzünftige), les noms des orfèvres travaillant l’or et de ceux travaillant l’argent, des verriers, relieurs, peintres, sculpteurs, doreurs, vernisseurs, administrateurs des fondations propres à la corporation ou à l’un des métiers (Pfleger der Stiftungen), vérificateurs (Schauer), des femmes et des ex-membres ayant quitté Strasbourg (Verzogene) (AMS, XI 416). En 1789, elle comprend 15 échevins, 56 Gelehrte und Zudiener, 93 orfèvres (qui devaient travailler un or titrant au minimum 18 carats), 34 verriers, 35 relieurs, 26 peintres et sculpteurs, 18 doreurs et vernisseurs, 83 membres n’appartenant à aucun métier organisé et 86 veuves, soit 481 personnes au total (Heitz).

Les avatars de ces métiers sont consignés dans les séries III et XI ou dans les règlements municipaux (MR). Les sources de l’Échasse, présentant l’ensemble des métiers de la corporation, entre 1716 et 1724, ont été publiées par F. J. Fuchs (CAAH 2003). Évoquons simplement quelques faits marquants. En 1482, les orfèvres demandent au Magistrat d’entériner les exigences relatives au chef-d’oeuvre des compagnons voulant accéder au statut de maître : un calice, un sceau et une bague en or sertie d’un diamant (AMS, XI, 101, fos 48‑49). Dans un règlement de 1591, les relieurs précisent l’exécution d’un chef-d’oeuvre comprenant cinq éléments : une Bible moyenne sur ais de bois recouverts de cuir blanc ; une cosmographie de Münster (ou un autre livre) avec des cartes ou images, sur ais de bois, ou recouverte de cuir blanc ; un volume de format in-folio en vélin blanc avec dorure ; un volume de format in-octavo recouvert de cuir rouge, doré sur tranche et sur reliure ; des livres de partitions ou de chants sur ais de bois, recouverts de cuir blanc et munis de fermoirs (AMS, XI, Corporation de l’Échasse, fo 188). Le succès ou l’échec de l’épreuve était décrété par les examinateurs de la corporation.

Des querelles opposent certains métiers de la corporation à d’autres métiers. Ainsi, en 1427, les représentants de la corporation des charrons, menuisiers et tourneurs contestent devant le tribunal l’adhésion du sculpteur Hans Jouch à la corporation de l’Échasse. Invoquant plusieurs exemples de sculpteurs ayant quitté l’Échasse pour s’affilier à leur corporation, ils considèrent qu’il serait légitime que Hans Jouch fasse de même, puisqu’il utilise les mêmes outils qu’eux. Les peintres rétorquent que Jouch doit rester à l’Échasse, puisque c’est la coutume et que peintres et sculpteurs travaillent ensemble, exercent un même métier et qu’aucun tailleur d’images ne saurait travailler sans les peintres. Ils rejettent l’un des exemples de transfert, arguant du fait qu’au moment où maître Andres les avait quittés, il fabriquait des luths, des quintons, des harpes et d’autres objets de ce genre, et ne taillait pas d’images. Le tribunal rend son jugement : « Comme les sculpteurs et les peintres se complètent, il est décidé que désormais le sculpteur Hans Jouch, qui sait aussi peindre, et les sculpteurs appartiendront à la même corporation que les peintres, qu’ils auront le droit de tailler des images et de faire des tableaux, des reliquaires, des pinacles, des baldaquins et tout ce qui va avec ces images. » (AMS, CH 3942-43). Ce jugement indique non seulement la proximité entre sculpteurs et peintres (les sculptures étaient polychromes), mais aussi l’éventail des travaux d’un tailleur d’images. Les sculpteurs pouvaient être peintres et inversement. Cette querelle, outre la question de principe ou honorifique, met aussi l’accent sur l’aspect financier des adhésions : plus il y a de membres, plus la corporation est riche.

L’introduction de la Réforme mettra en veilleuse la production des sculpteurs et des peintres, les croyants se détournant des statues et images peintes. En 1525, les peintres et les sculpteurs adressent une supplique au Magistrat, dans laquelle ils se plaignent de l’effondrement de leur marché. « Malheureusement, disent-ils, comme ils ne savent faire autre chose que peindre et sculpter, ce qui leur permet de nourrir femmes et enfants, ils n’ont plus les ressources nécessaires à leur entretien et il ne leur reste d’autre solution que le bâton de mendiant ». Ils exposent qu’ils souhaitent ardemment travailler afin de conserver leur honneur et supplient le Magistrat de leur fournir des emplois, comme cela se produit dans d’autres villes où a cours la foi évangélique (AMS, V 1/12).

À partir du XVIIe siècle, les métiers d’art refleurissent à Strasbourg et regagnent la renommée internationale qu’ils avaient déjà à l’époque gothique, comme en témoigne l’afflux important d’apprentis et compagnons de ces métiers. Il est ainsi avéré qu’ils viennent de fort loin, du Danemark, de l’actuelle Pologne, de la Bohême, de l’Autriche, du sud de la Suisse, de l’ouest et du sud de la France ou des Pays-Bas. Les villes d’origine citées sont aussi célèbres que Strasbourg du point de vue de la production artistique, comme Augsbourg ou Cologne. Certains compagnons finissent par s’établir à Strasbourg en se mariant. Au début du XVIIIe siècle, l’apprentissage, payant, est de 4 ans pour les orfèvres, de 3 ans pour les verriers. Les orfèvres et métiers apparentés sont alors majoritaires, les peintres, imprimeurs et fabricants de cartes à jouer (Kartenmacher) minoritaires. Seuls les procès-verbaux entre 1716 et 1766 ont été conservés. Dans ses deux articles, F. J. Fuchs a étudié ceux de 1716 à 1724, puis de 1725 à 1732. Ces procès-verbaux indiquent les noms des apprentis et compagnons arrivant dans la ville, ceux de leur maître, la profession qu’ils viennent apprendre, la prestation du serment, les pièces de maîtrise qu’ils effectuent, ainsi que les décisions du tribunal quant aux conflits, dont plusieurs relatifs aux mauvais traitements qu’infligent les maîtres aux apprentis et compagnons. Les deux articles s’achèvent par l’édition des sources et l’index de noms de lieux et de personnes.

Bibliographie

HEITZ (Friedrich Karl), Das Zunftwesen in Strassburg. Geschichtliche Darstellung begleitet von Urkunden und Aktenstücken, Strasbourg, 1856, p. 52-54.

SCHMOLLER (Gustav), Die Straßburger Tucher- und Weberzunft. Urkunden und Darstellung nebst Regesten und Glossar. Ein Beitrag zur Geschichte der deutschen Weberei und des deutschen Gewerberechts vom XIII.-XVII. Jahrhundert, Strasbourg, 1879, 2, 57, 58 et 59, p. 60-61.

NERLINGER (Charles), Daniel Martin ou la vie à Strasbourg au commencement du XVIIe siècle, Strasbourg, 1900.

MARTIN (Paul), Les corporations de Strasbourg : leurs armoiries et bannières. XIIIe siècle à la Révolution, Strasbourg, 1964, p. 61-62 et 66.

ALIOTH (Martin), Gruppen an der Macht. Zünfte und Patriziat in Strassburg im 14. und 15. Jahrhundert. Untersuchungen zu Verfassung, Wirtschaftsgefüge und Sozialstruktur, Bâle et Francfort-sur-le-Main, 1988 (+ index par B. Metz disponible e. a. aux AMS) p. 174, 290, 291, 296, 302, 315-317, 335, 345-350 et 589.

FUCHS (François-Joseph), « Nouvelles sources illustrant le rayonnement artistique de Strasbourg au début du XVIIIe siècle : extraits des procès-verbaux de la corporation de l’Échasse (1716-1724) », Cahiers alsaciens d’archéologie d’art et d’histoire, 2003, 46, p. 55-85 ; idem, suite (1725-1732) : 2006, 49, p. 115-147.

Notices connexes

Artisanat

Chef-d’oeuvre

Compagnon_de_métier

Constofler

Corporation

Imprimerie

Inspecteur

Kartenmacher

Librairie_(commerce)

Lanterne (Corporation A la) 

Musique (fabricants d'instruments)

Relieurs-Buchbinder

Sculpteurs

Siegelgraber

Vergolder

Vernisseurs-Laquirer

Papier

Orfèvres

Zunftbüchlein

Zunftmeister

Monique Debus Kehr