Ponts d'Alsace : Différence entre versions

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(Moyen Âge : essor des villes, essor des ponts (et chaussées))
 
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Ouvrage en maçonnerie ou en bois servant à passer sur la rive opposée d’un fleuve, rivière ou
 
Ouvrage en maçonnerie ou en bois servant à passer sur la rive opposée d’un fleuve, rivière ou
canal afin d’y acheminer des personnes, des marchandises et des véhicules.
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canal afin d’y acheminer des personnes, des marchandises et des véhicules.<br>
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Il suffit d’examiner une carte de l’Alsace pour voir que cet équipement y a été indispensable.
 
Il suffit d’examiner une carte de l’Alsace pour voir que cet équipement y a été indispensable.
 
Indispensable pour les circulations Nord-Sud, où il faut franchir les affluents de l’Ill et du Rhin, la construction des ponts sur les rivières, qui remplacent les gués, accompagnent le développement des agglomérations et des villes. Indispensable pour la circulation Est-Ouest, avec les ponts sur le Rhin, la création et le développement de Strasbourg.<br>
 
Indispensable pour les circulations Nord-Sud, où il faut franchir les affluents de l’Ill et du Rhin, la construction des ponts sur les rivières, qui remplacent les gués, accompagnent le développement des agglomérations et des villes. Indispensable pour la circulation Est-Ouest, avec les ponts sur le Rhin, la création et le développement de Strasbourg.<br>
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== Les ponts de Rouffach ==
 
== Les ponts de Rouffach ==
Prenons l’exemple de Rouffach, situé sur l’Ohm-
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Prenons l’exemple de Rouffach, situé sur l’Ohmbach, un affluent de la Lauch. Il alimente le ''graben'' de la ville et sur son cours intra-muros se fixent aussi les lavoirs et moulins. Devant les remparts, à l’ouest, la Lauch. « En 1752, la commune relève l’état des bâtiments communaux dont la ville avait l’entretien : 36 ponts, dont 15 en milieu urbain, 2 fontaines, 15 puits et 8 écluses. Parmi les ponts, on relève les six ponts-levis faisant partie de l’enceinte de la ville : 2 à la porte de Colmar, 2 à la porte de Cernay et 2 à la porte de Brisach. Un pont
bach, un affluent de la Lauch. Il alimente le graben
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important était le « Langbruck » (Long Pont) de la longueur de 530 pieds vouté avec 7 arcades enjambant à la fois l’Ohmbach et la Lauch » (Pierre-Paul Faust, p. 107-119).<br>
de la ville et sur son cours intra-muros se fixent
 
aussi les lavoirs et moulins. Devant les remparts,
 
à l’ouest, la Lauch. « En 1752, la commune relève
 
l’état des bâtiments communaux dont la ville avait
 
l’entretien : 36 ponts, dont 15 en milieu urbain,
 
2 fontaines, 15 puits et 8 écluses. Parmi les ponts,
 
on relève les six ponts-levis faisant partie de l’en-
 
ceinte de la ville : 2 à la porte de Colmar, 2 à la
 
porte de Cernay et 2 à la porte de Brisach. Un pont
 
important était le « Langbruck » (Long Pont) de la
 
longueur de 530 pieds vouté avec 7 arcades enjam-
 
bant à la fois l’Ohmbach et la Lauch » (Pierre-Paul
 
Faust, p. 107-119).<br>
 
  
 
== Les ponts des villages et des campagnes ==
 
== Les ponts des villages et des campagnes ==
Il en va de même dans les villages : ainsi à
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Il en va de même dans les villages : ainsi à Stotzheim, sur l’Andlau endiguée, on relève 5 ponts,
Stotzheim, sur l’Andlau endiguée, on relève 5 ponts,
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1 en pierre et 4 en bois et 12 passerelles. Dans le pays de Saverne, la petite rivière du Mosselbach prend sa source près de Reinhardsmunster, dans le vallon dit Mosselthal, passe par le ban de Saverne et se jette dans la Zorn au sud de Dettwiller. Elle est franchie par plusieurs routes importantes : la RN 4 (Paris-Strasbourg) à Otterswiller, itinéraire ouvert à la fin du XVIIIe siècle (1788) ; la D 41, ancien tracé de la route Paris-Strasbourg appelée ''Kaiser-strasse'' et peu à peu supplanté par la route citée plus haut ; la D 83, Wasselonne-Steinbourg,
1 en pierre et 4 en bois et 12 passerelles. Dans le
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sur un tracé romain de route de Piémont et d’autres franchissements, dont des allées cavalières. Le pont de l’ancienne route de Saverne-Marmoutier sur le Mosselbach à Gottenhouse a retenu l’attention de l’historien Henri Heitz. Le pont est solidement bâti, en pierres de taille régulières, soigneusement layées, jointoyées, certaines retenues entre elles par des crampons en fer aujourd’hui disparus et marquées de signes lapidaires. La voûte est surbaissée, de profil elliptique. Des pierres chasseroue protègent le parapet. Une belle inscription, située sur la face extérieure du parapet oriental, est gravée dans la pierre : P et A 1745, soit « Placidus Abbas », soit l’abbé Placide Schweighaeuser à la tête de l’abbaye de Marmoutier de 1742 à 1762. Le pont est d’initiative abbatiale et visait à améliorer la viabilité entre Saverne et Marmoutier (Heitz).<br>
pays de Saverne, la petite rivière du Mosselbach
 
prend sa source près de Reinhardsmunster, dans le
 
vallon dit Mosselthal, passe par le ban de Saverne et se jette dans la Zorn au sud de Dettwiller. Elle
 
est franchie par plusieurs routes importantes : la
 
RN 4 (Paris-Strasbourg) à Otterswiller, itinéraire
 
ouvert à la fin du XVIIIe siècle (1788) ; la D 41,
 
ancien tracé de la route Paris-Strasbourg appelée
 
Kaiser-strasse et peu à peu supplanté par la route
 
citée plus haut ; la D 83, Wasselonne-Steinbourg,
 
sur un tracé romain de route de Piémont et d’autres
 
franchissements, dont des allées cavalières. Le pont
 
de l’ancienne route de Saverne-Marmoutier sur le
 
Mosselbach à Gottenhouse a retenu l’attention de
 
l’historien Henri Heitz. Le pont est solidement
 
bâti, en pierres de taille régulières, soigneusement
 
layées, jointoyées, certaines retenues entre elles
 
par des crampons en fer aujourd’hui disparus et
 
marquées de signes lapidaires. La voûte est sur-
 
baissée, de profil elliptique. Des pierres chasse-
 
roue protègent le parapet. Une belle inscription,
 
située sur la face extérieure du parapet oriental, est
 
gravée dans la pierre : P et A 1745, soit « Placidus Abbas », soit l’abbé Placide Schweighaeuser à la
 
tête de l’abbaye de Marmoutier de 1742 à 1762. Le
 
pont est d’initiative abbatiale et visait à améliorer
 
la viabilité entre Saverne et Marmoutier (Heitz).<br>
 
  
 
== Les ponts de Mulhouse ==
 
== Les ponts de Mulhouse ==
Il en va de même à Mulhouse. Là aussi, dès l’érec-
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Il en va de même à Mulhouse. Là aussi, dès l’érection du premier mur d’enceinte, l’accès à la ville se fait par les portes et les passerelles qui permettent de passer les nombreux canaux d’enceinte. La porte de Bâle en compte quatre pour les quatre canaux (Tränckbach, Mittelbach, Karpfenbach, Sinne), la porte du Miroir, trois, pour le Trunckbach, le Karpfenbach et la Sinne, la porte Jeune, quatre, le Trunkbach, le Walckenbach, le Dollergraben, et la porte haute, quatre, sur le Trankenbach, Walckenbach, le Schleifbächlein, le Steinbächlein, ou Froschgraben.<br>
tion du premier mur d’enceinte, l’accès à la ville se
 
fait par les portes et les passerelles qui permettent
 
de passer les nombreux canaux d’enceinte. La porte
 
de Bâle en compte quatre pour les quatre canaux
 
(Tränckbach, Mittelbach, Karpfenbach, Sinne),
 
la porte du Miroir, trois, pour le Trunckbach, le
 
Karpfenbach et la Sinne, la porte Jeune, quatre,
 
le Trunkbach, le Walckenbach, le Dollergraben,
 
et la porte haute, quatre, sur le Trankenbach,
 
Walckenbach, le Schleifbächlein, le Steinbächlein,
 
ou Froschgraben.<br>
 
  
 
== Les ponts de Colmar ==
 
== Les ponts de Colmar ==
Colmar est située sur la Lauch, dont elle capte
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Colmar est située sur la Lauch, dont elle capte les eaux pour un canal dans la ville. Mais elle est riveraine de l’Ill sur laquelle elle a un port. Et de fort nombreux ponts.<br>
les eaux pour un canal dans la ville. Mais elle est
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riveraine de l’Ill sur laquelle elle a un port. Et de
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À Colmar, le Syndic Felix Chauffour résume les charges d’entretien de la ville : « Soixante-dix bâtiments ... 16 puits, 4 glacières, murs d’enceintes de la ville, fours de munitions, 25 ponts de pierre, 32 de bois, 50 de simples madriers, trois portes de ville, ponts-levis et dormants le pavé, etc. » (Felix-Henri-Joseph Chauffour, « Territoire limites, revenus, droits, impositions, charges, matricule de la ville de Colmar », RA, 1892).<br>
fort nombreux ponts.
 
À Colmar, le Syndic Felix Chauffour résume les
 
charges d’entretien de la ville : « Soixante-dix bâ-
 
timents ... 16 puits, 4 glacières, murs d’enceintes
 
de la ville, fours de munitions, 25 ponts de pierre,
 
32 de bois, 50 de simples madriers, trois portes de
 
ville, ponts-levis et dormants le pavé, etc. » (Felix-
 
Henri-Joseph Chauffour, « Territoire limites, re-
 
venus, droits, impositions, charges, matricule de la
 
ville de Colmar », RA, 1892).<br>
 
  
 
== Les ponts de Sélestat ==
 
== Les ponts de Sélestat ==
La ville est sise aux bords des terrains de l’Ill et
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La ville est sise aux bords des terrains de l’Ill et irriguée de deux canaux intérieurs : l’''Obere'' et l’''Untere Muhlbach''. Ici encore, la Ville doit supporter les frais « de plus de 60 ponts » : Sélestat plaide pour que la monarchie ne lui impose pas la charge supplémentaire d’un prêteur royal à entretenir en 1699 (''Annuaire de Sélestat'', 1966, p. 25). Dans la ville, les canaux sont franchis par des ponts et des passerelles ; trois portes (''Obertor'', ''Niedertor'') et leurs ponts sur le fossé assurent la liaison avec la campagne ou le faubourg, représentées en détail sur la gravure de ''Topographie Alsatiae'' de Merian. La porte ''Muhltor''
irriguée de deux canaux intérieurs : l’Obere et l’Un-
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donne sur deux îles, dont celle du ''Ladhof'' puis celle du faubourg qui se développera fortement dans les décennies suivantes (v. Himly, ''Atlas''). On note qu’après le ''Muhltor'', la route vers Marckolsheim et le Rhin, qui passe sur quatre ponts, se prolonge par une digue et au XVIIIe siècle, l’inspecteur des ponts et chaussées Gouget est accusé de défaut d’entretien sur les nombreux ponts de cette voie (1788, ''Annuaire Sélestat'' 1966, « Le régime municipal de Sélestat au XVIIIe siècle », p. 51).<br>
tere Muhlbach. Ici encore, la Ville doit supporter les
 
frais « de plus de 60 ponts » : Sélestat plaide pour
 
que la monarchie ne lui impose pas la charge sup-
 
plémentaire d’un prêteur royal à entretenir en 1699
 
(Annuaire de Sélestat, 1966, p. 25). Dans la ville, les
 
canaux sont franchis par des ponts et des passe-
 
relles ; trois portes (Obertor, Niedertor) et leurs ponts
 
sur le fossé assurent la liaison avec la campagne ou
 
le faubourg, représentées en détail sur la gravure de
 
Topographie Alsatiae de Merian. La porte Muhltor
 
donne sur deux îles, dont celle du Ladhof puis celle
 
du faubourg qui se développera fortement dans
 
les décennies suivantes (v. Himly, Atlas). On note
 
qu’après le Muhltor, la route vers Marckolsheim et
 
le Rhin, qui passe sur quatre ponts, se prolonge par
 
une digue et au XVIIIe siècle, l’inspecteur des ponts
 
et chaussées Gouget est accusé de défaut d’entre-
 
tien sur les nombreux ponts de cette voie (1788,
 
Annuaire Sélestat 1966, « Le régime municipal de
 
Sélestat au XVIIIe siècle », p. 51).<br>
 
  
 
== Les ponts de Strasbourg ==
 
== Les ponts de Strasbourg ==
C’est au XIe siècle que reprend l’essor de la
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C’est au XIe siècle que reprend l’essor de la ville d’Argentorate rebaptisée Strateburg par les Alamans, désormais dominés par les Francs, leurs ducs et leurs évêques. L’enceinte romaine existe encore partiellement, mais de nouvelles extensions sont construites, englobant un quartier entouré par les fossés dits des Tanneurs et par une enceinte portée ultérieurement jusqu’au bras de l’Ill-Bruche, devenu canal des Faux-Remparts. Sur le plan de la ville médiévale dans le premier tiers du XIIIe siècle établi par B. Metz et R. Maurel, on compte en partant des Ponts-Couverts (3 ponts, édifiés en pierre au XVe siècle seulement), vers le pont de la porte Saint-Étienne et retour par le canal, onze ponts, au bas des portes de la ville, dont une partie reprennent les traces des anciens ponts. Et sans compter ceux de l’intérieur de la ville.<br>
ville d’Argentorate rebaptisée Strateburg par
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les Alamans, désormais dominés par les Francs,
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J.-J. Schwien a écrit un article de synthèse sur « les ponts de Strasbourg ». « À partir du XIIe siècle, les mentions de ponts se multiplient dans les sources écrites tant pour les fossés de fortifications que pour les voies internes à la ville. » La vue cavalière de Specklin permet de préciser : on dénombre 52 ponts sur les fossés et les cours d’eau. F. Petrazoller a fait le point sur les travaux d’entretien des ponts au XVIe siècle (''L’urbanisme à Strasbourg au XVIe siècle'', p. 133-137) et évoqué le débat strasbourgeois qui ne sera pas tranché : peut-on construire des maisons sur les ponts ? Au XVIIIe siècle, les ''Bauherren'' de Strasbourg dressent
leurs ducs et leurs évêques. L’enceinte romaine
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la liste de 57 ponts intérieurs, non compris ceux des portes. Ils sont tous en bois.<br>
existe encore partiellement, mais de nouvelles
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extensions sont construites, englobant un quar-
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La technique de leur construction est décrite par Schwien. Elle applique la technique des pilotis
tier entouré par les fossés dits des Tanneurs et
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de bois, développée déjà pour la construction des quais. Protégés par des batardeaux, une série de pilotis est enfoncée dans le sol sous le cours d’eau. À partir des culées du pont qui peuvent être en bois mais le plus souvent en maçonnerie, le tablier est posé sur de longs madriers et un gravier sur les planches du tablier.<br>
par une enceinte portée ultérieurement jusqu’au
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bras de l’Ill-Bruche, devenu canal des Faux-
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Au début du XIXe siècle, les ingénieurs remplacent quelques ponts de bois par des ponts en maçonnerie. Le plus simple est une adaptation du pont en bois avec substitution de piles maçonnées aux palées : le tablier reste droit et en bois comme pour le pont de l’Esprit (1809) et le pont Broglie sur le fossé des Tanneurs (1812).<br>
Remparts. Sur le plan de la ville médiévale dans
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le premier tiers du XIIIe siècle établi par B. Metz
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C’est à partir de 1840 que l’on a recours au béton et à la fonte : le pont Saint-Thomas en 1841, le pont du Corbeau en 1842, le pont Sainte-Catherine sur le fossé des Orphelins en 1838 ( J.-J. Schwien).<br>
et R. Maurel, on compte en partant des Ponts-
 
Couverts (3 ponts, édifiés en pierre au XVe siècle
 
seulement), vers le pont de la porte Saint-Étienne
 
et retour par le canal, onze ponts, au bas des
 
portes de la ville, dont une partie reprennent les
 
traces des anciens ponts. Et sans compter ceux de
 
l’intérieur de la ville.
 
J.-J. Schwien a écrit un article de synthèse
 
sur « les ponts de Strasbourg ». « À partir du
 
XIIe siècle, les mentions de ponts se multiplient
 
dans les sources écrites tant pour les fossés de for-
 
tifications que pour les voies internes à la ville. »
 
La vue cavalière de Specklin permet de préciser :
 
on dénombre 52 ponts sur les fossés et les cours
 
d’eau. F. Petrazoller a fait le point sur les travaux
 
d’entretien des ponts au XVIe siècle (L’urbanisme
 
à Strasbourg au XVIe siècle, p. 133-137) et évoqué
 
le débat strasbourgeois qui ne sera pas tranché :
 
peut-on construire des maisons sur les ponts ? Au
 
XVIIIe siècle, les Bauherren de Strasbourg dressent
 
la liste de 57 ponts intérieurs, non compris ceux
 
des portes. Ils sont tous en bois.
 
La technique de leur construction est décrite par
 
Schwien. Elle applique la technique des pilotis
 
de bois, développée déjà pour la construction des
 
quais. Protégés par des batardeaux, une série de pi-
 
lotis est enfoncée dans le sol sous le cours d’eau. À
 
partir des culées du pont qui peuvent être en bois
 
mais le plus souvent en maçonnerie, le tablier est
 
posé sur de longs madriers et un gravier sur les
 
planches du tablier.
 
Au début du XIXe siècle, les ingénieurs rem-
 
placent quelques ponts de bois par des ponts en
 
maçonnerie. Le plus simple est une adaptation du
 
pont en bois avec substitution de piles maçonnées
 
aux palées : le tablier reste droit et en bois comme
 
pour le pont de l’Esprit (1809) et le pont Broglie
 
sur le fossé des Tanneurs (1812).
 
C’est à partir de 1840 que l’on a recours au béton
 
et à la fonte : le pont Saint-Thomas en 1841, le pont
 
du Corbeau en 1842, le pont Sainte-Catherine sur
 
le fossé des Orphelins en 1838 ( J.-J. Schwien).<br>
 
  
 
== Le pont du Rhin ==
 
== Le pont du Rhin ==
« Les premiers ponts sur le Rhin ont été construits
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« Les premiers ponts sur le Rhin ont été construits à des fins militaires et Argentorate doit sa fondation à la volonté de l’armée romaine de contrôler les passages rhénans ( J.-J. Hatt, Strasbourg romain).
à des fins militaires et Argentorate doit sa fonda-
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Avec la chute de l’Empire romain, les ponts sur le Rhin disparaissent. Ce n’est qu’au XIIIe siècle qu’ils sont peu à peu reconstruits : Constance (1205), Bâle (1225), Brisach (1275). Mais à partir de Brisach, le Rhin divague dans de multiples bras, qui rendent difficile la construction des ponts. La liaison entre les deux rives du Rhin a été assurée par de nombreux bacs : trois à Strasbourg, d’autres plus petits à Lauterbourg Seltz, Beinheim, Drusenheim, Offendorf, Gerstheim, Rhinau, Marckolsheim. De plus, au cours de campagnes miliaires, les belligérants construisent des ponts de bateaux temporaires, ce qu’ont fait les Strasbourgeois en 1333, en 1370 et 1372. Ultérieurement, des généraux feront appel à des ponts provisoires de bateaux, mais qui supposent un matériel considérable (bateaux, cordages, etc.) et ne peuvent être permanents.<br>
tion à la volonté de l’armée romaine de contrôler les
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passages rhénans ( J.-J. Hatt, Strasbourg romain).
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En 1388, le Magistrat de Strasbourg se décide à transformer un pont de bateaux en pont permanent sur piles. Il obtient un privilège de l’Empereur et dédommage les bateliers des bacs. Le pont est un exploit technique : développant 1 000 m en 1605 il fait un gigantesque S et arrive sur la rive de Kehl au pont de la Kinzig.<br>
Avec la chute de l’Empire romain, les ponts sur le
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Rhin disparaissent. Ce n’est qu’au XIIIe siècle qu’ils
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Mais l’île sur lequel passe le pont en 1570 se divise en deux à la fin du XVIIe siècle, et le pont se divise donc en trois : le pont du petit Rhin (160 m), le Pont du Zuckerloch (entre la vieille île et la nouvelle) et le pont de Kehl (310 m) ou grand pont (de la nouvelle île appelée la Pile à Kehl, 440 m).<br>
sont peu à peu reconstruits : Constance (1205), Bâle
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(1225), Brisach (1275). Mais à partir de Brisach, le
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La technique est celle utilisée aussi à Strasbourg : 66 travées de madriers prenant appui sur des palées de 12 pilotis enfoncés dans le lit du fleuve, portant un chapeau de chêne. Le tablier est fait de couchis de sapin. Le maximum de la charge est de 60 quintaux. Il n’est pas respecté. Le croisement des voitures doit avoir lieu au dessus des palées. Lorsque les crues emportent un ensemble de palées, il arrive qu’elles soient remplacées par des bateaux. La baraque du péage est d’abord fixée sur le pont lui-même puis à l’entrée du pont.<br>
Rhin divague dans de multiples bras, qui rendent
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difficile la construction des ponts. La liaison entre
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Puis suivent des accidents naturels et travaux d’endiguement : le pont du Rhin, dont le rôle militaire est à nouveau prédominant, fait partie des travaux du Premier Empire, confiés à l’ingénieur en chef Kastner qui peut relever en 1812, s’agissant du grand pont : « RHIN, (BAS) — Pont de Kehl, sur le Rhin, entre Strasbourg et Kehl, composé de 2 culées et de 29 palées en charpente, qui portent 30 travées, ayant ensemble 595 mètres d’ouverture (1 215 pieds) » (''Travaux des ponts-et-chaussées depuis 1800, ou Tableau des constructions neuves faites sous le règne de Napoléon Ier, en routes, ponts, canaux, et des travaux entrepris pour la navigation fluviale, les dessèchemens, les ports de commerce, etc.'', par M. Courtin, Paris, 1812).<br>
les deux rives du Rhin a été assurée par de nom-
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breux bacs : trois à Strasbourg, d’autres plus petits
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La régularisation en cours à partir de 1817 rétrécit encore le pont qui, en 1834, fait 350 m de long.<br>
à Lauterbourg Seltz, Beinheim, Drusenheim,
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Offendorf, Gerstheim, Rhinau, Marckolsheim. De
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Si le rôle stratégique du pont a été primordial, le rôle commercial n’a pas été moins important. Il l’a été pour le voisinage immédiat : Strasbourg tire une bonne partie de ses bovins, de son beurre, chanvre, de la plaine badoise. Son bois vient également de la Forêt-Noire (mais il est en grande partie transporté par bateaux). Les paysans badois achètent épices, vêtements et vin. Le pont ne provoque pas de flux importants pour le grand commerce international, étant donné la faiblesse des circulations Est-Ouest, contrairement aux flux nord-sud qui passe par la navigation fluviale ou reste sur les routes, malgré l’attrait du dépôt en franchise de Strasbourg (v. [[Lager]]) (Jacques Ungerer).<br>
plus, au cours de campagnes miliaires, les belligé-
 
rants construisent des ponts de bateaux tempo-
 
raires, ce qu’ont fait les Strasbourgeois en 1333, en
 
1370 et 1372. Ultérieurement, des généraux feront
 
appel à des ponts provisoires de bateaux, mais qui
 
supposent un matériel considérable (bateaux, cor-
 
dages, etc.) et ne peuvent être permanents.
 
En 1388, le Magistrat de Strasbourg se décide à
 
transformer un pont de bateaux en pont perma-
 
nent sur piles. Il obtient un privilège de l’Empe-
 
reur et dédommage les bateliers des bacs. Le pont
 
est un exploit technique : développant 1 000 m en
 
1605 il fait un gigantesque S et arrive sur la rive de
 
Kehl au pont de la Kinzig.
 
Mais l’île sur lequel passe le pont en 1570 se
 
divise en deux à la fin du XVIIe siècle, et le pont se
 
divise donc en trois : le pont du petit Rhin (160 m),
 
le Pont du Zuckerloch (entre la vieille île et la nou-
 
velle) et le pont de Kehl (310 m) ou grand pont (de
 
la nouvelle île appelée la Pile à Kehl, 440 m).
 
La technique est celle utilisée aussi à Strasbourg :
 
66 travées de madriers prenant appui sur des palées
 
de 12 pilotis enfoncés dans le lit du fleuve, portant
 
un chapeau de chêne. Le tablier est fait de couchis
 
de sapin. Le maximum de la charge est de 60 quin-
 
taux. Il n’est pas respecté. Le croisement des voi-
 
tures doit avoir lieu au dessus des palées. Lorsque
 
les crues emportent un ensemble de palées, il arrive
 
qu’elles soient remplacées par des bateaux. La ba-
 
raque du péage est d’abord fixée sur le pont lui-
 
même puis à l’entrée du pont.
 
Puis suivent des accidents naturels et travaux
 
d’endiguement : le pont du Rhin, dont le rôle mi-
 
litaire est à nouveau prédominant, fait partie des
 
travaux du Premier Empire, confiés à l’ingénieur
 
en chef Kastner qui peut relever en 1812, s’agissant
 
du grand pont : « RHIN, (BAS) — Pont de Kehl,
 
sur le Rhin, entre Strasbourg et Kehl, composé de
 
2 culées et de 29 palées en charpente, qui portent 30 travées, ayant ensemble 595 mètres d’ouver-
 
ture (1 215 pieds) » (Travaux des ponts-et-chaus-
 
sées depuis 1800, ou Tableau des constructions neuves
 
faites sous le règne de Napoléon Ier, en routes, ponts,
 
canaux, et des travaux entrepris pour la navigation
 
fluviale, les dessèchemens, les ports de commerce, etc.,
 
par M. Courtin, Paris, 1812).
 
La régularisation en cours à partir de 1817 rétré-
 
cit encore le pont qui, en 1834, fait 350 m de long.
 
Si le rôle stratégique du pont a été primordial, le
 
rôle commercial n’a pas été moins important. Il l’a
 
été pour le voisinage immédiat : Strasbourg tire une
 
bonne partie de ses bovins, de son beurre, chanvre,
 
de la plaine badoise. Son bois vient également de la
 
Forêt-Noire (mais il est en grande partie transpor-
 
par bateaux). Les paysans badois achètent épices,
 
vêtements et vin. Le pont ne provoque pas de flux
 
importants pour le grand commerce international,
 
étant donné la faiblesse des circulations Est-Ouest,
 
contrairement aux flux nord-sud qui passe par la
 
navigation fluviale ou reste sur les routes, malgré
 
l’attrait du dépôt en franchise de Strasbourg
 
(v. Lager) ( Jacques Ungerer).<br>
 
  
 
== Sources - Bibliographie ==
 
== Sources - Bibliographie ==
COURTIN (M.), Travaux des ponts-et-chaussées depuis
+
COURTIN (M.), ''Travaux des ponts-et-chaussées depuis 1800, ou Tableau des constructions neuves faites sous le règne de Napoléon Ier, en routes, ponts, canaux, et des travaux entrepris pour
1800, ou Tableau des constructions neuves faites sous le règne de
+
la navigation fluviale, les dessèchemens, les ports de commerce, etc.'', Paris, 1812.<br>
Napoléon Ier, en routes, ponts, canaux, et des travaux entrepris pour
+
 
la navigation fluviale, les dessèchemens, les ports de commerce, etc.,
+
EHRSAM (Nicolas), « Description topographique du Vieux Mulhouse pour l’intelligence du plan de 1797 », ''Bulletin du Musée historique de Mulhouse'', 1876, p. 1-40.<br>
Paris, 1812.
+
 
EHRSAM (Nicolas), « Description topographique du Vieux
+
CHAUFFOUR (Felix-Henri-Joseph), « Territoire limites, revenus, droits, impositions, charges, matricule de la ville de Colmar 1757 », ''RA'', 1892, p. 268-283.<br>
Mulhouse pour l’intelligence du plan de 1797 », Bulletin du
+
 
Musée historique de Mulhouse, 1876, p. 1-40.
+
UNGERER ( Jacques), ''Le pont du Rhin à Strasbourg du Moyen Âge à la Révolution'', Strasbourg, 1952.<br>
CHAUFFOUR (Felix-Henri-Joseph), « Territoire limites,
+
 
revenus, droits, impositions, charges, matricule de la ville de
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== Notices connexes ==
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maine - Les fortifications militaires, Paris, 2006, http://books.
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V. Aechterkreutz-Kreutzbrucke, Andlau, Asile (les
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ponts de l’Ill), Bacs, Bauordnung, Brisach (pont du
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Rhin), Burggraf, Canal-Canaux, Chaussées (Ponts
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Ponts et chaussées), Douane-Bruckenzoll, Épave
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droit de - Wrackrecht, Flottage dommages cau-
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Bâtiments publics - des Ponts et Chaussées, Irri-
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[[Conseil général du département|Conseil général (compétence des Ponts et chaussées)]]<br>
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(ponts sur la), Mossig.
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Version actuelle datée du 9 juin 2026 à 10:11

Ouvrage en maçonnerie ou en bois servant à passer sur la rive opposée d’un fleuve, rivière ou canal afin d’y acheminer des personnes, des marchandises et des véhicules.

Il suffit d’examiner une carte de l’Alsace pour voir que cet équipement y a été indispensable. Indispensable pour les circulations Nord-Sud, où il faut franchir les affluents de l’Ill et du Rhin, la construction des ponts sur les rivières, qui remplacent les gués, accompagnent le développement des agglomérations et des villes. Indispensable pour la circulation Est-Ouest, avec les ponts sur le Rhin, la création et le développement de Strasbourg.

Les ponts romains

Les premiers ponts relevés par l’histoire et l’archéologie sont ceux édifiés par les Romains. À proximité de leurs camps, qui fixent sans retard des ateliers et des agglomérations, sont construits des ponts. On a qualifié leurs critères : une situation portuaire favorable et un emplacement susceptible de recevoir un pont. Ainsi, Trèves (18 av JC) sur la Moselle. Sur le Rhin, Nimègue, Cologne, Bonn, Mayence et en amont à Stein, Zurzach, Augst.

Le choix d’implanter un camp légionnaire sur l’Ill à proximité d’un Rhin coulant dans divers bras, et d’y créer un port, implique la construction d’au moins plusieurs ponts, sur les routes qui donnent en face des portes de leurs camps : ils construisent un pont sur l’Ill et sur la rive droite de l’Ill sans doute plusieurs ponts qui ont franchi le Rhin (Hatt, Histoire de Strasbourg). Les points de passage de l’Ill (et du Rhin) à l’époque romaine, et leurs ponts sur l’Ill et les bras du Rhin n’ont pas encore été localisés avec certitude. Pas plus que les ponts sur l’Ill-Bruche, et son bras devenu plus tard canal des Faux-Remparts, au moins 4 vers Saverne (les Faubourgs de Koenigshoffen), Brumath, (Faubourg de Pierre).

Les Romains maîtrisent les techniques des grands ponts (en bois sur piles, ou sur bateaux) et des petits ponts en pierre ou en terre, le plus souvent, et ponceux, par exemple sur les fossés – parfois en eau – en face des portes de leurs camps.

Moyen Âge : essor des villes, essor des ponts (et chaussées)

Ces techniques seront réutilisés au début du Moyen Âge lors du réveil du commerce et du développement des villes.

L’un des équipements retenus comme critère de la ville médiévale (Escher et Hirschmann, B. Metz) est celui d’une douane (zoll), le plus souvent bruckenzoll ou pontenage. Sur le Rhin, sur l’Ill et leurs affluents, la ville alsacienne est le plus souvent située sur une rivière ou aux bords d’une rivière ; elle s’entoure de remparts donnant sur des fossés alimentés par une ou plusieurs prises d’eau sur la rivière ; elle est parcourue par un canal intérieur pour les moulins, les lavoirs. Elle a construit et entretient de nombreux ponts intérieurs et extérieurs sur les routes et portes d’accès (Atlas de la ville médiévale d’Alsace, Himly). Tous ces ponts sont en bois le plus souvent, et devant les portes, il y a des ponts-levis.

Les ponts de Rouffach

Prenons l’exemple de Rouffach, situé sur l’Ohmbach, un affluent de la Lauch. Il alimente le graben de la ville et sur son cours intra-muros se fixent aussi les lavoirs et moulins. Devant les remparts, à l’ouest, la Lauch. « En 1752, la commune relève l’état des bâtiments communaux dont la ville avait l’entretien : 36 ponts, dont 15 en milieu urbain, 2 fontaines, 15 puits et 8 écluses. Parmi les ponts, on relève les six ponts-levis faisant partie de l’enceinte de la ville : 2 à la porte de Colmar, 2 à la porte de Cernay et 2 à la porte de Brisach. Un pont important était le « Langbruck » (Long Pont) de la longueur de 530 pieds vouté avec 7 arcades enjambant à la fois l’Ohmbach et la Lauch » (Pierre-Paul Faust, p. 107-119).

Les ponts des villages et des campagnes

Il en va de même dans les villages : ainsi à Stotzheim, sur l’Andlau endiguée, on relève 5 ponts, 1 en pierre et 4 en bois et 12 passerelles. Dans le pays de Saverne, la petite rivière du Mosselbach prend sa source près de Reinhardsmunster, dans le vallon dit Mosselthal, passe par le ban de Saverne et se jette dans la Zorn au sud de Dettwiller. Elle est franchie par plusieurs routes importantes : la RN 4 (Paris-Strasbourg) à Otterswiller, itinéraire ouvert à la fin du XVIIIe siècle (1788) ; la D 41, ancien tracé de la route Paris-Strasbourg appelée Kaiser-strasse et peu à peu supplanté par la route citée plus haut ; la D 83, Wasselonne-Steinbourg, sur un tracé romain de route de Piémont et d’autres franchissements, dont des allées cavalières. Le pont de l’ancienne route de Saverne-Marmoutier sur le Mosselbach à Gottenhouse a retenu l’attention de l’historien Henri Heitz. Le pont est solidement bâti, en pierres de taille régulières, soigneusement layées, jointoyées, certaines retenues entre elles par des crampons en fer aujourd’hui disparus et marquées de signes lapidaires. La voûte est surbaissée, de profil elliptique. Des pierres chasseroue protègent le parapet. Une belle inscription, située sur la face extérieure du parapet oriental, est gravée dans la pierre : P et A 1745, soit « Placidus Abbas », soit l’abbé Placide Schweighaeuser à la tête de l’abbaye de Marmoutier de 1742 à 1762. Le pont est d’initiative abbatiale et visait à améliorer la viabilité entre Saverne et Marmoutier (Heitz).

Les ponts de Mulhouse

Il en va de même à Mulhouse. Là aussi, dès l’érection du premier mur d’enceinte, l’accès à la ville se fait par les portes et les passerelles qui permettent de passer les nombreux canaux d’enceinte. La porte de Bâle en compte quatre pour les quatre canaux (Tränckbach, Mittelbach, Karpfenbach, Sinne), la porte du Miroir, trois, pour le Trunckbach, le Karpfenbach et la Sinne, la porte Jeune, quatre, le Trunkbach, le Walckenbach, le Dollergraben, et la porte haute, quatre, sur le Trankenbach, Walckenbach, le Schleifbächlein, le Steinbächlein, ou Froschgraben.

Les ponts de Colmar

Colmar est située sur la Lauch, dont elle capte les eaux pour un canal dans la ville. Mais elle est riveraine de l’Ill sur laquelle elle a un port. Et de fort nombreux ponts.

À Colmar, le Syndic Felix Chauffour résume les charges d’entretien de la ville : « Soixante-dix bâtiments ... 16 puits, 4 glacières, murs d’enceintes de la ville, fours de munitions, 25 ponts de pierre, 32 de bois, 50 de simples madriers, trois portes de ville, ponts-levis et dormants le pavé, etc. » (Felix-Henri-Joseph Chauffour, « Territoire limites, revenus, droits, impositions, charges, matricule de la ville de Colmar », RA, 1892).

Les ponts de Sélestat

La ville est sise aux bords des terrains de l’Ill et irriguée de deux canaux intérieurs : l’Obere et l’Untere Muhlbach. Ici encore, la Ville doit supporter les frais « de plus de 60 ponts » : Sélestat plaide pour que la monarchie ne lui impose pas la charge supplémentaire d’un prêteur royal à entretenir en 1699 (Annuaire de Sélestat, 1966, p. 25). Dans la ville, les canaux sont franchis par des ponts et des passerelles ; trois portes (Obertor, Niedertor) et leurs ponts sur le fossé assurent la liaison avec la campagne ou le faubourg, représentées en détail sur la gravure de Topographie Alsatiae de Merian. La porte Muhltor donne sur deux îles, dont celle du Ladhof puis celle du faubourg qui se développera fortement dans les décennies suivantes (v. Himly, Atlas). On note qu’après le Muhltor, la route vers Marckolsheim et le Rhin, qui passe sur quatre ponts, se prolonge par une digue et au XVIIIe siècle, l’inspecteur des ponts et chaussées Gouget est accusé de défaut d’entretien sur les nombreux ponts de cette voie (1788, Annuaire Sélestat 1966, « Le régime municipal de Sélestat au XVIIIe siècle », p. 51).

Les ponts de Strasbourg

C’est au XIe siècle que reprend l’essor de la ville d’Argentorate rebaptisée Strateburg par les Alamans, désormais dominés par les Francs, leurs ducs et leurs évêques. L’enceinte romaine existe encore partiellement, mais de nouvelles extensions sont construites, englobant un quartier entouré par les fossés dits des Tanneurs et par une enceinte portée ultérieurement jusqu’au bras de l’Ill-Bruche, devenu canal des Faux-Remparts. Sur le plan de la ville médiévale dans le premier tiers du XIIIe siècle établi par B. Metz et R. Maurel, on compte en partant des Ponts-Couverts (3 ponts, édifiés en pierre au XVe siècle seulement), vers le pont de la porte Saint-Étienne et retour par le canal, onze ponts, au bas des portes de la ville, dont une partie reprennent les traces des anciens ponts. Et sans compter ceux de l’intérieur de la ville.

J.-J. Schwien a écrit un article de synthèse sur « les ponts de Strasbourg ». « À partir du XIIe siècle, les mentions de ponts se multiplient dans les sources écrites tant pour les fossés de fortifications que pour les voies internes à la ville. » La vue cavalière de Specklin permet de préciser : on dénombre 52 ponts sur les fossés et les cours d’eau. F. Petrazoller a fait le point sur les travaux d’entretien des ponts au XVIe siècle (L’urbanisme à Strasbourg au XVIe siècle, p. 133-137) et évoqué le débat strasbourgeois qui ne sera pas tranché : peut-on construire des maisons sur les ponts ? Au XVIIIe siècle, les Bauherren de Strasbourg dressent la liste de 57 ponts intérieurs, non compris ceux des portes. Ils sont tous en bois.

La technique de leur construction est décrite par Schwien. Elle applique la technique des pilotis de bois, développée déjà pour la construction des quais. Protégés par des batardeaux, une série de pilotis est enfoncée dans le sol sous le cours d’eau. À partir des culées du pont qui peuvent être en bois mais le plus souvent en maçonnerie, le tablier est posé sur de longs madriers et un gravier sur les planches du tablier.

Au début du XIXe siècle, les ingénieurs remplacent quelques ponts de bois par des ponts en maçonnerie. Le plus simple est une adaptation du pont en bois avec substitution de piles maçonnées aux palées : le tablier reste droit et en bois comme pour le pont de l’Esprit (1809) et le pont Broglie sur le fossé des Tanneurs (1812).

C’est à partir de 1840 que l’on a recours au béton et à la fonte : le pont Saint-Thomas en 1841, le pont du Corbeau en 1842, le pont Sainte-Catherine sur le fossé des Orphelins en 1838 ( J.-J. Schwien).

Le pont du Rhin

« Les premiers ponts sur le Rhin ont été construits à des fins militaires et Argentorate doit sa fondation à la volonté de l’armée romaine de contrôler les passages rhénans ( J.-J. Hatt, Strasbourg romain). Avec la chute de l’Empire romain, les ponts sur le Rhin disparaissent. Ce n’est qu’au XIIIe siècle qu’ils sont peu à peu reconstruits : Constance (1205), Bâle (1225), Brisach (1275). Mais à partir de Brisach, le Rhin divague dans de multiples bras, qui rendent difficile la construction des ponts. La liaison entre les deux rives du Rhin a été assurée par de nombreux bacs : trois à Strasbourg, d’autres plus petits à Lauterbourg Seltz, Beinheim, Drusenheim, Offendorf, Gerstheim, Rhinau, Marckolsheim. De plus, au cours de campagnes miliaires, les belligérants construisent des ponts de bateaux temporaires, ce qu’ont fait les Strasbourgeois en 1333, en 1370 et 1372. Ultérieurement, des généraux feront appel à des ponts provisoires de bateaux, mais qui supposent un matériel considérable (bateaux, cordages, etc.) et ne peuvent être permanents.

En 1388, le Magistrat de Strasbourg se décide à transformer un pont de bateaux en pont permanent sur piles. Il obtient un privilège de l’Empereur et dédommage les bateliers des bacs. Le pont est un exploit technique : développant 1 000 m en 1605 il fait un gigantesque S et arrive sur la rive de Kehl au pont de la Kinzig.

Mais l’île sur lequel passe le pont en 1570 se divise en deux à la fin du XVIIe siècle, et le pont se divise donc en trois : le pont du petit Rhin (160 m), le Pont du Zuckerloch (entre la vieille île et la nouvelle) et le pont de Kehl (310 m) ou grand pont (de la nouvelle île appelée la Pile à Kehl, 440 m).

La technique est celle utilisée aussi à Strasbourg : 66 travées de madriers prenant appui sur des palées de 12 pilotis enfoncés dans le lit du fleuve, portant un chapeau de chêne. Le tablier est fait de couchis de sapin. Le maximum de la charge est de 60 quintaux. Il n’est pas respecté. Le croisement des voitures doit avoir lieu au dessus des palées. Lorsque les crues emportent un ensemble de palées, il arrive qu’elles soient remplacées par des bateaux. La baraque du péage est d’abord fixée sur le pont lui-même puis à l’entrée du pont.

Puis suivent des accidents naturels et travaux d’endiguement : le pont du Rhin, dont le rôle militaire est à nouveau prédominant, fait partie des travaux du Premier Empire, confiés à l’ingénieur en chef Kastner qui peut relever en 1812, s’agissant du grand pont : « RHIN, (BAS) — Pont de Kehl, sur le Rhin, entre Strasbourg et Kehl, composé de 2 culées et de 29 palées en charpente, qui portent 30 travées, ayant ensemble 595 mètres d’ouverture (1 215 pieds) » (Travaux des ponts-et-chaussées depuis 1800, ou Tableau des constructions neuves faites sous le règne de Napoléon Ier, en routes, ponts, canaux, et des travaux entrepris pour la navigation fluviale, les dessèchemens, les ports de commerce, etc., par M. Courtin, Paris, 1812).

La régularisation en cours à partir de 1817 rétrécit encore le pont qui, en 1834, fait 350 m de long.

Si le rôle stratégique du pont a été primordial, le rôle commercial n’a pas été moins important. Il l’a été pour le voisinage immédiat : Strasbourg tire une bonne partie de ses bovins, de son beurre, chanvre, de la plaine badoise. Son bois vient également de la Forêt-Noire (mais il est en grande partie transporté par bateaux). Les paysans badois achètent épices, vêtements et vin. Le pont ne provoque pas de flux importants pour le grand commerce international, étant donné la faiblesse des circulations Est-Ouest, contrairement aux flux nord-sud qui passe par la navigation fluviale ou reste sur les routes, malgré l’attrait du dépôt en franchise de Strasbourg (v. Lager) (Jacques Ungerer).

Sources - Bibliographie

COURTIN (M.), Travaux des ponts-et-chaussées depuis 1800, ou Tableau des constructions neuves faites sous le règne de Napoléon Ier, en routes, ponts, canaux, et des travaux entrepris pour la navigation fluviale, les dessèchemens, les ports de commerce, etc., Paris, 1812.

EHRSAM (Nicolas), « Description topographique du Vieux Mulhouse pour l’intelligence du plan de 1797 », Bulletin du Musée historique de Mulhouse, 1876, p. 1-40.

CHAUFFOUR (Felix-Henri-Joseph), « Territoire limites, revenus, droits, impositions, charges, matricule de la ville de Colmar 1757 », RA, 1892, p. 268-283.

UNGERER ( Jacques), Le pont du Rhin à Strasbourg du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 1952.

HATT ( J.-J.), « Le Strasbourg romain », LIVET-RAPP, Histoire de Strasbourg (1980-82), t. I.

HEITZ (Henri), « Note sur l’étude des ponts anciens (arr.Saverne) », Pays d’Alsace, 153, 1990, p.61-62.

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FAUST (Pierre-Paul), « L’importance de l’eau dans le devenir et la vie de l’ancienne cité épiscopale de Rouffach », La ville et l’eau, Stadt und Wasser am Oberrhein, Colloque, Mulhouse, 1994.

SCHERLEN (Auguste), Topographie du Vieux Colmar, Colmar, 1996.

STRUB (Christelle), Assainir et embellir Strasbourg. Étude sur la municipalité de Georges Frédéric Schützenberger (1837-1848), Strasbourg, 1997-1998.

HATT (Thierry), La ville historique et l’eau, l’eau à Strasbourg 1548-2000. http://thierry.hatt.gps.free.fr/01-site-acad-tous-pdf/hatt-sig-historique-eaux-stg-01&02-br.pdf

PETRAZOLLER (François), L’urbanisme à Strasbourg au XVIe siècle, Strasbourg, 2002.

REDDÉ (Michel) (dir.) et al., L’architecture de la Gaule romaine - Les fortifications militaires, Paris, 2006, http://books.openedition.org/editionsmsh/22093.

Notices connexes

Aechterkreutz-Kreutzbrucke

Andlau

Asile (les ponts de l’Ill)

Bacs

Bauordnung

Brisach (pont du Rhin)

Burggraf

Canal-Canaux

Chaussées (Ponts et Chaussées)

Conseil général (compétence des Ponts et chaussées)

Douane-Bruckenzoll

Épave (droit de - Wrackrecht)

Flottage (dommages causés aux ponts)

Gardiens des portes - Thorhüter - pont-levis

Génie (Pontonniers)

Ill

Inspecteurs Bâtiments publics - des Ponts et Chaussées

Irrigation

Kehl (bacs et ponts)

Laden

Lager - Entrepôt

Landgraben de Bergheim (pont-levis)

Lauch (ponts sur la)

Mossig

François Igersheim