Dénombrement (de la population)

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Décompte, à finalité fiscale, du nombre de chefs de ménage d’une paroisse, d’un bailliage ou de la province tout entière, réalisée par l’administration seigneuriale, puis provinciale. Dans la mesure où les chefs de ménage sont des taillables, ce genre de document peut se confondre, en particulier aux XIVe et XVe siècles, avec le registre de taille.

L’opération se fait par « feux », au sens de foyers ou de ménages, contrairement au « recensement » qui, à partir du XIXe siècle, se fera par têtes. Le but est, sous l’Ancien Régime, d’identifier le nombre et la nature des corvéables (laboureurs censés fournir un attelage ; manouvriers ou brassiers ne pouvant offrir que leurs bras), en particulier pour l’entretien des routes royales.

Dans le sillage de Jacques Dupâquier, l’historien utilise fréquemment ce type de source en transposant cette dernière – opération qui n’est pas sans risque – du domaine fiscal à l’étude démographique d’une population donnée. Cependant, l’insuffisance de l’infrastructure administrative n’autorise pas toujours la fiabilité des renseignements fournis dont certains sont purement et simplement recopiés d’une époque à l’autre, soit par négligence, soit par conviction de la permanence des situations dans le temps. Par ailleurs, les déclarations peuvent être faussées à la base, par fraude délibérée ou recherche d’une exemption fiscale. On admet en général que le feu, unité fiscale par excellence, comporte en moyenne 5 personnes, mais la réalité s’avère être plus nuancée (voir notice « feu »).

Transposé à la ville, le « dénombrement » peut revêtir occasionnellement le caractère d’un véritable « recensement ». Tel est le cas pour Strasbourg et pour Colmar lors du danger que représente l’invasion des Armagnacs en 1444. Ces villes, dans la perspective d’un siège, mettent alors le nombre d’habitants (Bürger ouStadtlüte) en relation avec celui des réfugiés potentiels (Landlüte), la quantité de chevaux et le volume des ressources disponibles. De ce fait, le comptage nominatif peut revêtir une plus grande précision que dans les habituels dénombrements, en indiquant, après enquête en bonne et due forme, l’état civil et, parfois, l’âge et le sexe des habitants. La procédure est comparable lors des guerres du XVIIe siècle, époque à laquelle la ville sert de refuge à une population rurale déracinée en quête de sécurité.

Quelle que soit la forme qu’il revêt, ce genre de document occupe en tout cas une place de choix dans l’histoire de la démographie et dans l’histoire sociale d’une ville (par exemple en indiquant le nombre de maîtres, de compagnons et d’apprentis par corporation).

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Notices connexes

Brassiers

Corvée

Feu

Laboureur

Manouvrier

Pionnier

Recensement

Jean-Michel Boehler