Corps pastoral

De DHIALSACE
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Pfarrerstand, Kirchendiener

La Réforme a sensiblement modifié la position juridique et sociale des ministres du culte, désormais appelés comme les prêtres « Pfarrer » dans le sens de pasteurs. Auparavant, le clergé constituait un ordre distinct, le premier selon les canonistes, séparé du monde par le célibat, et jouissait d’une grande autonomie vis-à-vis du pouvoir civil. Il bénéficiait d’une immunité judiciaire, puisqu’il avait ses propres tribunaux, un clerc ne pouvant être jugé que par des clercs.

Désormais, les pasteurs relèvent des tribunaux civils, leurs biens passent à leurs enfants ou autres héritiers et, dès leur entrée en fonction, ils sont fortement encouragés à se marier si ce n’est pas encore le cas. Ils ont le statut de « bourgeois » et, à ce titre, ils entrent dans une des corporations de la ville où ils exercent leur ministère, en particulier dans la corporation du Miroir (des négociants) une des plus huppées à Strasbourg. Au XVIIIe siècle, les pasteurs issus de Strasbourg ou de son territoire rural conservent leur titre de bourgeois, même quand ils exercent dans des principautés (Hanau-Lichtenberg, Seigneurie de Riquewihr-Horbourg, Deux-Ponts, Sponheim) ou des villes importantes (Colmar). Ils conservent le privilège d’être exempts de garde des remparts et du logement de militaires.

Comme les princes et les villes impériales ont obtenu le pouvoir épiscopal lors de la paix d’Augsbourg (1555), ils exercent un contrôle du corps pastoral. Les pasteurs deviennent en fait des fonctionnaires d’Etat, mais avec une rémunération variable selon les paroisses. Les tâches pastorales sont fixées par des ordonnances ecclésiastiques auxquelles il faut se conformer scrupuleusement. Leur fonction est triple : la prédication (annonce de la Parole), la pédagogie (enseignement des bases de la doctrine) et la pastorale (réconforter, consoler les fidèles en difficulté, surveiller les moeurs). Aussi a-t-on vu apparaître le danger d’une carrière pastorale de fonctionnaire sans génie et sans flamme dans les périodes tranquilles où la pression catholique était écartée.

Leur formation secondaire se déroule au gymnase de Strasbourg, de Bouxwiller ou de Colmar. Leurs études universitaires les conduisent aux facultés des arts, puis de théologie de Strasbourg et ils passent souvent un an dans une faculté allemande, Tübingen, Iéna ou encore Göttingen. La nomination des pasteurs se fait de manière différente à Strasbourg et dans les seigneuries : dans ces dernières elle relève de la régence, composée de juristes qui dirigent l’ensemble des services de la principauté. Ils s’assemblent en consistoire avec le surintendant pour pourvoir aux postes pastoraux vacants. A Strasbourg et dans les postes ruraux du territoire de la ville, le Convent, le Magistrat et la paroisse y collaborent de la manière suivante : à chaque vacance, le Convent propose trois ou quatre candidats qu’il juge qualifiés. Le Magistrat accepte ou non les candidats proposés, puis ceux-ci font un culte d’essai, où le sermon constitue l’épreuve principale. Puis les notables de la paroisse procèdent à l’élection, en présence de délégués du Magistrat, des trois Kirchenpfleger de la paroisse et du président du Convent. L’élection est alors ratifiée par le Magistrat. Après l’annexion de Strasbourg, Louis XIV interdit aux deux pasteurs de la paroisse réformée (de Wolfisheim - v. Calviniste) de loger en ville, et même de savoir le français : cette mesure devait empêcher le recrutement de pasteurs francophones de Montbéliard ou de Suisse.

La rémunération des pasteurs reprend le système antérieur, partiellement par la dîme dans les paroisses rurales, partiellement par les biens d’Eglise sécularisés lors de la Réforme. Les trois pasteurs de Saint-Thomas, Saint-Nicolas et Sainte-Aurélie à Strasbourg continuent à être payés par les prébendes du chapitre Saint-Thomas jusqu’en 1819.

Après les turbulences de la Révolution et les fermetures d’églises, les Articles organiques de 1802 rétablissent le culte et une situation stable, mais les pasteurs sont plus sévèrement encadrés et le contenu de leurs prédications est surveillé, comme leur comportement face au pouvoir politique. La nomination est faite par le Directoire de l’Eglise après une prédication d’essai. Ce n’est qu’en 1805 que l’Etat prend en charge le salaire des pasteurs du Haut-Rhin et en 1819 ceux du Bas-Rhin. En 1819, leur situation matérielle se stabilise lorsque, comme les prêtres catholiques, ils obtiennent de l’Etat une rémunération décente qui valorise leur statut social.


Bibliographie

STROHL (Henri), Le protestantisme en Alsace, Strasbourg, 1950, 2e éd. 2000, p. 93.

BOPP (Marie-Joseph). Die evangelischen Geistlichen und Theologen in Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart, Neustadt a.d. Aisch, 1959.

SCHEIDHAUER (Marcel), Les Eglises Luthériennes en France 1800-1815, Alsace, Montbéliard, Paris, Strasbourg, 1975.

VOGLER (Bernard), Le clergé protestant rhénan au siècle de la Réforme (1555-1619), Strasbourg, 1976.

WINCKLER (Eberhard), « Pfarrer », TRE, 26, 1996, p. 360-374.

VOGLER (Bernard), « Les protestants alsaciens face à la guerre et à la paix sous la Révolution et sous l’Empire », Mélanges Poussou, Paris, 2010, p. 1617-1627.


Notices connexes

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