Chanteurs (Maîtres)

De DHIALSACE
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 Meistersinger

Poètes lyriques qui ont perpétué et développé aux XVIe et XVIIe siècles les traditions du Minnesang médiéval. Les confréries de maîtres-chanteurs se sont développées à partir des confréries de chantres d’église. Leur essor est lié à celui des corporations. Le lieu de naissance des Meistersinger est Mayence où Wolfram von Eschenbach fonde la première école au début du XIVe siècle. Vers 1450, il existe des écoles de maîtres-chanteurs à Augsbourg et à Nuremberg. La date de leur apparition à Strasbourg ne nous est pas connue, mais une liste de 16 noms est mentionnée en 1492. Des statuts sont déposés en 1513. Après une période de déclin au début du XVIe siècle – S. Brant déplore l’absence d’une École –, la confrérie est réorganisée à la fin du XVIe siècle et dépose un nouveau règlement auprès du Conseil en septembre 1598. Commence alors pour celle-ci une période florissante qui se poursuit jusqu’à la guerre de Trente Ans. La confrérie rassemble surtout des artisans, mais on y trouve également des membres du Conseil des XV et des XXI, des clercs, des professeurs, des hommes de loi et même trois dames. Des étrangers sont acceptés dans leurs rangs : ainsi, en 1597, 12 marchands du duché de Bavière y sont admis. Une confrérie de maîtres-chanteurs est également mentionnée à Haguenau, ainsi qu’à Wissembourg en 1597, sans qu’on ait d’autre indication.

A Colmar, la Confrérie est créée en 1546 par le poète Georg Wickram qui lui a donné en septembre 1549 un règlement s’inspirant de ceux de Fribourg, Augsbourg et Nuremberg. Il est conservé aux Archives municipales de Colmar (AMC, GG 200). La confrérie est coiffée par deux marchands qui veillent à la bonne application des règles et par deux Buchsenmeister chargés de la trésorerie. Le règlement prévoit que soient organisés tous les ans trois concours de chant, le dimanche de la Trinité qui est la fête principale de la confrérie au cours de laquelle tous les membres se doivent d’assister à la messe à l’église de l’hôpital, ainsi qu’à Pâques et à la Pentecôte.

Sous l’impulsion de Wickram, les Kolmarer Meistersinger s’organisent et connaissent un certain renom. Wickram réalisa un gros recueil de chants d’environ 1000 titres, la Kolmarer Liederhandschrift, sans qu’on sache exactement s’il s’est contenté de collecter des Lieder remontant aux XIIe-XVe siècles ou s’il a rédigé lui-même et mis en musique certains chants. Ce manuscrit d’environ 850 feuillets fut longtemps conservé au poêle du Wohlleben, siège de la corporation des cordonniers, des tanneurs et des selliers, situé 28, rue des Marchands. A la Révolution, le poète Théophile Pfeffel récupéra le manuscrit qui passa ensuite à ses héritiers. En 1858, il apparut chez un libraire de Bâle et fut acquis par la Bibliothèque royale de Munich où il est conservé de nos jours. Le manuscrit fut publié en 1862 à Stuttgart par le médiéviste K. Bartsch. L’action de Wickram permit l’épanouissement de l’École de Colmar qu’il hissa à un bon niveau. Si elle n’a pas suscité de grands poètes, elle eut toutefois le mérite de donner asile, puis de transmettre les Lieder du Moyen Âge. A partir de 1552, date qui correspond au départ de Wickram pour Bergheim, la confrérie est sur le déclin. Au tournant du XVIe siècle, il n’y a plus trace des maîtres-chanteurs à Colmar.

Wickram est également célèbre pour avoir donné une nouvelle impulsion à la littérature des farces (Anekdoten und Schwänken) et pour avoir créé le roman en prose allemand. La corporation acquit une grande célébrité grâce aux « Jeux de Carnaval » composés par Wickram. Ces pièces étaient jouées par des bourgeois, avec le soutien du Conseil, au poêle des cordonniers ou sur des tréteaux dressés devant la collégiale. La foule s’esclaffait aux plaisanteries gaillardes. Il adapta également au théâtre des sujets sérieux tirés de la Bible.

A Strasbourg, comme à Colmar ont lieu trois fois l’an des concours de chant, les Schulsingen. Les chants sont interprétés sans accompagnement. Les règles de cet art sont consignées dans la Tabulatur. On nomme des juges, les Merker, dont la tâche était de critiquer les concurrents et de relever les atteintes aux règles de la Tabulatur.

Les confréries de maîtres-chanteurs sont fortement marquées par leur origine religieuse : obligation d’assister à la messe aux temps forts de l’année liturgique, date des concours. A Strasbourg, les confréries furent mises au service de la diffusion des idées de la Réforme, puis combattirent la Contre-Réforme. Le préteur royal Klinglin, qui ne les voyait pas d’un bon œil, favorisa des troupes de théâtre françaises et italiennes, ainsi que le théâtre des jésuites dont les pièces étaient écrites en français ou en latin. Il leur conseillait de s’adonner à leurs métiers et de mieux prendre soin de leurs familles. Cela n’empêcha pas les confréries de poursuivre leurs activités une bonne partie du XVIIIe siècle, alors qu’en Allemagne, elles avaient pratiquement disparu. Les maîtres-chanteurs ont longtemps été les victimes du regard porté sur elles par les humanistes qui les considéraient comme des personnes exerçant leur art pour leur plaisir et plutôt comme un passe-temps.

 

Bibliographie

GERARD (Charles), « Un mot sur le manuscrit de Colmar acheté par la Bibliothèque de Munich », RA, 1858, p. 553-561.

HOCHSTETTTER (J.H.), « Wickram, littérateur populaire, fondateur de l’École des Maîtres chanteurs de Colmar au XVIe siècle, par Auguste Stöber », RA, 1894, p. 45-60.

VOGELEIS (Martin), Quellen und Bausteine zu einer Geschichte der Musik und des Theaters im Elsass 500-1800, Strasbourg, 1911, réimpr.1979.

LEFFTZ (Joseph), Die gelehrten und literarischen Gesellschaften im Elsass vor 1870, Colmar, 1931, p.18-32.

SCHERLEN (Auguste), Topographie du Vieux Colmar. Association pour la Restauration des Edifices de Colmar, Colmar, 1996, p. 223-224.

SITTLER (Lucien), « Die Colmarer Meistersingerschule und ihr Gründer », Nouveau Rhin Français, 15/16.04.1962.

PETZCH (C.), « Jörg Wickrams Singergesellschaft und ihre grosse Liederhandschrift », Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Colmar, N° 25, 1975-1976.

NDBA, Notice de Frank Muller, « Wickram », N°40, p.4222.

 

Notices connexes

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