Confrérie

De DHIALSACE
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Bruderschaft

Association de prières et de secours mutuel, liée ou non à un métier, parfois regroupée dans une archiconfrérie et souvent placée sous le patronage d’un ou de plusieurs saints. Sa création a sans doute été suscitée par l’existence des confraternités érigées antérieurement entre les abbayes et les couvents. Son but était d’attacher plusieurs personnes ensemble par un lien spirituel de fraternité pour s’aider mutuellement par les prières, les exemples, les conseils et s’appliquer aux oeuvres de charité. Il existe deux différents types de confréries.

 

I. Confréries de métier – Fraternité, Bruderschaft, Kerze

Les confréries de métier de l’artisanat sont des organisations vouées à la piété et à l’entraide. Elles existaient bien avant le XVe siècle, mais c’est à la faveur de la mise par écrit de leurs statuts et règlements, Satzung und Ordnung, au cours de ce siècle qu’elles nous sont connues précisément. Auparavant, ces éléments de piété et d’entraide étaient aussi du ressort des corporations. Au XVe siècle, ces structures se différencient nettement de celles-ci, ainsi que des associations liées aux poêles, Gesellschaften, assemblées de Gesellen, membres d’une même communauté. Cependant, dans quelques cas, des confréries se confondent avec les Gesellschaften. Elles se caractérisent alors par des finances séparées. Les confréries de métier sont présentes dans tout le Rhin supérieur (et ailleurs). Dans les villes, elles regroupaient les membres d’un seul métier ou de plusieurs métiers apparentés. Elles recevaient maîtres, compagnons et apprentis, y compris les femmes exerçant une activité professionnelle, ou étaient réservées aux maîtres pour les unes, aux compagnons pour les autres. Certaines confréries fondées par et pour les compagnons pouvaient recevoir les maîtres s’ils le désiraient. Les compagnons avaient créé leurs propres confréries, d’une part parce qu’ils étaient assez nombreux pour en assurer le fonctionnement, d’autre part, parce que les conflits dans le monde du travail avaient créé une césure entre le monde des maîtres et celui des compagnons qui préféraient être autonomes et se retrouver entre eux. Les corporations, aussi, se voyaient ainsi déchargées d’un certain nombre de devoirs. Cette autonomie était néanmoins soumise à condition, à savoir le respect absolu des statuts et règlements, tant par chacun des membres que de la confrérie dans son ensemble. Certaines confréries, comme celles des bergers, des musiciens et même des aveugles s’étaient formées à l’échelle régionale.

Le premier but des confréries, tel qu’énoncé dans les statuts, est de favoriser la piété collective par l’assistance à d’innombrables messes, des dons et/ou des offrandes au cours de celles-ci, afin d’accroître la louange divine, mariale, trinitaire ou des saints et de gagner ainsi la vie éternelle, but ultime de la vie sur terre. L’emblème des confréries est un cierge, Kerze, objet de dépenses importantes et de représentation au cours des processions, qui brûlait à des moments précis devant un autel dans une chapelle ou une église et dont la confrérie avait souvent financé le décor. Cet attribut avait une telle importance que la confrérie était souvent désignée par ce terme. Un autre objectif des confréries était la prise en charge des malades dans un hôpital par le biais de fondations, l’organisation des funérailles dans des sépultures réservées et le prêt d’argent. Les membres étaient liés à la confrérie par un serment, qui donnait à cette organisation le caractère d’une conjuratio.

Ce sont surtout les confréries de compagnons qui retiennent l’attention. Les statuts complets les plus précoces sont ceux des compagnons pelletiers de Strasbourg de 1404 (AMS, CH 2969). Les compagnons tisserands de Haguenau apportent un avenant aux leurs également en 1404 (AM Haguenau, MS 8. 05, folio XXVI). Les statuts mis par écrit répondent soit à une création de confrérie, cas rare, soit à une modification statutaire, soit à un renouvellement, soit encore à une confirmation. Dans la plupart des cas, les autorités municipales agréent les statuts après en avoir vérifié le bien-fondé, agrément qui confère aux confréries le statut de corps officiel et institutionnel. Elles y apposent parfois leur sceau. Elles se prémunissent contre les abus en se réservant le droit de les supprimer en cas de manquement collectif aux règles définies, ce qui sera le cas de la confrérie des compagnons pelletiers de Strasbourg (sine datis) qui sera réhabilitée en 1428. Elles délèguent également des maîtres aux assemblées afin d’exercer une surveillance sur les discussions et, dans certains cas, ceux-ci assistent à la reddition des comptes. Dans le climat souvent conflictuel du monde du travail, les autorités craignent que ces organisations ne servent de paravent pour la fomentation de troubles et vont, en cas de crise, mener des enquêtes pour connaître l’attribution des fonds qui ne doivent être affectés qu’aux objectifs des confréries, et non, comme cela a probablement été le cas, pour financer des actions communes et délictueuses (au regard des serments professionnels et confraternels prêtés) ou subventionner des compagnons ayant perdu leur salaire. L’adhésion à la confrérie de métier est presque toujours obligatoire, et le montant de l’adhésion et de la cotisation trimestrielle engloutit une part importante des salaires. Le budget des confréries se nourrit de ces versements, mais aussi des amendes réclamées en poids de cire, en mesures de vin ou en argent. Les occasions d’amendes sont pléthoriques : non-assistance aux messes, bavardage pendant les réunions, retard dans le paiement des cotisations ou le remboursement des prêts, inconduite, blasphèmes, jurons, bagarres, non-respect des clauses relatives aux jeux... Des responsables assurent par roulement les fonctions de gardiens du cierge (Kerzenmeister), des finances (Büchsenmeister), des banquets (Urtenmeister). Le Kerzenmeister peut aussi être le « président » de la confrérie. Les rencontres ont lieu dans des maisons ou des jardins loués.

Les confréries sont placées sous la houlette du clergé, celui d’une paroisse ou d’un ordre religieux, en particulier des mendiants, qui sont ainsi les auxiliaires du pouvoir municipal et corporatif. Les statuts sont un ensemble réglementaire touchant non seulement la piété, qui doit être vérifiable, mais aussi le comportement individuel qui se doit d’être irréprochable. Les confrères, par exemple, n’ont pas le droit de séduire des femmes ou d’être souteneurs de prostituées oeuvrant dans une maison close. Les confréries de compagnons ont un autre but : se charger de faire engager dans un atelier de leur choix un compagnon arrivant dans une ville, prérogative qui, lorsqu’elle est supprimée par les corporations, conduit à des actions de masse, comme celles des pelletiers de Strasbourg à la fin du XVe siècle.

Les compagnons sont également très attachés au droit de juridiction de leur confrérie. Selon des procédures parfois complexes, ils font comparaître les coupables, les jugent et appliquent les sanctions, dont certaines sont prévues. Les délits graves sont sanctionnés par l’exclusion de la confrérie, parfois du métier, ou de la ville et/ou l’interdiction pour les délinquants de fréquenter leurs confrères. Cette exclusion équivaut quasiment à un bannissement. Lorsque des troubles professionnels éclatent, le droit de juridiction est également soustrait aux confréries à titre de sanction.

Les confréries sont aussi des structures qui permettent l’expression de l’honneur, valeur très prisée de ce monde essentiellement masculin. Lors des grandes manifestations publiques (Schwörtag, entrées de princes, processions), les confréries défilent avec leurs attributs : cierge, écussons, bannières. Elles tiennent jalousement au rang qui leur est attribué par les autorités municipales ou le clergé. Ainsi, en 1495, les compagnons boulangers de Colmar se virent évincés pour la troisième fois de la place qu’ils occupaient lors de la procession de la Fête-Dieu. Traditionnellement, ils cheminaient à proximité immédiate de l’ostensoir. On leur avait reproché la modestie de leurs porte-cierge. Ils avaient alors investi une somme colossale dans l’achat de nouveaux porte-cierge. Leur place ne leur ayant pas été rendue, ils quittent la ville en bloc, intentent trois procès, jettent l’interdit sur les fournils colmariens et sèment le désordre dans le Rhin supérieur. En 1505, enfin, ils se voient réhabilités dans leur honneur (ils avaient été décriés comme parjures) et retrouvent leur place.

Les confréries de compagnons sont des entités qui leur sont réservées et dont ils tiennent les rênes. Cependant, leur marge de manoeuvre est étroite. Sous la tutelle des autorités, elles sont soumises à des règlements sévères dont la transgression est punie par un arsenal répressif. En agréant les statuts, les autorités préfèrent réunir les compagnons à la réputation trouble dans une structure qu’elles peuvent aisément surveiller, tout en leur donnant l’illusion d’une autonomie dont les compagnons tirent néanmoins profit.

Bibliographie

MOEDER (Marcel), « Les confréries de Mulhouse au Moyen Age »,Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse, Mulhouse, 1934, p. 523-538.

RAPP (Francis), « Les confréries d’artisans dans le diocèse de Strasbourg à la fin du Moyen Age », Bulletin de la Société académique du Bas-Rhin, 1970-72, p. 10-28.

DEBUS KEHR (Monique), Travailler, prier, se révolter. Les compagnons de métier dans la société urbaine et leur relation au pouvoir. Rhin supérieur-XVe siècle, Strasbourg, 2006, p. 149-274.

Notices connexes

Artisanat, Compagnon de métier, Confrérie des bergers, Gesellschaft, Procession.

Monique Debus Kehr

II. Confréries de devotion

Association de prières et de secours mutuel, érigée avec l’approbation de l’évêque par des paroisses, des couvents, des chapitres ruraux…

 

1. Les confréries capitulaires ou des chapitres ruraux

Les documents conservés ne permettent pas d’affirmer qu’une confrérie ait été érigée par tous les chapitres ruraux, mais c’était le cas de la plupart.

BURCKLE (Jean), Les chapitres ruraux des anciens évêchés de Strasbourg et de Bâle, Colmar, 1935, p. 211-220, 316-325 (confréries capitulaires).

 

2. Les confréries paroissiales

Beaucoup de paroisses en ont érigé au fil des siècles ; il en a existé de toutes sortes :

 

- Les confréries de l’Assistance (Raitbruderschaften,Spende, «ad largam »).

Les confréries de ce nom sont généralement des confréries mariales fondées au XIVe et au XVe siècle, mais certaines sont placées sous l’invocation d’autres saints (saint Erasme à Pfaffenheim). Elles avaient pour but les oeuvres de miséricorde, mais se souciaient également de l’entretien et de l’embellissement des églises dans lesquelles elles avaient été fondées.

Il en est de spécifiques comme la confrérie des aveugles et des estropiés, érigée en 1411 en l’église Saint-André de Strasbourg, ou celles des « bonnes gens » (Gutleute) mentionnées à Ammerschwihr, Haguenau, Monswiller (1471). A l’hôpital de Strasbourg, dès 1400, existe la « grande confrérie en faveur des soins aux malades » (Siechenbruderschaft). Une confrérie « pour le soutien des malades et des pauvres » est encore attestée à Rodern vers 1804.

GENY (Joseph), « Die Raitbruderschaft », Ecclesiasticum Argentinense, 12, 1893, p. 67-69.

RUHLMANN (Fr.), « Caritative Pfarrvereine im Elsass in alter Zeit », Bull. Eccl. de Strasbourg, 1919, p. 73-79.

 

- Les confréries du Très-Saint-Sacrement.

BARTH (Médard), « Die Sakramentsbruderschaften des Elsaß », AEA, XXXV, 1971, p. 210-224.

 

- Les confréries placées sous l’invocation d’un saint.

Créées par des corps de métiers ou des compagnies d’arquebusiers, parfois même plus anciennes que celles placées sous l’invocation de la Vierge, elles avaient souvent des visées bien plus matérielles que celles-ci.

 

3. Confréries fondées par des ordres religieux

- Les confréries du Rosaire, dont les dominicains ont été les propagateurs.

INGOLD (Auguste Marie Pierre), « La Confrérie du Rosaire à Colmar et en Alsace », Miscellanea Alsatica I, Paris-Colmar, 1894, p. 49-57.

BARTH (Médard), « Die Rosenkranzbruderschaften des Elsaß, geschichtlich gewürdigt », AEA, XXXII, 1967/68, p. 53-108.

SCHMITT (Jean-Claude),La confrérie du Rosaire à Colmar (1485). Textes de fondation, « Exempla » d’Alain de La Roche, listes des prêcheurs et des soeurs dominicaines, 1970.

 

- Les confréries de la Cordelière (du Cordon de Saint- François, Seraphische Strickgürtelbruderschaften).

A côté du Tiers Ordre, très rigoureux à l’origine, les fils de Saint-François créèrent, comme une sorte de propédeutique, cette confrérie, dont le nom évoque la ceinture de corde de saint François qu’ils s’engageaient à porter durant leur vie et sur leur lit de mort.

« Tertiaires et cordigères de Saint François », Bull. Ecclés. de Strasbourg I, 1882, p. 249-252.

« Erzbruderschaft vom Gürtel des hl. Franz von Assisi »,Ecclesiasticum Argentinense XII, 1893, p. 186-187.

BRAUNER (Joseph), « Seraphische Strickgürtelbruder-schaften im Elsaß », AEKG, I, 1926, p. 409-411.

 

- Les confréries des Ceintures de cuir noir.

Erigées par les Augustins dans leurs cinq prieurés de Colmar, Haguenau, Landau, Ribeauvillé et Wissembourg.

 

Bibliographie

DURAND de MAILLANE,Dictionnaire (1787), t. II, p. 67-172.

LEVY (Joseph), « Discorde et suppression des confréries dans la Haute-Alsace pendant la Grande Révolution (1791-1796) », RCA, XXXI, 1912, p. 680-685.

GASS (Joseph), « Straßburgs Bruderschaften und Sodalitäten vor der Revolution »,AEKG, II, 1927, p. 223-240.

PFLEGER (Alfred), « Elsässische Zunftkerzenstangen », Elsassland XV, 1935, p. 193-199.

MULLER (Claude), Les Ordres Mendiants en Alsace au XVIIIe siècle, Haguenau, 1984, p. 38.

MULLER (Claude), « L’expansion de l’ordre de Saint- Augustin en Alsace au XVIIIe siècle », Archives de l’Église d’Alsace, XLIII, 1984, p. 192.

SCHLAEFLI (Louis), « Fraternités et confréries », La grâce d’une cathédrale, Strasbourg, 2007, p. 459-464.

SCHLAEFLI (Louis), Les confréries religieuses en Alsace : sources et bibliographie (Inédit).

 

Notices connexes

Confraternité de prières

Congrégation

Fraternité

Reitbruderschaft

Sodalité

Louis Schlaefli