Bois

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Holz

Couverture forestière habituellement de faible étendue. Matériau indispensable pour la construction de bâtiments, la fabrication de meubles, d’outils, de récipients. Combustible prépondérant jusqu’au milieu du XIXe siècle tant pour les particuliers que pour les industries. Mode de transport particulier : flottage. Objet de réglementations et de droits touchant à son exploitation, son transport, son usage.

Bois, outils, équipements

Bois blanc, Weichholz

Désignation collective de certaines essences à bois tendre et léger comme le peuplier, l’aune, le saule, le tremble ou le bouleau. Ces essences secondaires sont utilisées pour le chauffage des particuliers et par les boisseliers (Scheffelmacher, Fassbinder) pour la confection de divers ustensiles en bois. L’osier « Korbweide » de la famille du saule fournit des rameaux flexibles qui servent à faire des liens pour les ceps de vigne par exemple, ou des objets de vannerie (paniers, corbeilles…).

V. DigueVannerie.

Bois de marnage,Bauholzrecht

Droit d’usage des habitants d’une communauté au matériau de construction ou de réparation de leurs bâtiments. Pour les établissements industriels (verreries, forges), le bois de marnage est généralement délivré gratuitement, les autorités seigneuriales se montrant habituellement généreuses envers les entrepreneurs. Pour les particuliers, les délivrances de bois sont réglementées afin d’éviter les abus et les détournements de bois à d’autres fins (Landesarchiv Speyer B 2 397/1 Règlement forestier du comté de La Petite Pierre de 1592).

Bibliographie

REUSS (Rodolphe), L’Alsace au XVIIe siècle, 1897, t. 1, p. 577.

JEHIN (Philippe), Les forêts des Vosges du Nord du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 2005, p. 121‑125.

V. Charpentier, Colombage - Fachwerk, Menuisier.

Bois merrain, Daubenholz

Arbre débité en planches pour la tonnellerie. Par extension, bois d’oeuvre pour les instruments agricoles (pressoir…). Les modalités de délivrance sont très variables et codifiées dans chaque seigneurie. En général, le bois est marqué par un forestier en échange du versement d’une faible rétribution (Stockgeld ou Stamgeld).

V. Küfer, Tonnelier.

Châtaignier, Kastanienbaum

Essence présente sur le piémont des Vosges, sur des terroirs secs et ensoleillés, en bordure du vignoble, mentionnée en particulier du XVIe au XIXe siècle entre Saverne et Wissembourg, (ABR E 45, 11 M 102, 11 M 108, 11 M 127). Son bois imputrécible est utilisé pour confectionner les échalas des pieds de vigne (ABR C 720). Son fruit fait l’objet d’un commerce en particulier sur la marché de Haguenau au XIXe siècle (ABR 11 M 109 ; AHR 5 P 50 et 7 P 789).

Bibliographie

VOGT (Jean), « Le commerce des châtaignes des vignobles du nord de l’Alsace et du Palatinat », L’Outre-Forêt, n° 94, II, 1996.

V. Vigne, Rebenpfahl.

Bois flotté

Bois d’oeuvre flotté : bois de Hollande (synonyme de « bois de marine »).

Bois de chauffage : flottage à bûches perdues.

Bois de Hollande

Bois d’oeuvre flotté destiné à l’exportation, à l’origine pour les arsenaux des Provinces - Unies qui prospectent jusqu’en Alsace pour leurs besoins en bois à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle. Les marchands de bois hollandais ou leurs associés achètent d’importantes quantités de bois dans la forêt de Haguenau puis dans les Vosges du Nord. Ce bois est façonné sur place puis flotté sur les cours d’eau en direction du Rhin. Le bois de marine est communément appelé « bois de Hollande » même s’il prend la destination d’autres arsenaux. Le flottage de bois de Hollande est mentionné en Alsace jusqu’en 1790.

Bibliographie

JEHIN (Ph.), Les forêts des Vosges du Nord du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 2005, p. 199‑208.

SILVY LELIGOIS (Paul), « Origine et importance des bois acheminés par eau vers la Hollande aux XVIIe et XVIIIe siècles », in : Revue forestière française, n° 6, 1962, p. 511‑531.

Bois flotté, Triftflösserei

Le transport par voie terrestre d’un combustible pondéreux comme le bois a longtemps posé problème. Depuis le Moyen Âge, le bois de chauffage est évacué par flottage « à bûches perdues » sur les cours d’eau. Les bûches de trois à quatre pieds de long sont jetées dans la rivière par des ouvriers spécialisés, les « Einwerfer ». Leur cheminement est supervisé par des employés, les « Flötzer » ou « Flösse », munis de gaffes pour débloquer les bois coincés et dissuader les voleurs. Les litiges sont en effet fréquents avec les riverains et surtout les meuniers (ABR. E 279 n° 1. Dégâts commis au moulin de Dossenheim-sur-Zinsel par le flottage à bûches perdues sur la Zinsel du Sud en 1574).

Le flottage se déroule habituellement à l’automne et au printemps. L’été, période d’étiage, et l’hiver quand les cours d’eau sont pris par les glaces, sont des saisons peu propices au flottage. Des étangs sont ponctuellement utilisés pour créer un flot subit qui expulse les bûches en aval (technique de la chasse d’eau).

Le flottage à bûches perdues s’arrête généralement au premier grand centre de consommation. Plusieurs villes alsaciennes possèdent des ports aux bois comme Wissembourg sur la Lauter, ou Saverne sur la Zorn. Les grands centres urbains veillent à leur approvisionnement en bois de chauffage par l’intermédiaire de marchands des bois. Ces entrepreneurs signent des contrats de coupe avec les propriétaires forestiers et organisent le flottage en direction des centres urbains. Au XVIIIe siècle, Strasbourg est ainsi alimentée en bois de chauffage par la Bruche et Colmar par la Fecht.

Bibliographie

DESCOMBES (René), « flottage », in :Encyclopédie d’Alsace, p. 3 031.

JEHIN (Philippe),Les forêts des Vosges du Nord du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 2005, 398 p.

SCHUBNEL (Antoine), « L’exploitation de la forêt abbatiale du Herrenwald par la banquier strasbourgeois Kuckh », in : Annuaire de la société d’histoire de Munster, 1984, p. 77‑100.

« La forêt et les communautés d’habitants du Val de Munster », in : Annuaire de la société d’histoire de Munster, 1985, p. 21‑66.

WEIGEL (Bernard), « Le flottage à bûches perdues sur la Lauter aux XVIIIe et XIXe siècle », in : L’Outre-Forêt, n° 57, 1987, p. 41‑47.

V. Bruche, Ehn-Ergers, Fecht (rivière), Flottage, Giessen (rivière), Ill, Ports aux bois, Scierie.

 

Bois de feu / d’affouage « Brennholzrecht »

Droit d’usage des habitants d’une communauté au bois de chauffage délivré par feu, c’est-à-dire par ménage. Le bois de feu est habituellement constitué de bois mort gisant ou estant, d’essences secondaires et de mort-bois. En revanche, les « fruitiers » sont interdits de coupe, ce sont les arbres portant des fruits comestibles (pommiers, merisiers etc.), mais aussi les chênes, les hêtres, les pins et les sapins. Jusqu’au XVIIe siècle, les usagers possèdent un accès très libre à la forêt pour y chercher leur bois de chauffage (AB.R. G 5480 Règlement forestier du chapitre de Neuwiller-lès-Saverne de 1588). Au cours du XVIIIe siècle, face à l’augmentation de la consommation due au développement économique et à l’essor démographique, la quantité délivrée est progressivement limitée pour les usagers (Jéhin (Ph.), Les forêts des Vosges du Nord… op. cit. p. 125‑129). Cette quantité sert de référence lors des cantonnements des droits d’usage à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle (Huffel Gustave, Le comté de Dabo dans les Basses-Vosges, Nancy, 1925, 285 p.).

V. Charbon, Charbonnier, Forêt.

Bois estant, Dürrholz

Arbre mort et sec des racines à la cime mais encore sur pied.

Bois gisant, Lagerholz

Arbre mort tombé au sol.

Bois mort, Dürresholz

Arbre ou branchage sec ; à ne pas confondre avec mort-bois.

Mort-bois, Forstunkräuter

Essence ligneuse ou arbrisseau de peu valeur et donc délivré facilement aux usagers ; la liste des essences définies comme morts-bois est établie par l’ordonnance de Louis X du 22 juillet 1315 dite « la charte normande ». Elle comprend le saule, le saule marsault, l’épine blanche ou aubépine, l’épine noire ou prunellier, le cornouiller sanguin, le sureau, le genêt, le genièvre et les ronces. L’ordonnance de 1315 est étendue à l’ensemble du royaume et reprise dans l’ordonnance des Eaux et Forêts de 1669 (titre XXIII, article 5) dont les dispositions en matière de sylviculture sont étendues à l’Alsace par le Conseil souverain et les intendants (Thomann (Marcel),L’administration des forêts d’Alsace par les intendants au XVIIIe siècle, Strasbourg, 1959, 181 p. dactyl.). Un arrêt du Conseil du roi du 10 septembre 1748 précise que les charmes, trembles, tilleuls et bouleaux ne doivent pas être assimilés aux morts-bois.

 

Bibliographie

CORVOL (Andrée), L’homme aux bois : histoire des relations de l’homme et de la forêt (XVIIe-XXe siècle), Paris, 1987, 585 p.

DEVEZE (Michel), La vie de la forêt française au XVIe siècle, Paris, 1961, 2 vol., 325 p. et 473 p.

GARNIER (Emmanuel), Terres de conquêtes : la forêt vosgienne sous l’Ancien Régime, Paris, 2004, 620 p.

HUFFEL (Gustave), Le comté de Dabo dans les Basses-Vosges. Ses forêts, ses droits d’usage forestiers. Etude historique, forestière et juridique, Nancy, 285 p.

JEHIN (Philippe), Les hommes contre la forêt, Strasbourg, 1993, 205 p.

JEHIN (Philippe), Les forêts des Vosges du Nord du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 2005, 398 p.

JEHIN (Philippe), « Nous n’irons plus au bois. Restrictions des droits d’usage forestiers aux XVIe et XVIIe siècles en Alsace », in : Actes du colloque Autorité, Liberté, Contrainte en Alsace (octobre 2009), Strasbourg, 2010, p. 175‑192.

Notice connexe

Forêt

Philippe Jéhin