Empire

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Imperium, Reich

Au sens premier, Empire désigne un espace politique dont la cohésion relève d’un pouvoir unique, qui s’incarne dans la personne d’un souverain supérieur à tous les autres détenteurs de l’autorité. La notion d’Empire implique l’idée d’une domination universelle en même temps que celle d’une grande diversité. Le mot latin imperium correspond à ce concept d’étendue, également rendu par l’allemand Reich, lui-même issu de la racine celte –rig (apparentée au latin rex, regnum), exprimant la force et la puissance. En Europe de l’ouest, le modèle de référence est l’Empire romain, instauré par Auguste en 27 avant J.-C. et aboli, de fait, à la chute du dernier empereur d’Occident, Romulus Augustulus, en 476. Le terme d’imperator, empereur, confondu avec le nom Caesar, a donné l’allemand Kaiser. À l’est, l’Empire romain d’Orient, ou Empire byzantin, perdure jusqu’à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, mais son emprise se restreint progressivement aux pays de langue grecque, Asie mineure et Balkans. Il s’était développé depuis la fin du IIIe siècle, dans le cadre d’un partage territorial au sein de la famille impériale (la Tétrarchie) et s’était officiellement stabilisé en 395.

Au Moyen Âge et à l’époque Moderne, l’Alsace fait explicitement partie de l’Empire « romain », dans ses deux versions européennes, l’Empire carolingien (800-924) et le Saint-Empire romain-germanique (962-1806).


L’empire carolingien

La restauration impériale de 800

Le couronnement de Charlemagne par le Pape Léon III a lieu à Saint-Pierre de Rome le 25 décembre 800. Il entérine une évolution politique et idéologique entamée depuis Charles Martel († 741), lorsque le lignage des Pippinides (ou des Carolingiens) unifie à son profit les deux royaumes mérovingiens de Neustrie et d’Austrasie, d’abord en cumulant les fonctions de maire du Palais, puis en assurant la relève de la dynastie par ses propres fils, Carloman et Pépin le Bref. Quand ce dernier est sacré seul roi des Francs par le pape Etienne II (754), l’unité est faite. Son fils Charles poursuit ses conquêtes, ajoutant aux deux royaumes la couronne de roi des Lombards (774) et soumettant les peuples voisins de ses terres, de manière à former un vaste empire avant la lettre (incluant désormais Bavière, Thuringe, Saxe, Frise en plus de la Gaule et de l’Italie du Nord). Pour l’entourage royal (notamment son conseiller Alcuin) comme pour le pape, cette domination se confond avec celle du christianisme romain, ce qui invite au parallèle avec l’Empire de Byzance, alors tenu par l’impératrice Irène, et, de ce fait, considéré comme vacant. La cérémonie organisée par Léon III vise autant à promouvoir les intérêts personnels du pontife qu’à surmonter les réticences de Charles, qui hésite à proclamer l’Empire. S’il accepte le titre impérial, cela reste à titre personnel (Karolus, serenissimus augustus, a Deo coronatus, magnus et pacificus imperator, Romanum gubernans imperium – gouvernant l’empire romain –, … per misericordiam Dei rex Francorum et Langobardorum), bien que l’empereur d’Orient finisse par reconnaître ce titre implicitement (812). Ce n’est qu’en 813, en couronnant luimême son fils Louis le Pieux, à Aix-la-Chapelle, qu’il assure effectivement la pérennité de l’Empire.


La réalité d’un Empire

La mise en place d’institutions impériales procède du mode de domination qui a cours sous Charlemagne et ses successeurs : la cour, souvent nomade, entre villas ou monastères royaux, tend à se stabiliser dans la partie centrale de l’Empire, notamment à Aix-la-Chapelle considérée comme la « troisième Rome ». L’administration est aux mains de fidèles, ou, du moins, d’une aristocratie restreinte et mobile, exerçant les fonctions comtales (dans près de 300 circonscriptions), ou est contrôlée par les inspections des missi dominici. Le souverain s’efforce d’instaurer une législation commune édictée dans des capitulaires et réunit des assemblées de « grands ». Mais les lois ethniques restent en vigueur et les particularismes locaux peuvent donner lieu à des découpages conjoncturels (p. ex., royaume d’Aquitaine créé en 781 pour Louis [le Pieux] ou rétabli en 817 pour le fils de ce dernier, Pépin).


Le reflux

La tradition germanique de partages successoraux contrarie d’autant plus l’unité de l’Empire qu’il arrive que des fils anticipent sur leur héritage en obtenant des sortes d’apanages.

À l’exception de Louis le Pieux (814-840), associé au trône un an avant la mort de Charlemagne, aucune succession impériale ne se produit sans partage, complot ou conflit. En 833, l’épisode du Champ du Mensonge, au cours duquel les frères Lothaire, Louis et Pépin s’emparent de leur père et l’écartent du pouvoir pendant deux ans, a lieu en Alsace même, dans le grand domaine de Sigolsheim. Scellée par les serments de Strasbourg de 842, l’alliance de Louis le Germanique et de son demi-frère Charles Le Chauve fait émerger les deux royaumes de Francie orientale et de Francie occidentale et ne laisse qu’une prééminence honorifique à leur aîné Lothaire (840-855) lors du traité de Verdun de 843. L’Alsace, incluse dans les pays d’entre-deux demeurés entre les mains de ce dernier ne tarde pas à être annexée par le royaume germanique (Traité de Mersen, 870), tandis que la Lotharingie se délite. Charles le Chauve (875-877) et son neveu Charles III (881-887) sont les derniers empereurs sacrés à Rome en maintenant la fiction de l’Empire. Leurs successeurs – « des roitelets sans grands pouvoirs » (F. Rapp) – Guy de Spolète (891-894), Lambert de Spolète (894-896), Arnulf de Carinthie (896-899), Louis III l’Aveugle (901-905) et Bérenger Ier (916-924) règnent à éclipses sur les débris des anciens royaumes.


Mémoire et empreintes

Le domaine royal – ou impérial –, appelé fisc, a été accaparé par l’aristocratie carolingienne (les comtes du Nordgau, ultérieurement les Eguisheim) ou est transféré aux monastères bardés de diplômes impériaux. Les monastères cultivent la mémoire de ces donations, qui deviennent un enjeu de pouvoir. Ainsi, le prieur de Lièpvre, dont les biens sont revendiqués par l’abbaye de Saint-Denis, en vertu des relations de l’abbé Fulrad et de Charlemagne, ou Munster, qui prétend à l’immédiateté impériale en alléguant un privilège de Louis le Pieux. Au XVIe siècle, les ducs de Lorraine font valoir leurs racines carolingiennnes pour fonder leurs prétentions à la couronne de France.


Bibliographie

FOLZ (Robert), Le couronnement impérial de Charlemagne, Paris, 1964.

HUMMER (Hans J.), Politics and Power in Early Medieval Europe: Alsace and the Frankish Realm, 600–1000, Cambridge, 2005.

WILSDORF (Christian), L’Alsace, des Mérovingiens à Léon IX. Articles et études, Strasbourg, 2011.


 

Le Saint-Empire romain germanique, Heiliges Römisches Reich teutscher Nation

Désignation et étendue

Après une longue parenthèse (924-962), l’Empire romain d’Occident est rétabli par le roi Otton Ier en 962. Il est sacré et couronné par le Pape Jean XII le 2 février de cette année, à Saint-Pierre de Rome, après avoir rétabli le pontife dans ses prérogatives temporelles (Privilègeottonianum, 13 février 962).

Électif, à l’instar de ce qui existe depuis la déposition de Charles le Gros (887), cet Empire voit se succéder plusieurs lignées dynastiques au fil d’une histoire marquée de nombreux incidents.

Aux empereurs saxons (962-1024, détenteurs de la royauté depuis 911) succèdent les Saliens, ducs de Franconie, de 1024 à 1125, puis, après l’intermède de Lothaire IV de Supplimbourg, les Hohenstaufen (1146-1250), eux-mêmes écartés de la couronne entre 1198 et 1212. À l’issue du Grand Interrègne (1250-1273), l’élection du roi Rodolphe Ier laisse entrevoir l’arrivée des Habsbourg, contrariée par l’élection d’Adolphe de Nassau (1291-1298), compétiteur de son fils Albert Ier. L’extinction des Luxembourg, qui dirigent l’Empire de 1308 à 1438 – avec une interruption de dix ans en faveur de Robert de Palatinat (1400-1410) – ouvre la voie aux Habsbourg qui conservent la dignité impériale jusqu’à la suppression de l’Empire, et se prévalent du titre d’empereur jusqu’en 1918.

La définition spatiale de l’Empire fait problème : jusqu’aux Hohenstaufen, l’ambiguïté « orbis romanus » et « orbis christianus » subsiste dans les esprits. L’empereur Otton III (991-1002), qui fixe sa capitale à Rome, se pose en souverain universel, recevant l’hommage des quatre nations – Gaules, Germanie, Slavonie et Rome – qui composent l’Empire. Cette vision unitaire s’était déjà exprimée en 987 par l’appui apporté par Otton II à Hugues Capet, devenu roi de Francie occidentale.

En réalité, l’hégémonie sur les royaumes christianisés d’Europe centrale (Hongrie, Pologne) reste virtuelle, tandis qu’apparaît une frontière permanente à l’ouest, suivant les vallées de l’Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône. La France, dont le roi « est empereur en son royaume », ne reconnaît à l’Empereur qu’une autorité morale (esquissée lors des deuxième et troisième croisades, puis lors de la visite de Charles IV à Paris en 1378). L’Espagne du Moyen Âge échappe à la tutelle impériale – la confusion introduite par l’élection de Charles Quint est rapidement dissipée –, à l’instar des pays scandinaves et des îles britanniques.

Le noyau de l’Empire est le royaume d’Allemagne, dont la couronne est le préalable à la dignité impériale. Il se décompose lui-même en quatre grands ensembles, les duchés ethniques (Alémanie-Souabe, correspondant au Bade-Wurtemberg, à l’Alsace et à la Suisse alémanique), la Bavière, la Franconie et la Saxe, cette dernière s’étendant jusqu’au Rhin moyen.


Titres et symboles

Le terme Sacrum imperium est attesté pour la première fois en 1157, dans le cadre de la lutte de Frédéric Barberousse contre le Pape (diète de Besançon), et le syntagme « Sacrum romanum imperium » l’est en 1187 : la mention « Nationis germanicaee » n’apparaît qu’au milieu du XVe siècle, dans le contexte de l’humanisme « traditio imperii ad Germanos ». Le nom Saint Empire romain de nation germanique, ou Saint-Empire romain-germanique est un démarquage de l’allemandHeiliges Reich teutscher Nation.

Le souverain porte le titre d’Imperator augustus (Otton Ier), « divina favente clementia imperator augustus » (Otton II, diplôme en faveur de l’évêque de Strasbourg Erchembald en 982), plus rarement, « Imperator Francorum et Romanorum ».

Avant le couronnement impérial, dont la dernière occurrence romaine a lieu avec Frédéric III en 1454, et l’ultime épisode italien sous Charles Quint, à Bologne (1530), l’élu est roi des Romains (Rodolphe Ier : «Dei gratia Romanus rex semper augustus » en 1273) ou, ultérieurement, à partir de 1508, empereur élu (Maximilien II en 1570 : « Erwehlter Römischer Kayser zu allen Zeiten Mehrer des Reichs inn Germanien, zu Hungarn, Behem, Dalmatien, Croatien und Slavonien König ». Mehrer ou merer (forme médiévale) est la traduction allemande d’ « auguste ». Il est également désigné sous le nom de roi d’Italie et de roi de Bourgogne (ou d’Arles), par référence à l’ancien royaume intégré en 1031 : le premier de ces deux ensembles correspond à un couronnement effectif, à Pavie ou à Milan, lorsque le futur empereur « passe les monts », mais le second n’est qu’une fiction.

Les insignes impériaux (Reichskleinodien, Reichsinsignen) comprennent, outre la couronne fermée des Ottoniens (2e moitié du Xe siècle), le globe surmonté d’une croix (Reichsapfel), le sceptre, la sainte lance et la croix impériale, l’épée de cérémonie et d’autres objets symboliques. Ils ont été conservés notamment au château du Trifels (Palatinat) au XIIe et au XIIIe siècle, puis à Nuremberg de 1424 à 1796, avant d’être transférés à Vienne où ils sont toujours.

L’emblème de l’Empire est l’aigle impériale, monocéphale à l’origine, puis, sous Frédéric III, bicéphale, par référence à l’aigle de l’Empire romain d’Orient. Il figure sur les sceaux, en cire rouge sur les diplômes du souverain, sur les bannières et sur les écus d’or à l’aigle de sable, le blason de la famille régnante brochant sur ce dernier. Il apparaît sur les bâtiments publics des villes impériales (à Colmar, à Wissembourg, à Obernai…), ainsi que sur toutes sortes de supports (monnaies, plombs, filigranes, etc., voire, tardivement, sur des dossiers de chaise).

À la Renaissance, ces figures héraldiques se combinent avec d’autres éléments, tenants, colonnes, phylactères, notamment avec la devise de Charles Quint « Mehr Weiter, Plus ultra ou Plus outre ». La croix de saint André en écots (à l’image d’une branche coupée), généralement de gueules, distingue les Impériaux de la fin du XVIe et du XVIIe siècle (y compris dans l’espace sous domination de l’Espagne).

Les deux langues officielles de l’Empire sont le latin et l’allemand, comme le reconnaît Charles Quint en 1519, mais les langues locales sont licites dans les régions concernées.


Idéologie impériale

L’idée d’Empire connaît des résurgences jusqu’au moment de l’humanisme. Elle oscille entre l’exaltation d’un pouvoir unique incarné par l’empereur, confronté au souverain pontife (Querelle des Investitures 1076-1122), lutte du Sacerdoce et de l’Empire (sous les Hohenstaufen), rivalité des Guelfes et des Gibelins (en Italie du XIIIe et du XIVe siècle surtout), ou la reconnaissance d’une sorte de présidence fédérale. Concurrence et concessions se traduisent par des transferts de prérogatives régaliennes au bénéfice des princes ecclésiastiques et laïcs, qui se voient reconnaître l’immédiateté (Reichsunmittelbarkeit), en particulier sous Frédéric II (Confoederatio cum principibus ecclesiasticis de 1220, Constitutio (ou Statutum)in favorem principum de 1231), des villes les plus puissantes, dont une demi-douzaine accède au rang de villes libres (Strasbourg) ou des villes domaniales (villes impériales d’Alsace, abondamment dotées de privilèges, mais non indépendantes).

Les juristes tentent d’argumenter une cohésion en inventant des hiérarchies protocolaires ou fonctionnelles. La plus fameuse est la Théorie des Quaternions, formulée par Pierre d’Andlau, selon laquelle l’Empire repose sur un étagement d’ordres groupés par séries de quatre : en Alsace, Sélestat et Haguenau sont deux des quatre « villages », Murbach et Wissembourg, deux des quatres abbayes impériales, Rathsamhausen et Andlau, deux des quatre chevaliers héréditaires, etc.

L’humanisme rhénan place de grands espoirs dans une restauration de la puissance impériale sous la houlette de Maximilien Ier (1493-1519), à un moment de recomposition culturelle et politique de l’Allemagne. Des écrits comme la Reformatio Sigismundi (composée au moment du Concile de Bâle, peut-être dans la région), ou le manuscrit du Livre des Cent chapitres et des quarante statuts du chimérique « révolutionnaire du Haut-Rhin » en témoignent, et le millénarisme duBundschuh et de la Guerre des Paysans en reprend les thèmes.


Organisation centrale

La personne de l’empereur (ou du roi), souvent nomade, dispose de points d’appui dans son domaine propre, en Alsace, les villes qui relèvent directement de lui ou les terres confiées à des vassaux directs (villages impériaux de Basse Alsace, dépendances de la préfecture impériale de Haguenau ou de la Reichsvogtei de Kaysersberg). Ces terres se situent principalement sur le Rhin ou en Franconie. Les différentes dynasties sont polarisées par leur propre patrimoine (les Luxembourg en Bohème, les Habsbourg en Autriche). Au XIe siècle, le nouveau souverain s’efforce de parcourir l’ensemble pour recueillir le serment de ses sujets, mais cette tournée (Umritt) ne perdure pas au-delà du Grand Interrègne. Il n’y a pas de capitale, mais quelques villes emblématiques, Aix, lieu du couronnement royal, Francfort, de l’élection, ou Nuremberg. Les archevêques de Mayence, Cologne et Trèves exercent respectivement les fonctions de chancelier d’Allemagne, d’Italie et de Bourgogne.

En dehors de la coutume – qui prévaut sur le droit romain, considéré par le juriste strasbourgeois Johannes Schilter (1632-1705) comme la référence unificatrice « par défaut » –, l’organisation des pouvoirs
se fonde sur une série de diplômes et de traités assimilés à des constitutions, à commencer par le « concordat » de Worms de 1122. La Bulle d’Or, préparée à Nuremberg en janvier 1356 et promulguée à Metz le 25 décembre suivant par l’empereur Charles IV stabilise le mode d’élection du futur empereur. Plus qu’une constitution, c’est un code (Kayserliches Rechtsbuch) qui reprend des usages, en insistant sur les modalités de désignation du souverain (17 articles sur 31) et se contente de rappeler quelques règles générales sur l’interdiction des ligues urbaines illicites, de la bourgeoisie foraine – qui étendait des garanties à des non-résidents –, et pouvait être une source de conflits, sur la guerre privée et sur les droits de péage.

La définition des sept princes électeurs – les trois archevêques rhéno-mosellans, Trèves, Mayence et Cologne, le comte palatin du Rhin, le duc de Saxe « électorale », le margrave de Brandebourg et le roi de Bohème – donne lieu à une reconnaissance d’indivisibilité de leurs terres et à la plénitude de leurs souveraineté (Landeshoheit). La procédure électorale est fixée une fois pour toutes, à l’église Saint-Barthélemy de Francfort, sur convocation de l’archevêque de Mayence, à la majorité de quatre voix, l’intérim étant assuré par le duc de Saxe et l’Électeur Palatin, compétents pour les pays soumis à la coutume des Saxons et à celle des Souabes. De ce fait, les Kurfürsten sont les garants de l’équilibre d’un pouvoir.

Aux yeux de Charles IV, l’Empire est un « monstre », c’est à dire une créature artificielle.

Son gouvernement (Reichsregiment) est virtuel, et se confond avec la cour, itinérante, du souverain ou, plutôt, celle du territoire qu’il domine réellement à titre héréditaire (la Bohème pour les Luxembourg, puis l’Autriche pour les Habsbourg).

La réunion annuelle des princes électeurs (qui sont tenus de maîtriser les langues en usage dans l’Empire, y compris l’italien et les langues slaves) et de l’empereur est prévue par la Bulle d’Or, mais sa réalité s’estompe. La diète (Reichstag), qui procède des réunions élargies de la cour impériale (Hoftag) fonctionne réellement à partir du XVe siècle, mais n’acquiert une structure régulière qu’à partir du règne de Frédéric III, particulièrement quand la Matricule d’Empire dresse la liste de ses membres (Reichsmatrikul) ou (Matrikel), esquissée en 1422, mise à jour en 1521.

Avant la fin du XVe siècle, le gouvernement impérial se réduit à une structure légère : le premier chancelier d’Empire au sens propre est Kaspar Schlick, en fonction entre 1433 et 1449, le premier véritable
« ministre des finances », Conrad von Weinsberg en tant que chambellan (Reichserbkämmerer) sous le règne de Sigismond. La justice est déléguée à l’échelle régionale ou supra-régionale, avec des procédures d’appel complexes – pour l’Alsace, au Landgericht de chaque landgraviat (au moins entre le XIIIe et le XVe siècle), et au-delà, au Hofgericht établi à Rottweil, sous la tutelle des comtes de Sulz, mais elle peut également être rendue par des tribunaux d’exception, dotés de privilèges exorbitants, les fameux tribunaux véhémiques de Westphalie auxquels recourent les justiciables les plus hargneux.

L’évolution constitutionnelle est le résultat des dysfonctionnements dénoncés au cours du XVe siècle, dans un mouvement de réforme générale Reichsreformation) pour lequel se mobilisent notamment les villes.

En 1495, dans le cadre de la paix générale proclamée par Maximilien (Ewiger Landfriede), proscription de la Fehde, la diète de Worms procède à une réorganisation des institutions centrales de l’Empire, en mettant en place une chambre de justice impériale (Reichskammergericht), originellement fixée à Francfort, puis dans d’autres villes du sud de l’Allemagne avant de s’établir à Spire de 1527 à 1689, puis d’être transférée à Wetzlar jusqu’à sa dissolution en 1806. Des finances impériales, destinées à son fonctionnement et aux autres besoins de l’Empire, sont rendues possibles par la création de l’impôt du denier commun (gemeiner pfennig).

Avec la Maison d’Autriche, les institutions se pérennisent, la diète siégeant à Ratisbonne à partir de 1594 et devenant permanente, dans cette ville, à partir de 1663.


5. Organisation locale

Du fait de la territorialisation, l’empereur n’a pas réussi à conserver des domaines sur toute l’étendue de l’Empire. Il a cherché à raviver des circonscriptions calquées sur les anciens comtés carolingiens, les landgraviats dans le deuxième tiers du XIIe siècle, puis, dans le sud de l’Allemagne, instauré des baillis dont le modèle peut être fourni par le préfet impérial de Hagenau (Reichslandvogt). À la diète d’Augsbourg, en 1500, Maximilien institue des Cercles (Kreise, Reichskreise) correspondant à un découpage géographique. Parmi les six régions identifiées ainsi au départ, figure un Oberrheinischer Kreis, centré sur le Rhin en amont de Mayence, mais ses contours sont mal définis (puisqu’il inclura même la Lorraine, la Savoie). L’Alsace en fait partie, y compris les terres des Habsbourg qui ne sont pas intégrées au cercle autrichien (österreichicher Kreis) délimité en 1512. En réalité, cet échelon n’a qu’une existence théorique, et la concertation se déroule dans d’autres cadres, les « États » d’Alsace ou des « quartiers » du cercle du Rhin supérieur, comme c’est le cas lors de la publication, en 1552 de la Policey Ordnung der stend im Elsass.

Bibliographie

Le site internet www.regesta-imperii.de présente l’ensemble des ressources disponibles.

FOLZ (Robert), L’idée d’Empire en Occident du Ve au XIVe siècle, Paris, 1953.

FOLZ (Robert), La naissance du saint Empire, 1970.

GUENEE (Bernard), L’Occident aux XIVe et XVe siècles. Les États, Paris, 1971.

RAPP (Francis), Les origines médiévales de l’Allemagne moderne. De Charles IV à Charles Quint (1346-1519), Paris, 1989.

RAPP (Francis),Le Saint Empire romain germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint, Paris, 2000.

RAPP (Francis),Maximilien d’Autriche, Paris, 2007.

Collection Enzyklopädie deutscher Geschichte :

SCHIMMELPFENNIG (Bernhard), Fürsten, Kaiser und Papst nach dem Wormser Konkordat, Munich, Oldenbourg, 1996 [37].

EHLERS (Joachim), Die Entstehung des deutschen Reiches, Munich, Oldenbourg, 1998, [31].

BOSHOF (Egon), Königtum und Königsherrschaft im 10. und 11. Jahrhundert, Munich, Oldenbourg, 1997 [27].

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KRIEGER (Karl-Friedrich), König, Reich und Reichsreform im Spätmittelalter, Munich, Oldenbourg, 2005 [14].

SCHUBERT (Ernst), Fürstliche Herrschaft und Territorium im späten Mittelalter, Munich, Oldenbourg, 2006 [35].

Notices connexes

Diète

Droit de l’Alsace

Elsässische Landstände

Fehde

Graf

Hofgericht

Immédiateté

Kreis

Landeshoheit

[[Landfriede[n]]] (Ewiger)

Landgericht

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Matrikel

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Reichskreise

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Reichsmatrikel

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Umritt

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