Faubourg

De DHIALSACE
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Vorstadt

Le terme de faubourg est une altération de l’ancien françaisforsbourg, du latin foris, hors de, et burgum, bourg. Il s’agit de la partie d’une ville située hors de l’enceinte fortifiée, plus tard parfois englobée dans la ville par la construction d’une nouvelle enceinte. Pour se mettre à l’abri de leurs anciens seigneurs, nombre d’étrangers s’établissent entre les remparts de la ville et les palissades en bois qui bornent leur territoire, d’où le nom de « Pfahlburger », ou bourgeois des palissades, et de « Ausburger », ou bourgeois du dehors, qui résidaient à une certaine distance de la ville.

Le faubourg se forme ainsi, soit autour d’un établissement religieux – l’église paroissiale extra-muros d’une petite ville par exemple –, soit le long d’un cours d’eau ou d’une voie d’accès menant à l’entrée d’une ville. Les populations pauvres, les nouveaux arrivés en ville et les métiers agricoles, en particulier dans les grandes villes, y élisent domicile. Il concentre aussi certaines activités économiques dangereuses ou sources de nuisances, tels les potiers, les tuiliers, les distillateurs, ainsi que les tanneurs et les teinturiers. À Cologne, la Rheinvorstadt est peuplée de marchands et d’artisans (Czok, p. 7), tandis qu’à Leipzig, à partir de 1359, les forgerons venant de l’extérieur ne peuvent s’installer que dans les faubourgs (Czok, p. 17). Les métiers de la route – tels les charrons – s’y trouvent aussi, et l’on compte toujours une auberge extra-muros pour les voyageurs arrivant après la fermeture des portes.

En Alsace, le faubourg est généralement une situation de fait qui n’a pas d’existence juridique, excepté à Obernai, dont le faubourg ouest, formé par les rues dites Bühelbrunn et Mertzgasse, dispose de droits différents. Ses habitants, tout comme ceux des villages de Bernardswiller et d’Oberlinden, font l’objet d’une distinction particulière par le code de la ville (Gyss, I, p. 182-183). Le faubourg est représenté par quatre jurés (Geschworene), qui reçoivent plus tard la dénomination de chefs de tribu à l’instar de ceux de la ville (Gyss, II, p. 24‑25). À la suite de la nouvelle constitution de 1459, les habitants du faubourg ne sont admis à prendre part qu’à la nomination du Magistrat, non à celle du Conseil (Gyss, I, p. 315-317). Ils disposent d’un poêle de tribu spécifique, la Mertzgassstube, jusqu’à la Révolution française. Sous l’Ancien Régime, le faubourg et ses habitants peuvent donc être représentés auprès des autorités municipales, tel l’Obermeister à la Robertsau (Strasbourg).

Le processus de rattachement du faubourg au périmètre urbain fortifié est bien connu pour de nombreuses villes d’Alsace (Himly, Atlas, 1970). À Strasbourg par exemple, après la destruction des faubourgs par Philippe de Souabe en 1199, l’évêque Conrad de Hunebourg entreprend la construction d’une nouvelle enceinte dès l’année suivante. La troisième enceinte, réalisée entre 1374 et 1390, inclut le Faubourg National (Under Wagner), le Marais-Vert (Bruch) et le Faubourg de Pierre (Steinenvorstadt), tandis que l’agrandissement de 1404-1441, englobe la Krutenau (Livet-Rapp, II, p. 99-101). La configuration des faubourgs demeurés hors les murs nous échappe en grande partie. Leur habitat n’est pas nécessairement continu. Au sud, ils s’étendent du Heyritz à la Krutenau, incluant la Metzgerau et la Korbau, qui correspondent aux fronts de Neudorf. Au nord‑est, la Robertsau, habitée depuis le XIVe siècle, commence à la porte des Pêcheurs (Fischertor). Le Waseneck, vers l’actuelle place de la République, est peuplé de maraîchers. Adelnhofen est situé devant la Porte Blanche. Enfin on trouve un faubourg à Koenigshoffen, autour du cimetière Saint‑Gall et, plus au sud, on compte des maisons autour du couvent Saint-Arbogast, à la Montagne Verte. Les faubourgs comptent fort souvent une chapelle.

En 1392, un coup de main avorté de l’évêque Friedrich von Blankenheim sur la ville conduit les édiles à prendre des mesures pour sa sécurité. Koenigshoffen et Adelnhofen à l’ouest, le couvent des dominicaines de Sainte-Elisabeth et le grand hôpital, situés hors les murs au sud, sont détruits « avec de nombreuses maisons proches de l’enceinte », pour éviter qu’un agresseur ne les utilise lors d’un siège. Toutefois, selon le recensement de 1444, 860 Strasbourgeois habitent encore extra-muros, soit environ 5 % de la population de la ville, ce qui signifie que les faubourgs sont loin d’avoir disparu (Livet-Rapp, II, p. 103-105). Néanmoins, en 1475, redoutant d’être assiégée par Charles le Téméraire, la Ville de Strasbourg prend des mesures plus radicales et fait raser tous ses faubourgs, y compris le couvent des Carmes et les couvents de Dominicaines de Saint-Marc, Sainte-Agnès et Saint-Jean-aux-Ondes, édifices dont bon nombre de contemporains ont regretté la démolition.

Le faubourg est ainsi volontairement sacrifié pour la défense de la ville. C’est également le cas à Eguisheim, dont les habitants incendient leur propre faubourg en 1298, tandis que celui de Rouffach est brûlé par l’ennemi (MGH SS 17, p. 263, lignes 33-34). Le village de Deinheim, situé au nord de Colmar, est détruit sur ordre des autorités municipales en 1335 et ses habitants s’installent en ville, dans le faubourg de Brisach, également appelé Deinheimer Vorstadt, nouvellement aménagé.

Le faubourg de Benfeld – dont la superficie initiale demeure inconnue – est situé entre l’Ill et l’enceinte médiévale et reçoit son premier rempart à la fin du XVIe siècle. De nombreuses propriétés sont sacrifiées à cette fin, puisqu’en 1595 la régence épiscopale de Saverne doit dédommager des propriétaires dont les maisons ont été réquisitionnées (ABR 1G 10/69). Ce même faubourg sera détruit et abandonné par les habitants lors du siège de la place forte par l’armée suédoise, à la fin du mois de septembre 1632, ce qui laisse à penser que la distinction entre le faubourg et la ville est bien réelle, puisque le faubourg figure aux premières lignes lors des guerres du XVIIe siècle ; bien que fortifié, il est tout aussi vulnérable à l’époque moderne qu’au Moyen Âge. Le faubourg de Saverne, par exemple, ainsi que la ville basse et la ville moyenne, sont détruits à plusieurs reprises. En janvier 1622, il est notamment incendié par les troupes de Mansfeld, puis une nouvelle fois en 1636 par les troupes du duc de Saxe-Weimar.

Vers la fin du XVIIe siècle, la transformation par Vauban de certaines villes en places fortes (Strasbourg, Sélestat) empêche ces dernières de nourrir toute velléité d’agrandissement au-delà de leurs limites, du fait de l’existence de servitudes militaires dans les glacis, qui limitent fortement la construction en hauteur surtout en temps de guerre. Ainsi, en octobre 1793, une coalition austro-prussienne envahit le nord de l’Alsace sous la conduite du général Wurmser ; l’un de ses détachements, placé sous les ordres du lieutenant prince de Waldeck, atteint La Wantzenau, provoquant un vent de panique sur Strasbourg qui craint un siège : on démolit ainsi les maisons de la campagne à 250 toises du glacis (environ 500 mètres), on déplace leurs habitants, on abat les arbres fruitiers à hautes tiges, les peupliers qui bordent l’allée de la Robertsau et les arbres de la promenade du Contades. On préconise de raser Schiltigheim (Lombard, p. 12)…

Au début du XIXe siècle, les octrois municipaux recréés connaissent un développement spécifique, que l’on se trouve dans une ville ouverte – à l’extension possible – ou dans ville fermée, entourée d’un rempart. À Colmar par exemple, le périmètre de perception de cet impôt est repoussé hors des limites urbaines dès 1823, tandis qu’à Strasbourg, entre 1801 et 1870, les limites de perception de l’octroi correspondent aux murs d’enceinte de la ville, long de 8 km, et ses bureaux se situent aux 7 portes de la ville, à l’entrée de la Citadelle et aux écluses des Ponts Couverts et de la Porte des Pêcheurs.

Bibliographie

GYSS (Joseph), Histoire d’Obernai, Strasbourg, 2 vol., 1866.

SCHERLEN (Auguste), Topographie von Alt-Colmar, Colmar, 1922 (trad. fr., Colmar, 1996).

MASCHKE (Erich), SYDOW (Jürgen), Stadterweiterung und Vorstadt (Veröffentlichungen der Kommission für geschichtliche Landeskunde in Baden-Württemberg, 51), Stuttgart, 1969.

HIMLY (François-Jacques), Atlas des villes médiévales d’Alsace, Strasbourg, 1970.

CZOK (Karl), Vorstädte. Zu ihrer Entstehung, Wirtschaft und Sozialentwicklung in der älteren deutschen Stadtgeschichte (Sitzungsberichte der Sächsischen Akademie der Wissenschaften zu Leipzig, 121/1), Berlin, 1979.

LIVET, RAPP, Histoire de Strasbourg, Strasbourg, t. II, 1981, p. 99-105.

PIERRE (Cyril), L’octroi de Strasbourg et son personnel (1840-1872), mémoire de maîtrise, Strasbourg, 1994.

METZ (Bernhard), « Le lieu et ses habitants », Neudorf, nouveau village, nouvelle ville (catalogue d’exposition), Strasbourg, 2007, p. 9-12.

LICHTLÉ (Francis), « L’octroi à Colmar »,Annuaire de la Société d’histoire et d’archéologie de Colmar, 49, 2009-2010, p. 121-142.

LOMBARD (Norbert), L’art de la guerre. Comment aborder l’histoire militaire de l’Alsace du Moyen Âge à la guerre de 1870 (coll. Alsace-Histoire, 7), Strasbourg, 2013, p. 12.

Notices connexes

Ausbürger

Ban

Bannmeile

Etranger

Manant

Octroi

Seldener

Fabien Baumann