Elendenherberge

De DHIALSACE
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Hospitium exulum, hospice pour pauvres passants

Jusqu’au XIIe siècle, l’hôpital est exclusivement lié aux institutions religieuses. Il accueille indistinctement pauvres, pèlerins, malades, invalides, orphelins et vieillards. Avec l’apparition des villes, en Alsace à partir de la 2e moitié du XIIe siècle, les hôpitaux se multiplient. Dans une charte de 1143, le plus ancien d’entre eux, celui de Strasbourg, est appelé domus peregrinorum et pauperum (RBS I 494). À cette date, il assure l’accueil des pauvres et des pèlerins et continue très probablement à le faire jusqu’à la création, au XIVe siècle, de deux institutions spécialisées pour les pèlerins, appelées elendenherbergen. Le terme allemand elend a d’abord signifié « étranger » et n’a pris que bien plus tard le sens de « misérable ». L’elendenherberge est donc le lieu d’accueil des gens de passage, pèlerins, écoliers, pauvres prêtres et autres errants.

En Alsace, une dizaine d’hospices pour pauvres passants, désignés nommément par le terme d’elendenherberge, est attestée dans les sources. Strasbourg en a compté deux au XIVe siècle ; la première est citée dès 1349 et fusionne avec l’autre avant 1391. À Colmar et Haguenau, l’elendenherberge est citée respectivement en 1375 (Sittler p. 604) et 1374 (Hanauer, p. 123 no 251). Celles de Boersch et de
Wissembourg apparaissent dans les archives au XVe siècle (ABR 1H 52/12 ; Himly, p. 321). À Molsheim, Mutzig, Saverne et Rhinau, une telle institution est attestée au XVIe siècle (Molsheim en 1501 : ABR G 1821/8 ; Mutzig en 1566 : AM Mutzig GG 74 ; Saverne en 1583 comme partie de l’hôpital : Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, 21, 1906, p. 171- 172 ; Rhinau en 1594 : AMS 117Z 2127). Les institutions désignées par le terme d’elendenherbergen sont donc liées aux villes. Mais si l’on y regarde de plus près, un grand nombre d’hôpitaux ont eu des fonctions identiques à celles des hospices pour pauvres passants. Depuis 1317, les religieuses d’Alspach sont tenues d’entretenir l’hôpital du Bonhomme pour tous ceux qui empruntent la route de la vallée
de la Weiss (RUB I 245 no 337). Cet hôpital n’est donc rien d’autre qu’un lieu d’accueil pour les gens de passage, mais il est toujours désigné par le terme de spital ou spitalschafft (RUB IV, p. 386 no 885), jamais comme elendenherberge. Par contre, en 1439, le heimburge de Boersch donne une maison pour qu’elle serve d’elendenherberge et d’hôpital aux pauvres et aux pèlerins (zu einer elendtherberge und zu einem spithal : ABR 1H52/12). Ces deux exemples montrent que la terminologie médiévale, dans ce domaine aussi, est imprécise, et qu’elle ne suffit pas toujours à distinguer hôpital et elendenherberge.

L’augmentation des échanges, l’engouement pour les pèlerinages, l’apparition des universités et le développement des écoles entraînent une augmentation de la circulation. Si, jusqu’au XIIe siècle, les couvents bénédictins ont offert l’hospitalité aux pèlerins se rendant dans les grands centres de pèlerinage comme Saint-Jacques-de-Compostelle, Rome ou Jérusalem, et à d’autres voyageurs, leur déclin et la multiplication des voyageurs à la fin du Moyen Âge rendent nécessaires de nouvelles structures.

Pour l’elendenherberge de Strasbourg, un règlement du XVe siècle est conservé (AMS 1AH 219 et ABR G 371 fo 175 à 186). Il précise le rôle des administrateurs (pfleger), de l’économe (schaffner), de la maîtresse (meisterin), du secrétaire (schriber), du valet préposé aux pèlerins (bilgerknecht), des domestiques (gesinde). Il s’agit certes là d’une source normative, mais elle permet néanmoins d’entrevoir la vie quotidienne dans ce genre d’institution. À leur arrivée, les gens de passage doivent se défaire de leur bourdon, de leurs armes, de leur sac et de leur manteau. Ensuite, ils sont menés dans la stube, où ils doivent enlever leurs braies et leurs chaussures. C’est dans cette pièce qu’ils ont à se laver les pieds et les jambes avec de l’eau chaude qu’on leur aura préparée. Après avoir pris place à table comme on le leur indique, chacun devra réciter cinq Pater noster et autant d’Ave Maria, pour le salut de l’âme de ceux qui ont donné des aumônes. D’après le règlement, la nourriture est abondante et roborative : du pain en suffisance, de la soupe ou des légumes, une livre de viande pour deux, un tiers de pot (env. 0,6 l.) de vin, des fruits, des noix ou du fromage selon la saison. Les jours maigres, on sert du poisson ou des oeufs. Après le repas, les voyageurs doivent remercier Dieu en priant trois Pater et trois Ave. Avant de se coucher, le bilgerknecht s’enquiert auprès de chacun d’eux s’il souffre d’un mal susceptible de salir le lit, auquel cas il devra passer la nuit sur une paillasse. Celui qui passe une telle infirmité sous silence et qui salit le lit devra payer une amende de 2 schilling. On leur demande de dormir nus, à raison de deux personnes par lit. Celui qui veut garder ses vêtements parce qu’il y a caché de l’argent doit passer la nuit sur la paille. Le matin, après le réveil, servantes, schriber et bilgerknecht vérifient l’état de la literie. Normalement, on n’est admis dans une elendenherberge que pour une nuit, sauf si on tombe malade ou si le temps est trop mauvais.

Après l’introduction de la Réforme, le Magistrat demande à l’économe de l’elendenherberge de défendre aux gens de passage dans la ville de mendier (AMS 1AH 1477 fo 9 v.). En 1530, on enjoint aux gardiens des portes de les empêcher d’entrer en ville jusqu’à la fermeture de ces dernières, et puis de les conduire tous ensemble à l’elendenherberge. Le profil des gens de passage évolue à la fin des années 1530. Si, au moment de l’introduction de la Réforme dans les années 1520-1530, les pèlerins s’arrêtent encore à Strasbourg comme ils avaient l’habitude de le faire, ce n’est plus le cas par la suite. À partir de 1539, l’elendenherberge abrite des femmes sur le point d’accoucher, dont le Grand Hôpital ne veut plus. Elles y restent souvent plusieurs semaines. Puis, au fil du temps, l’elendenherberge est réservée aux pauvres, faibles et malades qui passent par la ville. Elle connaît une grande affluence pendant les périodes de cherté. En 1529 par exemple, 18 000 personnes sont hébergées. En 1530-1531, le nombre de nuitées est de plus de 23 000, soit une moyenne de 64 personnes par nuit. Par la suite, il est même arrivé que des prébendiers s’installent à demeure à l’elendeherberge.

Ces institutions disparaissent au XVIIe siècle, victimes de l’appauvrissement du pays et de l’évolution de l’attitude à l’égard des pauvres et des errants. Désormais, on privilégie la solution de l’enfermement.

Sources - Bibliographie

ABR 1H 52/12 ; ABR G 1821/8 ; AM Mutzig GG 74 ; AMS 117Z 2127) ; RUB IV, p. 386 no 885 ; RUB I 245 no 337 ; ABR 1H52/12 ; AMS 1AH 219 ; ABR G 371 fo 175 à 186 ; AMS 1AH 1477 fo 9 v.

HANAUER (Auguste Charles), Cartulaire de l’église Saint-Georges de Haguenau, Strasbourg, 1898, p. 123, no 251.

Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, 21, 1906, p. 171-172.

SITTLER (Lucien), Les listes d’admission à la bourgeoisie de Colmar (1361-1494), Colmar, 1958, p. 604.

HIMLY (François Jacques), Archives hospitalières, p. 321.

WINCKELMANN (Otto), Das Fürsorgewesen der Stadt Straßburg, Leipzig, 1922.

ADAM (Paul), Charité et assistance en Alsace, Strasbourg, 1982, p. 112-119.

GATTI (Claire), L’Hospice des pauvres passants de Strasbourg à la fin du Moyen Âge, Mémoire de maîtrise sous la direction de Georges Bischoff, Strasbourg, 2004.

Notices connexes

Assistance

Aumône

Bienfaisance

Charité

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Emigration

Gesind(e)

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Hôpital

Meisterin

Pfleger

Schaffner

Schriber

Elisabeth Clementz