Décadi

De DHIALSACE
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Dixième et dernier jour de la décade selon le calendrier républicain en vigueur du 24 octobre 1793 au 31 décembre 1805.

Chacun des 36 décadis de l’année républicaine portait le nom d’un outil agricole, pour que « le laboureur dans le jour de repos retrouve l’instrument qu’il doit reprendre le lendemain », ainsi : fléau, van et crible pour les trois du mois de nivôse (période de battage des grains). « La Convention nationale a effacé les dimanches du calendrier pour retrouver dans le décadi tout ce qui convient à l’homme libre ». Le traditionnel repos dominical était ainsi aboli (abolir n’est pas interdire !). Seul le décadi était officiellement reconnu comme jour de repos (« le dimanche républicain »), mais « la loi laissait à chaque individu à distribuer lui-même ses jours de travail et de repos » (décret du 24 frimaire an II, 24 novembre 1793, 2e partie, § VI). Il s’imposa toutefois aux administrations, tribunaux, agents et fonctionnaires publics, « la loi ne tolérant de vacances pour eux qu’au dernier jour de chaque décade ». La fermeture obligatoire des boutiques, magasins et ateliers ne fut prescrite qu’en 1798, par la loi du 17 thermidor an VI (4 août 1798), tandis que la loi du 13 fructidor an VI (30 août 1798), relative à la célébration des décadis, imposa celle des mariages exclusivement les décadis, aux chefs-lieux des cantons.

Le décadi devait être un jour de sanctification laïque (« le saint décadi » !) destiné tant à l’éducation du peuple au nouvel ordre politique par la lecture et les commentaires des lois, de la Déclaration des droits, de la Constitution, etc., ou encore des éloges ou pompes funèbres (Le Peletier, Marat, Bara, Viala, Hoche, Joubert, etc.), qu’au culte de la Raison, à celui de l’Être suprême qui lui succéda, puis au culte décadaire révolutionnaire sous le Directoire. Ainsi à Strasbourg, chaque décadi était célébré dans le temple de la Raison (la ci-devant cathédrale) un office laïque consistant surtout en sermons révolutionnaires et autres harangues sur les thèmes de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, mais surtout de l’égoïsme, de l’agiotage, de l’aristocratie, du modérantisme, de la superstition, du fanatisme, etc., invariablement conclus par une stigmatisation du clergé, catholique ou protestant, constitutionnel ou réfractaire. Le décret du 18 floréal an II (7 mai 1794), pris à l’instigation de Robespierre, ordonna qu’à chaque décadi fût célébrée une fête « pour rappeler l’homme à la pensée de la divinité et à la dignité de son être » : fêtes à l’Être Suprême et à la Nature, au Genre Humain, au Peuple Français, aux Martyrs de la Liberté, à la République, à la Haine des Tyrans et des Traîtres, au Malheur, à nos Aïeux, etc., dont l’organisation et les dépenses incombaient aux communes, mais un décret du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) ramena ces fêtes obligatoires à six : celles dela Jeunesse (10 germinal), des Epoux (10 floréal), de la Reconnaissance et des Victoires (10 prairial),de l’Agriculture (10 messidor), de la Liberté (9/10 thermidor) et celle des Vieillards (10 fructidor). Les autres fêtes décadaires pouvaient être célébrées, mais sans caractère d’obligation, et seules des initiatives locales (représentants en mission, communes, sociétés populaires, etc.) ordonnèrent la fermeture des églises et temples et interdirent tous les cultes autres que décadaires, ramenant ainsi de facto le dimanche à un jour ordinaire.

La majorité de la population n’accueillit ces cultes de substitution qu’avec indifférence, voire hostilité. Malgré la multiplication des interventions et pressions pour faire respecter la participation aux fêtes décadaires ordonnées, elle resta fidèle au dimanche grégorien. Les cultes révolutionnaires furent mieux suivis dans les villes, où y prirent essentiellement part, avec un enthousiasme plus ou moins forcé, les membres des sociétés populaires, les autorités constituées, leurs employés et ceux des services publics, stimulés par quelques « ultras » locaux ou par des activistes souvent venus d’ailleurs, tels les « propagandistes » à Strasbourg et à Colmar en l’an II ; de même, toutes les tentatives pour imposer le repos décadaire généralisé furent vouées à l’échec.

L’interdiction de travailler le décadi fut levée par un arrêt des Consuls du 7 thermidor an VIII (26 juillet 1800), seuls « les autorités constituées, les fonctionnaires publics et les salariés du gouvernement » restaient encore assujettis au repos du décadi (art. 3), mais le 18 germinal an X (8 avril 1802) leur jour de repos fut ramené au dimanche, ressuscitant ainsi officiellement l’antique semaine chrétienne.

Bibliographie

SCHNEIDER (Eulogius), « Der heilige Dekadi », Argos oder der Mann mit hundert Augen, Strasbourg, 1793, n° 62 (2 frimaire II, 22 novembre 1793), p. 489-493.

BIANCHI (Serge), « La bataille du calendrier ou le décadi contre le dimanche. Nouvelles approches pour la réception du calendrier républicain en milieu rural », Annales historiques de la Révolution française, vol. 312 (1998), p. 245-264.

SCHÖNPFLUG (Daniel), « Das Münster unter dem bonnet rouge. Dechristianisierung und Kult der Vernunft in Straßburg (1793-1794). Zur Eigenständigkeit einer lokalen Politik der Symbole », Francia, Forschungen zur Westeuropäischen Geschichte, Sigmaringen, 1998, n° 25/2, p. 105-129.

Notices connexes

Calendrier

Clergé_(Constitution_civile_du)

Clergé_réfractaire

Dimanche (Sanctification du, travail du)

Révolution française

Claude Betzinger