Couvent

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Kloster

Les différents sens du mot

Actuellement, le couvent signifie la « maison dans laquelle vivent en communauté, sous une même règle, des religieux ou des religieuses de confession chrétienne » (Trésor de la Langue française).

A la suite des recherches modernes sur les ordres religieux, un consensus tend à s’établir pour l’emploi d’un langage plus rigoureux. Les moines et les moniales habitent dans des monastères, qui peuvent être des abbayes, des prieurés ou des cellae, terme généralement traduit par ermitage. Les monastères de chartreux portent le titre de chartreuses. Ce ne sont jamais des abbayes, puisque les chartreux récusent le titre d’abbé et sont dirigés par des prieurs. Les chanoines réguliers résident dans des chapitres canoniaux (Kapitel, Stift). Les chanoines séculiers logent dans des maisons canoniales. Les ordres militaires et hospitaliers occupent des commanderies (Komturei, Kommende). Les ordres mendiants, dominicains et franciscains, se réunissent dans des couvents (Kloster), généralement en ville. Les jésuites ont des résidences ou dirigent des collèges. Les congrégations modernes, masculines ou féminines, habitent, d’après le droit canonique en vigueur, dans des « maisons » (domus), à orientation pastorale, missionnaire, éducative, enseignante ou hospitalière.

Dans une région bilingue comme l’Alsace, la confusion s’est encore accrue par le fait que l’allemand ne dispose pas de terme spécifique pour traduire le latin monasterium, au sens de communauté monastique. Le Münster (dérivé demonasterium) a uniquement un sens architectural (église abbatiale ou cathédrale) et toponymique (une ville construite autour d’un monastère, comme Munster au Val-Saint-Grégoire). Le monasterium latin, traduit en allemand par Kloster (provenant du latin claustrum, cloître), a été généralement retraduit par « couvent ». Il y a, dans des villages d’Alsace qui ont abrité autrefois un établissement monastique ou conventuel, des « Rues du couvent » qui devraient s’appeler « Rue du monastère » et, inversement, des « Rues du monastère » qui devraient se nommer « Rue du couvent ». Voilà qui nous impose de traiter d’abord du couvent.

 

Au Moyen Age

Etablissement de religieux ou religieuses, appartenant principalement aux ordres mendiants. Maison où habitent ensemble des religieux ou des religieuses des ordres mendiants, initialement les dominicains et les franciscains, auxquels furent associés par la suite les ermites de Saint-Augustin et les carmes. L’implantation d’un nombre de plus en plus important de couvents dans les villes au cours du XIIIe siècle ne tarda pas à susciter des conflits récurrents avec le clergé canonial et paroissial au sujet des droits et des revenus de la pastorale. Pour enrayer l’expansion des ordres nouveaux, le Magistrat de Strasbourg interdit en 1279 toute nouvelle érection d’un couvent à l’intérieur de l’enceinte urbaine.

 

- Dominicains et dominicaines

Les dominicains s’établissent à Strasbourg dès 1224, d’abord hors les murs, puis en 1248 à l’intérieur de l’enceinte, à Haguenau avant 1274, à Colmar en 1277, à Sélestat en 1282, à Wissembourg en 1288, à Guebwiller en 1294.

Les dominicaines se fixent à Colmar vers 1232 à Saint-Jean d’Unterlinden, en 1310 à Sainte-Catherine (couvent fondé en 1288 à Ammerschwihr), en 1236/1256 à Husern près de Pfaffenheim, à Sélestat en 1245, à Wissembourg en 1246, à Guebwiller en 1288.

Strasbourg comptait 7 couvents de dominicaines. Saint-Marc (1225), Sainte-Agnès hors les murs (1230), Saint-Jean-Baptiste aux Ondes (1240), Sainte-Catherine (1245), Sainte-Élisabeth hors les murs (1250), Saint-Nicolas aux Ondes (1252). Sainte-Marguerite, fondé en 1249 à Eckbolsheim, fut transféré en 1270 près de Sainte-Aurélie et uni en 1475 à Sainte-Agnès.

 

- Franciscains et clarisses

L’expansion des franciscains se situe également au XIIIe siècle : Strasbourg (1222), Haguenau (1222), Colmar (1232), Rouffach (vers 1250), Wissembourg (vers 1252), Mulhouse (1260), Sélestat (1280), Kaysersberg (vers 1280), Barr (1283), Bitschwiller-les-Thann (vers 1280), transféré à Thann (1297). La branche des récollets et celle des capucins appartiennent à l’époque moderne.

Les couvents de franciscaines ou de clarisses furent proportionnellement moins nombreux : Strasbourg, Sainte-Claire au Marché aux chevaux (1256), Alspach près de Kaysersberg (1282), Mulhouse (1283), Haguenau (vers 1284, transféré à Strasbourg, Sainte-Claire au Marais, 1299).

 

- Ermites de Saint-Augustin

Les ermites de Saint-Augustin, associés en 1298 aux ordres mendiants, ouvrirent des couvents à Strasbourg (1265), Mulhouse (1268), Wissembourg (1279), Haguenau (1281), Ribeauvillé (1297) et Colmar (1316).

 

- Carmes

Les carmes, primitivement un ordre érémitique, devenu de fait un ordre mendiant au XIIIe siècle, établirent leur couvent à Strasbourg, en 1316 près de Saint-Nicolas, en 1372 près de l’hôpital, et en 1476 dans l’actuelle rue Saint-Louis.

 

Bibliographie

Sur les couvents d’Alsace en particulier (les dates ne concordent pas toujours chez les différents auteurs) :

GRANDIDIER (Philippe-André), Nouvelles oeuvres historiques (1897-1900), t. 4, Colmar 1899.

PFLEGER (Lucien), Kirchengeschichte der Stadt Strassburg im Mittelalter, Colmar, 1941, p. 75-99.

BARTH (Médard), Handbuch, 1980. Paru d’abord dans les Archives de l’Église d’Alsace, 27, 1960 ; 28, 1961 ; 29, 1962-63.

HIMLY (François Jacques),Atlas des villes médiévales d’Alsace, Strasbourg, 1970.

OBERLE (Raymond) et SITTLER (Lucien) (dir.), Le Haut-Rhin. Dictionnaire des communes. Histoire et géographie, économie et société, 3. vol., Colmar, 1980-1982.

LIVET (Georges), RAPP (Françis), (dir.), Histoire de Strasbourg (1980-82), t. 2, Strasbourg, 1981, p. 62-70.

Sur la formation des ordres mendiants.

En général :

GERHARDS (Agnès), Dictionnaire historique des ordres religieux. Paris, 1998, articles « Augustins (ermites de Saint-Augustin) », « Carmes », « Conventuels », « Couvent », « Dominicains », «  Franciscains », « Ordres mendiants ».

En Alsace :

BARTHELME (Annette), La réforme dominicaine au XVe siècle en Alsace et dans l’ensemble de la province de Teutonie, Strasbourg, 1931.

BURG (André Marcel), art. « Dominicains », « Ermites de saint Augustin », « Franciscains », L’Encyclopédie de l’Alsace, t. 2, 1983, p. 2419-2421 ; t. 5, 1983, p. 2835-2836, 3168-3169.

EICHENLAUB (Jean-Luc) (éd.), Dominicains et dominicaines en Alsace XIIIe s-XXe s, Actes du colloque de Guebwiller, 8-9 avril 1994, Colmar, 1996.

COULOT (Claude) et STORNE (Franck) (dir.), Ens infinitum. A l’école de saint François d’Assise. Exposition, Strasbourg, Bibliothèque nationale universitaire, du 19 mars au 16 mai 2009, Strasbourg, 2009.

Voir aussi les articles sur les différents ordres mendiants : Capucins, Cordeliers, Dominicains, Franciscains.

 

Notices connexes

Abbaye

Chapitre

Clergé monastique ou régulier

Commanderie

Convent

Monastère

Prieuré

René Bornert