Cordeliers (Franciscains)

De DHIALSACE
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Fondé par saint François d’Assise, cet ordre religieux, dont la règle fut approuvée par le pape Honorius II en 1225, refusant la propriété individuelle et collective, ordonnait aux religieux de mendier pour vivre. Les franciscains apparurent en Alsace du vivant même du « Poverello ». Ils se fixèrent à Strasbourg en 1222 et à Haguenau, à Colmar vers 1246, à Wissembourg en 1272, à Kaysersberg et à Sélestat en 1280, à Barr en 1283 et à Thann en 1297. Les premiers groupes recrutés appartenaient à la petite noblesse et à la riche bourgeoisie urbaine. A Haguenau, les premiers disciples furent deux frères de la famille des Fleckenstein. En 1282 se réunirent, à Strasbourg, 800 religieux délégués des provinces franciscaines pour un chapitre général. En 1372, il y eut 830 délégués également à Strasbourg.

Le clergé séculier reprocha immédiatement aux franciscains leur influence et protesta contre le nombre élevé de testaments rédigés par les mourants en faveur des frères. Les tensions reprirent au milieu du XVe siècle à Strasbourg et à Haguenau notamment. Le clergé séculier exigea, en cas d’enterrement chez les religieux, une taxe appelée « Ultimum vale », de dix à cinquante florins suivant la fortune du défunt, ce que prévoyait d’ailleurs le droit canon. Au tournant du XVIe siècle, les franciscains se divisèrent en deux groupes : les conventuels, occupant de grandes maisons, et les observants, regroupés en petites communautés. En 1517, la scission fut reconnue par le pape. Seules les maisons de Barr et de Wissembourg passèrent aux observants. Chaque couvent franciscain dirigeait une ou plusieurs confréries, notamment le Tiers Ordre ou la confrérie de la cordelière (Strickgürtelbruderschaft). Les bourgeois se pressaient pour écouter les sermons des prédicateurs.

La Réforme protestante porta un grand coup à l’ordre des frères mineurs. Dans les troubles religieux disparurent les couvents de Strasbourg et de Mulhouse en 1525, de Barr en 1545, de Colmar en 1554, de Wissembourg vers 1560 et de Rouffach en 1565. Au couvent de Haguenau, la communauté ne comptait plus qu’un seul religieux, mais la situation se rétablit après la guerre de Trente Ans. Au XVIe siècle, Haguenau, Thann et Liebfrauenberg constituaient les trois communautés de conventuels. Les observants devenus récollets s’installaient à Kaysersberg en 1460, à Saverne en 1486, à Luppach en 1560, à Rouffach en 1590, à Sélestat en 1661, au Bischenberg en 1663, à Ehl près de Benfeld en 1624, à Hermolsheim près de Mutzig en 1630, à Strasbourg citadelle en 1684, au Schauenberg, près de Rouffach en 1704, à Neuwiller-lès-Saverne en 1736, à Strasbourg dans le grand couvent en 1746.

Une autre branche franciscaine réformée apparut également : celle des capucins. Une bulle papale de 1528 approuva la manière de vivre de la règle de saint François qu’inaugurèrent les conventuels Mattieu de Brascio et Louis de Fossombrone. Désormais, la famille des frères mineurs devenait un triptyque plus qu’une trinité. Furent successivement fondés Ensisheim en 1603, Weinbach près de Kaysersberg en 1613, Thann en 1622, Haguenau et Obernai en 1627, Soultz en 1632, Landser et Sélestat en 1655, Molsheim en 1659. En 1668, les supérieurs jugèrent que les capucins d’Alsace étaient assez nombreux pour former une custodie propre.

L’expansion des capucins ne se ralentit pas. De nouvelles fondations apparurent : le couvent près la citadelle de Strasbourg en 1684, Wissembourg en 1686, Colmar en 1699, Fort-Louis et Neuf-Brisach en 1719, Bergzabern dans le Palatinat français à l’époque en 1724, Blotzheim en 1737, à Strasbourg en 1738, Landau en 1740, Wasselonne en 1757 et Trois-Epis en 1779. A la fin de l’Ancien Régime, les capucins étaient l’ordre religieux qui comptait en Alsace le plus de membres (341) devant les récollets (241).

Au XVIIIe siècle, les franciscains furent en butte aux exigences de la monarchie française qui ordonnait la séparation des couvents alsaciens d’avec leur province-mère étrangère, allemande ou suisse. Pour les capucins, l’indépendance voulue datait de 1729 à la suite d’un bras de fer avec les religieux suisses. La custodie des récollets d’Alsace dut se séparer de l’ancienne province de Strasbourg en 1750 pour former une nouvelle province sous le titre de Saint-Pierre d’Alcantara, qui comprenait douze maisons, 234 religieux, dont 77 pères et clercs et 57 frères. La custodie d’Alsace des conventuels fut rattachée en 1771 à une province francaise placée sous le patronage de Saint-Joseph de Cupertino, englobant les couvents du Languedoc du Dauphiné et de la Franche-Comté.

La Révolution supprima tous ces couvents. Les capucins ne revinrent en Alsace qu’en 1888 à Sigolsheim, puis plus tard à Strasbourg-Koenigshoffen, Dusenbach, Hirsingue, les franciscains à Hohengoeft et Strasbourg.


Bibliographie

BURG (André Marcel), « Franciscains », in L’Encyclopédie de l’Alsace, Strasbourg, t.5, 1983, p. 3168-3169.

MULLER (Claude), Les ordres mendiants en Alsace au XVIIIe siècle, Haguenau, 1984, 350 p.

MULLER (Claude), « Le lys et la bure. La nécessaire francisation des capucins d’Alsace au XVIIIe siècle », in Collectanea franciscana, t. 78, 2007, p. 171-186.


 

Notices connexes

Capucins

Clarisses

Clergé monastique ou régulier

Franciscains

Claude Muller