Confession

De DHIALSACE
Aller à : navigation, rechercher

Beichte

La confession dans l’église catholique

Le sacrement

Sacrement de l’Eglise catholique qui consiste à faire l’aveu de ses péchés à un prêtre qui donne l’absolution et impose une pénitence. A l’origine, la confession était publique, mais on « cessa de s’exposer volontairement au mépris [et …] on ne se confessa plus qu’en secret ». Néanmoins, Charles Musart constate encore, dans son « Manuale parochorum », édité à Molsheim en 1669, que certains curés de campagne continuent à confesser les enfants en groupe.

Le concile de Latran (1215) imposa l’obligation pour les fidèles de se confesser une fois l’an, injonction renouvelée par celui de Trente. Il semble bien que cette obligation ait été respectée par la majorité, sinon par la totalité de la population. En 1665, le curé d’Obernai a entendu, avant Pâques, 1622 confessions, soit très vraisemblablement la totalité des adultes du lieu.

Un Beichtspiegel, rédigé au XIIIe siècle par un notaire de Neuwiller, fut relayé au siècle suivant par un Bihtebuch (Beichtbüchlein), édité en 1784 par Oberlin ; mais, tout comme la « summa confessorum », ces ouvrages ne pouvaient servir qu’à des clercs. En attendant que les masses soient alphabétisées, il incombait au clergé de préparer les pénitents à ce sacrement par la catéchèse. C’est sans doute à l’intention des confesseurs que Georges Biegeisen, jésuite natif d’Altkirch, publia sa brève (!) instruction sur le sacrement de pénitence, qui ne comportait pas moins de 376 pages. Les rituels des diocèses de Bâle et de Strasbourg donnent aux prêtres des consignes précises quant à l’administration de ce sacrement ; ainsi, le « Sacerdotale Basiliense » de 1595 y consacre 48 pages. D’autres instructions paraîtront encore au XVIIIe siècle.

A Bâle, les jeunes prêtres n’obtenaient pas le droit de confesser si leur formation en morale était insuffisante. Michel Baumann, déjà chapelain à Ensisheim, fut ordonné prêtre en 1598, mais dut se soumettre à un nouvel examen pour être autorisé à confesser : « ut nullas audiat confessiones nisi alio examine approbetur ab ordinario aptus » (AAEB A 46/1, f. 47). A Strasbourg aussi on usait de circonspection avant de donner le pouvoir de confesser à un étranger. Jean Deckendorf, prêtre du diocèse de Trèves, fut admis comme chapelain à Mutzig en 1620, mais pas autorisé à confesser : « commissio regendi cum clausula restrictiva » (G 6305, 237 vo).

En 1526, Jean Minderer, recteur de la paroisse Saint-André à Strasbourg, a été incarcéré pour avoir persisté à confesser et à dire la messe malgré l’interdiction (AMS II, 118a, 17, f. 76). Jean Henneman, recteur à Saint-Cosme, écopa d’une amende pour avoir entendu à confesse des pénitents d’autres paroisses en temps pascal, sans autorisation (1619/20) (AAEB, A 85/53, Fiscalis 1619/20, Mulctae).

L’implantation dans les villes des moines mendiants (franciscains et dominicains), puis l’arrivée des jésuites et des capucins déchargea partiellement le clergé paroissial d’une tâche lourde à assumer physiquement et psychologiquement. Si Geiler de Kaysersberg est devenu prédicateur, c’est qu’il avait reconnu « qu’il n’était pas fait pour le ministère pastoral ; ce qui l’en éloignait le plus, c’était l’administration du sacrement de pénitence. Il avait une si haute idée de la mission du prêtre au confessionnal, qu’il ne croyait jamais avoir assez bien fait ». D’autres se vouaient à la tâche avec ardeur. A la période de Pâques 1639, un jésuite de Molsheim resta douze jours à la Commanderie de Saint-Jean à Strasbourg et y entendit à confesse près de 900 (!) personnes. A Molsheim même, en 1641, on enregistra 5155 confessions dans la seule église des jésuites (Litterae annuae). Ils étaient également actifs dans les pèlerinages qu’ils desservaient (Altbronn, Neunkirch, Wiwersheim).
Pour certaines fautes graves (cas réservés), l’absolution ne peut être obtenue que de l’évêque, voire du pape. Ainsi, le curé de Ferrette, Andreas Bischof, doit se rendre à Rome en 1618 à la suite de graves manquements (AHR 1 C 3853). Les prêtres n’ont pas le droit de violer le secret de la confession : en 1472, Johann Vogler, pléban à Bâle et primissaire à Schaeffersheim, sera démis de tous ses bénéfices pour l’avoir fait.

La vie religieuse et sacramentelle fait partie de l’ordre public : le Conseil souverain publie une Déclaration qui ordonne que les médecins seront tenus le second jour qu’ils visiteront les malades, de les avertir de se confesser (8 mars 1712) (De BOUG, Ordonnances d’Alsace, I, p. 407-408).

WIRZ (Caspar), Regesten zur Schweizer Geschichte aus den päpstlichen Archiven. 1447-1513, Bern, 1911, IV, n° 69.
BIEGEISEN (Georgius), S.J., Mons Myrrhae. Sev brevis instructio de sacramento poenitentiae, Ingolstadt, 1660.
MUSART (Carolus), Manuale parochorum Siue Instructiones & Praxes Tum vitae tum Officii Pastoralis … in breuem methodum & familiarem methodum redactae, Molsheim, Rösler, 1669.
Déclaration qui ordonne que les médecins seront tenus le second jour qu’ils visiteront les malades, de les avertir de se confesser (8 mars 1712), De BOUG, Ordonnances d’Alsace, I, p. 407-408.
ROHAN (Armand Gaston de), Bischöflicher Unterricht … Uber Die Buß und Communion, Anfänglich auf Französisch und Latein heraus gegeben, nachgehends in das Teutsche übersetzt, Strasbourg, 1748.
Instructions sur les Sts sacremens de pénitence et d’eucharistie pour les jeunes personnes qu’on prépare à la première Communion…, Strasbourg, Heitz, 1787.
DURAND de MAILLANE, Dictionnaire (1787), t. II, p. 155-159.
DACHEUX (Léon), Un réformateur catholique à la fin du XVe siècle, Jean Geiler de Kaysersberg, prédicateur à la cathédrale de Strasbourg (1478-1510). Etude sur sa vie et son temps, Paris-Strasbourg, 1876, p. 23.
PFLEGER (Luzian), Beiträge zur Geschichte des katechetischen Unterrichts im Elsass im Mittelalter, Strasbourg, 1922.
CHATELLIER (Louis), Tradition chrétienne et renouveau catholique dans le cadre de l’ancien diocèse de Strasbourg (1650-1770), Paris, 1981, p. 230-231.

V. Cas réservés, Catéchèse, Confessionalia.

Louis Schlaefli

Le billet de confession – Beichtzettel

Billet attestant qu’une personne s’est confessée.

Au fil des temps, ces billets ont été donnés aux pénitents dans des situations très différentes. Il en fallait notamment pour gagner une indulgence ; il subsiste ainsi une planche de signets de confession imprimée à cet effet en 1480 à l’instigation de la commanderie de Saint-Jean de Strasbourg, incunable unique au monde (ABR H 1361e). Un billet de la main de Jacques Hammelburger, chapelain à Habsheim, est daté de 1508 (BMC Ms 13 (Bibl. du Consistoire), f. 328). Des personnes condamnées à un pèlerinage devaient généralement en rapporter comme preuve de leur passage audit lieu. En 1611, un tuilier, incarcéré à Ferrette pour avoir battu sa femme et blasphémé, a dû se rendre « à Luppach chez les Pères Déchaux », avec obligation de rapporter « un certificat constatant qu’il s’est confessé ». Jacques Weber, curé de Benfeld, fut démis pour inconduite en 1584, avec obligation de se rendre en pèlerinage à Einsiedeln et obligation de se confesser chez les jésuites de Molsheim et à Einsiedeln (G 1850).

Dans le diocèse de Bâle, une telle attestation était imposée, de manière mensuelle, au clergé à partir de 1611. Une amende est infligée à Caspar Charetton, recteur de Chèvremont, pour n’avoir pas présenté les billets pour 1610 et 1611.

Des billets de confession pascale semblent avoir précédé les signets ou images de communion pascale. D’autres ont été rapportés de lieux de pèlerinage, comme Einsiedeln, le plus souvent en vue d’un mariage.

DURAND de MAILLANE, Dictionnaire (1787), t. II, p. 155-159.
BONVALOT, Coutumes de Ferrette, 1870, p. 45.
WIRZ (Caspar), Regesten zur Schweizer Geschichte aus den päpstlichen Archiven. 1447-1513, Berne, 1911, IV, n° 69.
LERCH (Dominique), Imagerie populaire en Alsace et dans l’Est de la France, Nancy, 1992, p. 223-225.

V. Indulgences, Pèlerinage.

Jean-Pierre Renard, Louis Schlaefli

ConfessionaliaBeichtgeld, Beichtpfennig

La tradition de faire un don au confesseur est fort ancienne. Dans l’Agenda de Strasbourg de 1480, il est précisé que rien ne doit être exigé ; le Synode de Bâle de 1505 est plus explicite : rien ne doit être réclamé, mais le confesseur peut accepter un don. Geiler a blâmé cet usage, condamné également par les réformateurs, mais la tradition s’est perpétuée à Sélestat (vers 1611), à Lutterbach (1660), à Montreux-Jeune (1749)… Dès 1522, est attestée la coutume d’offrir au confesseur des oeufs de Pâques, qui existait encore au XXe siècle dans certaines paroisses.

PFLEGER (Luzian), Pfarrei (1936), p. 362-364.
BARTH (Médard), « Confession et communion en Alsace au Moyen Age », R.A. n° 95, 1956, p. 10.

 

Confessionnal – Beichtstuhl

Selon la définition de l’inventaire du patrimoine : le confessionnal est un « meuble à compartiments utilisé pour la confession. La loge occupée par le prêtre comporte un siège à accoudoirs ; elle est séparée par une plaque perforée ou une fenêtre à grille de la loge ou des loges des pénitents qui doivent comporter un agenouilloir et une représentation du Christ en croix ».
Sur les 212 confessionnaux relevés par les chercheurs de l’Inventaire dans les deux départements alsaciens, il n’en est aucun qui remonte au XVIIe siècle. Les plus anciens sont tous datés du premier quart du XVIIIe siècle (Base Palissy du Ministère de la Culture).

 

La confession dans les églises protestantes

Les réformateurs protestants n’ont pas supprimé la pratique de la confession auriculaire, mais l’ont modifiée, au point qu’elle est souvent tombée en désuétude, comme ce fut le cas, en particulier, dans l’espace réformé. Tous ont repris dans le culte la confession publique (offene Schuld) en usage dès la fin du Moyen Age. Dans les offices protestants, elle comportait à la fois une confession collective des péchés et une absolution donnée par le ministre. Enfin, ils ont essayé de pratiquer une discipline ecclésiastique visant à surveiller les moeurs, qui pouvait conduire jusqu’à l’exclusion de la cène. Mais cette pratique s’est heurtée le plus souvent à l’opposition des autorités civiles.

Selon Luther et les réformateurs strasbourgeois, il fallait remettre la foi au coeur de la pénitence. Seule la foi suscitée par l’annonce de la Parole de Dieu et portant sur l’oeuvre de Jésus Christ obtient le pardon. Ni la confession ni aucun autre acte du pénitent n’étaient méritoires comme tels. Le pardon des péchés est pure grâce : la pratique pénitentielle médiévale aurait favorisé la justification de l’homme par les oeuvres. Par ailleurs, son caractère obligatoire – au moins une fois par an – est rejeté par les protestants comme une contrainte illicite, alors qu’elle devait libérer les consciences. Les réformateurs estiment que « la confession auriculaire n’est guère qu’une contrainte tyrannique exercée par les prêtres » (Luther). Ils vilipendent l’abus de pouvoir des confesseurs, autoritaires, incompétents, voire indignes. Ils regrettent que la parole d’absolution soit comprise comme une formule magique opérant l’absolution par elle-même ou par la qualité du ministre, au lieu d’être comprise comme parole de Dieu à recevoir dans la foi.

Cependant, la foi mène normalement à la contrition et à la pénitence, quand le croyant, touché par la loi divine et la grâce, prend conscience de son péché. Cette reconnaissance, qui s’opère d’abord dans le secret de la conscience, conduit à la confession par laquelle « le pécheur se reconnaît coupable du fond de l’âme devant Dieu, il s’humilie au point qu’il n’hésiterait pas à découvrir toute son iniquité devant l’univers entier, si cela pouvait servir à la gloire de Dieu et au service du prochain » (Bucer, 1530). Cette reconnaissance du péché, qui n’est pas une énumération complète des péchés, jugée impossible, se fait soit en privé, auprès d’un autre chrétien, soit en public, lorsque le fidèle se reconnaît pécheur au milieu de la communauté. S’il est possible de se confesser aux frères dans la foi, le recours au pasteur n’est pas exclu : « A nul il n’est défendu de chercher consolation dans des cas de conscience auprès de ceux qui détiennent les clés de la sainte parole de Dieu et qui, par conséquent, disposent du pouvoir de délier » (Capiton, 1530). Mais il doit être clair que « ni un homme ni un ange ne peut remettre les péchés. Cela appartient à Dieu seul. Le prêtre, le serviteur du Christ, montre et manifeste celui qui est le pardon des péchés et qui enlève le péché du monde. Le ministre ne peut faire davantage » (Ibid.).

A Augsbourg en 1530, les théologiens strasbourgeois font valoir que la confession auriculaire n’avait pas été abolie à Strasbourg et qu’elle continuait à être pratiquée. « Seulement, on laisse à chacun la liberté de le faire aux temps, aux heures et aux personnes qu’il désire. On déconseille aussi de l’accomplir sans y être poussé par l’Esprit, sous la simple pression d’une obligation légale. Car la Parole de Dieu n’impose pas cela ».

Dans son Commentaire sur les évangiles (1527 et 1537), Bucer distingue trois aspects de la confession privée : « 1. l’ouverture de conscience pour demander conseil, lorsque l’âme est abattue et plongée dans la consternation, 2. l’aveu des péchés pour obtenir la consolation de l’évangile, quand le coeur est affligé par le poids de la faute, 3. la demande de pardon au prochain qu’on a lésé par un tort ou une offense. Ces divers aspects de la confession, faite en privé à un frère, ministre ou fidèle, doivent procéder de cette confession élémentaire et fondamentale qu’est la reconnaissance du péché devant Dieu dans le secret du coeur » (Bornert, p. 402).

Même comprise ainsi au sens large, il semble que la confession privée soit plus ou moins tombée en désuétude dans la ville de Strasbourg passée au protestantisme, au point que Marbach, le successeur de Bucer, écrit à ce dernier en 1551 : « Durant de longues années, beaucoup ont reçu les sacrements de l’Eglise, sans que les ministres fussent au courant de leur foi et de leur vie et sans que leur fût offerte l’occasion de s’adresser à ces personnes, ni de les corriger, si elles avaient commis une faute, même des plus énormes » (Bornert, p. 404).

Dans cette perspective, un certain retour à la confession privée, faite au pasteur, apparaît, principalement sous l’influence de Marbach. La veille de l’eucharistie dominicale, des offices de préparation étaient proposés à ceux qui voulaient communier le lendemain. Ils y entendaient une instruction sur l’eucharistie, confessaient leurs péchés collectivement et recevaient l’absolution. Marbach y ajouta des entretiens « privés » qui, écrit-il, « nous fournissent l’occasion de les instruire et de les corriger, s’il y a quelque défaut à reprendre, de leur recommander le ministère de l’Eglise, de leur offrir nos bons offices, d’exhorter chacun à remplir ses devoirs selon sa vocation, de redresser, de fortifier et de consoler les consciences affligées et angoissées par la connaissance de leurs péchés, en leur annonçant la parole évangélique de l’absolution privée » (ibid.). En 1557 pourtant, Marbach distingue l’ « ostension » des communiants à leur pasteur, portant sur la foi, de la confession privée. L’Ordonnance ecclésiastique de 1598 précise que le service du samedi soir « devait comprendre une instruction sur l’eucharistie, une confession et une absolution publiques, puis, pour ceux qui le désiraient, un entretien personnel et un examen pour instruire les ignorants, consoler et fortifier les consciences troublées et inquiètes ». La confession privée perdit le caractère presque obligatoire que Marbach avait essayé de lui donner (Bornert, p. 406).

Si, en un premier temps, la pénitence n’est pas pour les théologiens protestants un sacrement au même titre que le baptême et la cène et relève de la pastorale, elle revêt pourtant par la suite, chez certains auteurs et dans la pratique, un caractère sacramentel. Au cours des siècles ultérieurs, deux mouvements allaient relativiser, voire supprimer dans le luthéranisme la pratique de la confession privée : à la fin du XVIIIe siècle, le piétisme allemand s’oppose à cette confession, comprise comme préparation à la communion, en la jugeant trop ritualiste et pas assez sincère. Le siècle des Lumières vilipenda la confession privée, la jugeant contraire à l’autonomie de l’individu.

A l’époque contemporaine, la confession privée a connu un certain regain, aussi dans les Eglises protestantes, en particulier dans les communautés régulières telles Taizé ou Grandchamp.

Theologische Realenzyklopädie, t. IV, Berlin, New York, 1980 : « Beichte », p. 411-439.

BORNERT (René), La Réforme protestante du culte à Strasbourg au XVIe siècle, Leiden, 1981, p. 389-418.

Marc Lienhard