Infamie (pierre d')

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Pierre des mauvaises langues, lapis vel caput infamiae, Klapperstein, Lasterstein.

On désignait ainsi soit la pierre sur laquelle étaient exposées les filles de mauvaises vie, qu’ensuite on frappait et chassait de la localité (Wetterwald, p. 88), soit, comme à Soultz, la pierre sculptée en forme de tête de méduse que les femmes bavardes devaient porter à travers la ville (Joachim, p. 604). Le Lastertein de Wittelsheim, suspendu au-dessus de l’entrée de l’église, était appelé lapis vel caput infamiae dans le rapport de visite canonique de 1652 (Schickelé, p. 102). Le plus célèbre, celui de Mulhouse, représente une tête tirant la langue ; il est accroché au moyen d’une chaîne sur la façade de l’hôtel de ville en dessous de l’inscription :

Zum Klapperstein bin ich genannt
Den Böszen Mäulern wohl bekannt.
Wer Lust zu Zank und Hader hat
Der muß mich tragen durch die Stadt.

Les calomniateurs étaient anciennement condamnés à le porter à dos d’âne, assis à rebours, les jours de marché ou de foire. On le leur suspendait au cou, sur la poitrine, avec une pancarte motivée dans le dos. Avec sa grosse chaîne en fer, il pesait environ vingt livres. Cette pénalité était plus généralement infligée au sexe faible (Meininger). La manie de médire y aurait été si générale qu’on accordait des prix aux dames qui n’en étaient pas affectées ; ainsi, en 1626, trois femmes en ont reçu pour n’avoir médit de personne pendant six mois. La pierre fut utilisée jusqu’en 1798, date de la réunion de la ville à la France.

Le port du Klapperstein, ou « pierre d’infamie » ou « pierre des mauvaises langues » était considéré comme une peine plus infamante que l’amende et la prison (Oberreiner, p. 603). On signale des pierres de ce genre à Munster (1658-1715), Sélestat, Turckheim (1660-1682), Soultz, Soultzbach-les-Bains (1505), Strasbourg, Colmar (1515-1673), Cernay (1605-1609), Wittelsheim (1652), Kaysersberg (1605-1680), Sainte-Croix-en-Plaine, Ensisheim (1515-1519), Obernai, Molsheim… Dans le proche Delémont, les femmes s’insurgèrent en  1793 contre leur pierre des mauvaises langues, « entachée de féodalité » ! et voulurent la réduire en poudre sans toutefois la trouver (Quiquerez, 171-172).

Bibliographie

STOEBER (Auguste), « Notice historique sur le Klapperstein ou la pierre des mauvaises langues suivie de quelques mots sur le supplice de lapidation », RA, 1856, p. 5-15. Reproduction du Klapperstein en frontispice.

QUIQUEREZ (Auguste), « La pierre des mauvaises langues », RA, 1866, p. 171-172.

SCHICKELE (Modeste), « Le doyenné du Sundgau », RCA, 1899, p. 102.

GASSER (Auguste), L’église et la paroisse de Soultz (Haute-Alsace), Paris-Colmar, 1906, p. 11.

GASSER (Auguste), Livre d’or de la ville de Soultz (Haute-Alsace), Soultz-Gray, 1909, t. 1, p. 15. Reproduction du Lasterstein, p. 14.

SCHWARTZ (Louis), « Quelques recherches sur le Klapperstein de Mulhouse », Bull. du Musée Historique de Mulhouse, XXXVII, 1913.

REINACH (Adolphe), « Le Klapperstein, le Gorgoneion et l’Anguipède », Bull. du Musée Historique de Mulhouse, XXXVII, 1913.

MEININGER (Ernest), Manuel des vieux termes mulhousiens et alsaciens, Mulhouse, 1921.

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