Forestier (garde)

De DHIALSACE
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Förster

Pour surveiller les forêts, délivrer le bois aux usagers, organiser les coupes, constater et réprimer les délits forestiers ou mésus, les autorités et les communautés engagent un personnel spécifique. L’administration forestière, seigneuriale ou royale emploie des gardes forestiers plus ou moins nombreux et qualifiés dont les effectifs dépendent de l’importance du patrimoine forestier. L’administration des forêts seigneuriales relève d’une chambre forestale, gruerie ou Waldamt (v. Gruerie). Le maître forestier ou Oberförster dispose de plusieurs gardes sous ses ordres.

Pour les forêts communales, les gardes sont proposés au seigneur pour approbation et rémunérés par les communautés rurales. Ces forestiers sont recrutés jusqu’au début du XVIIIe siècle par les communautés villageoises, puis le choix des forestiers leur échappe totalement avec la mainmise de l’intendant sur les forêts communales (v. Forêt). Pour les forêts seigneuriales, les seigneurs recrutent et emploient leurs propres gardes. Jusqu’au XVIIe siècle, le forestier est généralement recruté pour une période d’un an renouvelable (nomination d’un garde forestier en 1534 par le chapitre de Neuwiller-lès-Saverne ABR G 5480). L’impétrant doit prêter serment lors de son engagement devant un officier seigneurial. Le contrat insiste surtout sur les devoirs du forestier et sa probité. Si l’ordonnance royale sur les Eaux et Forêts de 1669 oblige les officiers forestiers supérieurs à connaître « avec suffisance et capacité » la sylviculture, aucune compétence précise n’est requise pour les simples gardes forestiers. La
fonction de forestier n’est cependant pas occupée à plein temps, le garde exerce généralement un autre emploi comme agriculteur ou artisan. Les exigences des employeurs deviennent plus importantes au XVIIIe siècle. La fonction de forestier se professionnalise et se transmet souvent dans le cadre familial.

Le rôle du forestier consiste à patrouiller tous les jours dans la forêt, à dénoncer les délinquants forestiers, les mésusants, à marquer les arbres, à couper et à vendre le bois signifié par son supérieur. Pour désigner les arbres à abattre, le forestier dispose d’un outil spécifique, un marteau de forestier, Waldhammer ou Waldaxt pour l’opération de martelage. Cette responsabilité est confiée au gruyer ou à un forestier digne de confiance nommé garde-marteau. Ce dernier entaille l’écorce du tronc à hauteur d’homme et la souche au ras du sol avec le côté tranchant de l’outil, puis il frappe la partie écorcée avec l’autre côté de son marteau pour y laisser une empreinte distinctive, généralement les armes de la seigneurie.

Le forestier doit exercer une surveillance attentive des forêts qui lui sont confiées, ce qui l’oblige à patrouiller régulièrement dans les bois. Les règlements lui imposent le port d’un signe particulier, une bandoulière avec les armes seigneuriales. Pour sa sécurité, il est autorisé à porter une arme. Les autorités prescrivent la hallebarde ou le pistolet. En revanche, elles lui interdisent habituellement le fusil, car elles se méfient des tentatives de braconnage. S’il surprend un délinquant, il peut lui confisquer ses outils en guise de gage. Cependant, les fuites devant le garde ou les refus d’obtempérer sont habituels. À l’issue de sa patrouille, le forestier fait son rapport ou procès-verbal devant le greffier seigneurial. L’accusé est ultérieurement traduit devant le tribunal forestier.

Du XVIe au XVIIIe siècle, les revenus du forestier sont composés d’une part fixe et d’indemnités variables. Les gages sont versés sous forme de céréales, de mesures de vin ou d’argent. Il obtient gratuitement quelques cordes de bois pour son chauffage, le bois de compétence. Il perçoit aussi le droit de toccage, Stockgeld ou Stammgeld, une indemnité pour le marquage du bois aux usagers ou pour les ventes. À partir du XVIIe siècle, il reçoit aussi une part de l’amende infligée aux délinquants forestiers, un quart dans le comté de Nassau-Sarrewerden au XVIIIe siècle et dans le Mundat de Wissembourg (ABR 8E 7/8 : règlement de 1726) et un tiers pour les forestiers du chapitre de Neuwiller-lès-Saverne. Comme le garde-chasse, le garde forestier peut toucher des primes de tirs du gibier ou des espèces nuisibles, le Schußgeld (v. Chasse, Prime). Ses frais de déplacement et d’équipement sont remboursés. En outre, il bénéficie généralement de quelques privilèges comme des franchises d’impôts. En fait, la modicité de ses gages l’oblige à exercer un autre emploi qui le détourne bien souvent de la surveillance des forêts et qui le rend plus enclin aux malversations et à la corruption.

Les forestiers exercent un métier difficile et ingrat. Certains font preuve d’un manque de zèle à accomplir leurs rondes ou à dénoncer les délinquants. D’autres profitent de leur fonction pour vendre du bois ou se laisser soudoyer (Hoffmann, p. 678-680). Le garde malhonnête préfère parfois s’entendre avec le délinquant plutôt que de le dénoncer en échange d’une gratification pour son silence (Jéhin, 2005, p. 291). Il échappe ainsi à une éventuelle vengeance du délinquant à son encontre. En effet, le forestier se retrouve aussi parfois victime d’agressions de la part des délinquants au cours de ses rondes, dans les bois ou même à son domicile (Jéhin, 1993, p. 119-122). Il habite souvent au sein d’une communauté hostile, voire agressive à son endroit en particulier au début de la Révolution (Hoffmann, p. 682-683). Certains forestiers accomplissent de belles carrières tandis que d’autres démissionnent rapidement. Sous la Révolution, quelques forestiers seigneuriaux sont parfois reconduits dans leurs fonctions ; c’est le cas de François Antoine Berger. Maître forestier du chapitre de Neuwiller-lès-Saverne avant 1789, il est ensuite nommé maître forestier de ces mêmes forêts nationalisées par l’administration du Bas-Rhin (ABR 2G 322/B 16 no 5).

S’il évolue progressivement vers un emploi à plein temps avec des perspectives de promotion, le métier de forestier demeure difficile jusqu’au début du XIXe siècle. La profession ne semble guère attirante ; elle est peu rémunérée, pénible et dangereuse en période de crise. Le forestier scrupuleux se heurte à l’hostilité de la communauté villageoise, voire l’agressivité des délinquants.

Bibliographie

HOFFMANN,L’Alsace au XVIIIe siècle (1906), t. I, p. 672-683.

JÉHIN (Philippe),Les hommes contre la forêt, Strasbourg, 1993, p. 103-122.

JÉHIN (Philippe), « Forestier dans le Val d’Orbey au XVIIe siècle : un métier ingrat et risqué », Bulletin de la Société d’histoire du Val d’Orbey-canton de Lapoutroie, 13, 1994, p. 10-21.

GARNIER (Emmanuel). Terres de conquêtes : la forêt vosgienne sous l’Ancien Régime, Paris, 2004.

JÉHIN (Philippe), Les forêts des Vosges du Nord du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 2005, p. 277-291.

Notices connexes

Bois

Forêt

Glandée

Gruerie

Maîtrise des Eaux et Forêts

Stammgeld

Stockgeld

Toccage

Philippe Jéhin