Flottage

De DHIALSACE
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Floss, Flössen, Flotz, Flötzen

Mode d’acheminement, essentiellement du bois (de chauffage, de construction), depuis les forêts où il a été coupé jusqu’au lieu d’utilisation, par voie d’eau naturelle ou par canaux (Flössgraben, Flösskanäle). Dans les vallées vosgiennes, les forêts sont souvent d’accès très difficile et l’évacuation du bois à longue distance ne peut se faire que par flottage, de façon moins onéreuse que par voie de terre. Les troncs et madriers sont maintenus ensemble, soit par des rameaux de saule (Flossweiden), soit par des poutres, pour former des radeaux ; l’on peut ainsi transporter des voyageurs et des marchandises. Il existe des corporations de flotteurs (Flossherren, Flossknechte).

On peut admettre que, dans nos régions, le flottage se pratiquait dès l’époque romaine, en particulier sur la Zorn. Au Xe siècle, des documents attestent de l’existence de cette activité sur la Moselle, pour le bois des Vosges. En 1380, l’on relève un projet de jonction de la Sarre à la Moselle ou à la Seille, qui sera repris aux XVIIe et XVIIIe siècles.


Les principales voies de flottage

On a flotté sur le Rhin dès l’époque romaine. L’essentiel du trafic provenait des forêts de la rive droite, par la Kinzig, la Murg, le Neckar et le Main. Presque jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, de grands radeaux descendaient ainsi le fleuve jusqu’à Mannheim ou Coblence, où on les réunissait aux « Holländerflössen » destinés aux chantiers navals des Pays-Bas (témoignage de Jean André Silbermann). Sur la rive gauche du Rhin, les principales voies de flottage sont :

-- la Moselle, en direction de Metz, pour les bois des Vosges ;

-- la Sarre : le Flössregister de 1580 sur la Sarre Rouge nous est parvenu ;

-- la Zorn, ancien nom Flössbach, sert à flotter le bois des forêts de Saverne et Haguenau. Au XVIIe siècle, on cite plusieurs petits canaux, qui ne sont que les rivières flottables qui se jettent dans la Zorn : le canal de Graufthal, par exemple, amène vers le Rhin une partie des coupes de La Petite-Pierre.

Il faut citer également, en Basse-Alsace, la Mossig, la Moder, la Sauer, la Lauter et le canal de la Wantzenau à Seltz (au début du XVIIIe siècle). Strasbourg, en constant développement, a de gros besoins en bois de construction et de chauffage, couverts en grande partie grâce aux forêts de la rive droite ; le bois est flotté sur la Kinzig qui se jette dans le Rhin près de Kehl, il est acheminé vers la ville par le Rheingiessen. L’Ill sert également au flottage, en aval de Colmar. De nombreux affluents en Haute et Moyenne Alsace sont flottables : l’Andlau, affluent de l’Ill, est probablement navigable (Schiffgraben) et sert au flottage, de même que ses petits affluents. La Bruche est flottable et sera complétée par le canal de la Bruche, reconstruit en 1682 par Vauban pour des raisons militaires, mais qui servira aussi à acheminer le bois de chauffage. Un canal plus ancien, datant de 1402 environ, et peut-être même de 1015, devait déjà servir au même usage. Il faut relever encore le Giessen (val de Villé), la Lauch (vallée de Guebwiller), le Canal Vauban dans la vallée de Lauterbach, et la Fecht, affluent de l’Ill.


L’entretien des voies de flottage

Le flottage n’est que peu pratiqué au XVIIe siècle en Alsace ; il s’agit essentiellement de bois de chauffage. Les techniques de curage, d’endiguement des rivières, de construction d’écluses et de canaux étaient tombées en désuétude. Au XVIIIe siècle, des progrès se feront sentir.

De plus en plus, de petites industries s’établissent dans les vallées vosgiennes, telles que scieries, verreries et papeteries, qui permettent d’utiliser sur place le bois coupé. Le flottage subit le contrecoup de l’arrêt du Conseil d’État du 17 août 1722 interdisant l’exportation de bois vers la Hollande.

Le flottage du bois occasionne de nombreux dégâts aux rives des cours d’eaux, gêne l’activité d’un grand nombre de professions et donne ainsi naissance aux XVIIe et XVIIIe siècles à de multiples litiges. Il oblige les autorités à élaborer des réglementations. À la fin du XVIIe siècle, une ordonnance du Magistrat de Strasbourg assigne aux propriétaires de radeaux des emplacements précis, où ils sont tenus de les amarrer et de les tenir éloignés des berges. La ville perçoit aussi un droit d’écluse, appelé Schliessengeld. Des ordonnances de 1669 et 1672 règlent les litiges survenant entre flotteurs et meuniers, à propos des dégâts causés aux moulins et de l’indemnisation des journées de chômage des meuniers.

En 1745, un projet, mis sur pied à l’instigation de quelques propriétaires de forêts et industriels de la papeterie, prévoit de rendre flottable la Mossig jusqu’à l’embouchure du canal de Soultz. Il se heurte à l’opposition des meuniers, propriétaires de moulins à huile, à tabac, à papier, tanneurs, qui craignent la ruine de leur activité ; les paysans et villages riverains redoutent, quant à eux, l’inondation des champs et les dommages causés aux ponts. Après une enquête contradictoire, avec la participation de toutes les personnes concernées, un arrêt du Conseil d’État du 30 juillet 1746 autorise deux particuliers à flotter 50 000 à 60 000 cordes de bois de chauffage provenant des forêts du comte de Linange-Dabo, jusqu’à l’usine à papier du Sieur Burry, située entre Romanswiller et Wasselonne. L’exploitation de l’immense réservoir à bois aurait pu nuire aux intérêts des amodiateurs de la fourniture, à très haut prix, du bois de chauffage strasbourgeois ; Ceux-ci tiraient leur bois de la vallée de la Bruche. On suppose que des intérêts spéculatifs aient retardé la mise en exploitation des ressources de la région de Wangenbourg-Dabo. Les mêmes intérêts spéculatifs semblent avoir réussi à empêcher le flottage vers Strasbourg des bois de la forêt de Haguenau, et ceci jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.


Sources - Bibliographie

Ordonnances de 1669 et 1672.

De BOUG, Recueil (1775) : Arrêts du Conseil d’État du 17 août 1722, interdisant l’exportation de bois, et du 30 juillet 1748 sur le flottage de la Mossig.

PFANNENSCHMID (Heino), Über das Alter der Flößerei im Gebiete des oberen Rheines mit besonderer Beziehung auf die Saar und ihre Nachbarflüsse, Colmar, 1881.

REUSS, L’Alsace au XVIIe siècle (1898), t. I, p. 567 et suiv.

HOFFMANN, L’Alsace au XVIIIe siècle (1906), t. I, p. 393 et suiv.

BEYLER (A.), « Ein aussterbendes Gewerbe : das Flöszen », Almanach Saint-Joseph, 1956, p. 54-57.

JUILLARD (Étienne), SCHAEFFER (R.), « Heur et malheur d’un marais alsacien : le « Bruch » de l’Andlau », Revue d’Alsace, t. 96, 1957, p. 147.

MOSER (Raymond), « Exploitation et flottage du bois dans le bassin Bruche-Mossig des XVIe au XIXe siècle », Société d’Histoire de Mutzig et Environs, XXXI, 2008, p. 5-41.


Notices connexes

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Bois

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Bruche

Fecht

Ill

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Marcel Thomann