Presbytère (catholique)
La fondation d’une église par un patron entraîne naturellement la mise à disposition d’un logement pour le ministre du culte (v. Patronage). C’est ce que prévoient les Novelles de Justinien (VIe siècle). Auteur d’une collection canonique systématique connue sous le nom de De synodalibus causis (906), l’abbé de Saint-Martin de Trèves, Réginon de Prüm, prescrit dans les contrôles à faire par les inspecteurs ecclésiastiques, l’existence d’un presbytère pour le ministre du culte (Pfleger, AEGK 1930). Un conflit oppose, en 1192, l’inspecteur du tribunal diocésain (Sendgericht) (v. Plaid de chrétienté, Sendgericht), qui visite la paroisse de Huttenheim-le-Bas (dont le patron est le Grand chapitre), au pléban de la paroisse de Huttenheim-le-Haut, invitée à participer aux frais de réception au presbytère. Le pléban a gain de cause, car le visiteur diocésain loge habituellement dans la colonge du Grand chapitre et la paroisse du Haut n’a pas à être taxée. En 1143, Saint-Georges de Haguenau est érigée en paroisse autonome détachée de l’abbaye de Schweighouse (paroisse mère) avec presbytère pour un curé résident. Dans la lettre de mission d’une inspection synodale du diocèse de Strasbourg confiée en 1423 aux curés de Saint-Etienne, Saint-Martin et Sainte Aurélie, il est demandé de vérifier s’il y a concubinage affiché du desservant ou non-résidence dans le presbytère. Le Manuale Curatorum du théologien bâlois Ulrich Surgant (1503) (v. Catéchisme) comprend, à l’intention des inspecteurs des paroisses, qui doivent y loger, une question sur le presbytère et son ameublement.
Sommaire
- 1 Presbytères du XVIe siècle : édification et entretien
- 2 La religion du roi
- 3 Les vagues de reconstruction paroissiale d’après la guerre de Trente Ans
- 4 Les constructions du XVIIIe siècle : la maison curiale en pierre
- 5 Protestations des décimateurs d’Alsace : un presbytère type
- 6 Le presbytère, maison de fonction
- 7 La Révolution et l’Empire
- 8 Sources - Bibliographie
- 9 Notices connexes
Presbytères du XVIe siècle : édification et entretien
Si l’obligation pour le patron de doter la paroisse – et son ministre du culte – d’un logement, où il doit résider, ne fait pas de doute, il n’en est pas de même pour les charges d’entretien. Elles font l’objet d’accords entre les patrons décimateurs, les ministres des cultes et les fabriques des communautés.
À Strasbourg, le chapitre de Saint-Thomas gère les paroisses de Saint-Thomas, Sainte-Aurélie et Saint-Nicolas et met les presbytères à la disposition de leurs curés, qui peuvent être aussi chanoines de Saint-Thomas. Il en va de même pour les chapitres de Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Pierre-le-Jeune.
Malgré les recommandations du concile de Trente, les visites pastorales (avec les états des lieux destinés aux évêques de Strasbourg) ont été peu fréquentes. Elles sont déléguées aux archiprêtres des chapitres ruraux (v. Archiprêtre, Chapitre rural). Après la guerre de Trente Ans, vers 1660, ils constatent le triste état des églises et presbytères.
La religion du roi
Cet état ne laisse pas indifférent les officiers du nouveau souverain, nommés en Alsace. Le droit
des anciennes provinces françaises avait évolué.
Imposés aux décimateurs lorsque le curé n’avait pas les moyens, construction et entretien des presbytères sont à la charge des paroissiens à partir de la fin du XVIe siècle. Voilà ce qui sera réaffirmé dans l’édit royal de 1695 : « Seront tenus pareillement les habitants desdites paroisses, d’entretenir et réparer la nef des églises et la clôture des cimetières et de fournir au curé un logement convenable. »
Ce n’est pas ce que décide le Conseil souverain, qui applique les dispositions du concordat de Bâle. Dès 1659, le Conseil, encore à Ensisheim, arrête que le procureur général du roi peut saisir les dîmes collectées par les patrons et collateurs négligents « qui se contentent de percevoir les revenus qui ont été donnés aux églises, sans pourvoir lesdites églises de personnes pour administrer les sacrements aux habitants ... [alors que] les maisons destinées à l’habitation desdits curés, ensemble les églises, se démolissent et tombent en ruine [ni] entreprendre la réparation des églises et cures ... » (Arrêt du Conseil souverain (Ensisheim) du 27 mai 1659, concernant le rétablissement du service divin et les maisons curiales (De Boug I, p. 10-11). Cet arrêt de règlement est renouvelé le 31 janvier 1682 par le Conseil siégeant à Brisach (de Boug I, p. 109). Est fixé par les arrêtés de règlement du Conseil souverain (1659-1683) le fait que la charge de construction et d’entretien des presbytères incombe aux patrons et décimateurs. C’est le cas aussi des cures royales prises en charge par le roi qui puise, il est vrai, dans les sommes collectées par le don gratuit du clergé (R. Metz, « Nomination et rétribution des curés royaux », AEA, 1946). Ainsi, l’édit de 1695, quoique enregistré, n’est pas appliqué en Alsace.
Les vagues de reconstruction paroissiale d’après la guerre de Trente Ans
Dès 1680, le gouvernement royal, les intendants et les évêques entreprennent l’œuvre de reconquête catholique (Châtellier). Les paroisses, au nombre de 159 dans le diocèse en 1680, sont 275 en 1790 (plus les 16 du chapitre rural de Wissembourg, évêché de Spire) (Kammerer). 89 églises et presbytères sont reconstruits entre 1700 et 1789 (Châtellier). Un grand nombre de paroisses disposent d’un curé et de vicaires, et de presbytères pour les loger.
Louis Abel a analysé les campagnes de reconstruction ou construction des maisons curiales d’Alsace du Sud dès le lendemain de la guerre de Trente Ans, au milieu du XVIIIe siècle, confiées à des entrepreneurs, des maçons et charpentiers locaux ou bâlois ou encore du Vorarlberg. Ils élèvent de grandes maisons en bois, avec le plus souvent des grands toits à 4 pans et à croupes (Louis Abel).
Les constructions du XVIIIe siècle : la maison curiale en pierre
On relève, à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, une nette accélération de construction ou rénovation des églises et des presbytères en Alsace, avec l’apparition des maisons curiales monumentales en pierre (Louis Abel).
« D’innombrables presbytères ou maisons curiales véritables petits châteaux de campagne, élevés par les meilleurs architectes comme Joseph Massol ou Jean-Caspar Bagnato voient le jour... » (T. Rieger)
Protestations des décimateurs d’Alsace : un presbytère type
Au XVIIIe siècle en Alsace, l’entretien des presbytères était à la charge des décimateurs alors qu’il incombait aux communautés dans les autres provinces. Ces décimateurs, dans la plupart des cas, étaient des nobles ou des ecclésiatiques relevant en matière de justice du Conseil souverain d’Alsace dès la première instance, le Conseil souverain avait pris l’habitude de s’occuper des presbytères (Le Conseil souverain d’Alsace, 1964, p. 119).
Mais vers la fin du XVIIIe siècle, les décimateurs seigneuriaux et les magistrats multiplient les protestations sur les charges des presbytères, devenues de plus en plus intolérables. Ainsi les comtes, barons et gentilshommes de Haute-Alsace, dans une plainte transmise à l’intendant en 1773 (ABR. Intendance C 417) indique que : « Le mauvais exemple, dénoncent-ils, est donné par les superbes presbytères des riches abbayes d’Alsace qui [ont] des religieux pour curés dans les paroisses. » Au lieu du « logement convenable » prescrit par l’édit de 1695, « on oblige [les décimateurs] à construire au curé des maisons de seigneur mais aussi des granges, des écuries, des remises, tous les accessoires que le luxe exige ». Or les intendants des provinces voisines (Champagne, 1765, Franche-Comté, le roi Stanislas de Lorraine (1753) ont tous pris des règlements qui imposent la charge des presbytères aux paroissiens et limitent l’ampleur de la maison.
Il est vrai que l’arrêt de règlement du Conseil souverain du 18 juin 1768 met les menues réparations des presbytères à la charge des curés et vicaires, « comme tout bénéficier ou tout usufruitier a l’entretien des bâtiments qui font partie de leur bénéfice ou usufruit », soit une longue liste comprenant tuiles, ramonages, crépis, cheminées et fourneaux, serrurerie, vitres, gonds et pentures, lambris et peintures, épurement des puits et rigoles, tous travaux soumis à visite et approbation de l’ingénieur du roi (indications de M. Chassain, ingénieur des Ponts et chaussées du Roi). Les immeubles de l’église et les travaux nécessaires sont désormais contrôlés par les ingénieurs du roi, qui imposent normes et règlements. Mais ce dont se plaignent les décimateurs, ce sont les extravagances des constructions.
L’intendant d’Alsace fait établir, depuis 1771, des plans et estimatifs des travaux et matériaux de presbytères, par les inspecteurs des Ponts et Chaussées d’arrondissement Gouget, Desbordes, Christiani, Chassain, imprimés et expédiés aux baillis de département et inspecteurs des ponts et chaussées.
Outré qu’on s’en prenne à ses arrêts règlementaires de 1659 et de 1683, « qui existent et sont appliqués », le Conseil souverain constate que « dans la province d’Alsace, il n’existe pas de règle certaine ». Il décide d’en établir une « pour que le curé sache ce à quoi il a droit et que le décimateur sache ce qu’il doit ». Il obtient du roi une Déclaration (Déclaration royale du 2 mai 1775 pour le Conseil supérieur d’Alsace enregistrée le 16 juin ; De Boug II, p. 775-776 : « elle contient tout ce que la compagnie souhaitait qu’il y fut » (Holdt). S’en suit une note technique, qui prévoit pour le presbytère-type une maison de 4 appartements avec une cuisine buanderie commune, un pour le curé (60 m2), un pour le vicaire et un pour la domestique, plus un pour le visiteur. Cave et grenier, cour et puits, hangar à bois, écurie pour deux chevaux, étable pour 2 vaches et quelques petits bestiaux, plus grenier et pressoir et hangar pour les échalas et pieds de vendange. Le Conseil souverain avait vu plus grand que ne le souhaitaient les décimateurs nobles de Haute-Alsace.
Le presbytère, maison de fonction
« Le patrimoine des curés est fort inégal, mais il n’est plus guère de succession de curé sans bibliothèque. » (Chatellier p. 388). Elles prennent place dans ces presbytères qui sont devenus des maisons de fonction. Le curé y tient les registres de baptême, de mariage et d’enterrement. Même si les réunions de la fabrique se tiennent au Gericht, les comptes de la fabrique et des confréries sont conservés au presbytère. Les sacrements ont lieu à l’église et les catéchismes à l’école. Mais les accords de fiançailles peuvent se dérouler et se conclure au presbytère (v. Fiançailles, Mariage). Et c’est là que l’on s’acquitte du casuel tarifé (et non tarifé) et que les enfants remettent au curé ses œufs de Pâques (L. Pfleger, p. 102-103).
La Révolution et l’Empire
Biens nationaux, les presbytères sont nationalisés et mis en vente. R. Marx a insisté sur l’énormité des pertes subies par les fabriques catholiques, sans que l’on sache quel a été le nombre de presbytères aliénés. La propriété de ces immeubles – récupérés ou reconstruits – est désormais transférée aux communes où est située la paroisse. Après la promulgation des Articles organiques, les biens non aliénés sont rendus aux marguilliers désignés par l’évêque et les préfets (1803) (v. Fabrique). La réglementation est réunie en un décret du 30 novembre 1809, dit Code des fabriques. La législation reprend les anciennes règles du droit des anciennes provinces de France : les communes fournissent au curé ou au desservant un presbytère ou, à défaut, un logement ou, à défaut de l’un et l’autre, une indemnité représentative (art. 90). Le curé ou desservant ne sera tenu que des simples réparations locatives et des dégradations survenues par sa faute. Le curé ou desservant sortant, ou leurs héritiers ou ayants cause, seront tenus desdites réparations locatives et dégradation (art. 44).
La fabrique fait appel au budget municipal et aux fonds de concours départementaux en cas de déficit de son budget, ce qui est alors fréquemment le cas, car après la Révolution, nombre d’églises et presbytères sont en mauvais état.