Laube

De DHIALSACE
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Loube, lobium, halle.

Le mot (qui dans les langues romanes a donné loge et loggia) revêt plusieurs sens, dont ceux de galerie, pergola, pavillon de jardin, hutte, latrine-Laubel. C’est un bâtiment couvert, mais ouvert, sorte de halle soutenue par des piliers de bois, qui répond à deux usages. Il sert d’abord à rendre la justice (DinglaubeGerichtslaube, Laubengericht), le toit de ce prétoire protégeant les participants des intempéries et l’absence de murs garantissant la publicité des débats. C’est pour les bourgeois un privilège fréquent de ne pouvoir être jugés que dans leur ville, under ir louben (Mossmann, Cartulaire Mulhouse, I p. 91 : 1293). Ensuite, la Laube peut abriter le marché (Marktlaube) ou la foire (kromlaub à Dannemarie) pour la vente de divers produits (Brot-, Korn-, Kürschner, Leder-, Wat-, Weberlaube, etc.). Strasbourg a même une erweislaube (halle aux pois) et Colmar une Nusslaube ; Laube et Kaufhaus sont d’ailleurs parfois employés comme synonymes (Munster, 1502) et rien n’empêche d’utiliser le même bâtiment pour la vente et la justice (les sentences colongères sont rendues à Guebwiller sous la Lederlaube) ; bien souvent, on ignore à quel(s) usage(s) la Laube était destinée. Lorsque la commune s’assemble pour délibérer, c’est soit au cimetière, soit sous la Laube (Benfeld 1330, Kolbsheim 1567, Hindisheim 1615) ; plus tard, on lui préfère un local fermé, parfois construit en encorbellement au premier étage de la Laube ou du Rathaus (Haguenau dès 1326) et qui finit par devenir le poêle des bourgeois (Bürgerstube), toujours situé au centre de l’agglomération. Suite à la progressive émancipation des communautés face à leurs seigneurs, le bâtiment revêt une importance grandissante (Berstett au XVIIe siècle, de même que Vendenheim d’après la Dorfordnung non datée, mais constamment retranscrite entre 1720 et 1776). Entre les séances de délibérations, la commune pouvait le louer, avec droit de cabaret, pour des repas en corps et diverses festivités. Il existe même des Tanzlauben (Ribeauvillé 1420, Echery 1441, Dambach-la-Ville 1674). En fait, la Laube devient la maison commune de la localité, sorte de « salle polyvalente » avant l’heure : salle de réunion, local de stockage, voire logement (à Haguenau, un notable du XIVe siècle est appelé Erlewinuf der Lederloube). La Laube peut donc concerner, en principe, aussi bien le domaine privé que public, mais c’est ce dernier qui semble s’être imposé au fil des siècles.

En fait, l’institution est fort ancienne. La dinclobe de Koenigshoffen semble la plus anciennement citée en Alsace (1220, SUB I 149, n°184), et, à Colmar, la domus pannorum de 1226 est identique à la wotlaube de 1363. Avant la fin du XIIIe siècle, on connaît des Lauben dans au moins six villes et douze villages d’Alsace et, vers la fin du Moyen Âge, on a l’impression que tout village a la sienne. Parfois même on en trouve deux, comme à Wettolsheim, village que se partagent deux seigneurs. À Châtenois, la mairie et l’hôtel de l’Aigle, qui en est proche, ont tous deux, sans que l’on sache pourquoi, l’habitus d’une Laube à la fin du XVe siècle, avec de grandes arcades au rez-de-chaussée.

Bibliographie

FISCHER (Dagobert), « Les anciennes Lauben en Alsace », RA, 1870, p. 239-240.

REUSS (Rodolphe), L’Alsace au XVIIe siècle (1898), p. 285-290 (Bürgerordnung de Berstett, 1627-1640).

KLELE (Joseph), Ursprung und Entwiklung der Stadt Hagenau, 1921, p. 103.

FINSTERWALTER, Colmarer Stadtrechte, p. 29 n°25 et p. 287.

DRW.

Notices connexes

Dinghof

Dorfesehre

Dorfgericht

Dorfordnung

Gericht

Rathaus

Jean-Michel Boehler, Bernhard Metz