Clocher (d'église de village)

De DHIALSACE
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Kirchturm

Les églises paroissiales des villages alsaciens se dotent de clochers en pierre dès le XIIe siècle. Ce phénomène est contemporain de celui de l’érection des donjons dans les châteaux-forts et a probablement une valeur symbolique analogue tout comme le clocher de l’église paroissiale est un signe identitaire du village.

Comme la plupart des églises alsaciennes ont été reconstruites à partir du XVIIIe siècle, la position de la tour par rapport à l’église a pu changer. Il est vraisemblable qu’à l’origine un grand nombre de tours aient été élevées sur le chœur. Mais on rencontre également des clochers-porches. Le dernier étage du clocher abritait les cloches, attestées à partir du XIIIe siècle, et s’ouvrait sur de grandes fenêtres, géminées à l’époque romane. Quand, au XVIIIe siècle, on a agrandi et exhaussé la nef, il a le plus souvent fallu exhausser le clocher. On adopte parfois pour ce nouvel étage un style différent, par exemple le baroque au XVIIIe siècle.

L’église est un lieu de refuge naturel pour la population du village, qui se trouve à l’abri dans ce lieu d’asile. Mais il n’y a pas d’exemple en Alsace, d’église fortifiée. Par contre, le clocher se prête à la défense passive, par l’épaisseur de ses murs et l’étroitesse de ses ouvertures, parce que son étage inférieur est voûté ou du moins l’était au Moyen Âge. Ainsi si l’ennemi y pénètre, il ne peut ni l’incendier ni accéder directement aux étages supérieurs. Sa porte est toujours étroite et basse. Dans les clochers comme les donjons, la défense se concentre au sommet avec des créneaux, des bretèches ou un hourdage continu. Un étage de défense peut être rajouté au-dessus de la chambre des cloches (Bernhard Metz).

Les deux enquêtes du génie militaire de 1702 et 1732 pemettent de cartographier ces clochers fortifiés alsaciens.

Sous l’Ancien Régime, les frais de construction et d’entretien du clocher, du choeur et de la sacristie sont à la charge du ou des décimateurs au prorata de la dîme perçue, alors que la nef se construit ou se répare aux frais de la communauté. Cette disposition explique les nombreuses discussions au moment de la vague de reconstruction d’églises, sous la pression démographique, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. « Les besoins spirituels d’une paroisse dûment vérifiés sur les lieux ne doivent-ils pas prévaloir dans le cœur d’un évêque à toute considération et ménagement des décimateurs ? », dit-on à Diefmatten vers 1770 (Archives de l’Ancien Evêché de Bâle à Porrentruy, A23/3). Parce que pour des ultra-révolutionnaires les clochers « blessaient l’oeil du républicain par leur insolence », ils exigèrent qu’ils fussent rasés. Celui de la cathédrale de Strasbourg, ainsi menacé, échappa à la destruction grâce à un immense bonnet phrygien en tôle peinte en rouge, hissé à son sommet en mai 1794. A Villé, également, la croix du clocher fut recouverte d’une coiffe semblable. Mais, aucun cas de démolition de clocher en Alsace n’est connu.


Bibliographie

REUSS (Rodolphe), La Cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. Etudes sur l’histoire politique et religieuse de l’Alsace (1789-1802), Paris, 1888, p. 499.

METZ (Bernhard), « Églises fortifiées », EA, 5, 1983, p. 2652-2656.

METZ (Bernhard), « Tours d’églises ». EA, 12, 1986, p. 7388-7390.

MULLER (Claude), « Morbus aedificanti. La construction d’églises dans le Sundgau dans la seconde moitié du XVIIIème siècle », ASHS, 2004, p. 287-306.

MULLER (Claude), « Les observations d’un ingénieur en 1702 », Annuaire de la société d’histoire des Quatre Cantons, 27, 2009, p. 33-37.

MULLER (Claude), « Château d’eau ou château fort ? Le Sundgau en 1732 », ASHS, 2010, p. 155-186.


Notices connexes

Cloche bourgeoise

Cloches (sonnerie des)

Claude Muller