Bain

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Balneum, Bad

Si les habitudes romaines d’hygiène et de loisirs liés aux bains semblent disparaître à la fin des invasions barbares en Occident européen, le bain n’est cependant pas tout à fait banni comme acte médicinal et d’hygiène. La règle bénédictine le recommande pour les moines malades, mais en déconseille l’usage trop fréquent pour les moines jeunes ou en bonne santé. Guillaume de Hirsau, père de la réforme clunisienne des monastères bénédictins de l’actuelle Allemagne du Sud, borne le bain à deux fois par an, à Noël et à la Pentecôte. Cette coutume a sans doute été celle des monastères alsaciens. Ainsi nombre de monastères sont équipés de bains, aux côtés du lavoir (plan de Saint-Gall). Le bain est aussi considéré comme un acte médicinal, particulièrement dû aux malades et aux pauvres. On peut en retracer l’histoire de manière plus précise à partir du moment où se multiplient les sources écrites.

 

Equipement domestique

Le bain dans les maisons privées ne se répand qu’à la fin du Moyen Âge, lorsque les dangers d’incendie liés au réchauffement de masses considérables d’eau sont moins importants. Par contre, dès le haut Moyen Âge, la toilette est pratiquée dans des baquets ou cuveaux (Kubelbad). Au XVe siècle, les « salles de bains » (Badstube) dans les demeures privées semblent se multiplier. On en retrouve dans les châteaux seigneuriaux et dans les maisons bourgeoises. Geiler de Kaysersberg, qui pourtant recommande aux prêtres un bain chaque matin avant la messe (Wittmer), en dénonce la mode dans un de ses sermons (Hatt). Mais la plus grande partie de la population se rend dans des établissements de bains. Le prix du bain (Badgeld) peut être compris dans le salaire d’un compagnon, avec le logement, la nourriture, et les horaires de travail peuvent tenir compte de l’heure du bain (Badeschichten).

 

Etablissements de bains, critère d’urbanité ?

Les établissements de bains, gérés par une profession reconnue existent au moins dès le XIIe siècle dans de nombreuses localités à caractère urbain. Certains historiens de la ville médiévale (Escher et Hirschmann, Die urbanen Zentren des hohen Mittelalters) retiennent cet équipement comme un des critères du caractère « urbain » d’une localité. Bernhard Metz reconnaît que c’est le type de critère insuffisamment étudié, d’autant plus que l’établissement de bain peut également être une maison de tolérance (RA, 2002) et qu’il existe également des bains à la campagne.

 

L’établissement de bains au Moyen Âge

L’établissement de bains offre toute une gamme de services : saunas ou étuves, bains chauds et froids, lits de repos, massages, coupe de cheveux et rasage, pose de ventouses, saignées enfin. Le service principal rendu aux baigneurs et baigneuses semble être le bain de vapeur, d’où le terme fréquemment retenu par l’historien d’étuve (Stupa, Stuba, aestuarium). Au XVe siècle, le bain où l’on boit et où l’on mange est une distraction appréciée des citadins, et véhémentement dénoncée par les clercs les plus rigoristes : « Aussig Wasser, innig Wein, lasst uns alle frölich sein » (Geiler de Kaysersberg, « Von den 15 Staffeln »). Les « scandales » intervenus amènent les villes à décréter la fin des bains mixtes (dès 1431 à Bâle, sans doute à la même époque à Strasbourg, mais attestée seulement au début du XVIe siècle) et à spécialiser les étuves réservées aux hommes et aux femmes. La profession de gérant d’établissements de bain (Bade, balneator) ne jouit pas d’une bonne réputation et leurs valets, hommes et femmes, encore moins (Badeknecht, Badedirne). Pourtant ils doivent être bourgeois. À Strasbourg, ils appartiennent à une corporation, qui regroupe barbiers et baigneurs, supprimée en 1482. Mais alors que les barbiers rejoignent la corporation des marchands de grains, les Bader font désormais partie de celle des Forgerons. La confrérie des Bader (fondée sans doute avant 1477, première mention de son existence) organise la profession : elle gère un poêle (Stube). Son règlement a été publié par Brucker. Il détermine son organisation et tente d’encadrer les règles d’embauche, de salaire et de gestion des valets et femmes de service (maladie, couches, mort, obsèques, etc.). Les barbiers, qui coupent les cheveux et pratiquent les saignées, s’en détachent assez vite, en fondant leur propre corporation et en se réservant actes médicaux et chirurgicaux.

 

Les bains à Strasbourg

L’ouverture d’un établissement de bains doit être permise par le seigneur, au même titre que le moulin ou le foulon. À Strasbourg, c’est l’évêque qui autorise des tonneliers à ouvrir le premier de ces bains.

Après Jacques Hatt, qui utilise le fichier qu’ont dressé Charles Schmidt puis Seyboth pour son Strasbourg historique et pittoresque (UBS, Contrats et Allmendbücher relevant toutes les emprises privées sur le domaine public), Wittmer en a dressé une liste plus complète en relevant les localisations données par les baux et ventes de l’UBS. Il relève donc 21 Badestuben ou étuves. Toutes ne sont pas situées près des nombreux cours d’eau qui parcourent la ville – certaines puisent leur eau dans les puits – c’est le cas d’une majorité d’entre elles. Douze étuves ont disparu dès la fin du Moyen Âge et au début des Temps modernes. On attribue généralement la baisse de la fréquentation des Badestuben strasbourgeoises à la peur des maladies contagieuses, en particulier de la syphilis, apparue à Strasbourg vers 1495. Deux d’entre elles sont transformées en tanneries au cours du XVIIe siècle, mais quatre d’entre elles sont encore en service au XVIIIe siècle.

Rue de l’Arc-en-ciel,Zum Dintenhörnlin, 1302, encore au XVIe siècle, chaudière murée, huit lits de repos (1548), disparaît après cette date,

Rue de la Lie 1390, – Drusenbad, vers 1630 – réservé aux femmes à partir du XVIIe siècle, encore signalé en 1790,

Quai Saint Nicolas, Zum Eber (Au Sanglier), 1341, encore en 1490, puis disparaît au début du XVIe siècle,

Rue du Bain-aux-plantes, Glanzhof, 1311, dispose d’un lavoir, transformé fin XVIIe siècle en tannerie,

Rue d’Or, Stubenweg in dem Giessen, 1291, puis Zum Grienen 1360. Semble avoir disparu dans un incendie à la fin du XIVe siècle,

Rue du Sanglier, Zum Hauer, 1298, bain médicinal avec chambre à ventouser et bain séparé pour maladies contagieuses, disparaît dès le début du XVIe siècle,

Rue Brûlée, 19, Uf der Hofstatt, 1293, disparaît en 1528, immeuble affecté au Werkmeister de la ville,

Krutenau, Badestube in der Crutenowe, 1327 à la fin du XVe siècle ; encore mentionné dans l’Allmendbuch de 1466,

Unter Kurschneren, rue Sainte-Hélène, 1316-1546.

Bain de la léproserie à la Rote Kirche sise sur l’emplacement de l’actuel cimetière Sainte-Hélène,

Rue Sainte-Barbe, Zum Merisot 1244, puis supprimé dès 1330. Hôtel du « Büchsenmeister » Edel. Revient à sa vocation primitive à partir de 1837 : un artisan livrait baignoires et eau chaude à domicile,

Rue du Dragon, Zum Mühlstein, 1298 encore signalé à la fin du XVe siècle,

Quai Finkmatt - 1408, Badestube mit Sommerhüs uf der Landfeste, gloriette sur les remparts, utilisée après le bain, réservé aux femmes au XVIIe siècle. Démoli entre 1837 et 1848, sans qu’on sache s’il a encore été en service jusque-là,

Rue de la Petite Boucherie, Am Hohen Steg, 1366, fonctionnerait encore au début du XVIe siècle,

Rue du Bains aux Roses - Rosenbad, fonctionne de 1350 et sans doute jusqu’au XVIIIe siècle (appelé ancien bain aux roses en 1756),

Rue du Vieux Marché aux Vins, zum Roche 1369, puis 1566 Speierbad. Est encore en activité sous le nom de « bain de vapeurs russes » en 1850.

Petite rue des Dentelles, zu den Spitzen - début XIVe siècle, transformée en tannerie au XVIIIe siècle,

Impasse des Tonneliers, Zum Stanck, 1315, dernière mention 1466,

Rue Saint-Louis, Sankt Thomann im Winckel, 1393 - encore mentionné fin XVe siècle,

Impasse Sainte-Barbe, Under Wagnern. 1365. Dernière mention 1412.

Rue de la Courtine des Juifs, Uf dem Werde ? 1246 dernière mention 1300.

Quelques bains publics – le Rosenbad, le Drusenbad, le Bain-aux-Plantes, le Speierbad – subsistent encore au XVIIIe siècle. Jusqu’au début du XIXe siècle, ce sont des lieux appréciés et l’on rapporte que paysannes et paysans qui viennent au marché à Strasbourg en profitent pour s’y faire décrasser et soigner ! Mais ce sont les bains de rivière qui attirent l’attention. Le Magistrat s’inquiète des nombreuses noyades qu’ils provoquent, et on balise dans l’Ill les endroits considérés comme dangereux, particulièrement à proximité du pont Saint-Nicolas, que l’on interdit à la baignade. Il est également interdit de se baigner nu. On délimite des baignades par des palissades par exemple au Schnockeloch à la Montagne-Verte. Deux pontons, l’un sur l’Ill près des Ponts-Couverts, et l’autre sur l’Aar, au parc des Contades constituent des lieux de baignade plus sûrs. Celui du Contades ferme en 1787, mais rouvrira au XIXe siècle et servira jusqu’à la fin des années 1960 (bains Weiss). La baignade des Ponts Couverts comporte sur le quai des bains chauffés (Jan Hermann Ludwig, von, Strassburg vor Hundert Jahren, Stuttgart, 1888, p. 178).

 

Les bains à Colmar et Mulhouse

À Colmar, on relève sept étuves ou bains. Le Rädelbad est en activité de 1370 à 1670. La Badstube zum Rockenbrot (fin XIVe siècle) est convertie en tannerie dès la fin du XVe siècle. Le bain Zum Langen Scherer fonctionne depuis 1363 et jusqu’au début du XVIIIe siècle. Une « Nuwe Badstube » ouverte en 1379 est fermée en 1603. Ici encore on retrouve un « Bain aux Plantes » (Kräuterbadstube) en service de 1474 jusqu’en 1722. Des bains publics rouvrent au début du XIXe siècle (1802, le Canon d’Or, bains de vapeur et douches, 1809, rue Saint-Nicolas, jusqu’à la fin du XIXe siècle, et rue Saint-Jean (1820-1921). Le Dr Pierre Koenig a relevé que les bains colmariens se situaient pour la plupart le long des cours d’eaux (Muhlbach, Lauch) qui parcourent la ville, ce qui facilite prise et évacuation de leurs eaux. Moeder a recensé trois bains ou étuves à Mulhouse : la Nidere Badstub, l’Obere Badstub, et le Sankt Klarabad. Les sources mettent également en relief les moeurs plutôt légères qu’autorisaient les bains mixtes, mais ne signale qu’une seule maison de tolérance, qu’on ne confond pas avec un bain (Moeder, p. 140‑141).

 

Autres villes alsaciennes

Reprenant les critères d’Escher et Hirschmann pour établir une nouvelle géographie des villes médiévales alsaciennes, Bernhard Metz établit une liste des villes alsaciennes pourvues de bains attestés, outre Strasbourg : Cernay (1375), Colmar (1294), Eguisheim (1336), Guebwiller (1294), Haguenau (3 bains 1250, 1359, 1368), Marmoutier (1391), Masevaux (1412), Mulhouse (1264), Neuwiller (1342), Obernai (1323), Rhinau (1324), Ribeauvillé (1339), Rosheim (1321).

Mais il convient d’ajouter que les sources témoignent du fonctionnement de Badstuben dans de nombreuses autres localités : Barr (1377), Beblenheim (1566), Châtenois (1357), Dangolsheim (1578), Eckartswiller (1496), Gueberschwihr (1419) et une deuxième en 1434, Geispolsheim (1408), Hatten (1475), Hindisheim (1571), Hochfelden (XVIe siècle), Issenheim (1564), Jebsheim (1537), Lautenbach (1399), Leimen (1569), Lutterbach (1441), Marlenheim (1407), Michelbach (1486), Molsheim (Niedere et Obere Badstube XVe siècle), Mühlbach/Munster (1497), Romanswiller (1607) Scharrachbergheim (1607), Wasselonne (XVIIe siècle) et il en existe de nombreux autres. Autant d’indices d’un équipement collectif répandu également dans les villages.

L’étuve d’Obernai, attestée en 1323, appartient vraisemblablement aux Landsperg. En 1441, les frères Gozmar von Ehenheim reconnaissent devoir à la ville une rente annuelle sur le bain « supérieur ». Les statuts municipaux évoquent aussi une « nider badestube ». Le bain « moyen » est aux mains de Jerg Berer à cette date. Les nobles n’exploitent pas les bains eux-mêmes, mais des Scherer (chirurgiens-barbiers) et des Bader (baigneurs-étuvistes). À Obernai, Kuno « balneator » et Johann dit Spitznagel « balneator » sont cités en 1354 ; Rheinboldus dit « Scherer » en 1355. Comme le Magistrat surveille l’ensemble de la vie de la cité, il est normal que sa réglementation s’étende aux baigneurs et chirurgiens-barbiers. Le livre des statuts rédigé vers la fin du XVe siècle contient une formule de serment destinée aux tenanciers des bains et aux chirurgiens barbiers. Le formulaire énumère quelques-unes des tâches qui leur incombent : ils coupent les cheveux, rasent, baignent, pratiquent la saignée, posent des ventouses, dépistent la lèpre, la syphilis, la variole. Notons qu’il n’y a pas que des bains publics à Obernai. Deux inventaires après décès, ceux de Thomas Reychardt (1571) et du curé Gaudanus (1596), révèlent une salle de bain (Badstüblin).

 

Les bains juifs

Avant leur expulsion de la majorité des villes alsaciennes, au milieu du XIVe siècle, les juifs n’étaient pas exclus des établissements de bains publics pour leur hygiène quotidienne. Mais la législation rabbinique impose le recours à un bain rituel ou mikvé aux femmes après leurs règles ou leurs accouchements et en général à tous la veille du shabath ou des jours de fêtes. Le mikvé est un bassin rectangulaire qui doit contenir environ 1 000 litres d’eau de pluie ou de l’eau de la nappe phréatique. La communauté strasbourgeoise s’est dotée de mikvé, au coin de la rue des Juifs et de la rue des Charpentiers au XIIe siècle (redécouvert à la fin du XXe siècle). Puis, après son repli sur Bischheim, elle en construit un à Bischheim en 1587. Ensuite les communautés ont recours à des miqwaoth construites dans les caves des maisons (Marmoutier, Oberbronn, Wintzenheim. Les miqwaoth communautaires réapparaissent au début du XIXe siècle, dans les synagogues (Pfaffenhoffen, Dambach, Sélestat…) ou dans des locaux communautaires (Schaffhouse-sur-Zorn, Diemeringen, Hochfelden, Niederbronn, Fegersheim). Il a certainement existé d’autres miqwaoth : on cite Bouxwiller, Obernai, Bergheim, Ingwiller…

 

Sources - Bibliographie

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LAMBERT (Jean-Pierre), Le Miqweh, témoin de l’histoire du Judaïsme rhénan, http://judaisme.sdv.fr (le 12 avril 2010).

 

Bains, stations vouées au thermalisme

L’une des raisons du déclin des bains urbains est la vogue des bains de source ou « Wildbäder ».

Le thermalisme présente, au XVIe siècle, un caractère européen. Selon l’humaniste Pogge, les baigneurs s’entassent pèle-mêle dans les piscines, hommes et femmes, jeunes et vieux, entièrement nus. Des promenoirs situés au-dessus des piscines permettent aux hommes d’aller regarder les femmes. Les costumes paraissent symboliques, simple caleçon pour les hommes, peignoir de lin transparent pour les femmes. Là encore, les réformateurs, Geiler, Murner (Badenfahrt), dénoncent les moeurs légères des stations balnéaires. Pourtant, les ecclésiastiques y sont nombreux. Les Strasbourgeois se rendent volontiers à Baden, à Wildbad, Petersthal et à Göppingen en Souabe (Hatt). Nous retiendrons les stations balnéaires et thermales alsaciennes de Wattwiller, Soultz-les-Bains, Soultzbach et Soultzmatt, ainsi que la station vosgienne de Plombières.

 

Wattwiller

Les premiers auteurs qui mentionnent Wattwiller sont Etschenreuter, Gunther d’Andernach, Bauhin de Bâle qui fait usage des eaux en 1589 et déplore l’absence d’établissement de bains. Zwinger de Bâle regrette que Wattwiller soit si loin, car il juge l’eau utile pour le traitement des maladies catarrhales, des paralysies, de la gravelle et des maladies cutanées. Après une période de recul, dû à la Guerre de Trente Ans, la station se développe au XVIIIe siècle. Les bains de Wattwiller sont régis par une grille tarifaire signée par l’abbé de Murbach. Un règlement du 13 juin 1720 indique comment l’hôtesse des bains doit se conduire envers la baigneuse et ce que chaque baigneur doit payer en nourriture et blanchissage. Bacher, médecin de Thann, publie une brochure en 1741, en qualité d’inspecteur-surveillant des bains, de même que Morel en 1765. Dans son Analyse des eaux, il estime que l’eau est « salutaire aux asthmatiques, en ce qu’elle les débarrasse des humeurs gluantes qui engouent les bronches et vésicules pulmonaires ». Guérin fait l’éloge des eaux en 1769, de même que Hoffer en 1775. Nussbaumer, médecin des eaux, les recommande.

 

Soultz-les-Bains

L’origine de la source de Soultz-les-Bains, en fait sur le territoire de Wolxheim, remonte au Moyen Âge. En 1561, Wecker évoque les vertus de cette eau. En 1571, Etschenreuter affirme qu’elle est purgative, qu’elle dissout les calculs rénaux et soulage les maladies cutanées. En 1669, l’évêque de Strasbourg, Egon de Furstenberg, concède par bail emphytéotique le bain à Georges Meyerhoffer. L’essor reprend au siècle suivant. Jean Jacques Schurer lui consacre sa thèse inaugurale. L’établissement comporte deux sections distinctes : une pour les hommes et l’autre pour les femmes. Les eaux sont mentionnées par Guérin en 1769, Carrère en 1785 et surtout Graffenauer en 1806 qui indique qu’elles « étaient distribuées chaudes ou froides par des tuyaux en bois dans les cuves ».

 

Soultzbach

La source de Soultzbach jaillit en 1603. Son propriétaire, le baron de Schauenbourg, gagne à sa cause le docteur Mezius de Fribourg qui rédige une brochure à l’usage des baigneurs en 1616. Le docteur Schenk de Bâle leur consacre aussi un ouvrage en 1617. Il attribue à l’esprit pétillant des eaux une « vertu exhilarante ». Nouvel ouvrage du docteur Scherb en 1632. Au XVIIIe siècle, les Schauenbourg afferment la source. Les baigneurs prennent leurs chambres chez l’habitant. Quatre publications au moins sont consacrées alors à Soultzbach (Haussmann, 1764 ; Mieg, 1784 ; Beltz, 1789 ; Bartholdi, 1799). Les bains attirent de nombreux Bâlois. Casanova s’y rend en 1782, ainsi qu’Euloge Schneider en 1792. En 1818, la source est à l’abandon. Gonzenbach la rachète en 1842.

 

Soultzmatt

Contrairement à ce qu’affirme Tschamser, ces eaux ne sont pas connues au Moyen Âge mais seulement au début du XVIIe siècle. L’évêque de Strasbourg, l’archiduc Léopold de Habsbourg, charge le docteur Schenk d’examiner la valeur thérapeutique des eaux en 1617. Celui-ci indique que l’eau supporte le transport, ce qui corrobore l’existence de cures à domicile. Dès 1620, le docteur Schiltzweck signale des cas de guérison. Après une éclipse due à la Guerre de Trente Ans, des bains sont construits par Joseph Bachmann à partir de 1691. En 1768, le baron de Spon obtient la gérance des sources et les afferme à Boe qui fait de Soultzmatt la station à la mode. En 1779, le docteur Meglin confirme les vertus thérapeutiques des eaux qui soignent toutes les maladies depuis la gale jusqu’aux maladies des femmes oisives. À la Révolution, le baron de Spon s’enfuit en Angleterre. Boe obtient la propriété des sources. L’établissement n’est restauré qu’en 1836 lors de son acquisition par Louis Nessel.

 

Plombières

Depuis la fin du Moyen Âge, le haut lieu du thermalisme dans les Vosges est Plombières. Montaigne y fait un séjour en 1580 et prend note du règlement du bailli du duc de Lorraine, Claude de Reinach. Il est bilingue du fait de l’importante fréquentation d’Alsaciens. Au XVIIIe siècle dans le sillage du cardinal Gaston de Rohan, les élites alsaciennes, surtout ecclésiastiques semblent s’y rendre. Notons, à ce sujet, cette réflexion du suffragant Riccius du 7 août 1748 à un chanoine de Haguenau (ABR., G5151, f 63) : « Au sujet de vos confrères qui allèguent souvent avoir besoin de changer d’air, de prendre les eaux minérales, les bains ou des bouillons et que, sous ce prétexte, votre église reste déserte, je réponds qu’ils doivent s’adresser au chapitre et en demander la permission en présentant un certificat du médecin. On passe souvent sur ce certificat si on connaît d’ailleurs l’infirmité ou le besoin du confrère et on accorde ordinairement trois semaines seulement qui suffisent pour se rétablir de ces petites incommodités ou d’un mois si on est obligé d’aller à Plombières. S’ils s’absentent plus longtemps, ils sont pointés et perdent les présences et distributions quotidiennes ». Mentionnons l’exclamation de Gaston de Rohan en personne, en 1741 : « Le prince de Léon est bien jeune pour se rendre aux eaux de Plombières ». Une traduction que les bains, où l’on danse aussi pour se donner du mouvement, paraissent être davantage un lieu de loisirs qu’un centre de soins.

 

Bibliographie

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Notices connexes

Eau

Loisirs (bains de rivière)

Pèlerinages

Sources

 

François Igersheim, Claude Muller