Etter

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Itter,Dorfetter, sepes, septum, septa

Enclos villageois.

L’Etter désigne d’abord une clôture, formée d’une haie (haie vive, épineux) et / ou d’une palissade, qui entoure, dès le haut Moyen Âge, les fermes (Höfe) avec leur cour et leur jardin (un exemple tardif dans Grimm, Weisthümer, IV, 65). À partir du XIIe siècle, cette clôture (Etter ou Etterzaun) ceinture l’ensemble du village et ses jardins, qu’elle sépare du terroir cultivé (Flur) : désormais c’est surtout dans ce sens que le mot sera employé. Cet enclos villageois est souvent précédé d’un fossé (Dorfgraben) et longé à l’extérieur par un chemin (Etterpfad, Dorfgrabenweg). La fonction de l’Etter est double : empêcher le passage des animaux sauvages et domestiques (volaille, bétail mené au pâturage) et qui risqueraient d’envahir les jardins ; délimiter deux espaces juridictionnels et dîmiers.

C’est ainsi que, de limite, l’Etter devient espace enclos comprenant l’agglomération villageoise et les jardins attenants. Il peut être aborné et se trouve clairement identifié, à la suite de la description du terroir cultivé, par les terriers de l’époque moderne. La règle qui interdit de construire en-dehors du Dorfetter ne vaut pas pour les ermitages, léproseries et moulins, ni dans les zones d’habitat dispersé, et explique que le village croisse plutôt par densification que par extension de l’espace bâti. À partir du XVIIe siècle, cette règle est de moins en moins respectée (maisons « usserhalb dem netter » à Bollwiller en 1588, AHR 27 H 3/16). Ce sont souvent des immigrés pauvres qui s’établissent hors de l’Etter, le long des chemins partant du village. Une tendance se dessine à les exclure de l’usage des communaux et à considérer que seuls ceux qui résident à l’intérieur de l’enclos sont membres à part entière de la communauté.

L’Etter n’a pas de fonction défensive. Toutefois, si un village se fortifie, c’est au moyen d’un fossé, d’un talus, d’une haie et / ou d’une palissade. Cette fortification s’apparente donc à un Etter renforcé : fossé plus large et profond, palissade plus robuste, haie d’épineux entrelacés (Gebück), etc. La mention de ces éléments dans les sources écrites n’est donc pas une preuve de fortification. Comme les vestiges matériels sont rarissimes, il ne reste que deux critères pour tenter de faire la part entre fortification villageoise et simple Etter : une enceinte fortifiée aura généralement le tracé le plus simple possible ; si, sur le plan cadastral, le Dorfgraben dessine des saillants et des rentrants, il a peu de chance d’être défensif. D’autre part, la mention de portes est un indice de fortification, car l’Etter se contente de barrières (Serren, Grendel) à l’endroit où des chemins le franchissent. Sur les plans de l’Intendance (vers 1760), la ligne séparant l’ « emplacement du village et vergers » (en rose) des « terres » (en sillonné) correspondrait au tracé de l’Etter – qui serait par conséquent connu, dans son dernier état, pour la plupart des villages alsaciens – n’étaient les maisons récentes qui en débordent ici ou là.

Cet espace revêt en définitive une double signification :

- D’ordre juridique : soumis à une juridiction particulière (Ettergerichtsbarkeit), il est assujetti, souvent de façon forfaitaire, entre autres à la menue dîme (kleiner Zehnt, appelée dans ce cas Garten- ou Etterzehnt) par opposition à la grosse dîme (grosser Zehnt), même si la première peut également affecter une partie du terroir cultivé (par exemple, sur les parcelles consacrées au lin, chanvre, pavot, colza, aux fèves, pois et légumes divers). Converti en champs, l’emplacement de maisons disparues à Nieder-Andolsheim continue à payer l’Etterzehnt. Il arrive également que la justice n’appartienne pas au même seigneur dans l’Etter et à l’extérieur de ce dernier. D’ailleurs, quelques rares villages, dont Odratzheim, n’ont pas de ban propre, de sorte que leur seigneur ne peut exercer ses droits judiciaires qu’à l’intérieur de leur enclos (Etterherrschaft).

- D’ordre économique : échappant à toute forme d’assolement, donc à toute contrainte culturale, et bénéficiant d’une intense fumure, cet espace jouit d’une entière liberté de culture, moyennant un outillage manuel (bêche, houe, pioche) et sert souvent, à l’époque moderne, de banc d’essai pour les expériences de cultures « nouvelles » (maïs, tabac, pomme de terre) avant que ces dernières ne soient étendues à l’ensemble du terroir cultivé. À l’inverse, il est interdit, en théorie ou en vertu de la coutume, de transformer ces jardins en terres céréalières, ne serait-ce que dans l’intérêt du décimateur.

Bibliographie

BADER (Karl Siegfried), « Studien zur Rechtsgeschichte des mittelalterlichen Dorfes », t. I, Das mittelalterliche Dorf als Friedens-und Rechtsbereich, Weimar, 1957, p. 52-264.

WUNDER (Gerhard), Das Strassburger Landgebiet, Berlin, 1967, p. 163.

BOEHLER,Paysannerie (1994), t. I, p. 383, 758, 764 et t. II, p. 1347.

METZ (Bernhard), « L’église Saint-Symphorien de Niederandolsheim », Annuaire Hardt-Ried, 8, 1995, p. 35-42 (ici p. 36).

Notices connexes

Assolement

Bünde

Communauté rurale

Dîme

Dorfetter

Dorfgraben

Bernhard Metz, Jean-Michel Boehler