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Version du 10 décembre 2020 à 17:54

L’asphalte ou bitume, était employé pour la fabrication des graisses pour machines ou moyeux ainsi que pour assurer l’étanchéité des couvertures. Celui d’Alsace était particulièrement réputé.

Les deux premiers exploitants industriels des mines de sables bitumineux de Pechelbronn ont bénéficié de la part des autorités de presque toutes les protections qu’ils demandaient. M. de La Sablonnière, agent du roi dans les cantons suisses, avait d’abord obtenu en février 1720 le monopole de l’importation en France de tous les produits de la mine d’asphalte du Val-de-Travers (principauté de Neuchâtel), privilège qui lui fut renouvelé en juin 1731, puis en mars 1738. Le gouvernement royal lui suggéra alors d’exploiter les gisements français. Jusqu’en 1740, on se contentait de recueillir le bitume apparaissant à la surface de la source du Baechel-Brunn. Les fouilles ouvertes en 1735 par Jean Damascène Eirin d’Eirinis, l’un des deux fils du découvreur de la mine d’asphalte du Val-de-Travers, n’avaient donné lieu à aucune production commerciale.

Le 11 octobre 1740, M. de La Sablonnière obtint du Conseil d’Etat la permission pour vingt ans « d'ouvrir et de faire exploiter les mines d’asphalte par lui découvertes et celles qu’il pourrait découvrir par la suite dans l’étendue du royaume » avait alors identifié cinq gisements, mais commença par celui de la source bitumineuse du Baechel-Brunn, près de Lampertsloch (bailliage de Woerth), le plus prometteur et le plus accessible a priori.

Il s’associa à deux relations parisiennes : Etienne Pierre Masson de Maisonrouge, receveur général des finances de la généralité d’Amiens et seigneur de la baronnie du Grand Pressigny en Touraine, et Jean Charles Luguet de Perseville, commissaire de la gendarmerie et officier des ordres du roi. Mais leurs premières installations furent saccagées lors de l’incursion des Pandours en juillet 1744. M. de la Sablonnière vend alors son office de trésorier général des ligues suisses et grisonnes et fonde en octobre 1744, à Paris, avec les frères Jacob et Antoine de la Rive, banquiers genevois, une compagnie de 40 actions.

Le 5 février 1745, le landgrave Louis de Hesse-Darmstadt, seigneur territorial, l’autorise par bail emphytéotique à exploiter toutes les «mines d’asphalte, naphte ou jayet» se trouvant sur ses terres dans un rayon de six lieues de France autour de Merkwiller. Il promet même de lui fournir dans ses forêts les coupes de bois nécessaires, aux conditions ordinaires.

La liberté de religion était accordée au personnel de la mine et de l’usine, qui serait également exempté des charges seigneuriales, impositions, corvées et logement des gens de guerre.

Mais, la mine se trouvant à la limite de Lampertsloch, M. de Sablonnière dut poursuivre les filons dans le ban voisin de Kutzenhausen.

Dans les années 1750, les frères Kruel, qui exploitaient la saline voisine de Soultz-sous-Forêts, ouvrirent près du moulin des Sept-Fontaines une mine concurrente. M. de La Sablonnière et la Régence de Bouxwiller demandèrent à la fermer. Mais l’intendant d’Alsace ne put y consentir, cette mine se trouvant dans la baronnie de Fleckenstein-Soubise (ABR C375).

M. de la Sablonnière n’obtint pas l’interdiction des graisses de pin produites dans la forêt de Haguenau, ni que ses propres graisses soient exemptées de droit de sortie. Par contre, il obtint l’autorisation de vendre dans le Royaume et en Alsace. Il demanda au Conseil d’Etat du roi d’annuler les ordonnances de l’intendant d’Alsace qui lui avaient donné tort. Après son décès en 1759, sa veuve continua le procès. Elle fit alors la connaissance d’Antoine Le Bel, qui était le secrétaire particulier du maître des requêtes François Bastard, nouveau rapporteur de l’affaire. S’étant laissé convaincre que Pechelbronn était « le Pérou des graisses », Antoine Le Bel s’associa à la veuve le 15 avril 1762 pour quinze ans via un prête-nom (Joseph François Teynier), lui fit les avances d’argent nécessaires et sut obtenir en quatre mois et demi le renouvellement du privilège d’exploitation pour 30 nouvelles années.

En 1765, Antoine Le Bel et la veuve de la Sablonnière demandèrent encore à la Régence de Bouxwiller de leur garantir les débouchés dans toute l’étendue du comté de Hanau, d’interdire aux colporteurs et particuliers d’y vendre et débiter toute espèce de graisse de pin et de la falsifier avec de la graisse d’asphalte. En 1769, la veuve se retire, laissant Antoine Le Bel seul maître de l’exploitation. Le 5 août 1772, celui-ci obtient de nouvelles lettres patentes, l’autorisant à faire rentrer dans le royaume les graisses, huiles et autres marchandises provenant de sa manufacture « sans payer aucun droit aux bureaux des fermes du roi établis aux entrées et dans l’intérieur du royaume ». Elles sont suivies de l’arrêt du 27 octobre 1772, qui rend cette exemption exécutoire en faisant défense à tous les commis et préposés des Fermes d’exiger aucun droit de fermes, domaines ou péages sur les graisses et huiles provenant de la mine et manufacture d’asphalte de Lampertsloch, car c’est « la seule manufacture dans ce genre en Alsace (et) dans toute l’Europe », qu’il fallait « dédommager le Sr Le Bel d’un établissement très dispendieux et dont le succès est toujours incertain » et « donner à ce commerce rare et unique la circulation la plus libre » (ABR E2614 et E2615).

Antoine Le Bel échoua dans son projet de rachat à la commune de Lampertsloch du bois du Niederwald, sous lequel se prolongeaient les filons de sables bitumineux, bien que l’intendant de Blair eût ordonné la vente forcée, les villageois s’y étant opposés avec la dernière énergie. Il put par contre prendre à bail des terrains communaux de Kutzenhausen. Le produit de leur défrichement permit de terminer la nouvelle église simultanée du village.

 

Bibliographie

HORRER (Philippe Xavier), Dictionnaire géographique, historique et politique de l’Alsace, Strasbourg, 1787, p. 193, 194.

STREICHER (Jean-Claude), « L’affaire du Niederwald », L’Outre-Forêt, n° 118 et 119.

WALTHER (René), HAU (Michel), Les activités pétrolières de Pechelbronn (1735-1970), Strasbourg, 2005.

Notice connexe

Industrie

Jean-Claude Streicher