Quartiers de Strasbourg

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Circonscription militaire

Comme dans de nombreuses villes médiévales, le quartier désigne la circonscription militaire de recrutement et de la mobilisation de la milice urbaine.

Jacques Hatt relève à Strasbourg des « quartierherren » (Strasbourg, il y a 300 ans, p. 9), qui désigne les chefs des contingents à fournir par les tribus pour la garde – fort négligente – des portes en 1653. Les effectifs permanents sont levés par les tribus, mais au cours du XVe siècle, ils sont renforcés par des auxiliaires, habitants du quartier des portes ; le contingent est commandé par les quartierherren (Hatt, Strasbourg au XVe siècle, p.123-124). Ainsi aux portes : Porte de l’Hôpital, Porte Sainte-Élisabeth, Porte du Péage, Porte de Spire, Porte Saint-Étienne, Porte des Repenties (Sainte‐Madeleine), Porte des Juifs, Porte Blanche, Porte de Cronenbourg, Porte Saint-Jean, Porte Sainte-Catherine, Porte des Pêcheurs, Ponts Couverts. Cette réglementation est encore appliquée au XVIIe siècle, où le Quartier est employé comme synonyme de poste de garde. Le poste est placé sous la responsabilité d’un Quartier-Meister, nommé par les XXI (XXI, 1639, fo 108). Les bourgeois sont tenus de venir à l’heure au poste et de ne pas le quitter avant la cloche du matin (XXI, 1620, fo 235). Chacun des postes de garde (Quartieren), devrait avoir 3 pelotons ou Rotten (XXI, 1620, fo 79 et 80).

Le mot quartier peut désigner également la circonscription d’assistance et de bienfaisance (v. Aumone, Bienfaisance, Charité, Hausarme, Mendicité).

Dans son ouvrage Les sources manuscrites de l’histoire de Strasbourg (2000), Jean-Yves Mariotte écrit au sujet de l’Aumonerie : « Instituée sous l’influence de Geiler en 1523, administrée par quatre administrateurs (Pfleger) et une commission de 9 membres représentant les quartiers de la ville... ».

Quartiers et topographie sociale

Mais comme le souligne Simone Herry (« Une géographie urbaine recomposée, les nouveaux lieux de l’habiter français » ; Amis du Vieux Strasbourg) ce sont des critères topographiques qui sont utilisés par Jacques Hatt pour la description des quartiers de la ville tant au XVe siècle qu’au XVIIe siècle ! Les travaux importants de géographie et d’archéologie urbaine (Th. Hatt) utilisent le mot « quartier » comme ensemble d’immeubles sélectionnés par le chercheur contemporain.

C’est la circonscription paroissiale qui retient l’attention de J.‐P. Kintz (Société strasbourgeoise), tout comme le fait ultérieurement Alioth, qui a cependant tenté de reconstituer les « quartiers » des poêles et tribus (v. Paroisses strasbourgeoises).

DHS. Art. topographie sociale, Auteure/Auteur : Hans-Jörg Gilomen, Traduction : Pierre-G. Martin – et répartition des fortunes dans la ville de Berne.

Quartiers et cantons

À la fin du XVe siècle, le mot canton, d’origine latine et française, est de plus en plus employé pour désigner le quartier de la ville. Comme le mot quartier avant lui, le mot canton peut désigner une circonscription militaire, politique (les cantons suisses et ultérieurement les cantons comme subdivisions des départements français), ou les quartiers d’une ville (DRW ; DHS).

Coincidant avec la réalisation du cadastre de l’Intendant Lucé (v. Cadastre), Blondel, chargé de l’élaboration d’un plan d’embellissement de Strasbourg (v. Polaczek, « Der Strassburger Stadtregulierungsplan des Pariser Architekten Blondel (1765) », ZGO 1915-69, p. 410 à 426), procède à la réalisation d’un cadastre complet de Strasbourg, divisé en dix cantons. L’opération a fait l’objet d’une étude fouillée due à Thierry Hatt (Hatt (Thierry), « Un nouveau regard sur J.-F. Blondel et le plan « cadastral » de 1764 : équipes, financements, réseaux », CAAAH, 2015, p. 145-162).

Le plan devait entraîner l’alignement des façades de la majorité des rues et des percées reliant les casernes à la place d’armes, dont seule la façade nord (Aubette) fut remaniée. Mais les quartiers de la ville sont répartis en 10 cantons. Les plans de chacun des dix cantons et des propriétaires des maisons sont conservés aux Archives de Strasbourg. Ces relevés allaient de pair avec la numérotation des rues, achevée en 1786.

I. Entre la Porte Blanche, le Faubourg de Saverne et le Fossé étroit1.

II. Contenant la partie depuis le Faubourg de Saverne jusqu’à la Finckmatt et au Fossé étroit1.

III. Contenant la partie qui commence à la Fausse Porte Blanche2 et s’étend jusqu’à la fausse Porte des Juifs2, entre le Faux-rempart3 la rue Kinderspiel Gass4 et le Fossé des Tanneurs.

IV. Contenant la partie depuis l’église de Saint-Pierre-le-Vieux jusqu’à l’Hôtel de Ville entre la Grand’Rue et les Petites Boucheries.

V. Contenant la partie entre les Grandes Arcades, le Fossé derrière l’Intendance, le Fossé du Broglie et la rue des Juifs.

VI. Contenant la partie depuis le Marché-aux-Poissons jusqu’au fossé derrière les Récollets, entre la rue des Juifs et la Bruche.

VII. Contenant la partie depuis la Grande écluse jusqu’au Marché aux Poissons, entre la Grand’Rue et la Bruche.

VIII. Contenant la partie depuis la prison Royale jusqu’à l’Hôpital Bourgeois, entre la Bruche et le Fossé des Orphelins.

IX. Contenant la partie depuis le Pont-aux-Chats jusqu’à la Porte de l’Hôpital entre le fossé des Orphelins et la Rivière de la Bruche.

X. Contenant la partie depuis la Porte des Bouchers jusqu’à l’Esplanade entre la Porte des Pêcheurs et l’Hôpital Royal et Militaire.

Notes : 1) Faux-rempart. Le Faux-rempart comprenait deux fossés de part et d’autre d’une fausse-braie : vers l’intérieur der weite Graben et vers l’extérieur der enge Graben. 2) Les entrées de la ville par-dessus le fossé du Faux-rempart passaient par deux portes, dont une dans la fausse-braie. Je suppose que ce sont ces portes que Blondel désigne de ”Fausses-portes”. 3) Sic. 4) Rue du Jeux-des-Enfants.

Sources - Bibliographie

AVetEM Strasbourg. Plans d’urbanisme 1 Pl 1 à 1 PL21.

2000. http://thierry.hatt.gps.free.fr/01-site-acad-tous-pdf/Hatt-1765-blondel-werner.pdf

Hatt (Thierry), « Un système d’information géographique, du XVIe au XXIe siècle », RA, 2005, p.365-377.

HATT ( Jacques), Strasbourg, il y a 300 ans, Strasbourg, 1947.

HATT ( Jacques), Strasbourg au XVe siècle, Strasbourg 1929.

2015, « Strasbourg, enquête Villot de 1829, État des maisons et propriétés, systèmes d’information géographique comparés », publication Metacult, Juin 2015, 31 p.

http://thierry.hatt.gps.free.fr/01-site-acad-tous-pdf/Hatt-Villot-1829-Metacult-4.pdf

2020, Strasbourg, plan Morant de 1548, exemple de SIG historique, mars 2020, 106 p.

Quels modèles de bâti pour Strasbourg à la fin du XVIe siècle, l’Allmendbuch de 1587, mars 2020, 413 p.

2021 Etude de l’Allmendbuch de 1587 à Strasbourg, méthodes et outils, mars 2021

Allmendbuch, 1587, enrichir les sens des mots par la statistique, mars 2021, 28 p.

Jean-Marie Holderbach, François Igersheim