Prince-Évêque de Strasbourg de 1648 à 1803

De DHIALSACE
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Le traité de Munster (Westphalie) de 1648 ne semble rien changer à la position du prince-évêque de Strasbourg (qui est alors Léopold-Guillaume de Habsbourg, gouverneur des Pays-Bas) : son article 89 le maintient dans ses droits.

Léopold-Guillaume se voit succéder en 1663 par un client de la France, François-Egon de Fürstenberg. Les juristes en sont d’accord, les évêques qui sont princes de l’Empire doivent foi et hommage à l’Empereur pour leurs fiefs : le roi autorise le nouvel évêque à en demander l’investiture, ce qu’il obtient. Après la paix de Nimègue (1678), les arrêts de réunion obligent les seigneurs d’Alsace, y compris l’évêque de Strasbourg à rendre foi et hommage au roi de France (1680), ce dont s’acquitte François-Egon pour la partie alsacienne du diocèse en 1682. Restent les archiprêtrés de la rive droite, désormais bien distincts de ceux de la rive gauche, avec un vicaire général et une officialité particulière, des clercs formés à Fribourg et ordonnés à Constance.

En 1689, Guillaume-Egon de Fürstenberg succède à son frère au siège épiscopal. Il sollicite l’investiture pour les fiefs de la rive droite, mais Vienne ne veut la donner que pour tout l’évêché. À sa mort, en 1704, en pleine guerre de succession d’Espagne, la question n’est pas réglée.

Le roi nomme à Strasbourg un prince français, Armand-Gaston de Rohan (1704-1749). Pourtant, dès 1708, ce dernier réaffirme ses prétentions liées aux droits des évêques de Strasbourg et se proclame Landgrave d’Alsace et prince du Saint Empire. Après la paix d’Utrecht (1714), il réclame son siège à la Diète et cette revendication est soutenue par les prince-évêques rhénans de Mayence (Électeur) et de Spire, mais rejetée par Vienne : « C’est se moquer de vouloir qu’un Français ait séance dans les diètes de l’Empire », aurait déclaré le prince Eugène de Savoie (1715). Armand-Gaston parvient en 1723 à obtenir l’investiture pour la partie badoise du diocèse et peut se faire représenter à la diète de Ratisbonne, où il observera la plus grande prudence, pour ne pas être pris entre les deux feux. Il régularise la situation des chapitres ruraux de la rive droite (Ottersweier et l’abbaye bénédictine de Schwarzach et ses nombreuses paroisses incorporées, Offenbourg et les abbayes bénédictines de Allerheilligen et Gengenbach, Lahr et Haslach et les abbayes de Schüttern et d’Ettenheimmünster) et les rattache aux services du diocèse et de la régence de Saverne. Il y applique scrupuleusement les règlements impériaux et se tient neutre dans les conflits militaires et civils qui pourraient opposer les fidèles des deux rives de son diocèse, pendant la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748) qui oppose la France et l’Autriche. Dans le Rituale Argentinense que publie le cardinal en 1742, la prière pour le roi qui prend place dans la messe est remplacée pour la partie transrhénane du diocèse par la prière « pour sa Majesté impériale, ou pour le prince notre souverain (margraves de Bade ou autres seigneurs) – für Ihre Kayserliche Majestät ou für unsern gnädigsten Herren- und Lands-Fursten » (v. Liturgie catholique).

À l’issue de cette guerre, il procède en 1749 à la reprise des fiefs, limitée à la rive droite, démarche diplomatique désormais rodée : le rapprochement avec Vienne profitera à son successeur, François-Auguste de Rohan-Soubise (1749-1756). Il assure sa représentation au siège de la Diète de Ratisbonne (Immerwährender Reichstag) confié ici aussi à un plénipotentiaire chargé d’affaires. Son successeur, Louis-Constantin de Rohan-Gueménée (1756-1779), commande à son archiviste, l’historien Philippe-André Grandidier, L’histoire de l’Église et des évêques-princes de Strasbourg, affichage éclatant des titres historiques de l’évêque de Strasbourg (Igersheim, Alsace des Historiens, p. 20-22). Plus contestée est l’ambassade à Vienne confiée par Louis XV en 1771 à son coadjuteur Louis-René. Le choix d’un futur prince d’Empire, pour cette mission politique, à la veille d’un partage de la Pologne n’était pas neutre, apparemment, mais il comportait des risques dans une cour déchirée entre partis. Lorsque, devenu évêque en 1779, Louis-René de Rohan-Guémenée (1779-1803) sollicita ses investitures, ce fut dans une atmosphère glaciale (Châtellier, Religion et piété, p.138). En 1780, Louis-René installe une régence particulière, distincte de celle de Saverne, pour la rive droite à Oberkirch. « L’exclusion des étrangers en Alsace a favorisé le recrutement autochtone de la rive droite. Il y a désormais deux clergés, un clergé alsacien qui se rapproche de clergé du reste du royaume et un clergé de la plaine de Bade qui se différencie de moins en moins des diocèses voisins de Spire et de Constance. »

Les cardinaux de Rohan ont su s’imposer comme princes d’Empire. Ils ont utilisé leurs droits et su imposer leur autorité sur les terres de la rive droite. C’est là que le cardinal « Collier » ira s’installer dès 1790 et qu’il dirigera jusqu’à sa mort en 1803, à la manière d’un prince-évêque rhénan (Louis Chatellier). C’est de là qu’il prend l’initiative, avec le prince-évêque de Spire, de provoquer l’adoption par la Diète d’un recès (Reichschluss) exigeant la réintégration des princes possessionnés dans leurs droits, ce qui conduira à la guerre entre la France et le « roi de Bohème et de Hongrie » (1792)

Notices connexes

Fürsten

Prince (Saint Empire), Prince-évêque, prince abbé, princesse abbesse

Princes possessionnés

Sources - Bibliographie

CHÂTELLIER (Louis), « Frontière politique et frontière religieuse. L’exemple du diocèse de Strasbourg (1648-1770) », Etudes européennes. Mélanges offerts à Victor-Lucien Tapié, Paris, 1973, p, 149-170. CHÂTELLIER (Louis), Tradition chrétienne et renouveau catholique dans le cadre de l’ancien diocèse de Strasbourg (1650- 1770), Paris, 1981. CHÂTELLIER (Louis), « Les évêques de Strasbourg et la cour de Vienne au XVIIIe siècle », L’Europe, l’Alsace et la France, Strasbourg, 1986, p. 282-289. CHATELLIER (Louis), « Les évêques de Strasbourg et la Cour de Vienne au XVIIe siècle », Religion et piété en Alsace et Lorraine (XVIIe-XVIIIe siècles), Annales de l’Est, numéro spé- cial, 2003. MULLER (Claude), Le siècle des Rohan. Une dynastie des car- dinaux en Alsace au XVIIIe siècle, Strasbourg, 2006.

François Igersheim