Quetsche : Différence entre versions
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Version du 22 juillet 2026 à 12:47
Le mot français quetsche, formé sur l’allemand
Zwetschge, est attesté au début du XVIIIe siècle
comme « mot de province » correspondant à pru-
neau ou prune (Poitevin), spécialement quand
il s’agit du fruit sec (gedürrte pflaume), le verbe
quetschen désignant l’action d’écraser et de froisser
une surface, effet de la dessication.
L’arbre fruitier est présent depuis des temps im-
mémoriaux, à l’état naturel – le pasteur Oberlin
le trouve à son arrivée à Waldersbach en 1767, en
le qualifiant de prunus germanicum, et son frère
Jérémie-Jacques y revient dans son Essai sur le
patois lorrain du comté du Ban de la Roche (1775)
sous la forme « die quoetche, coitches, di quoèches, des
prunes de l’Allem. Zwetschen, en patois quetschlen.
Quoetschéri, coitchéri, prunier ». En allemand, le mot
est familier depuis la fin du Moyen Âge : l’Onomas-
ticon latino-germanicum de Golius, éditié par Jean
Sturm pour les élèves du Gymnase de Strasbourg
(1579) traduit Pruna damascena, prunes de Damas
par zwetschken.
Le genre Prunus, de la famille des rosacées se
décompose en différentes sous-espèces recen-
sées par les botanistes rhénans, notamment par
Hieronymus Bock (1498-1552), qui en cite cinq
parmi les Pflaumen/Kriechen, estimant qu’« on
tient les grandes prunes noires dites de Damas pour
les meilleures ». Les médecins les recommandent
pour refroidir et pour humidifier les humeurs, étant
peu caloriques, à l’instar des figues, et pour leurs
vertus laxatives. Les apothicaires en font des pâtes
de fruits (geleefrüchthe) et des électuaires (latwer-
gen) qui peuvent être pris au coucher, au moment
du schlaftrunck : en 1564, l’officine du Colmarien
Jörg Barut conserve 10 livres des pruneaux secs. Le
péage de Thann mentionne une cargaison de six quintaux de ce fruit en 1620, peut-être destinés à
la clientèle lorraine. L’existence de vergers spéciali-
sés est attestée depuis la Renaissance à Westhoffen
aussi bien qu’à Strasbourg ou ailleurs. Leur pro-
duction est illustrée par des artistes strasbourgeois
comme David Kandel (1520-1592) ou Johann
Walter (1600-1677), pour leur intérêt pomolo-
gique et dans le registre de la nature morte.
La réputation de la questsche est telle que le maître
de français Daniel Martin, établi à Strasbourg dans
le second quart du XVIIe siècle, en fait l’équivalent
alsacien de l’olive grecque. De fait, le fruit peut être
consommé frais, comme il le dit, ou conservé pour
la morte saison. Il en est question dans des comptes
de cuisine – par exemple pour les membres du cha-
pitre cathédral de Strasbourg, réuni à Erstein fin
juillet 1616 (AMS 17Z 438). Les livres de recettes
le classent dans la catégorie des douceurs, des pâ-
tisseries et des desserts. Ainsi, en 1672, le Kochbuch
de l’abbé de Lucelle Bernardin Buchinger (1616-
1673) propose de ramollir le fruit sec avec du vin, en y ajoutant de la farine, du sucre, du miel, de la can-
nelle, et, bien entendu, d’en faire des tartes, comme
le conseille la cuisinière mulhousienne Marguerite
Spœrlin dans son Oberrheinisches Kochbuch (1811).
Le Zwatschgawaya emblématique de l’Alsace peut
se prévaloir d’une légitimité historique bien réelle.
Sources - Bibliographie
Bock (Hieronymus), Kreüter Buch, darin Underscheid, Würckung und Namen der Kreüter so in Deutschen Landen wachsen..., Strasbourg, Rihel, 1546, chap. xxxiiii.
Poitevin (François-Louis), Le Nouveau dictionnaire suisse, françois-allemand et allemand-françois, Bâle, 1754.
HEIZMANN ( Joseph), « Les arbres fruitiers en Alsace », Paysans d’Alsace, Strasbourg, 1959, p. 271-279.
Notices connexes
Obst.