Quêtes

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Quêtes (Moyen Age)

Quête, quest, botschaft, Quêteurs, stationarii, petitores, nuntii, quaestores, terminarii, heiltumführer, almosenbettler, stationierer, bitter, klingler

La quête consiste à solliciter des biens en nature (grains, vin, viande, œufs, pain, fromage, jambons, cire) ou de l’argent lorsque le développement de l’économie monétaire le permet (depuis le XIIe-XIIIe siècle) au profit de personnes ou d’institutions.

Quêtes institutionnelles

Diverses institutions ecclésiastiques, couvents, chapelles de pèlerinage ou encore de simples paroisses parcouraient villes et campagnes pour recueillir des dons. Lors de leur création, les ordres mendiants (Dominicains, Franciscains, Ermites de Saint-Augustin, Carmes) ont fait de la quête et de la mendicité le fondement même de leur existence. Si les moines et les chanoines réguliers sont pauvres en ce sens qu’ils ne possèdent rien individuellement, la communauté dont ils font partie a des terres et des revenus, sans lesquels une vie régulière ne serait pas possible. Les fondateurs des ordres mendiants, eux, rejettent ce mode de vie et veulent que leurs communautés elles-mêmes soient pauvres et ne possèdent rien. Ces ordres, dépendant de la quête, sont intimement liés aux villes et à l’économie urbaine. En effet, pour survivre, une telle communauté, même petite, a besoin d’une population assez importante qui ne soit pas au bord de la pauvreté, et qui ait des ressources monétaires. Ainsi les messagers des couvents mendiants, appelés terminarii, sillonnaient la main tendue les rues de Strasbourg, mais aussi de vastes territoires alentour. D’autres ordres religieux ont, eux aussi, pratiqué la quête, en particulier les ordres hospitaliers. L’ordre de Saint-Antoine, ceux du Saint-Esprit et de Saint-Bernard-du-Mont-Joux payaient une taxe à l’évêque de Strasbourg pour avoir l’autorisation de quêter. En Alsace, les quêtes de saint Antoine, saint Quirin, saint Hubert et saint Valentin étaient connues sous le nom de « die vier Botschaften ». Ces quêteurs étaient respectivement mandatés par les Antonins d’Issenheim, réputés pour le soin du feu de Saint-Antoine, le prieuré de Saint-Quirin où affluaient les malades atteints de scrofules, les moines d’Autrey, détenteurs de reliques de saint Hubert censées guérir la rage, et les Bénédictins de Rouffach, spécialisés dans le traitement de l’épilepsie. Le prieuré de Vergaville en Lorraine, célèbre pour la guérison de la folie, envoyait également un quêteur en Alsace. Les paroisses aussi quêtaient. Ainsi, en 1243, la ville de Strabourg délivre une lettre de recommandation aux messagers de la paroisse Saint-Martin qui quêtent pour la reconstruction de leur sanctuaire. La pratique de la quête semble également avoir été très répandue pour les églises de pèlerinage. Les mandats délivrés par l’évêque de Strasbourg au début du XVIe siècle pour l’autorisation de quêter citent Saint-Jean-de-Bassel, la chapelle du Dürrenstein près de Walscheid, Reinacker, Mariental, Saint-Adelphe de Neuwiller, Saint-Gangolf de Graufthal, le Bruderbach, le Kalenberg près de Wingen-sur-Moder, la chapelle de Wiwersheim et le pèlerinage Saint-Guy du Hohlenstein près de Saverne (ADBR H 2291).

Certains hôpitaux indépendants d’un ordre religieux et l’orphelinat de Strasbourg pratiquent aussi la quête. Ainsi l’évêque Wilhelm von Hohnstein (1506-1541) écrit aux curés du diocèse pour leur enjoindre de faire bon accueil aux quêteurs de l’hôpital Saint-Wendelin de Saverne, de publier en chaire ses indulgences et privilèges pontificaux et d’inciter leurs ouailles à faire des dons. Le Nouvel Hôpital de Haguenau quête pour sa part dans les diocèses de Spire et de Worms.

Les papiers de Jean Nachtigall, curé de Soultz-les-Bains, révèlent le nombre de quêtes réalisées en 1521 dans sa paroisse. Se sont présentés au fil de l’année pour solliciter l’aumône des fidèles, les envoyés de Saint-Jean-de-Bassel en Lorraine, ceux de l’hôpital Sainte-Barbe de Strasbourg, de Saint-Gangolf de Graufthal, de Saint-Anstett de Vergaville, de Saint-Valentin de Rouffach, du Saint-Esprit de Stephansfeld, des Antonins, des réprésentants du pèlerinage de Saint-Wolfgang de Weyersheim et de l’hôpital du Grand Saint-Bernard. La liste n’est pas exhaustive pour autant, comme en témoignent les autorisations de quête accordées par l’évêque de Strasbourg dans la première moitié du XVIe siècle (ADBR H 2291).

Quêtes individuelles

La quête est aussi pratiquée à titre personnel par des individus, mendiants, écoliers, ermites ou encore par certains malades comme les épileptiques et les lépreux. Au Moyen Âge, la quête à titre individuel des personnes précitées est non seulement acceptée, mais institutionnalisée. Ainsi les lépreux sont autorisés à pénétrer en ville au moins un jour par semaine pour quêter. À Strasbourg, le règlement leur permet de se rendre en ville tous les jours pour demander l’aumône, sauf les jours de marché ou de grande affluence. Par ailleurs, dans plusieurs villes alsaciennes, les lépreux disposent d’une maisonnette dans l’enclos du cimetière, qui leur permet de solliciter la générosité des fidèles à la sortie de la messe. Mentionnons encore les troncs et sébiles installés en ville et dans les églises, dont le produit était destiné aux lépreux. Pour la nouvelle année, les lépreux pratiquaient une forme de quête répandue au Moyen Âge, entre autres chez les écoliers et plus généralement les jeunes : ils allaient chanter dans les rues de la ville ou aux alentours. Ceux de Sélestat allaient exercer leurs talents à Dambach, Scherwiller, Châtenois, Ebersheim et Ebersmünster, soit dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. Cette pratique est attestée du nord au sud de l’Alsace, non seulement dans les règlements de léproserie mais aussi dans de nombreux comptes. En Basse-Alsace, les léproseries des villes d’une certaine importance engageaient même un klingler, quêteur attitré de l’institution.

Certains épileptiques, munis d’une lettre de recommandation officielle, quêtaient pour pouvoir se rendre en pèlerinage à Rouffach où les Bénédictins tenaient un hôpital. C’est le cas d’Ursel Cristani que la ville de Bâle recommande à la bonté des gens sur le trajet entre Bâle et Rouffach (StAB Missiven A 18 p. 346, 1495).

Les mendiants aussi sollicitaient la générosité de leurs contemporains. Longtemps, la mendicité a été reconnue comme une chose légitime quand la personne qui quête n’avait pas d’autres moyens d’existence. Mais au fil du temps, les autorités se font plus méfiantes. En 1391, le Magistrat de Strasbourg expulse « tous les mauvais mendiants, les mendiants et tous les oisifs des deux sexes de notre ville qui n’ont pas chez eux des vivres pour un an, ceux qui sont les valets de mauvais mendiants ou de mauvaises mendiantes – exceptés ceux qui sont nés et ont grandi dans notre ville » (AMS 1MR 19, p. 163). En 1464, il fait dresser un état des mendiants valides pour faire le tri entre ceux qui ont droit à l’aumône et ceux qui sont aptes au travail. Néanmoins, lors des fêtes de Noël, la quête de dons en nature par des personnes déguisées (bechte) est tolérée. Les victuailles ainsi récoltées servaient à faire un bon repas.

Dans son autobiographie, Thomas Platter évoque l’importance de la quête, alors qu’il errait sur les routes d’Allemagne à la recherche d’une école et qu’il devait aussi nourrir des écoliers et des étudiants plus âgés qui l’exploitaient. Il dévoile également les diverses techniques employées pour délier les bourses : chanter, se présenter avec une étoffe et en mendier le prix de la façon. À l’occasion, il n’hésitait pas à voler pour survivre. Après avoir fait un tour d’Allemagne qui l’a emmené jusqu’à Breslau, il arrive enfin à Sélestat, où la réputation de l’école est excellente. Les écoliers affluant de toutes parts, la quête ne rapporte plus assez, ce qui l’oblige à quitter Sélestat après quelques mois.

Rapport des quêtes

Il existe deux moyens d’organiser la quête : ou l’institution effectue elle-même la tournée, ou alors elle est amodiée, c’est-à-dire confiée à un religieux, un clerc ou à un laïc qui en garde le produit moyennant un canon fixe. La pratique de l’affermage des quêtes est courante. En 1331, par exemple, le précepteur d’Issenheim afferme pour 130 marcs d’argent – une somme colossale – la quête faite pour les malades atteints du feu Saint-Antoine dans les diocèses de Strasbourg, Spire, Worms, Würzburg et Bamberg. En 1427, Wilhelm Hohenstein, prêtre du diocèse de Würzburg, prend à bail pour dix ans la quête du Nouvel Hôpital de Haguenau dans les diocèses de Spire et de Worms, pour 18 florins par an. L’extension géographique de ces territoires – à la fin du XIVe siècle, le territoire de quête des Bénédictins de Rouffach s’étend à toute l’Allemagne – et le canon payé illustrent la rentabilité d’une telle entreprise. Souvent, la quête est le poste qui rapporte le plus. En 1474, la quête représentait 67 %, soit les deux-tiers des recettes brutes de la préceptorie antonine de Memmingen. Si, pour une raison ou une autre, elle ne peut avoir lieu, l’équilibre budgétaire de l’institution est mis en danger. C’est le cas à Neuwiller, où la neige en 1605, la maladie du klingler en 1607, les inondations en 1609 et la guerre en 1610 empêchent la tournée du quêteur de la léproserie. À chaque fois, le Magistrat est obligé de débloquer quelques sous pour assurer le ravitaillement en pain des malades.

La rentabilité de l’entreprise explique aussi qu’il y ait eu de nombreux différends. En 1399, les Antonins d’Issenheim gagnent un procès devant l’officialité de Strasbourg contre les Bénédictins de Saint-Valentin de Rouffach dont l’enjeu était le droit de quêter avec des cloches, privilège réservé aux Antonins. En 1506, les Antonins d’Issenheim entrent en conflit avec ceux de Grünberg au sujet de la quête de Fulda. D’après les archives de la maison d’Issenheim, c’est à six reprises que les papes du XIVe siècle ont interdit aux faux quêteurs d’usurper le nom de saint Antoine pour extorquer de l’argent à la population. Une telle insistance prouve que les abus ont été nombreux ... et les gains fructueux !

Déroulement de la quête

Dans les diocèses de Bâle et de Strasbourg, les envoyés de l’hôpital d’Issenheim arrivent dans les paroisses munis de reliques de saint Antoine (d’où leur nom de heiltumführer), pour effectuer la quête destinée à l’entretien des frères et des malades de l’Ordre. À cette occasion, ils collectent également la cotisation versée par les anciens et les nouveaux adhérents à la confrérie. Les prêtres et le peuple les accueillent au son des cloches. Ils arborent croix de procession, bannières et autres ornements religieux en l’honneur de Dieu, de la Vierge, de saint Antoine et de tous les saints. Pour les diocèses plus éloignés, l’itinéraire du messager est consigné dans un registre. Ce dernier comprend non seulement les noms des adhérents à la confrérie Saint-Antoine, les cotisations échues et les dons mais aussi des renseignements pratiques de toute sorte, et avant tout les cadeaux à faire au clergé. Certes, ce dernier n’avait pas le droit d’exiger quelque chose des messagers de Saint-Antoine. Mais, pour acheter ses bonnes grâces, ceux-ci arrivaient munis de présents, dont certains d’une valeur considérable, tels que des gants, des couteaux, des clochettes et du poivre.

Critique de la quête

Dès le début du XIIIe siècle, les quêtes font l’objet de critiques. La remise en question de cette pratique se fait plus virulente et plus générale au fil du temps. Dans sa Nef des fous, Sebastian Brant stigmatise les procédés des ordres religieux dans ce domaine :

Voués à la pauvreté, ils ramassent des fortunes. Mais le prieur crie : « encore, encore ». Son sac est sans fond. La même avidité hante les porteurs de reliques, les pèlerins pleureurs, les vendeurs d’images saintes.

Thomas Murner reprend cette idée dans sa Narrenbeschwörung, parue en 1512, tout en affinant sa critique à l’égard des divers ordres religieux :

Les quêteurs promènent des reliques en racontant des mensonges sur le mal de Saint-Valentin, le feu Saint-Antoine, le mal Saint-Quirin et de Saint-Guy, jusqu’à ce que chacun ait donné son aumône. Puis le quêteur s’en va, sur un cheval qui vaut bien quatre-vingt-dix florins. Grâce à saint Antoine, saint Valentin et saint Quirin, il se fait des rentes.

Les idées véhiculées par la Réforme contribuèrent à mettre la quête définitivement à l’index. En 1523, lors de la réorganisation de l’assistance à Strasbourg, la quasi-totalité des quêtes sont interdites, aussi bien dans les églises, dans les rues que devant les maisons. Seule exception : cent écoliers pauvres âgés de moins de 16 ans fréquentant les écoles de la cathédrale, des chapitres Saint-Thomas, Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Pierre-le-Jeune. Par ailleurs, les quêteurs des orphelins et des syphilitiques sont autorisés à poursuivre leurs tournées. Dans les territoires catholiques par contre, la pratique de la quête ne connaîtra pas de restrictions. La quête au nom de saint Anstett de Vergaville est régulièrement autorisée par l’évêque de Strasbourg, au moins entre 1547 et 1560.

Sources - Bibliographie

WICKERSHEIMER (Ernest), « Documents pour servir à l’histoire de la police de la mendicité à Strasbourg à la fin du Moyen Âge », Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 1921, p. 144-147.

WINCKELMANN (Otto), Das Fürsorgewesen der Stadt Strassburg, t. 2, Leipzig, 1922, p. 101.

BARTH (Medard), « Heiltumführer und Almosensammler des Mittelalters. Die Mandate des Straßburger Bischofs Wilhelm von Honstein (1506-1541) », Freiburger Diözesan Archiv, t. 74, 1954, p.100-131.

HELMER (Marie) éd., Thomas Platter. Autobiographie (Cahiers des Annales 22), Paris, 1964, p.30-52.

RAPP (Francis), « Les quêteurs dans les campagnes de Basse Alsace à la veille de la Réformation », dans DE KROON (Marijn) et LIENHARD (Marc), Horizons européens de la Réforme en Alsace. Mélanges offerts à Jean Rott pour son 65e anniversaire, Publications de la Société savante d’Alsace et des régions de l’Est. Grandes Publications, t. 17, Strasbourg, 1980, p. 3-8.

CLEMENTZ (Élisabeth), Les Antonins d’Issenheim. Essor et dérive d’une vocation hospitalière à la lumière du temporel, Publications de la société savante d’Alsace, Recherches et documents, 62, Strasbourg, 1998, p. 147-172.

VOLTMER (Rita), « Die Straßburger Betrügnisse und das Verzeichnus der mutwillig[en] betler », dans : Das wichtigste ist der Mensch, Festschrift für Klaus Gerteis zum 60. Geburtstag, GIEBMEYER A. et SCHUBNEL-SCHÜLE H. (éd.) (Trierer Historische Forschungen 41), Mainz, 2000, p. 501‐527.

TURCK (Sandrine), Les Dominicains à Strasbourg entre prêche, prière et mendicité (1224-1420), Publications de la société savante d’Alsace, Recherches et documents, 68, Strasbourg, 2002, p.55-61.

CLEMENTZ (Élisabeth), Les lépreux en Alsace : marginaux, exclus, intercesseurs ?, Paris, 2023, p. 336-343.

Notices connexes

Bechte

Bettelbrief

Bettelvogt

Mendicité

Élizabeth Clementz

Quêtes (période moderne à 1815)

Almosen, Almosensammlung, Büchse, Seckel, Kirchensammlung

Action de demander et de recueillir des dons, généralement en argent (pour soi, pour les pauvres, pour une œuvre de bienfaisance, etc.). Quêtes dans les églises; quêtes à domicile, dans les rues.

Les ordres mendiants du XIIIe siècle sont devenus riches et font scandale : la Réforme a changé le regard sur la pauvreté et exalte le travail. À l’époque moderne, les collectes ou quêtes (Almosen, Almosensammlung, Büchse, Seckel, Kirchensammlung) se voient encadrées par une réglementation plus précise. Cette nécessité s’impose tout particulièrement dans les villes et les territoires passés à la Réforme où la sécularisation de nombreux établissements religieux a imposé la restructuration de la prise en charge de la charité ou de l’assistance.

La réglementation distingue progressivement les quêtes proprement dites, pratiquées par des ministres des cultes ou leurs agents, portant sur la collecte d’espèces, à laquelle on procède principalement dans les églises des innombrables taxes et redevances, y compris pour les besoins du culte (casuel, écolage) de la mendicité de particuliers sur la voie publique, généralement réprimée.

Dans les pays et villes passées à la Réforme, les autorités confient à des fondations le soin de l’assistance dont le financement était assuré – en petite partie – par les quêtes et les collectes. Elles contrôlent et répartissent le produit des troncs (Büchse) déposés dans les églises paroissiales et des quêtes y qui sont pratiquées (Winckelmann, 119 et 162). La pauvreté, la maladie et la vieillesse est recensée et prise en charge à domicile, dans les hôpitaux, les hospices et les orphelinats par les fondations, dans les villes et les conseils des communautés dans les campagnes. La mendicité sur la voie publique est interdite. La mendicité étrangère est interdite d’accès ou expulsée.

Dans l’ensemble des communautés (Gemeinde, Kirchspiele, paroisses), les quêtes et leur produit sont soumis aux contrôles des fabriques qui se confondent le plus souvent avec les conseils ou Gerichte.

Le concile de Trente réaffirme une règle canonique déjà appliquée dans le diocèse aux termes de laquelle la quête à l’église ou à domicile doit être autorisée par l’évêque du diocèse et les quêteurs pourvus de lettres dûment validées par l’officialité. Ces quêtes ont lieu à l’église (en monnaie) ou par collecte à domicile, en nature (grains ou vin).

Une bonne partie des implantations des congrégations des XVIIe et XVIIIe siècle (comme les Augustins et Capucins), fait appel à la participation du public par des quêtes pratiquées aussi à domicile et en nature (A. Sieffert, « Les Capucins à Wissembourg sous l’Ancien Régime », AEA, 1946 ; Cl. Muller, AEA, « Capucins », 1984, « Dominicains », 1985). Les quêtes de religieux étrangers, comme les moines du Brisgau, sont interdites (de Boug II 1740, p. 125), et les ressorts de quête bien limités aux paroisses de résidence (de Boug, II, 1763, p. 643).

La quête est partie prenante des cultes religieux, qu’il s’agisse de catholiques ou des protestants.

Dans les paroisses protestantes, Kirchenordungen et rapports de visitations insistent. Ainsi l’ordonnance de la seigneurie de Barr de 1645 précise à l’intention des fidèles du culte dominical : « Jeder Zuhörer solle sein Almosen ordentlich alle Sonntag in das säckel geben (Adam, Evangelische Kirchengeschichte der Elsässischen Territorien, p. 49). Pourtant, les pasteurs de ces paroisses (Mittelbergheim, Gertwiller, Goxwiller, Heiligenstein) se plaignent du produit misérable des quêtes et des dons (Adam, p. 58) de fidèles exposés aussi conflits du simultaneum introduit par conversions et immigrations, à partir de 1684.

Les méthodes de quête dans les églises au cours des offices sont variables. En règle générale, chez les catholiques et le protestants, la quête se fait par le passage dans les rangées des fidèles d’une longue perche munie d’un sac (Säckel, Beutel) et au bout de laquelle une clochette (Klingelbeutel) agitée rappelle à l’endormi, sourd ou récalcitrant de faire son devoir. À Colmar, les fidèles montent à l’autel y déposer leur offrande (F.-J. Heitz, Annuaire de Colmar, 1935, « Colmar en 1782 vu par un inconnu ») mais cette coutume qui contrevenait à la discrétion du montant déposé dans la sébille a été abandonnée au cours du XVIIIe siècle.

La quête à l’église est fort souvent confiée au sacristain maître d’école. Ainsi dans la communauté protestante d’Andolsheim (Adam, Els. Territorien, p. 342, voir aussi Riquewihr produit des quêtes - Ertrag des Klingelbeutels, p. 349) ou dans la paroisse catholique de Turckheim (Schaer André, « Le chapitre rural Ultra-Colles », AEA, 1967, p. 221). On finance ainsi les besoins du culte et de menus frais, car le fonctionnement de l’école est assuré principalement par un écolage.

Intervenue à la suite de la crise de subsistances de 1693, l’ordonnance royale du 14 novembre 1693 qui impose le retour dans les campagnes de tous les mendiants (de Boug I, 216) demande aux communautés de généraliser les bureaux de charité comme cela se pratiquait dans le royaume de France depuis les ordonnances royales de 1573. Il semble n’avoir pas eu d’écho en Alsace (Sablayrolles, p. 188). C’est que dans les paroisses, le Gericht et la fabrique, avec bourgmestre, curé et marguiller se chargent de la gestion de la charité, des quêtes et de l’affectation de leur produit (Châtellier, p. 70-73). Billing signale que la ville de Colmar a alors procédé à une quête générale et en a confié la collecte dans les troncs (büchse) des « stubenknechte » des tribus/corporations, à charge pour eux d’en repartir le produit aux pauvres recensés, par les tribus/corporations (Billing, Kleine Chronik, p. 179) : encore un cas de prise en charge municipale de la charité.

En 1790, la nationalisation des biens des fabriques et des bureaux de charité, les dissolutions de congrégations refusantes et des bureaux de charité, entrainent l’effondrement des structures d’assistance du royaume. En octobre et novembre 1796, le Directoire institue des Bureaux de bienfaisance. La préoccupation principale est la répression de la mendicité. Pourtant, à Barr, Saverne, Wissembourg, Haguenau, Strasbourg, Colmar, se créent sous l’égide des municipalités des bureaux de bienfaisance et des ateliers de charité (qui doivent secourir les 42 000 indigents que compteraient l’Alsace (L’huillier, p. 567-568).

Dès 1796, les bureaux de bienfaisance, financés par les revenus de biens nationaux récupérés et de la billetterie des spectacles et bals, sont autorisés à placer leurs troncs et à faire des quêtes dans les églises affectées aux cultes. Ils procèdent tous les trois mois à des collectes publiques dans l’arrondissement. La reconstitution des anciens bureaux de charité a été progressive.

En 1809, le décret sur les fabriques règlemente statuts et gestion des fabriques et institue la coopération locale et la répartition des quêtes et de leur produit. (v. Fabriques). Les recettes des fabriques sont les produit des rentes et fermages, la location des bancs, les quêtes et troncs, le casuel, les donations et les subventions. Et les dépenses sont : les frais des cultes, le traitement des vicaires et serviteurs de l’église, l’entretien. Et il est précisé : « Tout ce qui concerne les quêtes – et le placement des troncs – doit être réglé par l’évêque sauf les droits du bureau de charité. »

Sources - Bibliographie

GUYOT, Répertoire (1775-1798), art. Quête, t. 50.

DURAND DE MAILLANE, Dictionnaire (1787), t. 2. Art. Quête, Paris, 1761.

De BOUG, Recueil (1775), I et II, Colmar, 1774.

AFFRE (Denis-Auguste), Traité de l’administration temporelle des paroisses..., Paris, 1827.

BILLING (Sigismund), Kleine Chronik der Stadt Colmar, hg. André Waltz, Colmar, 1891.

WINCKELMANN (Otto), Das fursorgewesen, 1922.

GEIGEL Ferdinand, Reichs und reichsländisches Kirchen und Stiftungsrecht, Strasbourg, 1898.

ADAM ( Johann), Evangelische Kirchengeschichte der Stadt Strassburg, Strasbourg, 1922.

ADAM ( Johann), Evangelische Kirchengeschichte der elsässischen territorien Strassbourg, 1928.

HEITZ (Fernand-Joseph), Colmar en 1782 vu par un inconnu, Annuaire de Colmar, 1935.

SCHILLINGER, « Zur Geschichte des Kapuzinerkloster Oberehnheim  », Archiv für Els. Kirchengeschichte, 1942, p. 273-300.

SIEFFERT (Archangelus), « Les capucins à Wissembourg », Archives de l’Église d’Alsace, 1946.

L’HUILLIER (Fernand), Recherches sur l’Alsace Napoléonienne, Strasbourg, 1947.

WOLLBRETT (Alphonse), « Aspects de la paroisse de Saverne à travers les âges », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Saverne et de ses environs, 1966.

SCHAER (André), « Le Chapitre rural ultra colles », Archives de l’Église d’Alsace, 1967, 145-240.

RAPP (Francis), « Réformes et Réformation à Strasbourg », Paris, 1974.

CHATELLIER (Louis), Tradition chrétienne et renouveau catholique dans le cadre de l’ancien diocèse de Strasbourg, Paris, 1981.

MULLER (Claude), « La vitalité des capucins au XVIIIe siècle », Archives de l’Église d’Alsace, 1986, 121-229.

SABLAYROLLES (Élisabeth), Recherches sur la pauvreté, l’assistance et la marginalité en Alsace, Thèse d’État, Strasbourg, 1988.

François Igersheim