Kerze

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Cierge, Confrérie de piété.

Le terme Kerze a deux sens, liés l’un à l’autre. Il est tout d’abord le cierge brûlant dans une chapelle ou une église. Il revêt une grande importance symbolique pour ceux qui le financent : membres de corporations, de confréries de piété ou particuliers aisés. Parfois ornés, par exemple des emblèmes de la corporation qui les possède, ils figurent dans les processions lors de grandes fêtes religieuses, comme la Fête-Dieu. Ils constituent alors, avec les porte-cierges, des signes honorifiques. Des cierges plus modestes brûlent aussi dans les poêles, financés par les membres.

Le second sens de Kerze est celui de la confrérie pieuse que pratiquement tous les métiers des corporations ont créée à partir du XIVe siècle dans un but de piété collective et d’entraide. Ce sens indique l’importance accordée aux cierges, puisqu’il se superpose au sens premier. En cas d’infraction contre les statuts de la confrérie, les délinquants ont souvent à s’acquitter d’une amende en poids de cire dont sont faits les cierges. Ces menus délits concernaient l’absence aux messes, aux réunions, les défauts de versement des cotisations, d’offrandes ou de dons lors des messes, voire le refus d’adhérer à la confrérie, les comportements violents ou les jurons et injures. De même, les responsables des diverses fonctions de ces confréries étaient soumis à une amende en poids de cire s’ils ne remplissaient leur office. Par exemple, le trésorier de la confrérie des compagnons pelletiers de Strasbourg (1404) devait être présent aux messes (fort nombreuses) et encaisser les cotisations, sous peine de verser une amende sous forme d’un quart de cire. Il devait aussi allumer les quatre cierges des quatre portecierges aux Quatre-Temps et aux quatre fêtes de la Vierge, faute de quoi il devait verser une amende irrémissible d’un quart de cire. À Colmar, le maître de la confrérie des compagnons tanneurs (1470) devait accepter cette charge, sous peine d’être soumis à une amende d’une livre de cire (et accepter la charge néanmoins). À Sélestat, les deux maîtres du poêle des compagnons tailleurs (1498) s’engageaient à respecter et à faire respecter les statuts, à préparer la chasuble leur appartenant pour la 1ère messe du dimanche, à la ranger dans le coffre ensuite, à préparer le porte-cierge et le ranger ensuite sous peine de devoir verser une demi-livre de cire lors de chacun de ces manquements. Cette même confrérie obligeait ses membres à être présents aux réunions, sous peine d’une amende d’une livre de cire. De même, le prix de l’adhésion à la confrérie et à l’association liée au poêle était souvent exprimé en poids de cire, denrée achetée chez les merciers (Krämer) ou les ciriers fabriquant les cierges. Ces quelques exemples parmi une multitude d’autres indiquent l’utilisation majeure de cette matière dans la vie des confréries et partant, l’importance des cierges. Quant aux luminaires, bougies ou chandelles, ils étaient davantage faits de suif, soit de graisse de bœuf ou de mouton.

Selon A. Hanauer, au XVe siècle, le prix de la cire était de 20 deniers la livre (450 gr environ), moyenne établie en se référant aux prix pratiqués du nord du sud de l’Alsace. La cire était d’origine locale ou provenait de la foire de Francfort. Elle était travaillée par des ciriers sédentaires ou nomades. Il existait apparemment deux variétés de cire : la blanche et la jaune, mais A. Hanauer n’a pu établir avec précision leurs différences. Le prix des cierges n’a pu être défini par ses recherches ; seul le coût de leur façonnage est indiqué ça et là, ce qui permet de supposer que la cire était peut-être fournie par les clients.

Bibliographie

HANAUER, Études économiques (1876-78), II, Denrées et salaires, p. 374-375.

DEBUS KEHR (Monique), Travailler, prier, se révolter. Les compagnons de métier dans la société urbaine et leur relation au pouvoir. Rhin supérieur au XVe siècle, Publications de la Société savante d’Alsace, Strasbourg, 2007, p. 206-219.

Notices connexes

Confrérie

Feu (éclairage, chandelle)

Monique Debus Kehr