Ingénieur du roi

De DHIALSACE
Révision datée du 24 octobre 2020 à 17:30 par Mfrison (discussion | contributions)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : navigation, rechercher

Ingénieur militaire, Festungsbaumeister, Kriegsbaumeister (maître de construction de forteresse ou de guerre).

Au Moyen Âge, l’engineor invente, construit et fait fonctionner les engins de guerre nécessaires à la prise des châteaux forts. À la Renaissance, l’ingénieur devient le spécialiste de la poliorcétique : un bâtisseur de fortifications, un preneur de villes, un architecte militaire doublé d’un hydraulicien, un réalisateur d’ouvrages civils nécessitant de fortes notions de mathématiques et de mécanique. À ce titre, Daniel Specklin (1536-1589), auteur de Architectura von Vestungen, Heinrich Schickhart (1558-1635), tout comme le Lorrain Jean Errard (1554-1610), peuvent être qualifiés d’ingénieurs militaires. Ils sont fortement influencés par les ingénieurs italiens, précurseurs dans l’art de fortifier les villes soumises à des tirs de canons. Pour Furetière, l’ingénieur est un officier qui sert à la guerre pour les attaques, défenses et fortifications des places (Dictionnaire universel, 1691, tome 1, p. 975). Dans le royaume de France, les ingénieurs militaires sont les premiers, et longtemps les seuls, à prétendre au titre d’« ingénieur du roi » pour lequel ils ont reçu une commission pour une affectation précise ou plus tard, un brevet d’ingénieur en titre.

À partir des règnes d’Henri IV et de Louis XIII, les stratèges accordent une importance accrue aux places fortes. Sully est nommé grand-maître de l’artillerie et surintendant des fortifications. Le règlement de 1604 souligne le rôle essentiel des ingénieurs du roi. Ils sont chargés de la prospection et de la reconnaissance du terrain, ils proposent les travaux à effectuer, établissent les devis, inspectent les chantiers en cours et prennent livraison des ouvrages au nom du roi. Les adjudications des travaux à des entrepreneurs privés demeurent sous la responsabilité des gouverneurs de province.

Le nombre des ingénieurs du roi s’accroît progressivement à partir du règne d’Henri IV et surtout de celui de Louis XIV. Sous le règne de Louis XIV, les ingénieurs sont regroupés en corps hiérarchiques avec la création des ingénieurs des places fortes, de la Guerre et de la Marine, finalement réunis en 1691 en un département des Fortifications des places de terre et de mer. Pour mener à bien sa politique expansionniste, Louis XIV engage un nombre croissant d’ingénieurs qui passent d’une soixantaine vers 1659 à près de trois cents dans les années 1700. La décision des travaux revient au roi et à ses ministres, mais la préparation, la mise en route et la surveillance des ouvrages sont confiées à un commissaire général des fortifications comme Vauban à partir de 1678. Officiers sans troupes, car les mineurs et ouvriers relèvent de l’artillerie, les ingénieurs du roi participent aux nombreux sièges du règne. Ils créent, transforment ou modernisent les fortifications et constituent la fameuse « ceinture de fer du royaume ».

L’ingénieur Jacques Tarade (1640-1722) dirige les travaux des fortifications de Brisach, Belfort, Saverne, Haguenau, Sélestat et La Petite Pierre. En 1681, il est nommé directeur des fortifications d’Alsace. Il est chargé de l’amélioration de l’enceinte de Strasbourg et de la construction de la citadelle de la ville et du canal de la Bruche. Il supervise également les travaux de construction de Neuf-Brisach selon les plans dressés par Vauban. Au XVIIIe siècle, les ingénieurs du roi participent aussi à des constructions civiles en tant qu’architectes pour des hôpitaux, des églises ou des hôtels particuliers. En Alsace, ils sont placés sous la direction de David de Claris. Le corps des ingénieurs du roi comprend alors M. du Portal fils, ingénieur en chef, et cinq ingénieurs à Strasbourg pour la ville et la citadelle, M. de Bouvet à Lichtenberg et à La Petite Pierre, M. Frezier et deux ingénieurs à Landau, M. de Salmont, et un ingénieur à Fort-Louis, M. Marfaing à Lauterbourg, M. Chambre à Sélestat, M. Bottet et un ingénieur à Neuf-Brisach, M. Baudouin et un ingénieur à Huningue et Landskronn, M. Garnot et deux ingénieurs à Belfort. En outre, M. de Regemorte est géographe du roi, chargé de réaliser les cartes de l’Alsace.

En 1743, le corps des ingénieurs du roi passe sous l’autorité du secrétaire d’État à la Guerre mais il n’intègre pleinement l’armée royale qu’en 1776, les ingénieurs deviennent alors des officiers du corps royal du génie. Formés à l’école du génie de Mézières depuis 1748, les ingénieurs du roi sont reconnus comme des militaires à part entière mais sans troupes. Par ordonnance du 8 décembre 1755, le corps d’ingénieurs du roi est rattaché aux corps royal d’artillerie et du génie. L’ordonnance du 10 mars 1759 règle les fonctions des trois cents ingénieurs. M. Riverson est alors directeur du département du génie à Strasbourg ; les ingénieurs en chef sont MM. Bernardy à Colmar, Charpentier-Despalutz à Landau, Duplessis à Haguenau, Lichtenberg et La Petite Pierre, Lambert à Sélestat, Masse à Belfort, Mazet du Taisan à Phalsbourg, Robert de Parades à Huningue et Landskron, Villemontés à Neuf-Brisach et Fort-Mortier, Rozières à Fort-Louis ainsi qu’un dernier ingénieur pour Wissembourg et les lignes de la Lauter. Le 5 avril 1762, on reconnaît 400  ingénieurs en poste. Choiseul, en 1767 en réforme les officiers roturiers, et le corps se divise en 1770 en 21 ingénieurs directeurs, 90 ingénieurs en chef et 289 ingénieurs ordinaires. Par ordonnance le 31 décembre 1776, le corps des ingénieurs militaires, désigné à l’avenir sous le titre de Corps royal du génie, est composé de 329 officiers dont 13  directeurs. Cependant, les ingénieurs du roi ou militaires perdurent jusqu’en 1791, mais dans le Corps royal du génie. Au début de la Révolution, le génie devient véritablement une arme dotée de bataillons de soldats et du matériel.

Bibliographie

BLANCHARD (Anne), Les ingénieurs du Roy, de Louis XIV à Louis XVI, Montpellier, 1979.

CORVISIER (André), Histoire militaire de la France, Paris, 1992, tome 1, p. 459-462, 470-483.

BELY (Lucien), Dictionnaire d’Ancien Régime, Paris, 1996, p. 663-664.

BLUCHE (François), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 2005, p. 755.

METZ (Bernhard), « Daniel Specklin », NDBA, n°35, p. 3685-3687.

LEHNI (Roger), « Heinrich Schickhart », NDBA, n°33, p. 3433.

LIVET (Georges), « Jacques Tarade », NDBA, n°37, p. 3832-3835.

Notices connexes

Fortifications

Génie

Infanterie

Philippe Jéhin