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<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">''Flagellatores'', ''Geißler'', ''secta Flagellantium''</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">Le mouvement des flagellants naît à Pérouse, en Italie, en 1260, dans un contexte de crise aussi bien sanitaire que politique. Dans sa chronique, Closener signale leur arrivée à Strasbourg au printemps 1261 et prétend qu’ils sont plus de 1 200 et qu’ils vont faire 1 500 adeptes parmi les Strasbourgeois. Par la suite, le phénomène se reproduira à différentes reprises dans toute l’Europe, à l’exception de l’Angleterre et de la France du Nord. En Alsace, les flagellants sont de retour dès 1296 et puis en 1349, juste avant que l’épidémie de peste ne touche la ville de Strasbourg. En 1296, vingt-huit d’entre eux entrent à Strasbourg, habillés de blanc, le visage couvert. Ils se flagellent en faisant le tour de la ville et dans tous les [[Couvent|couvents]] et églises. La pratique de la flagellation est conçue comme imitation des souffrances du Christ (''imitatio Christi'') et destinée à obtenir la rémission des péchés et l’apaisement de la colère de Dieu. En 1349, on pensait pouvoir éloigner ainsi le fléau de la peste. La venue des flagellants à Strasbourg au moment de la Grande Peste est particulièrement bien documentée grâce au récit qu’en fait Closener. Ils sont deux cents à entrer dans la ville en chantant le 8 juillet 1349, deux par deux, derrière de riches [[Bannière|bannières]] et des cierges torsadés, coiffés de chapeaux avec des croix rouges. À leur arrivée, on sonne les [[Cloches_(sonnerie_des)|cloches]]. En entrant dans les églises, ils s’agenouillent, chantent, puis se jettent à terre, les bras en croix. Après un moment, leur soliste chante : « Levez vos mains pour que Dieu écarte de nous la peste », ce qu’ils font pendant trois heures. Après quoi, les gens les invitent chez eux. D’après Closener, ils se flagellent au moins deux fois par jour, dans les champs, au son des cloches. Les lanières de leurs fouets se terminent par des aiguilles. Ils se couchent en rond, et prennent&nbsp;une position qui indique la nature de la faute commise. Le maître en touche un avec son fouet en criant : celui-là se lève, puis, à deux, ils en touchent un troisième, jusqu’à ce que tout le monde soit levé. Alors ils avancent en rond, deux par deux, en chantant et en se fouettant mutuellement. Ces séances attirent beaucoup de monde. Closener évoque les règles de leur [[Confrérie|confrérie]] : il faut y adhérer au moins 33 jours et demi – l’âge du Christ – et payer 4 deniers par jour. Il est interdit d’adresser la parole à une femme. Tout contrevenant doit s’agenouiller devant le maître, un laïc, et se confesser pour recevoir la pénitence. Puis il est flagellé. D’après leur règlement, des clercs peuvent appartenir à la confrérie, mais ils ne peuvent devenir maîtres. De telles dispositions, qui n’existent pas en Italie, où les flagellants sont toujours restés soumis au clergé, mais qui ont été très fréquentes en Allemagne, remettent en cause l’organisation même de l’Église et sont donc mal vues par les autorités religieuses. En 1349, le pape Clément VI condamne les flagellants en les accusant de vouloir se passer de la médiation du sacerdoce. En Allemagne, les communautés de flagellants sont non seulement suspectes d’hérésie, mais on leur attribue aussi des tendances révolutionnaires, car elles recrutaient souvent dans les couches les plus basses de la société.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">Le passage des flagellants à Strasbourg a duré plus de trois mois. Chaque semaine arrivaient de nouveaux groupes. À la fin, les Strasbourgeois n’ont plus voulu sonner les cloches pour eux, ni financer leurs bannières ni leurs cierges. Et Closener ajoute : « on en avait assez d’eux, on ne les recevait plus à la maison ». Néanmoins, cet épisode illustre l’intensité du mouvement pénitentiel laïc suscité par l’approche de la peste noire.</p>
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== <span style="font-size:x-large;">Bibliographie</span> ==
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''Flagellatores'', ''Geißler'', ''secta Flagellantium''
<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">HEGEL, ''Chroniken'', I (1870), p. 73, 104-120.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">SZEKELY (György), « Le mouvement des Flagellants au XIV<sup>e</sup> siècle, son caractère et ses causes », LE GOFF (Jacques) (dir.), ''Hérésies et sociétés dans l’Europe pré-industrielle XI<sup>e</sup>-XVIII<sup>e</sup> siècles ''(Civilisations et Sociétés, 10), 1968, p. 229-241.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">COHN (Norman), ''Les fanatiques de l’Apocalypse'', Paris, 1957 (2<sup>e</sup> éd. et trad. fr. 1983), p. 133-155.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">VAUCHEZ (André), « Contestations et hérésies dans l’Eglise latine », ''Histoire du Christianisme'', t. 6 (1274-1449), Paris, 1990, p. 335-337.</p>  
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== <span style="font-size:x-large;">Notices connexes</span> ==
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Le mouvement des flagellants naît à Pérouse, en Italie, en 1260, dans un contexte de crise aussi bien sanitaire que politique. Dans sa chronique, Closener signale leur arrivée à Strasbourg au printemps 1261 et prétend qu’ils sont plus de 1 200 et qu’ils vont faire 1 500 adeptes parmi les Strasbourgeois. Par la suite, le phénomène se reproduira à différentes reprises dans toute l’Europe, à l’exception de l’Angleterre et de la France du Nord. En Alsace, les flagellants sont de retour dès 1296 et puis en 1349, juste avant que l’épidémie de peste ne touche la ville de Strasbourg. En 1296, vingt-huit d’entre eux entrent à Strasbourg, habillés de blanc, le visage couvert. Ils se flagellent en faisant le tour de la ville et dans tous les [[Couvent|couvents]] et églises. La pratique de la flagellation est conçue comme imitation des souffrances du Christ (''imitatio Christi'') et destinée à obtenir la rémission des péchés et l’apaisement de la colère de Dieu. En 1349, on pensait pouvoir éloigner ainsi le fléau de la peste. La venue des flagellants à Strasbourg au moment de la Grande Peste est particulièrement bien documentée grâce au récit qu’en fait Closener. Ils sont deux cents à entrer dans la ville en chantant le 8 juillet 1349, deux par deux, derrière de riches [[Bannière|bannières]] et des cierges torsadés, coiffés de chapeaux avec des croix rouges. À leur arrivée, on sonne les [[Cloches_(sonnerie_des)|cloches]]. En entrant dans les églises, ils s’agenouillent, chantent, puis se jettent à terre, les bras en croix. Après un moment, leur soliste chante&nbsp;: «&nbsp;Levez vos mains pour que Dieu écarte de nous la peste&nbsp;», ce qu’ils font pendant trois heures. Après quoi, les gens les invitent chez eux. D’après Closener, ils se flagellent au moins deux fois par jour, dans les champs, au son des cloches. Les lanières de leurs fouets se terminent par des aiguilles. Ils se couchent en rond, et prennent&nbsp;une position qui indique la nature de la faute commise. Le maître en touche un avec son fouet en criant&nbsp;: celui-là se lève, puis, à deux, ils en touchent un troisième, jusqu’à ce que tout le monde soit levé. Alors ils avancent en rond, deux par deux, en chantant et en se fouettant mutuellement. Ces séances attirent beaucoup de monde. Closener évoque les règles de leur [[Confrérie|confrérie]]&nbsp;: il faut y adhérer au moins 33 jours et demi – l’âge du Christ – et payer 4 deniers par jour. Il est interdit d’adresser la parole à une femme. Tout contrevenant doit s’agenouiller devant le maître, un laïc, et se confesser pour recevoir la pénitence. Puis il est flagellé. D’après leur règlement, des clercs peuvent appartenir à la confrérie, mais ils ne peuvent devenir maîtres. De telles dispositions, qui n’existent pas en Italie, où les flagellants sont toujours restés soumis au clergé, mais qui ont été très fréquentes en Allemagne, remettent en cause l’organisation même de l’Église et sont donc mal vues par les autorités religieuses. En 1349, le pape Clément VI condamne les flagellants en les accusant de vouloir se passer de la médiation du sacerdoce. En Allemagne, les communautés de flagellants sont non seulement suspectes d’hérésie, mais on leur attribue aussi des tendances révolutionnaires, car elles recrutaient souvent dans les couches les plus basses de la société.
<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">[[Pénitence]]</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">[[Peste]]</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: right;">'''Élisabeth Clementz'''</p>
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[[Category:F]][[Category:Eglise catholique]][[Category:Liturgie]][[Category:Rites et coutumes]]
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Le passage des flagellants à Strasbourg a duré plus de trois mois. Chaque semaine arrivaient de nouveaux groupes. À la fin, les Strasbourgeois n’ont plus voulu sonner les cloches pour eux, ni financer leurs bannières ni leurs cierges. Et Closener ajoute&nbsp;: «&nbsp;on en avait assez d’eux, on ne les recevait plus à la maison&nbsp;». Néanmoins, cet épisode illustre l’intensité du mouvement pénitentiel laïc suscité par l’approche de la peste noire.
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== Bibliographie ==
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<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify">HEGEL, ''Chroniken'', I (1870), p. 73, 104-120.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify">SZEKELY (György), «&nbsp;Le mouvement des Flagellants au XIV<sup>e</sup> siècle, son caractère et ses causes&nbsp;», LE GOFF (Jacques) (dir.), ''Hérésies et sociétés dans l’Europe pré-industrielle XI<sup>e</sup>-XVIII<sup>e</sup> siècles ''(Civilisations et Sociétés, 10), 1968, p. 229-241.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify">COHN (Norman), ''Les fanatiques de l’Apocalypse'', Paris, 1957 (2<sup>e</sup> éd. et trad. fr. 1983), p. 133-155.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify">VAUCHEZ (André), «&nbsp;Contestations et hérésies dans l’Eglise latine&nbsp;», ''Histoire du Christianisme'', t. 6 (1274-1449), Paris, 1990, p. 335-337.</p>  
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== Notices connexes ==
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[[Pénitence|Pénitence]]  
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[[Peste|Peste]]
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<p class="mw-parser-output" style="text-align: right">'''Élisabeth Clementz'''
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[[Category:F]] [[Category:Eglise catholique]] [[Category:Liturgie]] [[Category:Rites et coutumes]]

Version actuelle datée du 18 octobre 2020 à 13:20

Flagellatores, Geißler, secta Flagellantium

Le mouvement des flagellants naît à Pérouse, en Italie, en 1260, dans un contexte de crise aussi bien sanitaire que politique. Dans sa chronique, Closener signale leur arrivée à Strasbourg au printemps 1261 et prétend qu’ils sont plus de 1 200 et qu’ils vont faire 1 500 adeptes parmi les Strasbourgeois. Par la suite, le phénomène se reproduira à différentes reprises dans toute l’Europe, à l’exception de l’Angleterre et de la France du Nord. En Alsace, les flagellants sont de retour dès 1296 et puis en 1349, juste avant que l’épidémie de peste ne touche la ville de Strasbourg. En 1296, vingt-huit d’entre eux entrent à Strasbourg, habillés de blanc, le visage couvert. Ils se flagellent en faisant le tour de la ville et dans tous les couvents et églises. La pratique de la flagellation est conçue comme imitation des souffrances du Christ (imitatio Christi) et destinée à obtenir la rémission des péchés et l’apaisement de la colère de Dieu. En 1349, on pensait pouvoir éloigner ainsi le fléau de la peste. La venue des flagellants à Strasbourg au moment de la Grande Peste est particulièrement bien documentée grâce au récit qu’en fait Closener. Ils sont deux cents à entrer dans la ville en chantant le 8 juillet 1349, deux par deux, derrière de riches bannières et des cierges torsadés, coiffés de chapeaux avec des croix rouges. À leur arrivée, on sonne les cloches. En entrant dans les églises, ils s’agenouillent, chantent, puis se jettent à terre, les bras en croix. Après un moment, leur soliste chante : « Levez vos mains pour que Dieu écarte de nous la peste », ce qu’ils font pendant trois heures. Après quoi, les gens les invitent chez eux. D’après Closener, ils se flagellent au moins deux fois par jour, dans les champs, au son des cloches. Les lanières de leurs fouets se terminent par des aiguilles. Ils se couchent en rond, et prennent une position qui indique la nature de la faute commise. Le maître en touche un avec son fouet en criant : celui-là se lève, puis, à deux, ils en touchent un troisième, jusqu’à ce que tout le monde soit levé. Alors ils avancent en rond, deux par deux, en chantant et en se fouettant mutuellement. Ces séances attirent beaucoup de monde. Closener évoque les règles de leur confrérie : il faut y adhérer au moins 33 jours et demi – l’âge du Christ – et payer 4 deniers par jour. Il est interdit d’adresser la parole à une femme. Tout contrevenant doit s’agenouiller devant le maître, un laïc, et se confesser pour recevoir la pénitence. Puis il est flagellé. D’après leur règlement, des clercs peuvent appartenir à la confrérie, mais ils ne peuvent devenir maîtres. De telles dispositions, qui n’existent pas en Italie, où les flagellants sont toujours restés soumis au clergé, mais qui ont été très fréquentes en Allemagne, remettent en cause l’organisation même de l’Église et sont donc mal vues par les autorités religieuses. En 1349, le pape Clément VI condamne les flagellants en les accusant de vouloir se passer de la médiation du sacerdoce. En Allemagne, les communautés de flagellants sont non seulement suspectes d’hérésie, mais on leur attribue aussi des tendances révolutionnaires, car elles recrutaient souvent dans les couches les plus basses de la société.

Le passage des flagellants à Strasbourg a duré plus de trois mois. Chaque semaine arrivaient de nouveaux groupes. À la fin, les Strasbourgeois n’ont plus voulu sonner les cloches pour eux, ni financer leurs bannières ni leurs cierges. Et Closener ajoute : « on en avait assez d’eux, on ne les recevait plus à la maison ». Néanmoins, cet épisode illustre l’intensité du mouvement pénitentiel laïc suscité par l’approche de la peste noire.

Bibliographie

HEGEL, Chroniken, I (1870), p. 73, 104-120.

SZEKELY (György), « Le mouvement des Flagellants au XIVe siècle, son caractère et ses causes », LE GOFF (Jacques) (dir.), Hérésies et sociétés dans l’Europe pré-industrielle XIe-XVIIIe siècles (Civilisations et Sociétés, 10), 1968, p. 229-241.

COHN (Norman), Les fanatiques de l’Apocalypse, Paris, 1957 (2e éd. et trad. fr. 1983), p. 133-155.

VAUCHEZ (André), « Contestations et hérésies dans l’Eglise latine », Histoire du Christianisme, t. 6 (1274-1449), Paris, 1990, p. 335-337.

Notices connexes

Pénitence

Peste

Élisabeth Clementz