Fêtes liturgiques

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Dans toutes les églises, la liturgie des jours de fête – y compris celle de la dédicace ou de la fête patronale – rompait avec l’ordinaire : au lieu de la simple messe quotidienne, les fidèles pouvaient participer à des solennités majestueuses, à grand renfort d’encens, parfois avec diacre et sous-diacre ; à l’occasion s’y ajoutait une procession, comme à la Fête-Dieu, des vêpres… Certaines fêtes de saints donnaient lieu à des bénédictions spécifiques, comme celle des gorges à la Saint-Blaise, celle des produits de la terre à la Saint-Fiacre…

Pour des églises importantes, des coutumiers ont fixé, de vieille date, « les anciennes coutumes et cérémonies » (de Dartein, 384) ; ainsi, pour la cathédrale de Strasbourg, celui de Baldolf, du XIIe siècle, renvoie à un Ordo episcopalis antérieur et celui de Closener, du XIVe siècle, a encore été recopié en 1700 pour le Grand Choeur. Dès 1433, le chapitre de Saint-Pierre-le-Vieux disposait d’un Ordo perpetuus ou Directorium Sancti Petri Senioris. Pour la cathédrale, il subsiste également un Ordinarium seu Regulae orandi in dioecesi Argentinensi de 1489 et, pour celle de Bâle, un Modus et ordo orandi de 1484.

En 1625, Henri Gross édita à Strasbourg un Ordo perpetuus, qui fut remplacé, au XVIIIe siècle, par un ordo et modus rei divinae faciendae annuel dans le diocèse de Strasbourg (à partir de 1753 au plus tard) et dans celui de Bâle (à partir de 1769 au plus tard). Pour les fêtes des saints spécifiques à chaque diocèse, un Proprium sanctorum dioecesis Basileensis fut édité en 1710 et 1738 ; dans celui de Strasbourg, un Proprium sanctorum était déjà joint à l’Ordo perpetuus de 1625 ; un Appendix officii proprii a paru à Molsheim dès 1666, un nouveau Proprium sanctorum, sans date, sans doute vers la fin du XVIIIe siècle. Des additifs ont été publiés régulièrement pour les saints nouvellement introduits dans le calendrier.

Les ordres religieux procédèrent de même. Dès 1644, le couvent de Sainte-Marguerite et Sainte-Agnès à Strasbourg avait fait éditer un opuscule avec ses offices propres. En 1717, les abbayes de Murbach et de Lure firent paraître un Directorum proprium à leur usage. À partir de 1740, l’abbaye d’Ebersmunster en fit éditer un à son usage à Sélestat, qui, à partir de l’année suivante, servit à toutes les maisons de la Congrégation bénédictine de Strasbourg. La même année parut un Supplementum continens nova et propria festa à l’usage du même Ordre. En 1739, les johannites firent imprimer à Strasbourg les Officia propria sanctorum… Ordinis militaris Sancti Joannis Jerosolymitani.

Tous ces documents fournissent des indications pour les lectures et les prières de l’office canonial, réservé aux clercs. Pour les fidèles, l’essentiel des fêtes liturgiques se bornait à la messe, éventuellement aux vêpres ; ils utilisaient à cette fin leur missel, si du moins ils en possédaient un ; celui-ci comportait généralement aussi le vespéral.

Avec la multiplication des fêtes religieuses, selon les diocèses, le nombre des jours chômés finit presque par atteindre la centaine avec les dimanches. Sous l’influence du jansénisme et des Lumières, l’Église a procédé à divers « retranchements » entre 1650 et 1789. Dimanches et fêtes de saints disparurent au profit du décadi et autres noms communs à la Révolution. Dans le cadre de la réorganisation du culte après la signature du Concordat, le cardinal Caprara, légat, publia un indult daté du 9 avril 1802 que l’évêque Saurine inséra dans son « Mandement au sujet de la suppression des fêtes » du 21 février 1803. Il ne restait que quatre fêtes « de précepte » ou « d’obligation » : Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint, les autres devant être reportées au dimanche. « L’anniversaire de la dédicace de toutes les églises du diocèse sera célébré le dimanche qui suivra immédiatement l’octave de la Toussaint ». Sous le Consulat, dans son mandement relatif à l’Assomption, Saurine précise que la fête perpétuera « le souvenir des grands bienfaits qu’elle (la Vierge) a versés sur nous… la ratification du Concordat, … la naissance de Napoléon Bonaparte, … la publication du Sénatus-Consulte qui le déclare consul à vie ». Sous l’Empire, la fête anniversaire du couronnement de l’Empereur et de la victoire d’Austerlitz sera fixée au premier dimanche de décembre. Le 13 mai 1814, un Te Deum est prescrit dans toutes les églises à l’occasion du rétablissement de la royauté ; le Domine salvum fac Imperatorem sera modifié en Domine salvum fac Regem, puis repris pendant les Cent jours.

Sources - Bibliographie

Calendrier de l’Ordo perpetuus ou Directorium Sancti Petri Senioris (1433) (Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg, Ms 4009/24, copie).

Ordinarium seu Regulae orandi in dioecesi Argentinensi (1489) (Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg, Ms 4009/19, copie).

Modus et ordo orandi de Bâle (1484) (Ms 84 de Karlsruhe) (Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg, Ms 4018/4, p. 19-20.

Décret du Magistrat de Strasbourg relatif à l’observation des fêtes religieuses catholiques par tous (22 mars 1727).

Décret du Magistrat de Strasbourg relatif à la sanctification des dimanches et fêtes (24 mars 1736).

Ordonnance de police contre les profanations de la nuit de Noël (9 décembre 1743).

SAURINE (Jean-Pierre), Mandement au sujet de la suppression des fêtes, Strasbourg, 1803.

SAURINE (Jean-Pierre), Mandement… au sujet de la fête de l’Assomption, qui doit être une fête annuelle d’actions de grâces pour le rétablissement de la religion et autres bienfaits dont il a plu à Dieu de combler la France, principalement depuis l’époque du 18 Brumaire, Strasbourg, 1803.

DARTEIN (Gustave de), « Baldolf et Closener. Études sur les coutumiers ecclésiastiques de Strasbourg », RCA, V, 1886, p. 383-395, 492-498, 641-648.

SCHICKELÉ (Modeste), À travers l’Ordo diocésain de Strasbourg au XIXe siècle, Strasbourg, 1909.

BURG (André-Marcel), « Recherches sur les coutumiers manuscrits de la cathédrale de Strasbourg. Contribution à l’étude du culte chrétien au Moyen Âge », AEA, 2e série, 17, 1969, p. 1-32.

EPP (René), « Mgr Saurine et la célébration des jours de fête », AEA, 50, 1992-1993, p. 157-164.

BAILLIARD (Jean-Paul), La mesure du temps et la pratique du calendrier en Alsace hier et aujourd’hui (Alsace Histoire, 3), Strasbourg, 2009, p. 63-81.

Notices connexes

Dédicace

Fêtes

Fête-Dieu

Grand Choeur

Kirche

Liturgie_catholique_:_les_réglementations

Louis Schlaefli