Diligence

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Kutsche, Postkutsche

La diligence est un véhicule hippomobile qui assure un service régulier et public de transport en commun de passagers et de bagages. Elle fait partie d’un réseau de liaisons routières rapides entre plusieurs villes suivant des horaires fixes. Sa rapidité est assurée par le remplacement de l’attelage effectué dans des relais disposés le long de la route suivie.

Les premiers transports de voyageurs se font dans des grandes roulottes ou « Rollwagen » qui servent principalement au transport des marchandises. Le roulier accepte d’embarquer, contre paiement, quelques passagers dans son chariot parmi ses ballots. Ce type de déplacement est lent et inconfortable, mais fréquemment utilisé jusqu’au XVIe siècle. En 1555, l’humaniste colmarien Georges Wickram publie son « Rollwagenbüchlein », recueil de contes et d’anecdotes à raconter en voyage. Au XVIe siècle, le voyage en Rollwagen de Saverne à Strasbourg coûte 12 Pfennig en été et 1 schilling 4 Pfennig en hiver. En 1618, un voyageur négocie pour quelques passagers le trajet de Bâle à Strasbourg pour 8 florins 5 batz (Reuss, Alsace au XVIIe, I, p. 653).

Le premier moyen de transport collectif dédié spécifiquement aux voyageurs est mis au point en Hongrie à la fin du XVe siècle par Koszi qui lui laisse son nom :Kutsche en allemand, coach en anglais et coche en français. D’un usage courant aux XVIe et XVIIe siècles dans toute l’Europe occidentale, le coche est une voiture publique en forme de grosse caisse dans une structure légère en bois avec des piliers soutenant un toit en dôme. Cette voiture publique reste très inconfortable, avec des roues de bois durs et l’absence de ressorts ou de suspension. Attelé à des chevaux marchant au pas, ou par moment au trot, le coche circule à une vitesse moyenne de 40 à 60 km par jour. Progressivement, le coche évolue avec l’ajout d’un avant-train tournant et de suspensions sommaires en courroies en cuir. Le confort des passagers s’améliore aussi avec des parois en cuir, des panneaux vitrés et des banquettes transversales. Les voitures conçues pour rallier directement deux villes prennent le nom de coche de diligence ou simplement diligence parce qu’elles sont alors considérées comme rapides ou diligentes.

Les premières liaisons régulières apparaissent en France sur les grandes routes à la fin du XVIe siècle. En 1575, des privilèges royaux accordent des concessions à des entrepreneurs privés qui exploitent des coches publics, appelés cabas en 1600. Au début du XVIIe siècle, en 1607 selon Rodolphe Reuss, (L’Alsace au XVIIe, I, p. 653) ou en 1619 (Jean Braun, SA 85, p. 35), un coche assurait la liaison Paris-Strasbourg. En 1619, un service régulier de voitures publiques est établi à partir de Strasbourg vers Francfort, Bâle et Heidelberg (Jean Braun, SA, 85, p. 35).

Hormis ces axes majeurs, des dessertes secondaires pour voyageurs se développent en Alsace en utilisant les chariots postaux. En 1630, la poste de la ville de Saverne transporte par voiture à quatre chevaux des passagers jusqu’à Haguenau, Strasbourg et Sarrebourg (Jean Braun, Routes, p. 42). En 1631, un entrepreneur lorrain obtient le privilège de faire circuler régulièrement des voitures sur la route de Paris à Strasbourg en passant par Nancy. Le projet est cependant interrompu par les guerres (Reuss, L’Alsace au XVIIe, p. 653). Après la guerre de Trente Ans, le transport de voyageurs reprend plus activement. En 1659, Claude Lefebvre est autorisé à faire rouler un coche entre Strasbourg et Paris une fois par semaine en hiver et deux fois en été. (Reuss, L’Alsace au XVIIe., p. 654). Le trajet s’effectue alors en douze jours.

A partir de 1676, deux services coexistent en Alsace comme dans l’ensemble de la France, la Poste aux lettres et les Messageries royales, toutes deux monopoles d’Etat. La poste aux lettres et la poste aux chevaux se différencient, mais les deux services sont souvent réunis dans les mains d’un même maître des postes. Le service de messagerie assure le transport de voyageurs sur les grandes lignes. Il est donné à ferme à des particuliers qui entretiennent des diligences relativement rapides sur les routes de Paris à Lille, de Paris à Lyon et de Bâle à Strasbourg, ainsi que des berlines plus lentes sur les autres axes. A la faveur de la paix et de l’essor économique, les liaisons par diligences se multiplient en Alsace au cours du XVIIIe siècle. Des relais de poste aux chevaux sont alors construits sur les grandes routes à un intervalle variant de dix à vingt kilomètres, selon la nature du terrain parcouru. Pendant que le maître de poste change les chevaux de l’attelage, les voyageurs peuvent se restaurer ou se reposer. Le soir, le relais de poste devient une hôtellerie pour les voyageurs qui reprennent la diligence le lendemain matin. En effet, les diligences ne circulent pas la nuit avant les années 1770.

En 1749, l’intendant d’Alsace permet aux maîtres de poste d’établir une diligence une ou deux fois par semaine sur la route de Colmar à Belfort. En 1775, le maître de poste de Colmar est autorisé à faire circuler « un chariot de nuit » entre Colmar à Belfort. Le guide des voyageurs « Le Conducteur français » indique à la fin du XVIIIe siècle que les diligences de Strasbourg arrivent à Colmar le dimanche, le jeudi et le samedi à 8 heures du matin et partent pour Strasbourg les lundi, mercredi et vendredi à 4 heures du matin et arrivent pour le dîner. Deux chariots à découvert partent de Strasbourg tous les mardis à 5 heures du matin, arrivent pour le dîner à Colmar, repartent le même jour en été et s’en retournent pour la nuit à Sélestat. On trouve à Colmar des carrosses ou fiacres qui mènent aux villes voisines, même à Strasbourg, à Belfort, à Bâle. (Lucien Sittler, Diligence d’Alsace, 44, p. 2-10).

Vers 1770, apparaissent les coches volants, plus confortables et surtout plus rapides. Ils roulent de jour comme de nuit. En 1775, le contrôleur général des finances Turgot fait construire un nouveau type de diligence baptisée « turgotine » conçue pour être « légère, commode et bien suspendue ». Ces diligences, tirées par six à huit chevaux, peuvent transporter dix à quinze passagers. Le maître carrossier strasbourgeois Guinzrot, établi rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, fabrique des diligences réputées dans toute l’Europe. En 1776, Turgot réunit toutes les entreprises de messagerie royales et privées en une Régie d’Etat des Diligences et Messageries directement rattachée au Domaine royal. Il entend créer un service rapide et efficace. Pour cela, il autorise les diligences à utiliser les relais de chevaux de la Poste royale (Cavaillès, La route française, p. 155-160). En 1780, la diligence ne met plus que quatre jours et demi pour relier Strasbourg à Paris, soit 109 km par jour, au lieu de douze jours en 1765, à raison de 42 km par jour. Quant au trajet Strasbourg-Bâle, il s’effectue dorénavant dans la journée (Livet, SA, 85, p. 45-60).

La ville de Strasbourg occupe une situation exceptionnelle dans le réseau des liaisons terrestres continentales, notamment grâce au pont de Kehl. De très nombreuses routes partent de Strasbourg dans toutes les directions, dans le sens nord-sud vers Mannheim ou Bâle, et selon un axe est-ouest vers Paris ou vers Vienne et les villes du Saint- Empire. Les Messageries royales sont organisées à Strasbourg à partir de trois principaux relais de poste. Au départ du relais de la Cour du Corbeau, quai des Bateliers, les diligences assurent des liaisons nord-sud, à moyenne distance, en direction de Mannheim, Colmar, Belfort et Bâle. Au relais « A la Fleur », rue de la Douane, les diligences roulent vers Lyon. Au relais « A la Pomme d’or », rue des Bouchers, une diligence quitte Strasbourg tous les mardis, à partir de 1776, pour Paris. La Poste impériale des Thurn und Taxis, située près du Zollkeller, rue de la Douane, évincée d’Alsace par Louvois en 1681, dessert Stuttgart et d’autres villes allemandes ainsi que Bâle par la rive droite du Rhin (Jean Braun, Routes).

Lors de la Révolution, les messageries deviennent nationales mais la loi du 25 vendémiaire an III, 16 octobre 1794, supprime le monopole d’Etat des transports publics. Entre-temps est apparue en 1793 la malle-poste qui assure un service mixte de courrier et de voyageurs. Attelée de deux à quatre chevaux, elle est plus rapide mais moins confortable que les diligences. La malle-poste n’accepte qu’un à quatre passagers. Du fait des réquisitions militaires et de l’état de guerre, l’organisation des transports est perturbée. En 1795, la diligence Strasbourg-Lyon est même tractée par des boeufs (Chevalier, Diligence d’Alsace, p. 15-19). Une compagnie privée, l’Entreprise générale des Messageries, créée en 1798, exploite notamment la ligne Paris-Strasbourg. Le service des diligences est étroitement surveillé par les autorités. Les voyageurs doivent être munis d’un passeport. Une ordonnance de 1801 prévoit que la diligence Paris-Strasbourg devra être accompagnée de cinq soldats armés et, la nuit, de deux gendarmes supplémentaires (Jacqueline Piselli, Annuaire Wintzenheim, p. 53-55). En 1800, des « voitures de nuit » transportent de dix à douze personnes et relient les principales villes alsaciennes à partir de Strasbourg : Barr, Bouxwiller, Sélestat, Colmar, Mutzig, Wasselonne, Saverne et Westhoffen. En 1803, plusieurs entrepreneurs de diligences sont établis à Colmar. Ils proposent des places dans des diligences qui mettent quatre jours pour atteindre Lyon et six jours pour Paris.

Mulhouse ne fait pas partie des destinations des malle-poste en 1786 (Almanach d’Oberlin) mais figure dans les étapes des diligences et messageries dès 1799 (Sébastien Bottin, Annuaire du Bas-Rhin 1799-1800). Le réseau de 1803 tient compte de la nouvelle géographie de la France consulaire et impériale, avec des diligences quotidiennes pour Colmar, Mulhouse et Bâle, ainsi que pour Mayence par Lauterbourg et Spire (Strassburger Taschenbuch, 1803).

La période de la Restauration et de la Monarchie de Juillet constitue l’apogée des diligences. Celles-ci deviennent plus confortables avec l’amélioration de l’état des chaussées et surtout l’installation des ressorts métalliques en bandes de fer laminées, inventés en 1804. Un nouveau modèle de diligence est exploité à partir de 1818 sur les grandes lignes. Cette grande diligence est divisée en trois compartiments : le coupé ou cabriolet, la berline ou l’intérieur et la rotonde. Les bagages sont placés au-dessus sous une bâche, et quelques places sont prévues à l’extérieur sur l’impériale. Elle peut embarquer jusqu’à vingt personnes. L’attelage est pris dans les relais de poste ou chez des relayeurs libres. L’entreprise de messagerie est propriétaire de la voiture, le relayeur fournit l’attelage, le cocher et le postillon. Les diligences parcourent en moyenne 120 à 140 km par jour (Cavaillès, p. 226-234 et 265-268). De Paris à Strasbourg, on compte trente-trois relais sur 455 km, l’écart moyen ente deux relais est de 13,7 km. Les chevaux sont changés tous les deux ou trois relais. A Strasbourg, deux entreprises d’envergure nationale se partagent les grandes liaisons : les Messageries royales et la Messagerie Laffitte et Caillard fondée en 1826. Sous la Restauration, quatre départs hebdomadaires sont prévus depuis Strasbourg pour Nancy et Metz ainsi que trois services pour Lyon, Saint-Dié et Wissembourg. Les relations entre Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Bâle et Neuf-Brisach sont quotidiennes. Pour les dessertes locales, il existe de nombreuses entreprises privées qui utilisent de petites diligences, les pataches ou les gondoles.

A partir des années 1840, la diligence disparaît progressivement sur les grands axes de circulation, supplantée par le chemin de fer. Le relais de la Cour du Corbeau à Strasbourg est fermé en 1854. Les autres relais sont abandonnés au fur et à mesure de l’ouverture de nouvelles voies ferrées. Les relais de Poste sont officiellement supprimés le 1er mars 1870.

 

Sources - Bibliographie

AHR 4 M 93 : instructions et état des voitures publiques (1801-1853)

AHR 4 M 94 : demandes d’autorisation de mise en circulation des voitures publiques (1805-1835)

AHR 1 Z 204 et 3 Z 8 : police des voitures publiques (1815-1862)

REUSS (Rodolphe), L’Alsace au XVIIe siècle, Paris, Bouillon, 1897, tome 1, p. 641-658.

CAVAILLES (Henri), La route française, son histoire, sa fonction, Paris, 1946.

CHEVALIER (Octave), « La diligence de Strasbourg à Lyon a-t-elle été tirée par des boeufs ? », Diligence d’Alsace, 1975, 13, p. 15-19.

BRAUN (Jean), « Les communications en Alsace du début du Moyen Âge à la fin du XVIIIe siècle », Saisons d’Alsace, n° 85, septembre 1984, p. 30-44.

LIVET (Georges), « Routes et transports en Alsace au XVIIIe siècle », Saisons d’Alsace, n° 85, septembre 1984, p. 45-60.

BRAUN (Jean), Histoire des routes en Alsace des origines à nos jours, Strasbourg, 1987.

SITTLER (Lucien), « La poste à Colmar de la fin du XVIIe siècle au début du XIXe siècle », Diligence d’Alsace, 1991, 44, p. 2-10.

BRAUN (Jean), Les routes postales en Alsace de l’époque romaine au milieu du XIXe siècle, Strasbourg, 1992.

PISELLI (Jacqueline), « Les diligences et les auberges cabarets de Wintzenheim au XIXe siècle », Annuaire de la Société d’histoire de Wintzenheim, 2002, 6, p. 53-55.

LIVET (Georges), Histoire des routes et des transports en Europe, Strasbourg, Presses universitaires, 2003.

 

Notices connexes

Chemin

Poste

Relais de poste

Route

Transports

Philippe Jehin