Culte israélite : Différence entre versions

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= L’Ancien régime : Les ''Landjudenschaften'' et la « nation juive » =
 
= L’Ancien régime : Les ''Landjudenschaften'' et la « nation juive » =
<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">L’organisation de la vie religieuse des communautés juives d’Alsace n’a guère évolué au cours des décennies qui ont précédé la Révolution de 1789. Elles pratiquaient toutes un même rite, qu’elles&nbsp;partageaient avec les communautés juives d’outre Rhin. Le rite alsacien, appelé rite de Colmar, dont n’a subsisté que le livre de Selichot (prières et poèmes pénitentiels) qui fut imprimé à Metz en 1822, n’a guère perduré. Ces communautés faisaient toutes partie de la nation juive d’Alsace, quitte à se répartir entre les cinq ''Landjudenschaften'' héritées de la période du Saint-Empire&nbsp;: celle de Haguenau pour la préfecture, celle de Mutzig pour l’Evêché de Strasbourg, celle de Niedernai pour les terres de la Noblesse, celle de Bouxwiller pour le Hanau-Lichtenberg et celle de Ribeauvillé pour la Haute-Alsace. Chacune de ces circonscriptions était chapeautée par un tribunal rabbinique, dont le chef élu par ses habitants recevait sa nomination par des lettres patentes royales ou par l’agrément des princes possessionnés. L’influence de ces cinq rabbins était considérable, mais elle ne s’étendait pas à la sphère politique, que dirigeait une sorte de fédération ad hoc des dirigeants des communautés principales. Les Intendants respectèrent l’existence de ces ''Landjudenschaften'', mais ils s’efforcèrent de les adapter au cadre centralisateur de l’administration royale en les coulant dans le moule plus large d’une nation dirigée par des préposés. Des problèmes se posèrent cependant, qu’il fallut bien résoudre.<br/> C’est ainsi que se réunit le 28 mai 1777 (21 Iyyar 5537) à Niedernai, l’assemblée générale des chefs de la Nation Juive d’Alsace. Munie de l’autorisation en bonne et due forme de l’Intendant d’Alsace, elle se proposait de veiller aux intérêts de la Nation et d’adopter à cet effet les mesures et les règlements qui lui paraîtraient indispensables. L’essentiel de ses travaux porta sur des problèmes administratifs et financiers, mais elle ne négligea pas pour autant de se pencher sur plusieurs problèmes relatifs à sa vie religieuse. Parmi les trente six résolutions adoptées au cours de cette réunion, il convient de rappeler en premier lieu celle qui confirme de la manière la plus explicite l’autorité de la cour rabbinique, exclusive de toute autre, sauf pour les appels éventuels, pour connaître des différends qui pourraient opposer deux Juifs entre eux. Il était entendu qu’ils devraient être jugés selon la loi juive et qu’il fallait leur interdire de s’adresser à une cour non-juive. Une autre résolution rappelait que seuls les présidents des cours rabbiniques pouvaient rendre des jugements portant sur des questions purement rituelles et qu’il fallait mettre fin aux errements des personnes non autorisées qui s’avisaient d’empiéter sur leur autorité&nbsp;! Les présidents des cours rabbiniques disposeraient d’un mois pour communiquer la liste des personnes auxquelles ils seraient prêts à accorder leur confiance en la matière. Une disposition supplémentaire enjoignit aux chefs des communautés d’empêcher des personnes non autorisées par les présidents des cours rabbiniques de célébrer des mariages.<br/> On pourrait être tenté de découvrir parmi ces mesures les signes d’un relâchement de la discipline communautaire, mais il semble bien que ce ne soit pas le cas et qu’elles résultent surtout de l’explosion démographique du judaïsme alsacien au cours du XVIII<sup>e</sup> siècle&nbsp;: son organisation n’était plus en mesure de faire face aux besoins d’une population grandissante. Les présidents des cinq tribunaux rabbiniques ne suffisaient plus à la tâche et ils durent se résoudre à nommer des délégués, des «&nbsp;commis rabbins&nbsp;», qui les suppléeraient dans les localités les plus éloignées de leur circonscription.<br/> Faut il en conclure que rien n’avait changé dans la vie des communautés restées imperméables aux influences extérieures&nbsp;? Deux articles des règlements de 1777 semblent indiquer qu’il n’en était rien puisque l’on trouva nécessaire de rappeler l’ordonnance déjà ancienne qui interdisait formellement les danses mixtes, et de faire la chasse au charivari organisé par les jeunes gens de la communauté pour recevoir le fiancé venu pour se marier ou pour la cavalcade qui se portait à sa rencontre&nbsp;!<br/> La situation matérielle des deux écoles talmudiques (''yeshivot'') existant en Alsace, à Ettendorf et à Sierentz, laissait à désirer et il fallut imposer une taxe sur les héritages pour les tirer d’affaire. Il ne semble pas que ces écoles aient formé un grand nombre de rabbins et il n’est pas impossible que l’ouverture d’un ''Klaus'', d’une école talmudique supérieure, qui fut décidée à cette occasion, ait eu pour but de d’apporter un remède à cette situation. Fut elle jamais ouverte&nbsp;? On ne le sait pas, mais la fondation par Cerf Berr d’une ''yeshivah'' à Bischheim constitua peut être la réalisation de ce projet.<br/> Rien n’avait cependant été changé à l’essentiel&nbsp;: c’est ce que devait exprimer en 1789 l’avant dernier article du cahier des doléances de la Nation Juive établie en Alsace&nbsp;: «&nbsp;Sa Majesté fera à la Nation juive la grâce de lui laisser exercer tous les rites et actes de sa Religion juive et de la manière qu’Elle a fait jusqu’ici sous sa protection et sous celle de ses glorieux ancêtres; en conséquence de quoy elle voudra bien la conserver dans le droit de construire et d’entretenir à ses propres frais ses synagogues, ses hôpitaux, cimetierres et maisons d’école, d’avoir ses chantres, ses précepteurs et ses Régents d’école et autres employés subalternes de la communauté, que ladite Nation salariera comme du passé…&nbsp;»</p>
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L’organisation de la vie religieuse des communautés juives d’Alsace n’a guère évolué au cours des décennies qui ont précédé la Révolution de 1789. Elles pratiquaient toutes un même rite, qu’elles&nbsp;partageaient avec les communautés juives d’outre Rhin. Le rite alsacien, appelé rite de Colmar, dont n’a subsisté que le livre de Selichot (prières et poèmes pénitentiels) qui fut imprimé à Metz en 1822, n’a guère perduré. Ces communautés faisaient toutes partie de la nation juive d’Alsace, quitte à se répartir entre les cinq ''Landjudenschaften'' héritées de la période du Saint-Empire&nbsp;: celle de Haguenau pour la préfecture, celle de Mutzig pour l’Evêché de Strasbourg, celle de Niedernai pour les terres de la Noblesse, celle de Bouxwiller pour le Hanau-Lichtenberg et celle de Ribeauvillé pour la Haute-Alsace. Chacune de ces circonscriptions était chapeautée par un tribunal rabbinique, dont le chef élu par ses habitants recevait sa nomination par des lettres patentes royales ou par l’agrément des princes possessionnés. L’influence de ces cinq rabbins était considérable, mais elle ne s’étendait pas à la sphère politique, que dirigeait une sorte de fédération ad hoc des dirigeants des communautés principales. Les Intendants respectèrent l’existence de ces ''Landjudenschaften'', mais ils s’efforcèrent de les adapter au cadre centralisateur de l’administration royale en les coulant dans le moule plus large d’une nation dirigée par des préposés. Des problèmes se posèrent cependant, qu’il fallut bien résoudre.
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C’est ainsi que se réunit le 28 mai 1777 (21 Iyyar 5537) à Niedernai, l’assemblée générale des chefs de la Nation Juive d’Alsace. Munie de l’autorisation en bonne et due forme de l’Intendant d’Alsace, elle se proposait de veiller aux intérêts de la Nation et d’adopter à cet effet les mesures et les règlements qui lui paraîtraient indispensables. L’essentiel de ses travaux porta sur des problèmes administratifs et financiers, mais elle ne négligea pas pour autant de se pencher sur plusieurs problèmes relatifs à sa vie religieuse. Parmi les trente six résolutions adoptées au cours de cette réunion, il convient de rappeler en premier lieu celle qui confirme de la manière la plus explicite l’autorité de la cour rabbinique, exclusive de toute autre, sauf pour les appels éventuels, pour connaître des différends qui pourraient opposer deux Juifs entre eux. Il était entendu qu’ils devraient être jugés selon la loi juive et qu’il fallait leur interdire de s’adresser à une cour non-juive. Une autre résolution rappelait que seuls les présidents des cours rabbiniques pouvaient rendre des jugements portant sur des questions purement rituelles et qu’il fallait mettre fin aux errements des personnes non autorisées qui s’avisaient d’empiéter sur leur autorité&nbsp;! Les présidents des cours rabbiniques disposeraient d’un mois pour communiquer la liste des personnes auxquelles ils seraient prêts à accorder leur confiance en la matière. Une disposition supplémentaire enjoignit aux chefs des communautés d’empêcher des personnes non autorisées par les présidents des cours rabbiniques de célébrer des mariages.
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On pourrait être tenté de découvrir parmi ces mesures les signes d’un relâchement de la discipline communautaire, mais il semble bien que ce ne soit pas le cas et qu’elles résultent surtout de l’explosion démographique du judaïsme alsacien au cours du XVIII<sup>e</sup> siècle&nbsp;: son organisation n’était plus en mesure de faire face aux besoins d’une population grandissante. Les présidents des cinq tribunaux rabbiniques ne suffisaient plus à la tâche et ils durent se résoudre à nommer des délégués, des «&nbsp;commis rabbins&nbsp;», qui les suppléeraient dans les localités les plus éloignées de leur circonscription.
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Faut il en conclure que rien n’avait changé dans la vie des communautés restées imperméables aux influences extérieures&nbsp;? Deux articles des règlements de 1777 semblent indiquer qu’il n’en était rien puisque l’on trouva nécessaire de rappeler l’ordonnance déjà ancienne qui interdisait formellement les danses mixtes, et de faire la chasse au charivari organisé par les jeunes gens de la communauté pour recevoir le fiancé venu pour se marier ou pour la cavalcade qui se portait à sa rencontre&nbsp;!
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La situation matérielle des deux écoles talmudiques (''yeshivot'') existant en Alsace, à Ettendorf et à Sierentz, laissait à désirer et il fallut imposer une taxe sur les héritages pour les tirer d’affaire. Il ne semble pas que ces écoles aient formé un grand nombre de rabbins et il n’est pas impossible que l’ouverture d’un ''Klaus'', d’une école talmudique supérieure, qui fut décidée à cette occasion, ait eu pour but de d’apporter un remède à cette situation. Fut elle jamais ouverte&nbsp;? On ne le sait pas, mais la fondation par Cerf Berr d’une ''yeshivah'' à Bischheim constitua peut être la réalisation de ce projet.
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Rien n’avait cependant été changé à l’essentiel&nbsp;: c’est ce que devait exprimer en 1789 l’avant dernier article du cahier des doléances de la Nation Juive établie en Alsace&nbsp;: «&nbsp;Sa Majesté fera à la Nation juive la grâce de lui laisser exercer tous les rites et actes de sa Religion juive et de la manière qu’Elle a fait jusqu’ici sous sa protection et sous celle de ses glorieux ancêtres; en conséquence de quoy elle voudra bien la conserver dans le droit de construire et d’entretenir à ses propres frais ses synagogues, ses hôpitaux, cimetierres et maisons d’école, d’avoir ses chantres, ses précepteurs et ses Régents d’école et autres employés subalternes de la communauté, que ladite Nation salariera comme du passé…&nbsp;»
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= La Révolution et l’émancipation =
 
= La Révolution et l’émancipation =
<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">Rien ne laissait prévoir que cet édifice séculaire allait s’écrouler quelques années plus tard.&nbsp;L’émancipation des Juifs votée en 1791 qu’accompagna l’abolition de leurs privilèges particuliers porta un coup mortel à la nation juive. Les cours rabbiniques y avaient perdu toute autorité, mais les diverses communautés arrivèrent à maintenir l’exercice du culte sur une base volontaire, contrairement au système antérieur. Ce ne fut plus le cas sous la Terreur, quand les rabbins durent se cacher et que le culte public fut pratiquement interdit. Il y eut certes des degrés dans la rigueur de cette persécution, qui prit fin assez rapidement. Tout restait cependant à refaire et à reconstruire. Une période intermédiaire s’ouvrit alors, qui devait durer jusqu’à la mise en place des réformes napoléoniennes.<br/> Le culte put reprendre alors et les synagogues furent rouvertes là où elles n’avaient pas été trop endommagées. Le culte domestique n’avait jamais été vraiment interrompu, mais il était libéré à présent des mesures restrictives qui avaient pu l’entraver&nbsp;: la fourniture de la viande kacher et des autres besoins du culte avait repris et la circoncision ne rencontrait plus d’obstacles. L’émancipation devait accélérer le processus de séparation du judaïsme alsacien de ses voisins d’outre Rhin. Ils étaient devenus des citoyens français et ils s’en félicitaient, mais ils durent bientôt affronter des obstacles et des difficultés que n’avaient pas connus leurs pères&nbsp;: le service militaire qui allait éloigner leurs fils du milieu familial et de la pratique religieuse ainsi que le mariage mixte. L’institution du mariage civil permettrait désormais de célébrer un mariage entre des personnes de religions différentes, sans devoir apostasier&nbsp;! Un obstacle dirimant avait été levé et les conséquences s’en feraient bientôt ressentir. Il y avait aussi, et peut être surtout, l’ouverture des portes des villes, qui avaient interdit, à de rares exception près, toute présence régulière juive entre leurs murs. Ce sera désormais la ruée vers Strasbourg, Colmar, Mulhouse etc., ce qui entrainera la formation de communautés nouvelles avides de s’affirmer. L’Alsace rurale juive devra bientôt leur céder le pas. La génération de l’émancipation apprécia la liberté qui lui avait été accordée du fait de son émancipation de franchir les limites étroites du ''Judenhof'' ou de la ''Judegass''. Les nouveaux venus ne créèrent pas des ghettos – il n’y en a jamais eu en Alsace –, mais ils eurent tendance à se regrouper dans certaines rues ou dans certains quartiers.<br/> Les anciens présidents des tribunaux rabbiniques encore avaient conservé une partie de leur autorité morale et religieuse, mais leur nombre diminuait, l’âge aidant, et ils ne furent pas toujours en mesure de contrôler le choix des rabbins que certaines des communautés voulaient s’attacher.<br/> L’émancipation des Juifs provoqua une immense campagne de construction ou de reconstruction de synagogues. Tous les obstacles avaient été levés aussi bien dans les nouvelles communautés implantées dans les villes et villages ouverts désormais à la résidence des Juifs que dans leurs communautés plus anciennes. On a pu calculer que 176 synagogues furent construites ou agrandies en Alsace entre 1791 et 1914, dont quarante deux – 12 dans le Haut Rhin et 30 dans le Bas Rhin – entre 1791 et 1830, et encore ces chiffres ne tiennent ils pas compte des divers oratoires qui furent ouverts dans les communautés nouvelles des grandes villes, par de saintes confréries, les Chevrot, qui firent alors appel aux services de rabbins non-communautaires pour leur servir de maîtres et de guides spirituels. Ces Chevrot, souvent éprises d’indépendance, purent donner par la suite du fil à retordre aux communautés, au sein desquelles elles exerçaient leur activité.<br/> Cet enthousiasme bâtisseur ne saurait dissimuler l’état d’anarchie qui régnait dans les diverses communautés jadis regroupées dans la nation juive et soumises à ses préposés ainsi qu’à l’autorité religieuse des présidents des tribunaux rabbiniques. Elles étaient désormais livrées à elles mêmes et hors d’état de faire régner la discipline communautaire. Certaines avaient fait appel aux services de rabbins plus ou moins qualifiés, dont les compétences purent être discutées par la suite.<br/> C’est également à cette époque que vont s’ouvrir des cimetières juifs auprès des diverses communautés, qui concurrenceront les immenses nécropoles intercommunautaires qui avaient été la règle jusque là.</p>
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Rien ne laissait prévoir que cet édifice séculaire allait s’écrouler quelques années plus tard.&nbsp;L’émancipation des Juifs votée en 1791 qu’accompagna l’abolition de leurs privilèges particuliers porta un coup mortel à la nation juive. Les cours rabbiniques y avaient perdu toute autorité, mais les diverses communautés arrivèrent à maintenir l’exercice du culte sur une base volontaire, contrairement au système antérieur. Ce ne fut plus le cas sous la Terreur, quand les rabbins durent se cacher et que le culte public fut pratiquement interdit. Il y eut certes des degrés dans la rigueur de cette persécution, qui prit fin assez rapidement. Tout restait cependant à refaire et à reconstruire. Une période intermédiaire s’ouvrit alors, qui devait durer jusqu’à la mise en place des réformes napoléoniennes.
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Le culte put reprendre alors et les synagogues furent rouvertes là où elles n’avaient pas été trop endommagées. Le culte domestique n’avait jamais été vraiment interrompu, mais il était libéré à présent des mesures restrictives qui avaient pu l’entraver&nbsp;: la fourniture de la viande kacher et des autres besoins du culte avait repris et la circoncision ne rencontrait plus d’obstacles. L’émancipation devait accélérer le processus de séparation du judaïsme alsacien de ses voisins d’outre Rhin. Ils étaient devenus des citoyens français et ils s’en félicitaient, mais ils durent bientôt affronter des obstacles et des difficultés que n’avaient pas connus leurs pères&nbsp;: le service militaire qui allait éloigner leurs fils du milieu familial et de la pratique religieuse ainsi que le mariage mixte. L’institution du mariage civil permettrait désormais de célébrer un mariage entre des personnes de religions différentes, sans devoir apostasier&nbsp;! Un obstacle dirimant avait été levé et les conséquences s’en feraient bientôt ressentir. Il y avait aussi, et peut être surtout, l’ouverture des portes des villes, qui avaient interdit, à de rares exception près, toute présence régulière juive entre leurs murs. Ce sera désormais la ruée vers Strasbourg, Colmar, Mulhouse etc., ce qui entrainera la formation de communautés nouvelles avides de s’affirmer. L’Alsace rurale juive devra bientôt leur céder le pas. La génération de l’émancipation apprécia la liberté qui lui avait été accordée du fait de son émancipation de franchir les limites étroites du ''Judenhof'' ou de la ''Judegass''. Les nouveaux venus ne créèrent pas des ghettos – il n’y en a jamais eu en Alsace –, mais ils eurent tendance à se regrouper dans certaines rues ou dans certains quartiers.
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Les anciens présidents des tribunaux rabbiniques encore avaient conservé une partie de leur autorité morale et religieuse, mais leur nombre diminuait, l’âge aidant, et ils ne furent pas toujours en mesure de contrôler le choix des rabbins que certaines des communautés voulaient s’attacher.
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L’émancipation des Juifs provoqua une immense campagne de construction ou de reconstruction de synagogues. Tous les obstacles avaient été levés aussi bien dans les nouvelles communautés implantées dans les villes et villages ouverts désormais à la résidence des Juifs que dans leurs communautés plus anciennes. On a pu calculer que 176 synagogues furent construites ou agrandies en Alsace entre 1791 et 1914, dont quarante deux – 12 dans le Haut Rhin et 30 dans le Bas Rhin – entre 1791 et 1830, et encore ces chiffres ne tiennent ils pas compte des divers oratoires qui furent ouverts dans les communautés nouvelles des grandes villes, par de saintes confréries, les Chevrot, qui firent alors appel aux services de rabbins non-communautaires pour leur servir de maîtres et de guides spirituels. Ces Chevrot, souvent éprises d’indépendance, purent donner par la suite du fil à retordre aux communautés, au sein desquelles elles exerçaient leur activité.
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Cet enthousiasme bâtisseur ne saurait dissimuler l’état d’anarchie qui régnait dans les diverses communautés jadis regroupées dans la nation juive et soumises à ses préposés ainsi qu’à l’autorité religieuse des présidents des tribunaux rabbiniques. Elles étaient désormais livrées à elles mêmes et hors d’état de faire régner la discipline communautaire. Certaines avaient fait appel aux services de rabbins plus ou moins qualifiés, dont les compétences purent être discutées par la suite.
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C’est également à cette époque que vont s’ouvrir des cimetières juifs auprès des diverses communautés, qui concurrenceront les immenses nécropoles intercommunautaires qui avaient été la règle jusque là.
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= L’organisation du culte israélite par Napoléon&nbsp;: un culte reconnu =
 
= L’organisation du culte israélite par Napoléon&nbsp;: un culte reconnu =
<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">Ces problèmes n’avaient guère préoccupe Napoléon, lorsqu’il prit la décision de se pencher sur le sort de la communauté juive de France. La disparition des diverses nations autonomes qu’avait connues l’Ancien Régime avaient rendu son apparition et sa reconnaissance possibles. Il légiféra donc pour le judaïsme français tout entier, y compris l’Alsace. Il rétablit sa hiérarchie religieuse en définissant les circonscriptions consistoriales à la tête desquelles furent placées les Consistoires départementaux, qui furent souvent présidés dans un premier temps par des grands rabbins. Ces derniers étaient les chefs absolus de la hiérarchie religieuse de leur circonscription. Ils se soumettaient à l’autorité religieuse des grands rabbins du Consistoire Central de Paris ainsi que le montre bien l’approbation demandée par le Grand Rabbin de&nbsp;Strasbourg aux grands rabbins Deutz et Cologna pour une de ses décisions. Le nouveau système prévoyait la création d’un consistoire par département ou groupe de départements réunissant le nombre nécessaire d’habitants juifs prévu par la loi. Cette exigence devait provoquer l’éclatement du judaïsme d’Alsace désormais coupé en deux par la création en 1808 d’un Consistoire du Bas-Rhin siégeant à Strasbourg déjà siège de la communauté juive la plus nombreuse de la circonscription et d’un Consistoire du Haut-Rhin siégeant à Wintzenheim avant d’être transféré à Colmar, où résidait déjà la communauté juive la plus importante du département. L’unité du judaïsme alsacien était définitivement rompue&nbsp;! Les grands rabbins respectifs entreprirent alors de définir les circonscription rabbiniques de leur département ainsi que les compétences des rabbins. Ils ne trouvèrent pas tous grâce à leurs yeux. Les deux grands rabbins&nbsp;: Hirsch Lazare Katzenellenbogen à Colmar – il y remplit ses fonctions jusqu’à son décès survenu en 1823 et fut remplacé par le grand rabbin Simon Cerf Cahen – et Jacob Meyer à Strasbourg, où il avait supplée le Grand rabbin Sintzheim retenu à Paris par ses fonctions de Grand Rabbin du Consistoire Central avant de lui succéder en titre en 1813 – il devait mourir en 1830 – avaient été formés dans les ''yeshivot'' rhénanes. De tempérament conservateur, ils s’étaient opposés très énergiquement aux tentatives de réforme religieuse du judaïsme qui se faisaient alors jour en Allemagne. Ils eurent gain de cause et empêchèrent le succès de la réforme dans leurs départements respectifs. Ils n’étaient pas indifférents aux problèmes que pouvaient poser une tradition et une atmosphère bon enfant qui pouvaient régner dans la synagogue lors de certaines fêtes. Ils eurent à coeur d’assurer la dignité du culte, tâche devenue d’autant plus urgente depuis la reconnaissance de la religion juive en tant que culte autorisé.<br/> Il est cependant évident que les études rabbiniques supérieures étaient déjà en plein déclin et que la formation des rabbins n’était plus assurée&nbsp;: les modestes ''yeshivot'' alsaciennes fermaient leurs portes les une après les autres. Celles de Rhènanie entamaient leur déclin. Celle de Metz, qui n’avait pas beaucoup attiré les étudiants alsaciens du temps de sa gloire, ne dut sa renaissance qu’à sa transformation en Ecole centrale rabbinique en 1829. C’est là que seront désormais formé les futurs rabbins alsaciens, qui allieront désormais une solide culture générale à leurs connaissances talmudiques. Trop nombreux pour la seule Alsace, ils essaimeront à travers la France. Ils introduiront peu à peu un nouvel esprit dans leurs communautés. Ce fut là un tournant de l’histoire du judaïsme français. Les rabbins, qui étaient appointés, souvent mal, par leurs communautés respectives, seront bientôt pris en charge par l’Etat. Cette fonctionnarisation consolidera leur prestige et facilitera leur recrutement.<br/> A la veille des journées de juillet, le judaïsme alsacien restait très conservateur aussi bien dans le culte public de la synagogue que dans les divers aspects du culte domestique. On pourrait dire qu’il priait, mangeait cacher et observait en règle générale le repos sabbatique. Des failles apparaissaient cependant dans son unanimité religieuse, mais il faudra attendre les générations suivantes pour qu’elles se manifestent publiquement. Il restait fidèle à lui même.</p>
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Ces problèmes n’avaient guère préoccupe Napoléon, lorsqu’il prit la décision de se pencher sur le sort de la communauté juive de France. La disparition des diverses nations autonomes qu’avait connues l’Ancien Régime avaient rendu son apparition et sa reconnaissance possibles. Il légiféra donc pour le judaïsme français tout entier, y compris l’Alsace. Il rétablit sa hiérarchie religieuse en définissant les circonscriptions consistoriales à la tête desquelles furent placées les Consistoires départementaux, qui furent souvent présidés dans un premier temps par des grands rabbins. Ces derniers étaient les chefs absolus de la hiérarchie religieuse de leur circonscription. Ils se soumettaient à l’autorité religieuse des grands rabbins du Consistoire Central de Paris ainsi que le montre bien l’approbation demandée par le Grand Rabbin de&nbsp;Strasbourg aux grands rabbins Deutz et Cologna pour une de ses décisions. Le nouveau système prévoyait la création d’un consistoire par département ou groupe de départements réunissant le nombre nécessaire d’habitants juifs prévu par la loi. Cette exigence devait provoquer l’éclatement du judaïsme d’Alsace désormais coupé en deux par la création en 1808 d’un Consistoire du Bas-Rhin siégeant à Strasbourg déjà siège de la communauté juive la plus nombreuse de la circonscription et d’un Consistoire du Haut-Rhin siégeant à Wintzenheim avant d’être transféré à Colmar, où résidait déjà la communauté juive la plus importante du département. L’unité du judaïsme alsacien était définitivement rompue&nbsp;! Les grands rabbins respectifs entreprirent alors de définir les circonscription rabbiniques de leur département ainsi que les compétences des rabbins. Ils ne trouvèrent pas tous grâce à leurs yeux. Les deux grands rabbins&nbsp;: Hirsch Lazare Katzenellenbogen à Colmar – il y remplit ses fonctions jusqu’à son décès survenu en 1823 et fut remplacé par le grand rabbin Simon Cerf Cahen – et Jacob Meyer à Strasbourg, où il avait supplée le Grand rabbin Sintzheim retenu à Paris par ses fonctions de Grand Rabbin du Consistoire Central avant de lui succéder en titre en 1813 – il devait mourir en 1830 – avaient été formés dans les ''yeshivot'' rhénanes. De tempérament conservateur, ils s’étaient opposés très énergiquement aux tentatives de réforme religieuse du judaïsme qui se faisaient alors jour en Allemagne. Ils eurent gain de cause et empêchèrent le succès de la réforme dans leurs départements respectifs. Ils n’étaient pas indifférents aux problèmes que pouvaient poser une tradition et une atmosphère bon enfant qui pouvaient régner dans la synagogue lors de certaines fêtes. Ils eurent à coeur d’assurer la dignité du culte, tâche devenue d’autant plus urgente depuis la reconnaissance de la religion juive en tant que culte autorisé.
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Il est cependant évident que les études rabbiniques supérieures étaient déjà en plein déclin et que la formation des rabbins n’était plus assurée&nbsp;: les modestes ''yeshivot'' alsaciennes fermaient leurs portes les une après les autres. Celles de Rhènanie entamaient leur déclin. Celle de Metz, qui n’avait pas beaucoup attiré les étudiants alsaciens du temps de sa gloire, ne dut sa renaissance qu’à sa transformation en Ecole centrale rabbinique en 1829. C’est là que seront désormais formé les futurs rabbins alsaciens, qui allieront désormais une solide culture générale à leurs connaissances talmudiques. Trop nombreux pour la seule Alsace, ils essaimeront à travers la France. Ils introduiront peu à peu un nouvel esprit dans leurs communautés. Ce fut là un tournant de l’histoire du judaïsme français. Les rabbins, qui étaient appointés, souvent mal, par leurs communautés respectives, seront bientôt pris en charge par l’Etat. Cette fonctionnarisation consolidera leur prestige et facilitera leur recrutement.
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A la veille des journées de juillet, le judaïsme alsacien restait très conservateur aussi bien dans le culte public de la synagogue que dans les divers aspects du culte domestique. On pourrait dire qu’il priait, mangeait cacher et observait en règle générale le repos sabbatique. Des failles apparaissaient cependant dans son unanimité religieuse, mais il faudra attendre les générations suivantes pour qu’elles se manifestent publiquement. Il restait fidèle à lui même.
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= Bibliographie =
 
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<p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">SZAJKOWSKI (Zosa), ''Jews and the French Revolution of 1789, 1830 and 1848'', New York, 1970.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), «&nbsp;L’Alsace&nbsp;», ''Histoire des Juifs de France'', (Bernhard Blumenkranz, dir.), Toulouse, 1972, p. 137-192.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">BLUMENKRANZ (Bernhard), SOBOUL (Albert), ''Les Juifs et la Révolution Française'',Toulouse, 1976.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges) «&nbsp;Cerf-Berr, militant de l’émancipation&nbsp;», ''Les Nouveaux Cahiers'', 45, 1976, p. 30-42.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">ALBERT (Phyllis Cohen), ''The modernisation of French Jewry'', Hanover (E.U.), 1977.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">RAPHAEL (Freddy) et WEYL (Robert), ''Les Juifs en Alsace&nbsp;: culture, société, histoire'',Toulouse, 1977.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), «&nbsp;Rabbins et Parnassim dans l’Alsace du XVIII<sup>ème</sup> siècle&nbsp;», ''Les Juifs et l’Histoire de France'', Leyden, 1980, p. 96-109.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), «&nbsp;Les Juifs d’Alsace. Cent ans d’historiographie&nbsp;», ''Revue des études juives'', 139, (janv. sept. 1980, p. 81-108).</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), «&nbsp;Les Lettres patentes de 1784 sur les Juifs d’Alsace&nbsp;: tolérance ou despotisme éclairé&nbsp;», CRAHAY (Roland), ''La Tolérance civile'', (dir.), Bruxelles-Mons, 1982, p. 201-213.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEYL (Robert) et DALTROFF (Jean), «&nbsp;Le cahier de doléances des Juifs d’Alsace&nbsp;», ''RA'', 109, 1983, p. 65-80.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">RAPHAEL (Freddy) et WEYL (Robert), «&nbsp;Les Juifs d’Alsace&nbsp;», ''Encyclopédie de l’Alsace'', 1985, p. 3458 à 4384.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), ''Jewish Historiography 1789-1870'', MALINO (Frances) et WASSERSTEIN (Bernard), Ed.''The Jews in Modern France'', Hanover, 1985.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">SCHWARZFUCHS (Simon), ''Du Juif à l’Israélite, histoire d’une mutation (1770-1870)'', Paris, 1989.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), «&nbsp;Les juifs d’Alsace à la veille de l’émancipation&nbsp;», ''Les Nouveaux Cahiers'', 97, 1989, p. 13-28.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">EPP (René), LIENHARD (Marc), RAPHAEL (Freddy), ''Catholiques, Protestants, Juifs en Alsace'', Strasbourg, 1992.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">WEILL (Georges), «&nbsp;Le rabbinat de Haguenau et la politique de la monarchie française au XVIII<sup>ème</sup> siècle&nbsp;», ''Etudes Haguenoviennes'', XVIII, 1992, p; 71-82.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">SULZER (Marcel), «&nbsp;Sellemouls in Grusse&nbsp;», Autrefois à Grussenheim&nbsp;», ''Cahiers du Centre de Recherches et d’Etudes du Yiddiche Occidental'' (CEDYIO), 1, 1995, p. 35-55.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">HAARSCHER (André-Marc), ''Les Juifs du Comté de Hanau-Lichtenberg entre le XIV<sup>e</sup> et la fin de l’Ancien Régime'', Strasbourg, 1997.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">GERSON (Daniel), ''Die Kehrseite der Emanzipation in Frankreich'', Essen, 2006.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: justify;">SCHWARZFUCHS (Simon), ''La politique napoléonienne envers les Juifs dans l’Empire'', Paris, 2010.</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: right;">'''Simon Schwarzfuchs'''</p>
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SZAJKOWSKI (Zosa), ''Jews and the French Revolution of 1789, 1830 and 1848'', New York, 1970.
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WEILL (Georges), «&nbsp;L’Alsace&nbsp;», ''Histoire des Juifs de France'', (Bernhard Blumenkranz, dir.), Toulouse, 1972, p. 137-192.
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BLUMENKRANZ (Bernhard), SOBOUL (Albert), ''Les Juifs et la Révolution Française'',Toulouse, 1976.
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WEILL (Georges) «&nbsp;Cerf-Berr, militant de l’émancipation&nbsp;», ''Les Nouveaux Cahiers'', 45, 1976, p. 30-42.
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ALBERT (Phyllis Cohen), ''The modernisation of French Jewry'', Hanover (E.U.), 1977.
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RAPHAEL (Freddy) et WEYL (Robert), ''Les Juifs en Alsace&nbsp;: culture, société, histoire'',Toulouse, 1977.
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WEILL (Georges), «&nbsp;Rabbins et Parnassim dans l’Alsace du XVIII<sup>ème</sup> siècle&nbsp;», ''Les Juifs et l’Histoire de France'', Leyden, 1980, p. 96-109.
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WEILL (Georges), «&nbsp;Les Juifs d’Alsace. Cent ans d’historiographie&nbsp;», ''Revue des études juives'', 139, (janv. sept. 1980, p. 81-108).
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WEILL (Georges), «&nbsp;Les Lettres patentes de 1784 sur les Juifs d’Alsace&nbsp;: tolérance ou despotisme éclairé&nbsp;», CRAHAY (Roland), ''La Tolérance civile'', (dir.), Bruxelles-Mons, 1982, p. 201-213.
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WEYL (Robert) et DALTROFF (Jean), «&nbsp;Le cahier de doléances des Juifs d’Alsace&nbsp;», ''RA'', 109, 1983, p. 65-80.
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RAPHAEL (Freddy) et WEYL (Robert), «&nbsp;Les Juifs d’Alsace&nbsp;», ''Encyclopédie de l’Alsace'', 1985, p. 3458 à 4384.
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WEILL (Georges), ''Jewish Historiography 1789-1870'', MALINO (Frances) et WASSERSTEIN (Bernard), Ed.''The Jews in Modern France'', Hanover, 1985.
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SCHWARZFUCHS (Simon), ''Du Juif à l’Israélite, histoire d’une mutation (1770-1870)'', Paris, 1989.
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WEILL (Georges), «&nbsp;Les juifs d’Alsace à la veille de l’émancipation&nbsp;», ''Les Nouveaux Cahiers'', 97, 1989, p. 13-28.
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EPP (René), LIENHARD (Marc), RAPHAEL (Freddy), ''Catholiques, Protestants, Juifs en Alsace'', Strasbourg, 1992.
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WEILL (Georges), «&nbsp;Le rabbinat de Haguenau et la politique de la monarchie française au XVIII<sup>ème</sup> siècle&nbsp;», ''Etudes Haguenoviennes'', XVIII, 1992, p; 71-82.
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SULZER (Marcel), «&nbsp;Sellemouls in Grusse&nbsp;», Autrefois à Grussenheim&nbsp;», ''Cahiers du Centre de Recherches et d’Etudes du Yiddiche Occidental'' (CEDYIO), 1, 1995, p. 35-55.
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HAARSCHER (André-Marc), ''Les Juifs du Comté de Hanau-Lichtenberg entre le XIV<sup>e</sup> et la fin de l’Ancien Régime'', Strasbourg, 1997.
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GERSON (Daniel), ''Die Kehrseite der Emanzipation in Frankreich'', Essen, 2006.
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SCHWARZFUCHS (Simon), ''La politique napoléonienne envers les Juifs dans l’Empire'', Paris, 2010.
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<p class="mw-parser-output" style="text-align: right">'''Simon Schwarzfuchs'''</p>
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Version actuelle datée du 25 septembre 2020 à 11:52

L’Ancien régime : Les Landjudenschaften et la « nation juive »

L’organisation de la vie religieuse des communautés juives d’Alsace n’a guère évolué au cours des décennies qui ont précédé la Révolution de 1789. Elles pratiquaient toutes un même rite, qu’elles partageaient avec les communautés juives d’outre Rhin. Le rite alsacien, appelé rite de Colmar, dont n’a subsisté que le livre de Selichot (prières et poèmes pénitentiels) qui fut imprimé à Metz en 1822, n’a guère perduré. Ces communautés faisaient toutes partie de la nation juive d’Alsace, quitte à se répartir entre les cinq Landjudenschaften héritées de la période du Saint-Empire : celle de Haguenau pour la préfecture, celle de Mutzig pour l’Evêché de Strasbourg, celle de Niedernai pour les terres de la Noblesse, celle de Bouxwiller pour le Hanau-Lichtenberg et celle de Ribeauvillé pour la Haute-Alsace. Chacune de ces circonscriptions était chapeautée par un tribunal rabbinique, dont le chef élu par ses habitants recevait sa nomination par des lettres patentes royales ou par l’agrément des princes possessionnés. L’influence de ces cinq rabbins était considérable, mais elle ne s’étendait pas à la sphère politique, que dirigeait une sorte de fédération ad hoc des dirigeants des communautés principales. Les Intendants respectèrent l’existence de ces Landjudenschaften, mais ils s’efforcèrent de les adapter au cadre centralisateur de l’administration royale en les coulant dans le moule plus large d’une nation dirigée par des préposés. Des problèmes se posèrent cependant, qu’il fallut bien résoudre.

C’est ainsi que se réunit le 28 mai 1777 (21 Iyyar 5537) à Niedernai, l’assemblée générale des chefs de la Nation Juive d’Alsace. Munie de l’autorisation en bonne et due forme de l’Intendant d’Alsace, elle se proposait de veiller aux intérêts de la Nation et d’adopter à cet effet les mesures et les règlements qui lui paraîtraient indispensables. L’essentiel de ses travaux porta sur des problèmes administratifs et financiers, mais elle ne négligea pas pour autant de se pencher sur plusieurs problèmes relatifs à sa vie religieuse. Parmi les trente six résolutions adoptées au cours de cette réunion, il convient de rappeler en premier lieu celle qui confirme de la manière la plus explicite l’autorité de la cour rabbinique, exclusive de toute autre, sauf pour les appels éventuels, pour connaître des différends qui pourraient opposer deux Juifs entre eux. Il était entendu qu’ils devraient être jugés selon la loi juive et qu’il fallait leur interdire de s’adresser à une cour non-juive. Une autre résolution rappelait que seuls les présidents des cours rabbiniques pouvaient rendre des jugements portant sur des questions purement rituelles et qu’il fallait mettre fin aux errements des personnes non autorisées qui s’avisaient d’empiéter sur leur autorité ! Les présidents des cours rabbiniques disposeraient d’un mois pour communiquer la liste des personnes auxquelles ils seraient prêts à accorder leur confiance en la matière. Une disposition supplémentaire enjoignit aux chefs des communautés d’empêcher des personnes non autorisées par les présidents des cours rabbiniques de célébrer des mariages.

On pourrait être tenté de découvrir parmi ces mesures les signes d’un relâchement de la discipline communautaire, mais il semble bien que ce ne soit pas le cas et qu’elles résultent surtout de l’explosion démographique du judaïsme alsacien au cours du XVIIIe siècle : son organisation n’était plus en mesure de faire face aux besoins d’une population grandissante. Les présidents des cinq tribunaux rabbiniques ne suffisaient plus à la tâche et ils durent se résoudre à nommer des délégués, des « commis rabbins », qui les suppléeraient dans les localités les plus éloignées de leur circonscription.

Faut il en conclure que rien n’avait changé dans la vie des communautés restées imperméables aux influences extérieures ? Deux articles des règlements de 1777 semblent indiquer qu’il n’en était rien puisque l’on trouva nécessaire de rappeler l’ordonnance déjà ancienne qui interdisait formellement les danses mixtes, et de faire la chasse au charivari organisé par les jeunes gens de la communauté pour recevoir le fiancé venu pour se marier ou pour la cavalcade qui se portait à sa rencontre !

La situation matérielle des deux écoles talmudiques (yeshivot) existant en Alsace, à Ettendorf et à Sierentz, laissait à désirer et il fallut imposer une taxe sur les héritages pour les tirer d’affaire. Il ne semble pas que ces écoles aient formé un grand nombre de rabbins et il n’est pas impossible que l’ouverture d’un Klaus, d’une école talmudique supérieure, qui fut décidée à cette occasion, ait eu pour but de d’apporter un remède à cette situation. Fut elle jamais ouverte ? On ne le sait pas, mais la fondation par Cerf Berr d’une yeshivah à Bischheim constitua peut être la réalisation de ce projet.

Rien n’avait cependant été changé à l’essentiel : c’est ce que devait exprimer en 1789 l’avant dernier article du cahier des doléances de la Nation Juive établie en Alsace : « Sa Majesté fera à la Nation juive la grâce de lui laisser exercer tous les rites et actes de sa Religion juive et de la manière qu’Elle a fait jusqu’ici sous sa protection et sous celle de ses glorieux ancêtres; en conséquence de quoy elle voudra bien la conserver dans le droit de construire et d’entretenir à ses propres frais ses synagogues, ses hôpitaux, cimetierres et maisons d’école, d’avoir ses chantres, ses précepteurs et ses Régents d’école et autres employés subalternes de la communauté, que ladite Nation salariera comme du passé… »

 

La Révolution et l’émancipation

Rien ne laissait prévoir que cet édifice séculaire allait s’écrouler quelques années plus tard. L’émancipation des Juifs votée en 1791 qu’accompagna l’abolition de leurs privilèges particuliers porta un coup mortel à la nation juive. Les cours rabbiniques y avaient perdu toute autorité, mais les diverses communautés arrivèrent à maintenir l’exercice du culte sur une base volontaire, contrairement au système antérieur. Ce ne fut plus le cas sous la Terreur, quand les rabbins durent se cacher et que le culte public fut pratiquement interdit. Il y eut certes des degrés dans la rigueur de cette persécution, qui prit fin assez rapidement. Tout restait cependant à refaire et à reconstruire. Une période intermédiaire s’ouvrit alors, qui devait durer jusqu’à la mise en place des réformes napoléoniennes.

Le culte put reprendre alors et les synagogues furent rouvertes là où elles n’avaient pas été trop endommagées. Le culte domestique n’avait jamais été vraiment interrompu, mais il était libéré à présent des mesures restrictives qui avaient pu l’entraver : la fourniture de la viande kacher et des autres besoins du culte avait repris et la circoncision ne rencontrait plus d’obstacles. L’émancipation devait accélérer le processus de séparation du judaïsme alsacien de ses voisins d’outre Rhin. Ils étaient devenus des citoyens français et ils s’en félicitaient, mais ils durent bientôt affronter des obstacles et des difficultés que n’avaient pas connus leurs pères : le service militaire qui allait éloigner leurs fils du milieu familial et de la pratique religieuse ainsi que le mariage mixte. L’institution du mariage civil permettrait désormais de célébrer un mariage entre des personnes de religions différentes, sans devoir apostasier ! Un obstacle dirimant avait été levé et les conséquences s’en feraient bientôt ressentir. Il y avait aussi, et peut être surtout, l’ouverture des portes des villes, qui avaient interdit, à de rares exception près, toute présence régulière juive entre leurs murs. Ce sera désormais la ruée vers Strasbourg, Colmar, Mulhouse etc., ce qui entrainera la formation de communautés nouvelles avides de s’affirmer. L’Alsace rurale juive devra bientôt leur céder le pas. La génération de l’émancipation apprécia la liberté qui lui avait été accordée du fait de son émancipation de franchir les limites étroites du Judenhof ou de la Judegass. Les nouveaux venus ne créèrent pas des ghettos – il n’y en a jamais eu en Alsace –, mais ils eurent tendance à se regrouper dans certaines rues ou dans certains quartiers.

Les anciens présidents des tribunaux rabbiniques encore avaient conservé une partie de leur autorité morale et religieuse, mais leur nombre diminuait, l’âge aidant, et ils ne furent pas toujours en mesure de contrôler le choix des rabbins que certaines des communautés voulaient s’attacher.

L’émancipation des Juifs provoqua une immense campagne de construction ou de reconstruction de synagogues. Tous les obstacles avaient été levés aussi bien dans les nouvelles communautés implantées dans les villes et villages ouverts désormais à la résidence des Juifs que dans leurs communautés plus anciennes. On a pu calculer que 176 synagogues furent construites ou agrandies en Alsace entre 1791 et 1914, dont quarante deux – 12 dans le Haut Rhin et 30 dans le Bas Rhin – entre 1791 et 1830, et encore ces chiffres ne tiennent ils pas compte des divers oratoires qui furent ouverts dans les communautés nouvelles des grandes villes, par de saintes confréries, les Chevrot, qui firent alors appel aux services de rabbins non-communautaires pour leur servir de maîtres et de guides spirituels. Ces Chevrot, souvent éprises d’indépendance, purent donner par la suite du fil à retordre aux communautés, au sein desquelles elles exerçaient leur activité.

Cet enthousiasme bâtisseur ne saurait dissimuler l’état d’anarchie qui régnait dans les diverses communautés jadis regroupées dans la nation juive et soumises à ses préposés ainsi qu’à l’autorité religieuse des présidents des tribunaux rabbiniques. Elles étaient désormais livrées à elles mêmes et hors d’état de faire régner la discipline communautaire. Certaines avaient fait appel aux services de rabbins plus ou moins qualifiés, dont les compétences purent être discutées par la suite.

C’est également à cette époque que vont s’ouvrir des cimetières juifs auprès des diverses communautés, qui concurrenceront les immenses nécropoles intercommunautaires qui avaient été la règle jusque là.

 

L’organisation du culte israélite par Napoléon : un culte reconnu

Ces problèmes n’avaient guère préoccupe Napoléon, lorsqu’il prit la décision de se pencher sur le sort de la communauté juive de France. La disparition des diverses nations autonomes qu’avait connues l’Ancien Régime avaient rendu son apparition et sa reconnaissance possibles. Il légiféra donc pour le judaïsme français tout entier, y compris l’Alsace. Il rétablit sa hiérarchie religieuse en définissant les circonscriptions consistoriales à la tête desquelles furent placées les Consistoires départementaux, qui furent souvent présidés dans un premier temps par des grands rabbins. Ces derniers étaient les chefs absolus de la hiérarchie religieuse de leur circonscription. Ils se soumettaient à l’autorité religieuse des grands rabbins du Consistoire Central de Paris ainsi que le montre bien l’approbation demandée par le Grand Rabbin de Strasbourg aux grands rabbins Deutz et Cologna pour une de ses décisions. Le nouveau système prévoyait la création d’un consistoire par département ou groupe de départements réunissant le nombre nécessaire d’habitants juifs prévu par la loi. Cette exigence devait provoquer l’éclatement du judaïsme d’Alsace désormais coupé en deux par la création en 1808 d’un Consistoire du Bas-Rhin siégeant à Strasbourg déjà siège de la communauté juive la plus nombreuse de la circonscription et d’un Consistoire du Haut-Rhin siégeant à Wintzenheim avant d’être transféré à Colmar, où résidait déjà la communauté juive la plus importante du département. L’unité du judaïsme alsacien était définitivement rompue ! Les grands rabbins respectifs entreprirent alors de définir les circonscription rabbiniques de leur département ainsi que les compétences des rabbins. Ils ne trouvèrent pas tous grâce à leurs yeux. Les deux grands rabbins : Hirsch Lazare Katzenellenbogen à Colmar – il y remplit ses fonctions jusqu’à son décès survenu en 1823 et fut remplacé par le grand rabbin Simon Cerf Cahen – et Jacob Meyer à Strasbourg, où il avait supplée le Grand rabbin Sintzheim retenu à Paris par ses fonctions de Grand Rabbin du Consistoire Central avant de lui succéder en titre en 1813 – il devait mourir en 1830 – avaient été formés dans les yeshivot rhénanes. De tempérament conservateur, ils s’étaient opposés très énergiquement aux tentatives de réforme religieuse du judaïsme qui se faisaient alors jour en Allemagne. Ils eurent gain de cause et empêchèrent le succès de la réforme dans leurs départements respectifs. Ils n’étaient pas indifférents aux problèmes que pouvaient poser une tradition et une atmosphère bon enfant qui pouvaient régner dans la synagogue lors de certaines fêtes. Ils eurent à coeur d’assurer la dignité du culte, tâche devenue d’autant plus urgente depuis la reconnaissance de la religion juive en tant que culte autorisé.

Il est cependant évident que les études rabbiniques supérieures étaient déjà en plein déclin et que la formation des rabbins n’était plus assurée : les modestes yeshivot alsaciennes fermaient leurs portes les une après les autres. Celles de Rhènanie entamaient leur déclin. Celle de Metz, qui n’avait pas beaucoup attiré les étudiants alsaciens du temps de sa gloire, ne dut sa renaissance qu’à sa transformation en Ecole centrale rabbinique en 1829. C’est là que seront désormais formé les futurs rabbins alsaciens, qui allieront désormais une solide culture générale à leurs connaissances talmudiques. Trop nombreux pour la seule Alsace, ils essaimeront à travers la France. Ils introduiront peu à peu un nouvel esprit dans leurs communautés. Ce fut là un tournant de l’histoire du judaïsme français. Les rabbins, qui étaient appointés, souvent mal, par leurs communautés respectives, seront bientôt pris en charge par l’Etat. Cette fonctionnarisation consolidera leur prestige et facilitera leur recrutement.

A la veille des journées de juillet, le judaïsme alsacien restait très conservateur aussi bien dans le culte public de la synagogue que dans les divers aspects du culte domestique. On pourrait dire qu’il priait, mangeait cacher et observait en règle générale le repos sabbatique. Des failles apparaissaient cependant dans son unanimité religieuse, mais il faudra attendre les générations suivantes pour qu’elles se manifestent publiquement. Il restait fidèle à lui même.

 

Bibliographie

SZAJKOWSKI (Zosa), Jews and the French Revolution of 1789, 1830 and 1848, New York, 1970.

WEILL (Georges), « L’Alsace », Histoire des Juifs de France, (Bernhard Blumenkranz, dir.), Toulouse, 1972, p. 137-192.

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GERSON (Daniel), Die Kehrseite der Emanzipation in Frankreich, Essen, 2006.

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Simon Schwarzfuchs