Congrégation

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Congregatio, Kongregation

Assemblée de diverses personnes qui forment un corps ecclésiastique.

1. A Rome, on nommait ainsi les divers bureaux (dicastères) de la curie : Congrégation des rites, de la Propagande, du Saint-Office…

2. Association de prêtres séculiers (Oratoire, Saint-Sulpice…).

3. Association de prêtres ou de chanoines réguliers ou de soeurs (Congrégation de Saint-Maur, des soeurs de la Divine Providence,…). Elle doit être autorisée par l’évêque du lieu et devient alors de droit diocésain. Lorsqu’elle acquiert une certaine importance, elle peut être approuvée par le Saint-Siège, dont elle relève désormais exclusivement, et est dite de « droit pontifical ». Les congrégations féminines sont assujetties à la loi du 24 mai 1825 (autorisation, régime des legs et donations, dissolution), maintenue en Alsace-Lorraine, et modifiée depuis à maintes reprises.

Guide (Le) du droit local. Le droit applicable en Alsace et en Moselle de A à Z, 3e éd., 2002, p. 92-94.

4. Exceptionnellement une confrérie ; ainsi le titre de « Grande Congrégation Académique » était porté par la confrérie de l’Académie de Molsheim, qui réunissait nobles et gradués.

Bibliographie

DENISART (Jean-Baptiste), Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence actuelle, 6e éd., Paris, 1768., p. 229.

DURAND de MAILLANE (Pierre-Toussaint), Dictionnaire de droit canonique et de pratique bénéficiale..., Lyon, 1787., t. II, p. 173-176.

SCHLAEFLI (Louis), « Les publications de la Grande Congrégation Académique de Molsheim », Marian Library Studies (University of Dayton), Nvlle Série, vol. 7, 1975, p. 303-324.

CHATELLIER (Louis), « La congrégation académique de Molsheim et la société alsacienne à la fin du XVIIIe siècle », Ann. SHAME, 1980, p. 89-97.

Louis Schlaefli

 

5. Confédération de plusieurs monastères d’un même ordre.

Dans les textes latins anciens, le terme de congregatio signifie la communauté locale des moines ou des moniales d’une abbaye ou d’un monastère. L’idée d’une association de plusieurs monastères en une confédération sous une direction commune en est totalement absente. Le Nécrologe de la Reichenau (vers 824) emploie occasionnellement le mot de congregatio comme un équivalent de monasterium ou de coenobium (Das Verbrüderungsbuch der Abtei Reichenau,MGH, Libri memoriales et Necrologia, Nova series I, 1979, p. XLa).

Le sens de confédération de plusieurs monastères émerge dans les textes législatifs de Cluny. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny (1122-1156), rédigea les Statuts de la congrégation (congregatio) de Cluny. Mais l’Ordre de Cluny continua à se nommer « Église de Cluny » (Ecclesia Cluniacensis). Moins centralisée, la « réforme de Hirsau », correspondant allemand de Cluny, renonça à se désigner comme une congrégation et elle n’en présentait pas le caractère juridique. La confédération de Bursfeld se nomma « observance » (1436), « union » (1449), « réforme » (1450), avant de se reconnaître comme congregatio en 1480.

A l’échelle de l’Eglise universelle, la formation de congrégations monastiques fut progressive. Le 4e concile du Latran (1215) institua dans l’Ordre bénédictin la tenue obligatoire d’un chapitre général triennal sur le modèle des chapitres généraux de Cîteaux. Le pape Benoît XII, dans sa bulle de 1336, appelée Benedictina, répartit les monastères bénédictins en 36 provinces. Les abbayes d’Alsace furent rattachées à la province dite de Mayence-Bamberg. Une première période de prise de contact avec l’union de Bursfeld (1482-1530) se solda par un échec en raison de la Réforme protestante.

En Alsace, les congrégations monastiques prirent seulement corps dans le cadre de la restauration catholique à la suite du concile de Trente. Dans sa dernière session (décembre 1563), ce concile ordonna à tous les monastères qui n’étaient pas soumis à une juridiction épiscopale ni subordonnés à un chapitre général, de se regrouper en une congrégation (congregatio). Les abbayes bénédictines du diocèse de Strasbourg (Altorf, Ebersmunster, Marmoutier et, dans l’Ortenau, Ettenheimmunster, Gengenbach, Schuttern et Schwarzach) reprirent les contacts avec l’union de Bursfeld et conclurent leur adhésion formelle en 1607.

L’archiduc Léopold d’Autriche, évêque de Strasbourg, s’y opposa. Il unit en 1624 les abbayes bénédictines de son diocèse dans la congrégation bénédictine, dite de Strasbourg. Celle-ci prit ensuite le nom de congrégation « alsatico-brisgauvienne ». L’abbaye de Munster au Val Saint-Grégoire se rattacha en 1659 à la congrégation lorraine de Saint-Vanne-et-Hydulphe. L’abbaye de Murbach, refusant de s’affilier aux congrégations souabe ou suisse, fut sécularisée en 1764 en un chapitre équestre. De leur côté, les abbayes cisterciennes d’Alsace entrèrent en 1624 dans « la province suisse, alsacienne et brisgauvienne » de la congrégation cistercienne de Haute-Allemagne (congregatio superioris Germaniae), érigée entre 1618 et 1623. La souplesse de cette organisation permit aux monastères bénédictins et cisterciens d’Alsace de conserver leurs attaches culturelles avec l’espace alémanique, notamment par des constructions baroques ou baroquisées, de s’ouvrir à l’esprit français et de retrouver une certaine vigueur, qui fut brisée par la Révolution française.

La notion de congrégation religieuse, au sens d’institut de vie consacrée, apparaît seulement à l’époque moderne.

Bibliographie

BORNERT (René), Les monastères d’Alsace, t. 1, p. 184-185, p. 268-273.

BORNERT (René), « Les origines du monachisme en Alsace : certitudes acquises, conclusions provisoires, nouvelles hypothèses », RA, n° 134, 2008, p. 9-77.

Notices connexes

Abbaye

Confraternité de prières

Fraternité

René Bornert