Confirmation

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Sacrement de l’Eglise catholique, « cérémonie sacramentelle » des Eglises protestantes

La Confirmation (catholique) – Konfirmation

Sacrement de l’Eglise catholique consistant en l’imposition des mains et l’onction du saint chrême sur le front du baptisé, avec emploi de la formule rituelle, en présence d’un parrain et d’une marraine, lui octroyant ainsi les dons de l’Esprit Saint pour confirmer les engagements pris au baptême. Il est conféré, en Alsace comme ailleurs, par l’évêque (ou son remplaçant, l’évêque suffragant), à tous ceux qui se trouvent « en aage de discretion, & de bon jugement », comme le précise le Sacerdotale de Bâle de 1595 ; seuls les évêques, à l’image des apôtres, avaient alors ce pouvoir (Agenda, p. 6 ; Sacerdotale, p. 8). Les confirmands adultes devaient auparavant se confesser.

On sait, par les listes insérées dans les registres de baptêmes, que les confirmands étaient souvent regroupés dans une paroisse importante dans laquelle se déroulait la solennité, généralement l’après-midi.

L’usage du souvenir de confirmation sous forme de petite image, qui ne semble remonter qu’au XIXe siècle (Rouffach, 1825 ; Strasbourg, Petit Séminaire, 1844), a connu un regain au XXe siècle.

 

Sources - Bibliographie

Agenda Ecclesiae Argentinensis …, Coloniae, 1590, p. 4-6.

Sacerdotale Basiliense…, Brunntruti (Porrentruy), 1595, annexe, p. 7-9.

DURAND de MAILLANE, Dictionnaire (1787), II, p. 163-165.

NAZ, Dictionnaire droit canonique (1935), t. IV, col. 75-110.

Dictionnaire de théologie catholique, t. III, col. 975-1103.

Dictionnaire de spiritualité, Paris, 1953, t. II, col. 142-1441.

V. Liturgie catholique.

Louis Schlaefli

La Confirmation dans les Eglises protestantes

En un premier temps, Luther et les réformateurs protestants avaient rejeté la confirmation telle qu’elle était pratiquée au Moyen Age. C’était, à leurs yeux, un rite illégitime qui n’avait pas de base scripturaire. Le baptême n’avait pas à être complété par un autre sacrement. C’était toute la vie chrétienne qui était un retour permanent au baptême. Seuls deux sacrements étaient conservés dans les Eglises protestantes : le baptême et la cène. Les réformateurs critiquaient aussi le fait que l’acte de la confirmation était réservé à l’évêque et qu’elle n’avait pas de lien direct avec la cène.

Et pourtant, la confirmation réapparaît dans les Eglises protestantes, à l’initiative surtout du réformateur strasbourgeois Martin Bucer. Selon lui, l’instruction catéchétique, développée très tôt à Strasbourg, devait déboucher sur une cérémonie où les jeunes étaient interrogés sur ce qu’ils avaient appris et confessaient personnellement leur foi, avant d’être admis à la cène et d’être intégrés comme membres à part entière dans la communauté ecclésiale. L’imposition des mains, prévue par Bucer, allait donner à la confirmation une dimension « quasi sacramentelle », signifiant le don de l’Esprit Saint.

Avant 1539, Bucer parle seulement de la confirmation comme d’une pratique souhaitable à rétablir dans les Eglises, conformément à un usage courant dans l’Eglise ancienne, attesté par le père de l’Eglise saint Jérôme. Puisque la confirmation implique une profession de foi personnelle des adolescents, elle permettait de réfuter la critique adressée par les anabaptistes au baptême des enfants. On a voulu trouver des analogies entre la démarche de Bucer et celles d’Erasme, de Zwingli ou encore des Frères de Bohême. Mais Bucer se réfère seulement à l’Eglise ancienne, dont la confirmation aurait été, d’après lui, déformée par la pratique médiévale.

La mise en pratique de la confirmation voulue par Bucer est attestée en Hesse par l’Ordonnance disciplinaire de 1539, dite de Ziegenhain, et l’Ordonnance ecclésiastique de Cassel, et, pour la première fois de manière sûre, à Strasbourg par le Catéchisme de Bucer de 1543. En général, les historiens pensent que la confirmation bucérienne a d’abord vu le jour en Hesse. Mais, selon René Bornert, « Bucer a rétabli la confirmation à Strasbourg vers les années 1538-1539 et transplanté cette ” cérémonie sacramentale ” dans l’Eglise de Hesse à la fin de 1538 et au début de 1539 ». Elle apparaît aussi dans le comté de Hanau-Lichtenberg dont une partie, passée au protestantisme en 1545, se réfère à la Cölnisch Reformation, selon laquelle la confirmation est célébrée une ou deux fois par an, non par le pasteur du lieu, mais par un visiteur. Sans que l’âge soit précisé, elle est accessible aux enfants suffisamment instruits dans la foi chrétienne.

Jean Marbach (1521-1581), pasteur à Saint-Nicolas et successeur de Bucer à la tête de l’Eglise strasbourgeoise, continue de pratiquer la confirmation, comme cela ressort de ses formulaires liturgiques (Agende) de 1553 et 1557. Ses collègues semblent avoir suivi son exemple, tout en souhaitant qu’on parle de ratification (Bestetigung) [du baptême] plutôt que de confirmation (Firmung). Marbach a mis l’accent sur le côté didactique de la confirmation, comprise comme une cérémonie propre à inculquer la vraie doctrine et à renforcer la discipline.

La confirmation avec imposition des mains continue à être pratiquée dans certaines Eglises au XVIIe siècle, comme l’attestent l’Ordonnance ecclésiastique de Nassau de 1617, en vigueur dans le comté de Saarwerden, et une autre de 1693 en vigueur dans la seigneurie de Diemeringen. Mais ailleurs, à commencer par Strasbourg, où l’Ordonnance de 1598 ne parle plus de confirmation, la bénédiction des catéchumènes avant leur admission à la cène est tombée en désuétude. On se contente de les interroger sur leur foi avant la première communion, et de prier pour eux. La confirmation proprement dite n’est réintroduite à Strasbourg qu’à la fin du XVIIIe siècle.

Ailleurs, elle s’est maintenue ou est plus souvent revenue au cours du XVIIIe siècle. Le Réveil piétiste met l’accent sur la démarche personnelle du catéchumène au moment où il est interrogé sur sa foi. Dans l’optique des Lumières, le confirmand déclare devant l’assemblée de l’Eglise qu’il a acquis une claire connaissance des vérités de la foi, il promet d’y rester fidèle et de conformer sa vie aux commandements divins. La confirmation marque le passage de l’enfance à l’adolescence.

C’est à partir du XIXe siècle que la confirmation avec interrogation des confirmands sur la foi, engagements et imposition des mains deviendra chez les protestants, très attachés à ce rite de passage, une importante fête religieuse et populaire.

 

Bibliographie

ADAM (Johann), Kirchengeschichte der Elsässischen Territorien bis zur Französischen Revolution, Strasbourg, 1928.

BORNERT (René), La Réforme Protestante du Culte à Strasbourg au XVIe siècle (1523-1598), Approche sociologique et interprétation théologique, Leyden, 1981.

HAMMANN (Gottfried), Entre la Secte et la Cité. Le Projet d’Eglise du Réformateur Martin Bucer, Genève, 1984.

LIENHARD (Marc), « La confirmation », La Foi vécue. Etudes d’histoire de la spiritualité, Strasbourg, 1997, p. 37-53.

V. Augsbourg_(confession_d'-), Confession de foi.

Marc Lienhard