Clergé réfractaire

De DHIALSACE
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ou clergé insermenté

Expression désignant le clergé catholique ayant refusé de prêter le serment constitutionnel au début de la Révolution. Le serment est ambigu en ce qu’il associe la Constitution civile à la constitution de l’État. Un prêtre se doit de prêter, au début de 1791, le serment suivant : « Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi. »

Tant le prince-évêque de Strasbourg que celui de Bâle s’opposent immédiatement à cette nouveauté. Le premier, Louis de Rohan, s’élève contre un décret qui porte « atteinte aux lois de la discipline générale de l’Église » et intervertit l’ordre « par le seul fait de la puissance séculière. » Le second, Joseph de Roggenbach ordonne de ne poser aucun acte « d’où l’on puisse inférer qu’il reconnaît la nouvelle constitution française ». Pressentant des difficultés, l’Assemblée nationale cherche à limiter les hésitations du clergé. La loi des 4-9 janvier prévoit que le serment serait prêté « purement et simplement dans les termes du décret, sans qu’aucun des ecclésiastiques puisse se permettre de préambules, d’explications ou de restrictions. » A partir de janvier et février 1791 débutent les prestations. Reconstituer l’attitude de chaque clerc est difficile dans la mesure où de nombreux procès-verbaux de prestation de serment omettent pour ne pas nuire à un prêtre, volontairement ou non, de relever les termes d’éventuelles restrictions. Il faut aussi signaler que certains ecclésiastiques ont assorti leur serment de discours plus ou moins alambiqués, dont certains constituent des restrictions formelles, mais d’autres des plaidoyers en faveur de la Révolution. Par ailleurs de nombreux prêtres varient dans leur attitude, faisant alterner serment pur et serment avec restrictions. Des deux départements alsaciens, le Bas-Rhin est celui qui a le moins bien accueilli la constitution civile (90% de réfractaires). Plus on va vers le sud, plus il est prêté, surtout dans l’arrondissement de Belfort, jusqu’à une proportion de 100% dans les cantons de Belfort, Delle, Fontaine et Giromagny.

Un deuxième serment, celui de Liberté-Egalité parfois appelé « petit serment », est exigé par le décret du 14 août 1792, de « tout Français recevant traitement ou pension de l’État » dans la formulation suivante : « Je jure d’être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir en les défendant ». Sa prestation, en Alsace, est encore plus difficile à appréhender que le serment précédent car les procès-verbaux de prestations n’ont pas été établis.

Pour éviter de prêter le(s) serment(s), les prêtres émigrent, une solution simple pour les Alsaciens, proches de la frontière. L’émigration prend son véritable essor au début de 1792. En février, on signale trente à quarante clercs dans le Pays de Porrentruy. Elle est, à partir de septembre, augmentée par la déportation ordonnée par la loi du 26 août 1792. Précisons le sens du mot déportation : il s’agit de quitter, librement, avec un passeport, le territoire français. Des centaines de prêtres passent ainsi la frontière à Bourg-Libre (Saint-Louis), certains revenant en cachette. D’autres se cachent sur place, n’exercent plus aucune fonction du ministère et font croire qu’ils sont partis. D’autres enfin paient de leur vie « leur fidélité à la foi de leurs ancêtres ». Sont exécutés Joseph Thomas et Armand Bernard dans le Haut-Rhin, Jean Beck, François Frey et Henri Wolbert dans le Bas-Rhin.

Après la vague déchristianisatrice de 1793 et 1794, le culte reprend au printemps 1795. Le clergé réfractaire revient en Alsace. Il obtient de ses supérieurs la directive de signer la formule suivante : « Je soussigné … prêtre non assermenté, intentionné d’exercer le ministère du culte de l’Église catholique, apostolique et romaine, déclare que je me soumets aux lois de la République, en exceptant tout ce qui a rapport dans ces lois à la religion catholique et à ma conscience ». Un nouveau texte législatif du 29 septembre 1795, dont le préambule avoue « exiger des ministres de tous les cultes une garantie purement civique contre l’abus qu’ils pourraient faire de leur ministère pour exciter à la désobéissance aux lois de l’État », substitue à la déclaration de soumission aux lois un nouveau serment, dont la formule est la suivante : « Je reconnais que l’universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. » Une partie des prêtres, anciennement classés comme réfractaires, prêtent ce serment.

Le coup d’état de fructidor an V instaure une nouvelle politique répressive en matière de religion. Un nouveau serment – le quatrième par conséquent – est exigé des ministres du culte le 5 septembre 1797, celui « de haine à la royauté et à l’anarchie, d’attachement et de fidélité à la République et à la constitution de l’an III ». Si une poignée de réfractaires finit par le prêter pour pouvoir poursuivre son apostolat, les gros bataillons de prêtres approuvés et rentrés au printemps 1797 repassent le Rhin dans le cadre d’une seconde déportation. En Alsace, la traque aux non-conformistes se mène alors sans relâche. François Antoine Stackler et Jean Bochelen, surpris et pris, sont exécutés. D’autres, arrêtés, sont libérés de force par la foule.

Un dernier rebondissement intervient avec l’arrêté consulaire du 28 décembre 1799 remplaçant tous les anciens serments par une simple promesse de fidélité à la constitution et autorisant la restitution des lieux de culte non aliénés. Les rentrants, qui affluent en masse, peuvent exercer au grand jour et se disputer ouvertement les fidèles. L’antagonisme entre clergé réfractaire et clergé constitutionnel devient particulièrement vif entre 1800 et 1802. Il met quasiment un quart de siècle à se résorber, malgré les efforts nets et louables de Mgr Saurine, évêque du nouveau diocèse de Strasbourg englobant les deux départements du Rhin.

Notons que l’historiographie traditionnelle catholique assimile, pendant la Révolution, le bon prêtre au clergé réfractaire, le mauvais prêtre au clergé constitutionnel, une démarche intellectuelle remise en question ces dernières années.

 

Bibliographie

BRAUNER (Joseph), Strassburger Priester-Märtyrer der Schreckenszeit (1793-1794), Rech, 1922.

TACKETT (Timothy), La Révolution, l’Église, la France, le serment de 1791, Paris, 1986.

EPP (René), « Le Bas-Rhin, département français au pourcentage des prêtres jureurs le plus faible »,RA, 1989-1990, p. 237-243.

VARRY (Dominique) et MULLER (Claude), Hommes de Dieu et Révolution en Alsace, Turnhout, 1993, 326 p.

MULLER (Claude), L’Alsace et la Révolution, Éditions Place Stanislas, 2009, 229 p.

 

Notice connexe

Clergé (Constitution civile du)

Claude Muller