Chasses (préposés aux), Garde-chasse : Différence entre versions

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Dans l’exercice de ses fonctions, le chasseur porte une bandoulière aux armes de la seigneurie ou de la ville. A partir du XVIII<sup>e</sup> siècle, il est généralement admis qu’il dispose d’une arme à feu, fusil ou pistolet, pour sa défense uniquement (règlement forestier de 1714 de l’évêché de Strasbourg, ABR G 441). En effet, le métier comporte quelques risques. Il arrive que l’altercation avec le braconnier tourne mal pour le garde. Certains gardes sont pris à partie par des chasseurs qui contestent leur autorité et leur pouvoir, comme le chasseur d’Illhaeusern agressé par trois officiers de la garnison de Sélestat en 1701 (AHR E 1171). Parfois, ils subissent des représailles ou des agressions de la part d’autres gardes qui refusent d’obtempérer, comme en témoigne la rixe entre les chasseurs de deux seigneuries en 1759 dans le cadre d’une contestation de la juridiction des forêts (ABR G 5476 n° 16).
 
Dans l’exercice de ses fonctions, le chasseur porte une bandoulière aux armes de la seigneurie ou de la ville. A partir du XVIII<sup>e</sup> siècle, il est généralement admis qu’il dispose d’une arme à feu, fusil ou pistolet, pour sa défense uniquement (règlement forestier de 1714 de l’évêché de Strasbourg, ABR G 441). En effet, le métier comporte quelques risques. Il arrive que l’altercation avec le braconnier tourne mal pour le garde. Certains gardes sont pris à partie par des chasseurs qui contestent leur autorité et leur pouvoir, comme le chasseur d’Illhaeusern agressé par trois officiers de la garnison de Sélestat en 1701 (AHR E 1171). Parfois, ils subissent des représailles ou des agressions de la part d’autres gardes qui refusent d’obtempérer, comme en témoigne la rixe entre les chasseurs de deux seigneuries en 1759 dans le cadre d’une contestation de la juridiction des forêts (ABR G 5476 n° 16).
 
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== Bibliographie ==
 
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JEHIN (Philippe), en collaboration avec TITEUX (Gilbert), ''Livre d’or de la chasse en Alsace'', Strasbourg, 2008.
 
JEHIN (Philippe), en collaboration avec TITEUX (Gilbert), ''Livre d’or de la chasse en Alsace'', Strasbourg, 2008.
 
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== Notices connexes ==
 
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Version actuelle datée du 3 juin 2021 à 21:24

Jäger

Le chasseur professionnel ou Jäger correspond à la fonction de garde-chasse.

Dans les petites seigneuries, les offices de gardes forestiers et de gardes-chasse sont souvent confondus. Dans les seigneuries plus importantes (comtés de Ribeaupierre ou de Hanau-Lichtenberg par exemple), les chasseurs forment un personnel distinct et hiérarchisé. Le chasseur principal, Oberjäger, aidé par des gardes-chasse, Jäger, et des gardes débutants, Jägerbursch, gère l’ensemble des activités cynégétiques. L’organisation de la chasse dans l’évêché de Strasbourg dépend d’un grand veneur (ABR G 440). Cependant, des attributions forestières ne sont pas toujours exclues. En 1771, la Régence de Bouxwiller engage Jean Christophe Beschstatt comme chasseur principal pour le comté de Hanau-Lichtenberg (ABR E 2730 n° 816). Il doit surveiller non seulement la chasse et la pêche, mais aussi les forêts et les bois, les mines et les carrières, la glandée et la pratique des droits d’usage forestiers. Il doit aussi veiller aux limites des forêts et faire tous les trois ans une reconnaissance des limites territoriales (bornes, arbres corniers et cours d’eau) avec des représentants des seigneuries voisines.

Le garde-chasse, Jäger, est chargé de la surveillance d’un territoire défini, une forêt ou un ban villageois. Il doit patrouiller fréquemment et surveiller attentivement le gibier, en particulier en période de rut et au printemps. Il doit dresser un procès-verbal à chaque constatation de délit : braconnage, pêche illicite, voire vol de bois « sans prendre égard à la personne et sans user d’indulgence quelle que soit la personne concernée » (ABR A.D.D. 5/7 d). Partout, le chasseur doit dénoncer, voire arrêter les braconniers. Dans l’évêché de Strasbourg, le garde a l’ordre de tuer les chiens des braconniers et de désarmer leurs maîtres (ABR G 441). Les chasseurs ou leurs adjoints « Jägerbursch » sont aussi responsables de la conservation et de l’entretien du matériel de chasse (panneaux, filets…). Ordinairement, le chasseur n’est pas autorisé à chasser ! Il ne peut tirer aucun gibier, grand ou petit, sans en avoir reçu un ordre spécifique. Henri-Louis Rech, engagé comme chasseur à Niederbronn en 1766, est averti que le don ou la vente de gibier de sa part est un motif suffisant à son renvoi (ABR A.D.D. 5/7 d).

Villes, seigneurs, communautés religieuses, propriétaires fonciers, tous veulent être approvisionnés de façon régulière en venaison. Ils souhaitent aussi l’éradication des prédateurs qui réduisent les effectifs
des espèces chassées. Aussi autorisent-ils bien souvent les Jäger à tirer les animaux qualifiés de « nuisibles » et le gibier. Les gardes-chasse reçoivent en contrepartie une prime de tir ou Schußgeld, modulable selon les seigneuries et les animaux tirés. Cette disposition perdure pendant tout l’Ancien Régime jusqu’à la Révolution. Au moment de son engagement, le chasseur prête serment au greffe de la juridiction. Son salaire comprend généralement une part fixe en argent, des avantages en nature (vin, bois, céréales) et un intéressement à ses résultats (tiers ou quart des amendes et primes de tir). A titre d’exemple, les gages annuels du chasseur Henri-Louis Rech de la seigneurie de Niederbronn s’élèvent en 1766 à 75 florins en argent, 3 Viertel de blé, 3 Viertel de céréales (Korn), 6 Viertel de méteil, 6 Ohmen de vin blanc, 6 cordes de bois de chauffage livrées ou sa contrepartie en argent, 2 porcs francs pendant la période de glandée dans le Reeberg, un logement gratuit, le quart des amendes forestières et de pêche illicite après la retenue de la quote-part du procureur fiscal, ainsi que les primes de tir ou Schußgeld (ABR A.D.D. 5/7 d).

On attend du chasseur qualités et compétences : « Nous avons besoin d’un chasseur honnête, courageux, et qui s’y connaît en chasse […] qu’il nous soit fidèle et disponible ; qu’il s’occupe en tout temps de nos intérêts le mieux possible […] De façon générale, il doit se comporter comme il convient à un chasseur loyal, devant Dieu et devant les hommes honnêtes » comme le précise la lettre de provision de Henri-Louis Rech (ABR A.D.D. 5/7 d).

Certains chasseurs ne respectent pas toujours leur serment et sont convaincus de corruption ou de malversation. Des chasseurs profitent parfois de leur statut pour garnir leur gibecière. Il arrive qu’ils soient à leur tour confondus. L’évêché de Strasbourg révoque son grand veneur qui a abusé de sa fonction pour garnir sa table de gibier (ABR G 446). En 1722, une plainte est déposée contre le chasseur de Hartmannswiller dans la prévôté de Soultz en Haute Alsace. Démis de ses fonctions, il n’en continue pas moins ses exactions. Il feint d’ignorer son renvoi et continue à parcourir les forêts, le fusil à la main. Au retour de ses virées nocturnes, il vend le produit de sa chasse illégale. Assigné à comparaître devant le tribunal à deux reprises, il ne s’y présente pas. Finalement, il est condamné à huit jours de prison et à la confiscation de ses fusils (ABR G 2032).

Dans l’exercice de ses fonctions, le chasseur porte une bandoulière aux armes de la seigneurie ou de la ville. A partir du XVIIIe siècle, il est généralement admis qu’il dispose d’une arme à feu, fusil ou pistolet, pour sa défense uniquement (règlement forestier de 1714 de l’évêché de Strasbourg, ABR G 441). En effet, le métier comporte quelques risques. Il arrive que l’altercation avec le braconnier tourne mal pour le garde. Certains gardes sont pris à partie par des chasseurs qui contestent leur autorité et leur pouvoir, comme le chasseur d’Illhaeusern agressé par trois officiers de la garnison de Sélestat en 1701 (AHR E 1171). Parfois, ils subissent des représailles ou des agressions de la part d’autres gardes qui refusent d’obtempérer, comme en témoigne la rixe entre les chasseurs de deux seigneuries en 1759 dans le cadre d’une contestation de la juridiction des forêts (ABR G 5476 n° 16).

Bibliographie

JEHIN (Philippe), Les forêts des Vosges du Nord du Moyen Âge à la Révolution, Strasbourg, 2005.

JEHIN (Philippe), en collaboration avec TITEUX (Gilbert), Livre d’or de la chasse en Alsace, Strasbourg, 2008.

Notices connexes

Chasse

Forêt

Louveterie

Philippe Jéhin