Charbonnier

De DHIALSACE
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Kohlenbrenner

Dans son ouvrage offert au duc de Lorraine en 1529, Les mines d’argent de Sainte-Croix-aux-Mines en Lorraine, Heinrich Gross commence sa description de l’activité minière par le travail des charbonniers. La première étape de l’industrie métallurgique consiste effectivement en un travail forestier confié aux charbonniers. « La question des fers est la question des bois » comme l’affirme un dicton ancien. Pour réduire les frais de transport, le bois est généralement réduit en charbon sur le lieu de la coupe, Kohlplatz. Les autorités peuvent désigner une parcelle forestière à déboiser par les charbonniers, ou bien elles chargent un forestier de marquer les arbres à abattre.

Les charbonniers définissent tout d’abord l’emplacement de la charbonnière, la « faulde » ou Meilerplatz. La surface doit être dégagée et plane ; à défaut, elle est aplanie, afin que le feu progresse régulièrement. Au centre de la circonférence sont plantés trois mâts surmontés d’un anneau central tressé en branches de saule, qui constitue la cheminée. Les charbonniers procèdent au dressage de la meule (Kohlenmeiler) en entassant soigneusement vingt à quarante stères de bois en bûches. Le bois est dressé verticalement contre la cheminée par le dresseur ou Kohlsteller. L’orifice de la cheminée est fermé avec de grosses bûches. La meule est recouverte de fraisil ou Lösche, mélange de poussière de charbon, de cendre, de feuilles et de terre fine, pour l’isoler de l’air.

La carbonisation peut alors commencer. On allume le bois en versant des braises dans la cheminée. Le bois se consume lentement, privé de l’oxygène nécessaire à sa combustion complète. Nuit et jour, le charbonnier surveille sa meule pour maîtriser la combustion. Il perce des évents avec le manche de sa pelle (Kohlenschaufel) ou quelques cheminées secondaires. Il dame la terre de la meule et rajoute du bois dans la cheminée pour combler les vides. L’opération dure en moyenne huit jours. Il procède alors au défournement de la meule au moyen de l’arc ou Abputzrechen. Le charbon est ensuite transporté vers les usines par des voituriers, appelés Kohlenbauer, dans d’énormes bannes, paniers d’osier de six mètres de long et quatre mètres de large.

Au XVIIIe siècle, la production du combustible représente la moitié du coût de la fabrication de la fonte. En 1785, l’entreprise sidérurgique de Dietrich emploie 150 bûcherons et 140 schlitteurs et charbonniers, soit un quart du personnel. Ces ouvriers sont rattachés directement à l’entreprise. Cependant, les maîtres de forges signent généralement des contrats de fourniture avec des charbonniers pour ne pas s’encombrer d’une main d’œuvre difficile à gérer.

Certains charbonniers résident dans les villages avoisinants et occupent un emploi fixe ou temporaire. Ils sont totalement intégrés à l’entreprise et à la communauté villageoise. D’autres constituent une population marginale qui se déplace au gré des coupes et des contrats. Ces charbonniers et leurs familles vivent dans les bois, à l’écart des communautés villageoises qui se méfient d’elles, qui envient leur liberté mais qui plaignent leur précarité. L’habitat des charbonniers reste des plus sommaires. Ils vivent dans des huttes ou baraques de bois sans confort. Ils échappent bien souvent aux contraintes sociales, religieuses et fiscales. Charbonniers à Lautenbach-Zell (AHR 7 P 184 et 639).

L’activité des charbonniers décline rapidement à partir du milieu du XIXe siècle avec l’utilisation progressive de la houille importée grâce au développement des transports. 

 

Bibliographie

SCHLOSSER (Claude), « Les charbonniers de Lembach », L’Outre-Forêt, n° 17, 1977, p. 5-9.

WORONOFF (Denis) (dir.), Forges et forêts. Recherches sur la consommation proto-industrielle de bois, Paris, 1990.

WAGNER (Michel), « Les charbonniers du Haut Florival », S’Lindeblätt, cahiers du patrimoine du Haut Florival, n° 31, 2008, p. 9-28.

 

Notices connexes

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Philippe Jéhin