Calvaire, crucifixion

De DHIALSACE
Révision datée du 8 octobre 2020 à 09:15 par Mhubert (discussion | contributions) (espaces)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : navigation, rechercher

Calvarium, Kalvarienberg, Kreuzigung, Kreuzigungsgruppe

Dérivé du Mont Calvaire hors les murs de Jérusalem, sur lequel le Christ a été crucifié, le « calvaire » désigne un monument comportant la croix entourée des statues de la Vierge et de saint Jean. Les premières représentations de la crucifixion du Christ remontent probablement à l’époque de la fondation de l’église du Saint-Sépulcre au Golgotha par l’Empereur Constantin. Elles se développent d’abord dans l’Église d’Orient. On en retrouve dès le Ve siècle à Rome. La scène revêt déjà ses caractéristiques essentielles : Jésus, de face, bras étendus, cloué sur la croix, et au pied de la croix, la Vierge Marie et saint Jean. Grégoire de Tours fait état d’une crucifixion exposée dans la cathédrale de Narbonne (VIe siècle). La représentation va dès lors varier au rythme des interprétations théologiques et des sensibilités religieuses, allant de la représentation d’un Christ en croix hiératique, comme le privilégient les Byzantins ou encore le haut Moyen Âge, ou plus réaliste, soulignant les signes de la souffrance (position des bras – tendus ou pendants –, yeux ouverts ou fermés, sang s’écoulant des plaies ou simples stigmates, disposition du périzonium (vêtement ceignant les reins) avec ses noeuds et ses plis), les gestes des deux personnages au pied de la Croix (la Vierge Marie douloureuse et saint Jean, tenant un évangéliaire d’une main et désignant de l’autre le Crucifié comme sauveur). La profusion d’attributs symboliques que l’on peut évoquer à l’infini permet aux auteurs d’exprimer un message théologique et pieux multiforme.

En Occident, la crucifixion devient à partir du IXe siècle le sujet principal de l’iconographie chrétienne, et on en conserve des expressions dans l’enluminure et les miniatures, l’orfèvrerie (plaques et reliquaires), les ivoires. Particulièrement remarquables, la crucifixion du Christ, d’Otfried de Wissembourg (IXe siècle [vers 860]) et celle de l’Hortus Deliciarum (XIIe siècle).

Alors que l’art byzantin exclut la ronde-bosse pour l’intérieur des églises et s’en tient à la fresque et à la mosaïque, les crucifixions monumentales remontent au Xe siècle, et sont à peu près contemporaines de la croix d’autel. A partir du XIIIe siècle, les crucifixions gagnent en expressivité et les sculpteurs insistent sur les instruments de la passion : couronne d’épines, lance. Les signes de la souffrance : la blessure au côté, les épanchements de sang et la douleur des personnages sont mis en relief. La crucifixion monumentale, souvent un calvaire, prend place dans l’église. Ainsi, à la cathédrale de Strasbourg, la croix était disposée en arrière du maître autel, protégée à partir de 1489 par une grille. Selon Jérôme Gebwiler (1521), les fidèles en baisaient avec dévotion les pieds ; on peut donc penser que la Croix était placée près du sol. Elle était haute de 12 pieds, soit près de 3,60 m, et fut retirée de la cathédrale au moment de la Réforme, en 1526. Un calvaire couronne une poutre de gloire, comme à Kaysersberg. Parmi d’autres oeuvres fort nombreuses, retenons encore le grand Christ en croix du jubé de Saint-Georges de Haguenau, réalisé par Clément de Bade et Jean de Coblence (1488). Après la suppression du jubé (1628), il est placé sur le mur sud de la nef de l’église (haut d’env. 3,50 m). Le retable, peint ou sculpté, dérive des croix d’autel ; le plus célèbre, représentant un calvaire, est celui de l’église des Antonins d’Issenheim.

La région rhénane et mosellane a sans doute compté des croix-stèles au haut Moyen Âge, analogues à celles très stylisées qui s’étaient répandues en Irlande. Mais c’est au début du XIVe siècle que la crucifixion monumentale quitte l’intérieur des églises. Elle a pris place dans le tympan du portail central de la cathédrale de Strasbourg, centré sur une crucifixion ; ses registres sont autant de moments de ce qui va prendre à partir du XVe siècle le nom spécifique de « calvaire », avec ses stations, placées dans les églises ou sur les chemins des lieux de pèlerinage. En liaison avec la représentation du théâtre religieux se développent des « mises en scènes » multiples, comme les « Monts des Oliviers » ou les « Saints-Sépulcres », autant de sujets de la peinture et de la sculpture religieuses installés dans ou auprès des églises.

C’est à la même époque qu’élevés en plein air, indépendamment de tout édifice religieux (chapelle, oratoire ou cimetière), et dus à l’initiative de fidèles pieux, on relève les premières crucifixions monumentales (appelées aussi calvaires). Mais la grande majorité des croix rurales dites « calvaires » date du XIXe siècle. Les bases de données Mérimée (architecture) et Palissy (objets mobiliers) du Ministère de la Culture en présentent un inventaire non-exhaustif, mais impressionnant.

Sources - Bibliographie

LMA, « Kreuz » p. 1490-1497, « Kreuzigung Christi », p. 1503-1505 (J. ENGERMANN, K. NIEHR).

SCHILLER (Gertrud). Ikonographie der christlichen Kunst, t. II, Die Passion Jesu Christi, p. 98-111.

SCHMITT (Otto) (éd.), Reallexikon zur deutschen Kunstgeschichte, II, art. « Bildstock », p. 695-715, Stuttgart, 1948.

GRODWOHL (Marc), ENGEL (Roland), « Croix rurales », EA, p. 2129-2139, Strasbourg, 1983.

PARENT (Brigitte), GRASSER (Jean-Paul), TRABAND (Gérard), Haguenau : art et architecture, Inv. gén., coll. Cahiers de l’Inventaire, t. 16, p. 48, 129-139 et fig. 49, Strasbourg, 1988.

SCHEURER (Marie-Philippe), PARENT (Brigitte) et LEHNI (Roger), Canton de Sélestat, Images du patrimoine, 1994, p. 117.

MEYER (Jean-Philippe), KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), La cathédrale de Strasbourg. Choeur et transept : du roman au gothique (vers 1180-1240), Strasbourg, 2010.

Bases Mérimée et Palissy du Ministère de la Culture : objets « croix monumentale », « calvaire ».

Notices connexes

Croix rurales

Iconoclasme

Indulgence

Mont des Oliviers

Saint-Sépulcres

J.-Philippe Meyer, François Igersheim