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''Bruscia'' (614), ''Breusch'', ''Preusch''</p> Rivière navigable et flottable, qui prend sa source à 690 m d’altitude, au pied du Climont (canton de Saales). Après un parcours de 75 km, elle conflue avec l’Ill à l’entrée sud Strasbourg. Curieusement l’Ill prend la dénomination de Bruche dans la traversée de Strasbourg, jusqu’à son embouchure dans le Rhin.</p> À l’aval de Mutzig-Molsheim, la Bruche élargit son cours qui, par le passé, présentait de nombreuses diffluences. Retenons le Dachsteinbach, à la hauteur de Dachstein, qui constitue en fait l’ancien cours naturel de la rivière avant son détournement au XVII<sup>e</sup> siècle vers le déversoir d’Avolsheim pour alimenter, avec les eaux de la Mossig, le canal de la Bruche construit en 1682. En aval de Molsheim, la Bruche se divise en deux bras&nbsp;: la Bruche proprement dite et le Bras d’Altdorf ou ''Alt Breusch'' au débit nettement inférieur. Le maintien de ce dernier est essentiellement dû aux aménagements destinés aux besoins de l’agriculture.</p> La navigation sur la Bruche se pratique depuis l’Antiquité. La découverte d’un port de rivière, à Strasbourg peu avant la Deuxième Guerre mondiale démontre que les Romains ont utilisé la Bruche pour transporter des matériaux de construction et de la pierre à sculpter, comme le grès de la région de Haslach (fin II<sup>e</sup> siècle, début III<sup>e</sup> siècle).</p> Au Moyen Âge également, cette rivière et ses affluents servent à approvisionner Strasbourg en produits provenant des Vosges&nbsp;: bois et pierres de taille. Le débarcadère se trouve à la Montagne Verte, peu avant la confluence entre la Bruche et l’Ill. La Bruche a été utilisée pendant la période de hautes eaux de la Saint-Michel (29 septembre à la Saint-Georges (23 avril) pour transporter vers les villes du bois de chauffage déjà scié en bûches, et, en cas de tirant d’eau exceptionnel, des trains de planches sciées. Des réversoirs placés sur l’amont et sur le parcours de la rivière assuraient la chasse, lorsque le niveau était insuffisant. Tout au long des rives, des hommes à pied devaient remettre à flot le bois bloqué par les obstacles dans la rivière ou sur les berges.</p> La pêche y est active, de même que la meunerie et le rouissage du chanvre.</p> En 1682, l’administration royale fait construire pour des raisons militaires, le canal de la Bruche, à partir de Soultz-les-Bains. Depuis c’est ce canal qui supporte la majeure partie du trafic auparavant dévolu à la rivière elle-même.</p> L’entretien de la Bruche et le partage de ses eaux entre moulins et agriculture, plus particulièrement dans son cours inférieur, sont régis par un règlement, la ''Breuschordnung'' (AMS VI 209, 20 (1659)). Les seigneurs riverains de la Bruche (''Preuschgenossen'') se réunissent tous les 3 ans à Oberschaeffolsheim. Une commission de 4 ''Breuschmeister'' visite la rivière deux fois par an et veille à l’application des décisions des ''Preuschgenossen''. Les litiges entre riverains sont examinés en première instance par le ''Breuschgericht''.</p>
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''Bruscia'' (614), ''Breusch'', ''Preusch''
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Rivière navigable et flottable, qui prend sa source à 690 m d’altitude, au pied du Climont (canton de Saales). Après un parcours de 75 km, elle conflue avec l’Ill à l’entrée sud Strasbourg. Curieusement l’Ill prend la dénomination de Bruche dans la traversée de Strasbourg, jusqu’à son embouchure dans le Rhin.
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À l’aval de Mutzig-Molsheim, la Bruche élargit son cours qui, par le passé, présentait de nombreuses diffluences. Retenons le Dachsteinbach, à la hauteur de Dachstein, qui constitue en fait l’ancien cours naturel de la rivière avant son détournement au XVII<sup>e</sup> siècle vers le déversoir d’Avolsheim pour alimenter, avec les eaux de la Mossig, le canal de la Bruche construit en 1682. En aval de Molsheim, la Bruche se divise en deux bras&nbsp;: la Bruche proprement dite et le Bras d’Altdorf ou ''Alt Breusch'' au débit nettement inférieur. Le maintien de ce dernier est essentiellement dû aux aménagements destinés aux besoins de l’agriculture.
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La navigation sur la Bruche se pratique depuis l’Antiquité. La découverte d’un port de rivière, à Strasbourg peu avant la Deuxième Guerre mondiale démontre que les Romains ont utilisé la Bruche pour transporter des matériaux de construction et de la pierre à sculpter, comme le grès de la région de Haslach (fin II<sup>e</sup> siècle, début III<sup>e</sup> siècle).
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Au Moyen Âge également, cette rivière et ses affluents servent à approvisionner Strasbourg en produits provenant des Vosges&nbsp;: bois et pierres de taille. Le débarcadère se trouve à la Montagne Verte, peu avant la confluence entre la Bruche et l’Ill. La Bruche a été utilisée pendant la période de hautes eaux de la Saint-Michel (29 septembre à la Saint-Georges (23 avril) pour transporter vers les villes du bois de chauffage déjà scié en bûches, et, en cas de tirant d’eau exceptionnel, des trains de planches sciées. Des réversoirs placés sur l’amont et sur le parcours de la rivière assuraient la chasse, lorsque le niveau était insuffisant. Tout au long des rives, des hommes à pied devaient remettre à flot le bois bloqué par les obstacles dans la rivière ou sur les berges.
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La pêche y est active, de même que la meunerie et le rouissage du chanvre.
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En 1682, l’administration royale fait construire pour des raisons militaires, le canal de la Bruche, à partir de Soultz-les-Bains. Depuis c’est ce canal qui supporte la majeure partie du trafic auparavant dévolu à la rivière elle-même.
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L’entretien de la Bruche et le partage de ses eaux entre moulins et agriculture, plus particulièrement dans son cours inférieur, sont régis par un règlement, la ''Breuschordnung'' (AMS VI 209, 20 (1659)). Les seigneurs riverains de la Bruche (''Preuschgenossen'') se réunissent tous les 3 ans à Oberschaeffolsheim. Une commission de 4 ''Breuschmeister'' visite la rivière deux fois par an et veille à l’application des décisions des ''Preuschgenossen''. Les litiges entre riverains sont examinés en première instance par le ''Breuschgericht''.
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== Bibliographie ==
 
== Bibliographie ==
CLAUSS (Joseph Marie Benoît), ''Historisch- topographisches Wörterbuch des Elsasses'', Zabern, 1895, p. 164‑165.</p> REUSS (Rodolphe), ''L’Alsace au XVII<sup>e</sup> siècle'', 1898, t. 1 p. 15 et suiv., p. 567 et suiv., p. 676 et suiv.</p> ''Reichsland Elsass-Lothringen'', Strasbourg, 1903, «&nbsp;Breusch&nbsp;», p. 130‑132.</p> AMIET (P.), «&nbsp;Un port de rivière sur la Bruche à la Montagne Verte&nbsp;», ''Cahiers d’Archéologie et d’Histoire et d’Alsace (CAHA)'', 1952, p. 89 à 98.</p> LIVET (Georges), RAPP (Francis), (dir.), ''Histoire de Strasbourg des origines à nos jours,'' 4 t., Strasbourg, 1980-1982.&nbsp;, t. 1, p. 204, t. 2 p. 147 à 261, t. 3 p. 140-141.</p> MOSER (Raymond), «&nbsp;Exploitation et flottage du bois dans le bassin Bruche-Mossig du XVIe au XIXe siècle&nbsp;», ''Société d’Histoire de Mutzig et Environs'', XXXI, 2008, p. 5‑41.</p>
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CLAUSS (Joseph Marie Benoît), ''Historisch- topographisches Wörterbuch des Elsasses'', Zabern, 1895, p. 164‑165.
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REUSS (Rodolphe), ''L’Alsace au XVII<sup>e</sup> siècle'', 1898, t. 1 p. 15 et suiv., p. 567 et suiv., p. 676 et suiv.
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''Reichsland Elsass-Lothringen'', Strasbourg, 1903, «&nbsp;Breusch&nbsp;», p. 130‑132.
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AMIET (P.), «&nbsp;Un port de rivière sur la Bruche à la Montagne Verte&nbsp;», ''Cahiers d’Archéologie et d’Histoire et d’Alsace (CAHA)'', 1952, p. 89 à 98.
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LIVET (Georges), RAPP (Francis), (dir.), ''Histoire de Strasbourg des origines à nos jours,'' 4 t., Strasbourg, 1980-1982.&nbsp;, t. 1, p. 204, t. 2 p. 147 à 261, t. 3 p. 140-141.
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MOSER (Raymond), «&nbsp;Exploitation et flottage du bois dans le bassin Bruche-Mossig du XVIe au XIXe siècle&nbsp;», ''Société d’Histoire de Mutzig et Environs'', XXXI, 2008, p. 5‑41.
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== Notices connexes ==
 
== Notices connexes ==
[[Batellerie|Batellerie]]</p> [[Bois|Bois]]</p> [[Canaux|Canaux]]</p> [[Flottage|Flottage]]</p> [[Ill|Ill]]</p> [[Pêche|Pêche]]</p> <p class="mw-parser-output" style="text-align: right">'''Jean-Marie Holderbach''', '''Marcel Thomann'''</p>
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[[Category:B]][[Category:Echanges, Commerce, Banque, Circulation (routes et canaux), Monnaie]][[Category:Environnement (Bois et forêts, Eaux, Air)]][[Category:Agriculture, Elevage, Pêche]]

Version actuelle datée du 28 mars 2021 à 17:23

Bruscia (614), Breusch, Preusch

Rivière navigable et flottable, qui prend sa source à 690 m d’altitude, au pied du Climont (canton de Saales). Après un parcours de 75 km, elle conflue avec l’Ill à l’entrée sud Strasbourg. Curieusement l’Ill prend la dénomination de Bruche dans la traversée de Strasbourg, jusqu’à son embouchure dans le Rhin.

À l’aval de Mutzig-Molsheim, la Bruche élargit son cours qui, par le passé, présentait de nombreuses diffluences. Retenons le Dachsteinbach, à la hauteur de Dachstein, qui constitue en fait l’ancien cours naturel de la rivière avant son détournement au XVIIe siècle vers le déversoir d’Avolsheim pour alimenter, avec les eaux de la Mossig, le canal de la Bruche construit en 1682. En aval de Molsheim, la Bruche se divise en deux bras : la Bruche proprement dite et le Bras d’Altdorf ou Alt Breusch au débit nettement inférieur. Le maintien de ce dernier est essentiellement dû aux aménagements destinés aux besoins de l’agriculture.

La navigation sur la Bruche se pratique depuis l’Antiquité. La découverte d’un port de rivière, à Strasbourg peu avant la Deuxième Guerre mondiale démontre que les Romains ont utilisé la Bruche pour transporter des matériaux de construction et de la pierre à sculpter, comme le grès de la région de Haslach (fin IIe siècle, début IIIe siècle).

Au Moyen Âge également, cette rivière et ses affluents servent à approvisionner Strasbourg en produits provenant des Vosges : bois et pierres de taille. Le débarcadère se trouve à la Montagne Verte, peu avant la confluence entre la Bruche et l’Ill. La Bruche a été utilisée pendant la période de hautes eaux de la Saint-Michel (29 septembre à la Saint-Georges (23 avril) pour transporter vers les villes du bois de chauffage déjà scié en bûches, et, en cas de tirant d’eau exceptionnel, des trains de planches sciées. Des réversoirs placés sur l’amont et sur le parcours de la rivière assuraient la chasse, lorsque le niveau était insuffisant. Tout au long des rives, des hommes à pied devaient remettre à flot le bois bloqué par les obstacles dans la rivière ou sur les berges.

La pêche y est active, de même que la meunerie et le rouissage du chanvre.

En 1682, l’administration royale fait construire pour des raisons militaires, le canal de la Bruche, à partir de Soultz-les-Bains. Depuis c’est ce canal qui supporte la majeure partie du trafic auparavant dévolu à la rivière elle-même.

L’entretien de la Bruche et le partage de ses eaux entre moulins et agriculture, plus particulièrement dans son cours inférieur, sont régis par un règlement, la Breuschordnung (AMS VI 209, 20 (1659)). Les seigneurs riverains de la Bruche (Preuschgenossen) se réunissent tous les 3 ans à Oberschaeffolsheim. Une commission de 4 Breuschmeister visite la rivière deux fois par an et veille à l’application des décisions des Preuschgenossen. Les litiges entre riverains sont examinés en première instance par le Breuschgericht.

 

Bibliographie

CLAUSS (Joseph Marie Benoît), Historisch- topographisches Wörterbuch des Elsasses, Zabern, 1895, p. 164‑165.

REUSS (Rodolphe), L’Alsace au XVIIe siècle, 1898, t. 1 p. 15 et suiv., p. 567 et suiv., p. 676 et suiv.

Reichsland Elsass-Lothringen, Strasbourg, 1903, « Breusch », p. 130‑132.

AMIET (P.), « Un port de rivière sur la Bruche à la Montagne Verte », Cahiers d’Archéologie et d’Histoire et d’Alsace (CAHA), 1952, p. 89 à 98.

LIVET (Georges), RAPP (Francis), (dir.), Histoire de Strasbourg des origines à nos jours, 4 t., Strasbourg, 1980-1982. , t. 1, p. 204, t. 2 p. 147 à 261, t. 3 p. 140-141.

MOSER (Raymond), « Exploitation et flottage du bois dans le bassin Bruche-Mossig du XVIe au XIXe siècle », Société d’Histoire de Mutzig et Environs, XXXI, 2008, p. 5‑41.

 

Notices connexes

Batellerie

Bois

Canaux

Flottage

Ill

Pêche

 

Jean-Marie Holderbach, Marcel Thomann