Piétisme

De DHIALSACE
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Mouvement protestant de réforme ou de réveil, le plus important après la Réforme du XVIe siècle. Préparée par des hommes tels que Jean Arndt (1553-1621), auteur du Vrai christianisme, écrit d’édification très répandu, le piétisme proprement dit a vu le jour en Allemagne dans la seconde moitié du XVIIe siècle, mais sera diffusé bien au-delà de l’Allemagne. Il a été initié en particulier par l’action et les écrits du pasteur alsacien Philipp Jakob Spener, établi à Francfort depuis 1666. Ses initiatives et ses idées furent reprises par le pasteur August Hermann Francke à Halle et par Ludwig von Zinzendorf, noble saxon, à Herrnhut, à l’origine des Frères Moraves. Lassé des controverses dans les orthodoxies protestantes du XVIIe siècle, le piétisme chercha avant tout à promouvoir une piété personnelle plus vivante, en insistant sur la conversion. Contrairement à Luther et à l’orthodoxie, il annonçait l’arrivée sur terre de temps meilleurs pour l’Église avant la fin des temps.

À l’intérieur de la grande Église luthérienne, il mettait en œuvre de petits groupes en vue d’une lecture commune de la Bible et de l’édification mutuelle. Ces conventicules se séparèrent parfois de l’Église officielle. Les effets du piétisme furent divers. Il a favorisé une religion plus intimiste, apprécié en particulier par les femmes, et un vocabulaire religieux centré sur Jésus et sur le sentiment, mais porté à l’occasion vers une certaine mièvrerie. Ses adhérents prônaient une rupture nette avec le monde et ses plaisirs (danse, théâtre, lectures profanes) et réintroduisirent l’ascèse, voire un certain légalisme. Mais, par ailleurs, cette piété ne restait pas inactive. Sous l’impulsion du piétisme, la diffusion de la Bible, les missions protestantes et l’action diaconale vont prendre leur essor. Bien que combattu par les autorités ecclésiastiques et les milieux rationalistes, le piétisme touchera aussi l’Alsace tout au long du XVIIIe siècle. Entre 1730 et 1780, près d’un tiers des pasteurs du Hanau-Lichtenberg étaient proches de ses orientations.

À Strasbourg, un conventicule animé par le pasteur Schmutz et le diacre Lemke, et lié à Herrnhut, rassemble à la même époque des gens très simples, épris d’édification. L’hostilité des autorités ecclésiastiques à l’égard du piétisme s’atténue vers la fin du siècle. Le professeur Jean Sigismond Lorentz avait repris certains thèmes piétistes. Les conventicules piétistes perdent de leur attrait. Vers la fin du siècle, la communauté des Frères Moraves ne compte plus qu’une quarantaine de membres.

Le piétisme protestant n’a pas été le seul mouvement religieux à réagir contre une religion de routine. Dans l’espace catholique par exemple, il y eut au XVIIe siècle le quiétisme et le jansénisme.

Sources - Bibliographie

Œuvres de Spener, reprint en cours, 1979 ss.

Correspondance de Spener, publication en cours depuis 1992.

SPENER, La vie évangélique. Pia desideria, 2017, trad. par Annemarie Lienhard.

BEYREUTHER (Erich), Geschichte des Pietismus, Stuttgart, 1986.

GRÜNBERG (Paul), Philipp Jakob Spener, 3 vol., Göttingen, 1893-1906.

WALLMANN ( Johannes), Philipp Jakob Spener und die Anfänge des Pietismus, Tübingen, 2e édition revue et complétée, 1986.

LAGNY (Anne) (éd.), Les piétismes à l’âge classique. Crise, conversion, institutions, Villeneuve d’Asq, 2001.

LIENHARD (Marc), ARNOLD (Matthieu) (dir.), « Philippe-Jacques Spener (1635-1705), Nouveaux aspects de son œuvre et de son influence », Positions luthériennes, 53 (2005), p. 113-230.

LIENHARD (Marc), « Spener et l’Alsace », Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 86 (2006), p. 217-229.

WENDEBOURG (Dorothea) (dir.), Philipp Jakob Spener. Leben, Werk, Bedeutung. Bilanz der Forschung nach 300 Jahren, Tübingen, 2007.

Notices connexes

Protestantisme

Marc Lienhard