Quartier d’hiver
Lieu occupé par les troupes à la mauvaise saison, généralement en hiver, quand cessent les combats. Les campagnes d’hiver sont rares hormis celle de l’armée de Turenne en 1674-1675 lors de son grand mouvement sur le versant occidental des Vosges pour surgir en Haute Alsace (batailles de Brunstatt et de Turckheim). Le quartier d’hiver constitue un séjour prolongé pour le repos et la sécurité pour les troupes. Il permet aux soldats de récupérer de leurs fatigues mais également de se préparer en vue d’organiser la prochaine opération militaire au retour des beaux jours. Il se déroule dans les places- fortes, des villes ou des villages et, à défaut, dans des camps retranchés établis en pleine campagne. En l’absence d’une véritable intendance, il convient de loger les hommes de guerre, de gré ou de force. En dépit des réformes entreprises par Louvois, l’intendance se montre incapable de prendre en charge les approvisionnements des troupes qui doivent donc vivre sur le territoire qu’elles occupent. L’état-major s’efforce de prendre les quartiers d’hiver en pays ennemi où l’on lève des contributions selon le principe « la guerre doit nourrir la guerre ». L’armée épuise les ressources du pays occupé et le met ainsi hors d’état de ravitailler ultérieurement ses propres forces. Hormis lors des campagnes à l’étranger, les sol- dats sont répartis dans les provinces frontières comme l’Alsace. En théorie, les règles pour les quartiers d’hiver sont plus strictes dans les pro- vinces frontières que dans les pays occupés quant au respect des populations civiles et de leurs biens. L’intendant ou le commissaire des guerres s’entend avec les communautés urbaines ou villageoises pour connaître les possibilités de logements. À l’arrivée des troupes, il en fait la revue en présence de l’in- tendant ou du gouverneur et des autorités locales. Les hommes sont munis de billets de logement. Normalement, l’hôte doit fournir aux hommes qu’il loge le gîte « le feu, le lit et la chandelle » à savoir un toit, un couchage et l’éclairage, « le petit ustensile », mais pas le couvert. La province contri- bue à l’entretien de la troupe sous forme de contri- butions pour les vivres des soldats et le fourrage pour les chevaux. Cependant, la population civile souffre habituel- lement des excès en tout genre de la soldatesque qu’elle abrite malgré elle. Les règlements militaires sont sévères à l’encontre des soldats qui abuseraient de leurs hôtes, mais dans les faits, les déborde- ments tels que vols, violences, dégradations, sont courants. Le logement des gens de guerre est un véritable fléau pour les populations civiles, il épuise les régions pour longtemps, en particulier lors des guerres du XVIIe siècle. Ces quartiers d’hiver dé- génèrent parfois en véritable pillage des villages occupés. Certaines villes tentent d’y échapper en versant une contribution financière pour une dis- pense provisoire du logement des gens de guerre. D’autres proposent de construire des casernes ou offrent des logements vides pour loger la troupe. Certaines catégories de la population sont exoné- rées du logement des gens de guerre comme les ecclésiastiques, les gentilshommes, les titulaires de charges judiciaires ou financières.
Notices connexes
Cantonnement Caserne Colmar (quartiers d’hiver) Division Commandant Garnison Krieg Obernai (quartiers d’hiver).
Bibliographie
BLUCHE (François), Dictionnaire du Grand Siècle, Fayard, 2005, p. 1284-1285.