Presbytère protestant

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Dans les territoires dont les seigneurs et magistrats ont embrassé la Réforme, la tutelle des églises (et presbytères) n’est plus une institution d’Église mais un pouvoir laïc. Les conséquences de ce régime nouveau sont développées dans les notices Fabrique protestante et Sécularisation (v. Fabrique protestante, Sécularisation).

À Strasbourg, les chapitres (Stifte) mettaient des presbytères à la disposition des curés ; ils continuent de le faire pour les pasteurs (v. Pasteurs de Strasbourg).

L’Allmendbuch de 1587 qui fait un inventaire extrêmement précis des immeubles de la ville, relève pour la paroisse Saint-Nicolas : « Die Fabric zů Sanct Niclaůs hatt ein Haůß. Darinn sitzt Herr Johannes Thomas der Pfarrer daselbsten, undt würdt von alters hero zům Brieff genandt. » Ainsi la ville (ou la fabrique) a racheté l’ancienne auberge Zum Briefe, construite en 1332 (SCHMIDT, p. 57), et y loge le pasteur de la paroisse. Et pour Sainte-Aurélie : « Herr Heinrich Rohtmann der Pfarrer zů Sanct Aůrelien, hatt hinden vor seinem Haůß ane der Kirchoff Maůren ein Schweinstall, sampt einem Mistcasten, daran beÿdes zůsamen 16 schů lang 6 schů heraůß, bessert für den Schweinstall und Mistkasten 5 ß 4i d. » Ce presbytère se trouve à proximité de l’église, contre le mur du cimetière. Il appartient au chapitre Saint-Thomas (Ist dem Stifft St. Thoman zůgeschrieben worden; weil daß Pfarhaùß demselben Stifft gehörig).

Dans les principautés, seigneuries (Lichtenberg, Wurtemberg, La Petite-Pierre, Nassau-Sarrewerden etc.) et villes d’Alsace passées à la Réforme,la gestion des paroisses est en règle générale le fait de la hiérarchie ecclésiastique : surintendants des consistoires et fondations ou Stifte, pasteurs et fabriques (Kirchenschaffneien) des paroisses, comme dans le comté de Hanau-Lichtenberg (v. Hanau-Lichtenberg, Administration ecclésiastique). Comme dans l’Église catholique, toute paroisse a son ou ses presbytères, où logent le ou les ministres du culte.

Les biens affectés aux cultes protestants relevant des municipalités ne sont pas nationalisés en 1790, comme à Colmar ou Montbéliard, ce qui explique que leurs pasteurs soient salariés par l’État dès 1805 et 1806. La gestion des fabriques protestantes et de leurs biens suit les règles du « code des fabriques » de 1809 (v. Fabrique protestante).

La place du presbytère dans le protestantisme

La formule utilisée par le secrétaire et bibliothécaire du Bulletin de l’Histoire du protestantisme français, le pasteur d’origine alsacienne Nathanael Weiss – en 1917, en pleine guerre mondiale – résume assez une opinion répandue sur la place du presbytère dans le protestantisme : « L’homme simple se rappelera seulement que le monde doit trois choses à Luther : la Bible rendue au peuple, l’emploi de la langue vulgaire dans le culte public et la présence dans les presbytères protestants d’une épouse et de leurs enfants » (Weiss).

La valorisation de la vie familiale dans les presbytères est un des thèmes importants de la littérature piétiste et des Lumières. Le presbytère piétiste est un foyer religieux, de réunions et de direction et d’aide spirituelle, une petite église dans l’église, ce qui est mal vu des autorités. Le presbytère est toujours associé à l’école ou aux salles d’asile. C’est souvent un pensionnat pour enfants et jeunes gens. C’est là que le pasteur, loin des gymnases, fait l’éducation de ses enfants et des enfants brillants de sa paroisse.

On a volontiers insisté sur l’importance de l’éducation transmise aux enfants de pasteurs et sa mise en valeur par ces familles des professions intellectuelles. Mais le souci de la vie matérielle de toute une famille à nourrir a été souvent évoqué, ainsi que les conflits avec les communautés que cela peut entraîner. Ils se produisirent parfois sous la Révolution, « au moment où tous les rapports hiérarchiques et traditionnels [entre pasteurs et paroissiens] se disloquaient et se rompaient sous la poussée révolutionnaire » (Reuss, Les Eglises protestantes d’Alsace pendant la Révolution, p. 286).

Le rôle réservé aux femmes de pasteurs (v. Pasteur, épouse de) est parfois apprécié diversement (« Pfarrhaus », TRE, t. 27, p. 580-582). Le pasteur Oberlin (1740-1826) a été pasteur de Waldersbach de 1767 à 1826. La vie de couple qu’il forme avec sa femme, elle-même fille de pasteur, et leur destin ne paraît pas exceptionnel et il faut éviter l’anachronisme (v. Femme de pasteur). Sa femme, Madeleine Witter (1747-1783), « qui fut un appui précieux de son mari » a eu 9 enfants pendant les 14 années de ce mariage (1768-1783), qui se termine par sa mort, fort jeune, à 36 ans (dont 2 morts en bas âge, 2 garçons pasteurs et 4 filles femmes de pasteur, dont un gendre Rauscher, qui prend sa succession). Le répertoire du Fonds Oberlin des AVES reflète éloquemment l’ampleur de ces liens familiaux et de cette sociabilité (Mariotte).

Presbytère protestant et familles de pasteurs ainsi que les ramifications de la sociabilité pastorale ont occupé une place éminente comme foyer de la bonne vie chrétienne et de la philanthropie au XVIIIe siècle.

Les presbytères protestants de Strasbourg en 1802

Sources - Bibliographie

Notices connexes

François Igersheim