Poids et mesures

De DHIALSACE
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Qu’il s’agisse de se repérer dans l’espace, par l’in- dispensable maîtrise des longueurs et des superfi- cies, ou d’évaluer les ressources dont ils pouvaient disposer, usagers – artisans, marchands, cabare- tiers – et autorités éprouvaient le besoin de mesurer, de compter, de peser. À l’usage interne des poids et mesures, à la portée des habitants, s’ajoute donc une fonction externe imposée par les gouvernants pour les besoins du commerce et de la fiscalité. Pour le Moyen Âge et l’époque moderne, l’ouvrage de référence reste celui de Hanauer (v. bibliogra- phie), qui relève l’extrême variabilité des mesures dans l’espace et le temps.

De l’approximation à la précision : l’usage et la loi

En principe, c’est le seigneur qui, dans la tradi- tion carolingienne et en vertu du pouvoir régalien qu’il s’attribue, est le garant des poids et mesures en usage. À l’époque moderne, la fragmentation du pouvoir permet à chacun d’entre eux d’imposer sa propre métrologie, surtout dans les régions isolées, restées à l’écart d’un pouvoir central fort, même si les autorités supérieures acceptent de déléguer ce privilège – clostermess et stettemess – à des abbayes ou des municipalités (De Boug, Ordonnances d’Al- sace, t. II, extraits du registre du Conseil souverain d’Alsace, 21 juin 1740, exemple de Ribeauvillé). Ainsi, dans l’aire de juridiction du prieuré Saint- Alban de Bâle (Gilomen, op. cit., p. 351), quatre types de mesures étaient utilisées, parfois simul- tanément, depuis le Moyen Âge : celle du mo- nastère (mensura monasterii), celle de la Ville de Bâle (Basler Mass) ou de Rheinfelden (Rheinfelder Mass) et une mesure locale (örtliches Mass). Dans le comté de Horbourg-Riquewihr, apprenons-nous par un rapport du receveur Rosé en 1788, la majo- rité des villages s’alignent sur Colmar, d’autres sur Riquewihr ou Neuf-Brisach, tandis que « quelques autres ne savent pas à quoi s’en tenir » (AN K 2360, 25 janvier 1788). Mais sans doute les habitants, ha- bitués à des mesures « fonctionnelles » marquées du sceau de la tradition, consultent-ils les étalons imposés par les autorités, donc étroitement liés au pouvoir seigneurial, avec la même méfiance avec laquelle ils accueillent l’agent seigneurial. Le développement des États aux dépens des autorités seigneuriales et l’éclosion d’un senti- ment national au détriment des particularismes locaux sont-ils de nature à changer radicalement la norme ? L’adoption du système métrique consti- tuera un réel progrès dans l’harmonisation et la rationalisation des poids et mesures. Lorsque, promulguée le 7 avril 1795, la loi du 18 germi- nal an III institue le système métrique en France, imposant pour l’ensemble du territoire de la ré- publique un étalon unique à base décimale et des normes intangibles, les mentalités, en dehors de celles d’une bourgeoisie éclairée, se montrent ré- ticentes à une telle tentative d’uniformisation, de clarification et, comme on le pressent, de contrôle. L’unification des poids et mesures apparaît dans un