Protestantisme

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Ce terme désigne aujourd’hui un ensemble d’Églises et de mouvements qui, soit remontent directement à l’action des réformateurs du XVIe siècle tels que Luther et Calvin, soit s’y rattachent plus ou moins comme l’anglicanisme, les mennonites ou des communautés apparues par la suite telles que celles des baptistes. Comme les mennonites, et à la différence des Églises luthériennes et réformées et de l’anglicanisme, ces diverses Églises et communautés n’ont pas de liens institutionnels avec les autorités civiles territoriales.

Des confessions diverses

Ce qui est commun à ces diverses Églises et communautés, c’est d’abord l’autorité accordée à la Bible seule pour fonder les doctrines et nourrir la piété. C’est ensuite le sacerdoce universel des croyants, tous égaux devant Dieu. Le pasteur exerce une fonction, il ne relève pas d’un état spécifique. Seuls le baptême et la cène sont considérés comme des sacrements (terme qui n’est pas utilisé par tous les protestantismes). Les saints ne sont pas invoqués, mais sont vénérés comme des exemples pour le croyant. La vie religieuse est vécue dans l’Église locale (paroisse ou autre), le monachisme disparaît pour des siècles, l’autorité dans les Églises est exercée conjointement par des pasteurs et des laïcs.

À l’origine, quand Luther annonce son message et qu’il est suivi par une partie de la chrétienté occidentale, dont un tiers des autorités et des populations en Alsace, d’autres termes que celui de « protestantisme » sont utilisés pour désigner le mouvement ainsi déclenché. Ses adversaires qualifient ses partisans de « luthériens » ou de « martiniens ». Ces derniers se qualifient d’« évangéliques ». C’est la seconde Diète de Spire, réunie en 1529, qui introduit le terme de « protestant ». La première Diète de Spire (1526) avait, en l’absence de l’empereur Charles Quint, laissé une certaine latitude aux autorités temporelles pour s’occuper de la religion et de l’Église, en stipulant « que chaque État se comporte en matière religieuse comme il croit pouvoir le justifier devant Dieu et Sa Majesté impériale ».

L’apparition du terme « protestant »

En revanche, en 1529, les participants à la seconde Diète de Spire acquis au mouvement évangélique étaient minoritaires et l’Empereur, représenté par son frère Ferdinand, entendait rétablir l’unité religieuse et retirer les concessions accordées lors de la première Diète de Spire. Une majorité le suivait. Mais les princes et les villes acquis à la Réformation élevèrent une « protestation », procédé juridique prévu par les lois d’Empire. Ils refusèrent de « condamner une doctrine que nous tenons pour chrétienne » et de « prononcer qu’elle doit être abolie dans nos États ». Ils déclarent ne consentir ni adhérer « en aucune manière, pour nous et pour les nôtres, au décret proposé dans toutes les choses qui sont contraires à Dieu, à sa sainte Parole, à notre bonne conscience, au salut des âmes et au dernier décret de Spire ».

Cette « protestation » vaut à ceux qui la présentent à être qualifiés par leurs adversaires de « protestants ». Eux-mêmes n’utiliseront le terme que plus tard. Ils se réclament de la Confession d’Augsbourg, la déclaration de foi qui leur a été réclamée et qui est déposée à la Diète d’Augsbourg de 1530, à laquelle se rallie Strasbourg dès 1532, écartant formellement, en 1561 et 1598, les autres confessions de foi (Tétrapolitaine, Seize Articles), un moment prônées (v. Confession de foi). C’est de la confession de foi d’Augsbourg que se réclament les grandes Ordonnances d’État strasbourgeoises (Polizeiordnungen) de 1628 et 1708.

Les différences entre les évangéliques luthériens et les communautés réformées ou « calvinistes », ou encore celles entre les luthéro-réformés ou anglicans et d’autres mouvements tels que ceux des mennonites, des baptistes, des méthodistes et d’autres empêchèrent pendant longtemps l’usage d’un terme commun tel que celui de « protestant ». L’implantation du protestantisme en Alsace s’effectue aussi selon le principe du cujus regio ejus religio puis en tenant compte de la borne du statu quo, confirmée par le traité de Westphalie.

C’est avec les Lumières du XVIIIe siècle que le terme « protestant » commence à s’imposer pour désigner l’ensemble des chrétiens et des Églises qui, par leur foi et leurs valeurs, se distinguent de l’Église catholique romaine. C’est en 1802 que le terme « protestant » est consacré juridiquement dans les Articles Organiques (Loi du 17/18 germinal, an X, 8 avril 1802). Il apparaît aussi dans les Églises « unies » qui voient le jour en Allemagne au XIXe siècle et qui unissent luthériens et réformés.

À la même époque émerge un mouvement théologique appelé communément « néo-protestantisme ». À la différence des orthodoxies protestantes du siècle précédent, il fait une place plus grande à la raison comme source de la connaissance théologique et norme critique du discours théologique et de l’agir ecclésial. Il insiste sur le libre examen opéré par le croyant individuel et ouvre l’espace au subjectivisme, au pluralisme et à la tolérance. Il est sensible au conditionnement historique des textes de la tradition chrétienne, y compris des textes bibliques. Selon cette orientation, ces préoccupations font partie de l’identité protestante.

Mais au XXe siècle, d’autres courants protestants émergent, marqués soit par la théologie dialectique initiée par Karl Barth, centrée sur la Révélation, les confessions de foi et l’Église, soit par des mouvements de réveil tels que le pentecôtisme. Les uns préfèrent les appellations confessionnelles « luthérien », « réformé », « baptiste », plus soucieux de mettre en évidence des identités particulières plutôt qu’une identité protestante exprimée selon eux de manière critiquable par le néo-protestantisme. D’autres préfèrent simplement le terme « évangélique », en estimant que le mot « protestant » était trop connoté négativement et perçu comme anticatholique, ce qui n’était guère souhaitable à l’heure de l’œcuménisme.

Pourtant, le terme « protestant » se maintient ou revient. Il figure ainsi dans l’appellation de certaines Églises comme en Alsace où les Églises de la Confession d’Augsbourg (luthérienne) et l’Église réformée se sont unies en 2006 sous le sigle « Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine ». Par ailleurs, des croyants détachés des Églises ont tendance à se dire « protestants » pour exprimer leur attachement à certaines valeurs.

Sources - Bibliographie LIENHARD (Marc), Foi et vie des Protestants d’Alsace, Strasbourg-Wettolsheim, 1981. LEONARD (Émile), Histoire générale du protestantisme, 3 vol., Paris, 1988. STROHL (Henri), Le protestantisme en Alsace, Strasbourg, 1950, 2000. LIENHARD (Marc), Identité confessionnelle et quête de l’uni- té. Catholiques et protestants face à l’exigence œcuménique, Lyon, 2007.

Notices connexes

V. Articles Organiques, Catéchisme, Confession, Églises, Hanau-Lichtenberg, Kirchenordnungen, Pasteurs, Synode, Surintendant.

Marc Lienhard