Pfleger : Différence entre versions
(→Landpflegeryen, Stiftspflegereien, Landpfleger, Stiftspfleger, Directeurs de fondation) |
(→Définition) |
||
| Ligne 1 : | Ligne 1 : | ||
== ''Pfleger – administrator, gubernator, curator'', administrateur == | == ''Pfleger – administrator, gubernator, curator'', administrateur == | ||
=== Définition === | === Définition === | ||
| − | L’administrateur (pfleger) est un membre du | + | L’administrateur (''pfleger'') est un membre du conseil d’une ville nommé par ce dernier pour superviser la gestion par l’économe (''schaffner'' ou ''procurator'') des biens d’une ou de plusieurs institutions urbaines, qu’il s’agisse de couvents, de chapelles, d’hôpitaux, de léproseries, de fabriques de paroisses, de béguinages ou de reclusoirs.<br> |
| − | conseil d’une ville nommé par ce dernier pour | ||
| − | superviser la gestion par l’économe (schaffner ou | ||
| − | procurator) des biens d’une ou de plusieurs | ||
| − | |||
| − | |||
| − | paroisses, de béguinages ou de reclusoirs.<br> | ||
=== Vocabulaire === | === Vocabulaire === | ||
Version du 3 mai 2026 à 10:11
Sommaire
Pfleger – administrator, gubernator, curator, administrateur
Définition
L’administrateur (pfleger) est un membre du conseil d’une ville nommé par ce dernier pour superviser la gestion par l’économe (schaffner ou procurator) des biens d’une ou de plusieurs institutions urbaines, qu’il s’agisse de couvents, de chapelles, d’hôpitaux, de léproseries, de fabriques de paroisses, de béguinages ou de reclusoirs.
Vocabulaire
L’imprécision du vocabulaire pour désigner la
fonction de pfleger doit inciter à la prudence. Ainsi,
à Strasbourg, du XIIIe siècle au milieu du XIVe, les
fonctions d’administrateur (administrator, guber-
nator) et d’économe (procurator) ne sont pas encore
dissociées. En 1291, Conrad von Rangoldingen est
dit procurator [schaffner, économe] seu administrator generalis leprosorum in Rotenkirche. À Saverne, ville
épiscopale beaucoup plus petite que Strasbourg,
la même personne exerce la fonction d’admi-
nistrateur et d’économe de la léproserie. Les
sources citent parfois les deux fonctions ou l’une
ou l’autre, sans faire de distinction. À Colmar, à
la fin du XIVe siècle, le mot meister pouvait aussi
désigner l’administrateur de la léproserie, que l’on
trouve uniquement sous l’appellation de pfleger au
XVe siècle. À Ingwiller, les deux administrateurs
de la léproserie sont appelés gutleutmeister encore
au XVIe siècle. À Neuwiller, à cinq années d’inter-
valle, les administrateurs sont appelés gutlùtpfleger
et gutlùtmeister. Le nom désignant l’administra-
teur a donc pu évoluer au fil du temps, comme le
montre le cas de Colmar, il peut également être
différent selon les endroits, alors qu’à Neuwiller, la
fonction est désignée par deux noms différents à la
même époque.
La fonction et le rôle de l’administrateur (pfleger)
Au départ, les administrateurs de l’hôpital de
Strasbourg sont responsables de la gestion des
biens, comme en témoigne leur appellation, cura-
tores et rectores bonorum et domus hospitalis. À partir
de 1315 apparaît une nouvelle fonction, celle d’éco-
nome (schaffner). Désormais, c’est lui qui prend en
charge la gestion du patrimoine, le rôle des pfleger se
limitant à la surveillance et au contrôle. L’économe,
qui leur était soumis, devait rendre régulièrement
des comptes aux administrateurs. Ils étaient égale-
ment responsables de la conservation des archives.
En tant que membres du Conseil, les administra-
teurs avaient également un droit de visite à l’Hô-
pital. En cas de différends entre le personnel de
l’hôpital et l’économe, les administrateurs étaient la
dernière instance sollicitée pour régler le problème.
À la léproserie, les administrateurs disposent éga-
lement d’un pouvoir disciplinaire sur l’ensemble
du personnel et des habitants de la léproserie. Ils
vérifient que le chapelain exerce correctement ses
fonctions, de même que l’économe, qui leur doit
obéissance. Si un lépreux, un valet ou une servante
contrevient au règlement, ils le puniront en fonc-
tion de la gravité du cas. Ils ont également le pou-
voir d’ordonner à toute personne déclarée lépreuse
de quitter la ville à peine d’une amende dont ils
peuvent fixer le montant sans possibilité d’appel.
Par contre, si l’économe ou le chapelain fait appel
à eux et leur demande de venir à la léproserie, ils
devront s’y rendre. Par ailleurs, ils jouent un rôle
dans la détection de la maladie, car ils sont tenus de
dénoncer aux inspecteurs ceux qui sont suspectés
d’être atteints de la lèpre. Ainsi, grâce aux adminis-
trateurs, le Conseil de la ville a un droit de regard
sur le fonctionnement de diverses institutions urbaines, qu’il s’agisse des hôpitaux, des léprose-
ries, des fabriques d’églises ou encore des couvents.
À Strasbourg, des administrateurs nommés par le
Conseil pour les couvents de femmes sont attestés
depuis les années 1330, alors qu’auparavant, des
membres d’un ordre religieux ou des frères lais as-
sistaient les religieuses pour les transactions concer-
nant leurs biens. En 1367, le Conseil de Strasbourg
décrète que les administrateurs nommés par la
ville devront donner leur accord lors de la vente,
l’achat ou la location de biens appartenant à des
religieuses, ce qui ne fait qu’entériner une pra-
tique existante. Par la surveillance exercée par les
administrateurs, la ville voulait aussi éviter que les
couvents n’accumulent trop de biens exemptés de
taxes. En général, les administrateurs de couvents
de femmes strasbourgeois sont d’anciens ammeister
ou d’anciens stettmeister, c’est-à-dire les hommes
politiques les plus en vue de la ville. Comme ils
avaient presque tous des parentes dans les couvents
dont ils contrôlaient la gestion, ils veillaient éga-
lement au bien-être des membres de leur famille.
Pour les couvents masculins de Strasbourg, des
pfleger sont attestés depuis 1348. En 1367, le
Magistrat interdit aux couvents d’aliéner ou bailler
leurs biens sans l’accord de ceux-ci, et en 1386, il dé-
crète que la reddition des comptes des Dominicains
devra désormais se faire en présence des trois pfle-
ger nommés par lui. Les Franciscains ont réussi à se
passer d’eux jusqu’au début du XVe siècle.
Au XVe siècle, la ville de Strasbourg nomme
même un administrateur pour les mendiants (giler)
[AMS 1MR 30, p. 140]. L’apparition d’un ou de
plusieurs administrateurs dans les sources prouve
que le processus de mise sous tutelle de l’insti-
tution, appelé parfois « communalisation », est
achevé. Le nombre d’administrateurs pour une
même institution augmente au fil du temps. La
léproserie de Strasbourg semble n’avoir qu’un ad-
ministrateur jusqu’en 1407. À cette date, deux pfle-
ger sont nommés conjointement pour la première
fois. Mais à partir de 1466, ils sont trois à exercer
cette fonction ; désormais, il y aura un pfleger issu
du patriciat, en plus des deux issus des corpora-
tions. Depuis le milieu du XVe siècle, l’un d’entre
eux est régulièrement un ancien ammeister. À partir
de 1687, les pfleger des institutions subsistantes
sont soumis à la règle de l’alternative.
Salaire des administrateurs
Comme l’administrateur, au départ, était pure-
ment bénévole, il avait droit à de menus cadeaux.
Néanmoins, au fil du temps, diverses rémunéra-
tions apparaissent : un repas lors de la reddition
des comptes à l’Hôpital de Strasbourg, un agneau,
cent œufs et deux fromages de vache à Pâques deux chapons et 4 pots (soit de 6 à 8 l) de vin à
la Saint-Martin, un pain d’épices de taille respec-
table à Noël. À Haguenau, jusqu’en 1460, les ad-
ministrateurs de la léproserie ne perçoivent aucune
gratification pour leur fonction. Mais, petit à petit,
leurs successeurs s’intéresseront plus à leur profit
personnel et moins au bien-être des lépreux. De
modestes au départ, leurs gratifications pèsent de
plus en plus lourd dans la balance comptable de
l’établissement. À ces versements en numéraire
s’ajoutent à partir de 1484 des frais pour un repas
pris en commun lors de la reddition des comptes
et des cadeaux en nature : carpes, brochets, pains
d’épices.
Une fonction honorifique
La fonction d’administrateur est aussi une fonc-
tion honorifique, qui confère un certain prestige à
celui qui l’exerce. Elle permet de marquer l’insti-
tution de son empreinte et de magnifier la famille.
C’est ainsi qu’en 1601, les trois administrateurs
de la léproserie de Strasbourg font peindre leurs
armoiries et celles de l’économe sur le poêle de la
léproserie. Il existait une hiérarchie pour les pflege-
reien strasbourgeoises. Les quatre plus importantes
étaient l’Œuvre Notre-Dame, l’Hôpital, la lépro-
serie et l’Ellendenherberge ou Auberge des pauvres
passants. L’attractivité de la fonction est telle que
certains n’hésitent pas à l’exercer dans sept insti-
tutions différentes de la ville. C’est le cas de Cune
Nope, ancien Stettmeister et administrateur de la lé-
proserie entre 1450 et 1455, mais aussi de l’Œuvre
Notre-Dame, de la léproserie, des Dominicains,
des Franciscains, des Dominicaines de Saint-
Jean-aux-Ondes, des bégards du Marché-au-Vin
et de la chapelle zum ellenden Kreuz extra-muros
(AMS 1MR 30 p. 140-142). La fonction d’admi-
nistrateur est certes une fonction honorifique, mais
elle exige néanmoins d’être en bonne santé, comme
en témoigne la supplique adressée au Magistrat
de Strasbourg en 1544 par Sebastian Erb, admi-
nistrateur de l’hôpital pour syphilitiques, qui de-
mande à être relevé de sa fonction, car, écrit-il,
« j’ai 65 ans, ma raison, ma mémoire, mon ouïe et
ma vue baissent, et je ne retiens plus rien, ou pas
grand’chose » (nemlich ich bin jetzt 65 jor alt und got
mir an vernunft, an gedechtnüs, am gehore und am
gesicht abe und kann nicht oder gar wenig in miner
gedechtnüs behalten ; WINCKELMANN, p. 69).
WINCKELMANN (Otto), Das Fürsorgewesen der Stadt
Strassburg, t. 2, Leipzig, 1922.
PFLEGER (Luzian), Kirchengeschichte der Stadt Straßburg
im Mittelalter, Colmar, 1941, p. 129.
GABLER ( Jakob), « Die Ordnungen der Verwaltungsorgane
des Grossen Spitals zu Strassburg aus dem 15. Jahrhundert »,
AEKG 15, 1942, p. 25-72, pour les Pfleger, voir p. 25-36.
TURCK (Sandrine), Les Dominicains à Strasbourg entre
prêche, prière et mendicité (1224-1420), 2002, p. 74.
NOHLEN (Marie-José), « La construction de la cathédrale
gothique XIIe-XVe siècles », DORE ( Joseph), dir., La grâce
d’une cathédrale, Strasbourg, 2007, p. 31-55, ici p. 31-36.
CLEMENTZ (Élisabeth), Les lépreux en Alsace : marginaux,
exclus, intercesseurs ?, vol. 1, Paris, 2023 (sous presse), p. 300-
308 et vol. 2 p. 129-144.
HIRBODIAN (Sigrid), Geistliche Frauen und städtische Welt.
Kanonissen - Nonnen - Beginen und ihre Umwelt am Beispiel der
Stadt Straßburg im Spätmittelalter (1250-1525), à paraître (avec
liste des pfleger dans les couvents féminins de Strasbourg).
Élisabeth Clementz
Pfleger, exceptionnellement bailli ou vogt
En Alsace médiévale, les fonctions de bailli
sont désignées par les termes Vogt ou Amtmann.
Dans d’autres régions, il peut être appelé Burggraf
(v. Burggraf) ou Pfleger ; en Alsace, ce n’est le cas
que très exceptionnellement : le bailli de l’évêque
de Bâle à Schwarzenberg est appelé pfleger en 1301
(UBS II, p. 190, no 233), de même que celui du
comte de Ferrette à Ammerschwihr en 1324
(AHR 24H 13/3). En 1326, le bailli (vogt) de
Hohlandsberg est en même temps pfleger du duc
d’Autriche à Kientzheim (AHR 11H 4/2 &/ou
4/12).
On trouve parfois le titre de vogt und pfle-
ger, ainsi à Munster en 1339 (Annuaire de la soc.
d’hist. de Munster, 2006, p. 20), à Ribeauvillé
en 1376 (ALBRECHT, RUB, II, p. 124 no 138),
à Hirzenstein et Uffholtz en 1385 (GATRIO
(André), Die Abtei Murbach, 1895, I, p. 489).
Bernhard Metz
Landpflegeryen, Stiftspflegereien, Landpfleger, Stiftspfleger, Directeurs de fondation
À Strasbourg, s’imposent au XVIIIe siècle les désignations de Landpfleger pour les chargés de la tutelle des baillis des bailliages ruraux tous pourvus d’un bailli (Amtmänner) – soit Barr, Wasselonne, Marlenheim, Illkirch – et de Stiftspfleger pour les Pfleger des institutions hospitalières et d’assistan- ce : directeurs des fondations, qui ont toutes un receveur (Schaffner) : Hospital - Hopital Bourgeois, Œuvre Notre-Dame – Frauenhaus, Fondation de Saint-Marc et Hopital des Vérolés, (Sankt Marx und Blatterhaus), Maison des Orphelins (Waysenhaus), enfants trouvés, Raspelhaus ou Maison de Force, Directeur de la Pharmacie et des Accouchements. Les traductions françaises en usage au XVIIIe siècle pour ces fonctions sont « Directeurs des Bailliages de la ville de Strasbourg » pour Landpfleger et « Directeur de la fondation... » pour les Pfleger des fondations. Ces fonctions sont assurées par un Stettmeistre ou un Ammeistre et des membres du Conseil (Ratsherren), désignés par le Conseil des XIII. Almanach d’Alsace pour l’année 1783 ( Jérémie Jacques Oberlin). Der Stadt Strassburg Regiments Verfassung ( Johann Frank Le Roux), 1769. LIVET (Georges), « Strasbourg, Institutions, Traditions, Sociétés, », LIVET-RAPP, Histoire de Strasbourg (1980-82), t. 3, p. 342-351. François Igersheim