Pentecôte : Différence entre versions

De DHIALSACE
Aller à : navigation, rechercher
Ligne 8 : Ligne 8 :
  
  
I. Les difficultés de l’enquête
+
=== I. Les difficultés de l’enquête ===
  
 
À partir du milieu du XIX e siècle, les folkloristes et les ethnographes ont couché par écrit les manifestations dont ils ont été les témoins ou les récits ou chants qu’ils ont recueillis. Les enquêtes menées en Alsace n’ont toutefois jamais atteint l’ampleur et la précision de celles menées par exemple par Paul Sébillot en Bretagne ou par Arnold van Genepp en Savoie. En Alsace, elles sont surtout l’œuvre – entre autres – de Paul Ristelhuber (1834-1899), Alfred Pfleger (1879-1957), Joseph Lefftz (1888-1977) et Paul Stintzi (1898-1988). À propos des jours de la Pentecôte, ils décrivent les cortèges auxquels ils ont assisté, les chants ou les dictons entendus. Mais ils n’ont guère le souci d’en chercher les origines ou les filiations en remontant le temps. Les expressions souvent rencontrées dans
 
À partir du milieu du XIX e siècle, les folkloristes et les ethnographes ont couché par écrit les manifestations dont ils ont été les témoins ou les récits ou chants qu’ils ont recueillis. Les enquêtes menées en Alsace n’ont toutefois jamais atteint l’ampleur et la précision de celles menées par exemple par Paul Sébillot en Bretagne ou par Arnold van Genepp en Savoie. En Alsace, elles sont surtout l’œuvre – entre autres – de Paul Ristelhuber (1834-1899), Alfred Pfleger (1879-1957), Joseph Lefftz (1888-1977) et Paul Stintzi (1898-1988). À propos des jours de la Pentecôte, ils décrivent les cortèges auxquels ils ont assisté, les chants ou les dictons entendus. Mais ils n’ont guère le souci d’en chercher les origines ou les filiations en remontant le temps. Les expressions souvent rencontrées dans
Ligne 16 : Ligne 16 :
  
  
II. En milieu rural
+
=== II. En milieu rural ===
  
 
''Un moment de l’année riche en traditions''
 
''Un moment de l’année riche en traditions''

Version du 7 février 2026 à 11:49

Pentecôte – Pfingsten (traditions autour de), Bannritt, Pfingstflitter, Pfingstrennen, Pfingstritt, Pfingsttanz

Les traditions autour des jours de la Pentecôte font partie du « cycle de mai » qui célèbre le renouveau de la nature et l’attente des moissons. Elles sont communes à l’ensemble de l’espace rhénan et sont particulièrement bien implantées en Alsace. Dans certains villages, on en trouve des réminiscences jusqu’au milieu du XIX e siècle sous la forme de dictons, chants et cavalcades. Elles concernent presqu’exclusivement le monde rural. L’ensemble de ces manifestations s’est peu à peu reporté autour de la Pentecôte (in den pfingsten viertage).

I. Les difficultés de l’enquête

II. En milieu rural

III. Une tradition propre à Strasbourg :la procession des paysans à la cathédrale

I. Les difficultés de l’enquête

À partir du milieu du XIX e siècle, les folkloristes et les ethnographes ont couché par écrit les manifestations dont ils ont été les témoins ou les récits ou chants qu’ils ont recueillis. Les enquêtes menées en Alsace n’ont toutefois jamais atteint l’ampleur et la précision de celles menées par exemple par Paul Sébillot en Bretagne ou par Arnold van Genepp en Savoie. En Alsace, elles sont surtout l’œuvre – entre autres – de Paul Ristelhuber (1834-1899), Alfred Pfleger (1879-1957), Joseph Lefftz (1888-1977) et Paul Stintzi (1898-1988). À propos des jours de la Pentecôte, ils décrivent les cortèges auxquels ils ont assisté, les chants ou les dictons entendus. Mais ils n’ont guère le souci d’en chercher les origines ou les filiations en remontant le temps. Les expressions souvent rencontrées dans leurs écrits, heidische Sitten, aus römischer Zeit, ou vom Mittelalter her, ne nous sont que de faible secours. Il faut qu’une manifestation ait provoqué un scandale pour que la date précise où elle a eu lieu ait marqué les esprits, ait été transmise par la mémoire collective et soit ainsi parvenue jusqu’à nous. Tel est le cas du Weibertag qui s’est tenu durant un certain nombre d’années au XVIII e siècle à Sundhoffen. Certains historiens ont pu être séduits par les écrits de Stoeber (1808-1884), qui était en relation épistolaire avec les frères Grimm. Son art était de mêler le vrai au faux. Ainsi, lorsqu’il rapporte dans ses Sagen des Elsasses, publiés en 1852, les scènes burlesques qui ont pour cadre la nef de la cathédrale et qui sont attestées par des sources écrites, il ajoute un « dialogue entre le coq et le Rohraffe » tiré de son imagination. En enquêtant sur les traditions populaires, on ne saurait assez se méfier du télescopage des chronologies. Un cortège observé par un folkloriste au début du XX e siècle avec des personnages tirés des contes des frères Grimm ne peut remonter au XVII e siècle, encore moins au Moyen Âge. L’historien prendra toujours soin de vérifier à quelle date l’auteur a fait ses relevés et tentera de trouver l’origine de la tradition en remontant l’échelle du temps. Très souvent, dans cette quête, il se heurtera à l’absence de sources écrites, les documents du Moyen Âge, du début à la fin, ne renseignant guère sur la vie des rustres. Il devra aussi éviter de confondre histoire et légende.


II. En milieu rural

Un moment de l’année riche en traditions Pâques et Pentecôte sont les deux plus grandes fêtes de l’année liturgique ; elles sont pour cela dotées d’une octave qui commence la veille de la fête (vigile) pour s’achever le samedi suivant, comportant pour tous les jours la célébration de la grand messe et des vêpres. Au Moyen Âge, la Pentecôte durait sept jours, ramenés d’abord à quatre – les viertage mentionnés dans des documents – puis à trois, pour terminer à deux. Le lundi de Pentecôte, comme jour férié, a été gravé dans le marbre par le Concordat de 1801. Le folklore de la Pentecôte est particulièrement riche en Alsace où de nombreuses traditions du cycle de mai se sont fixées autour de cette fête. Ces jours ont été mis à profit par le peuple pour se livrer à toutes sortes de réjouissances ; la plupart ne présente aucun caractère religieux.

La reprise de vieilles traditions agraires, entre rites de fertilité et bouffonneries Prenons d’abord l’exemple de Baldenheim où se tenaient, jusqu’au milieu du XIX e siècle, le lundi de Pentecôte des Pfingstritten ou Pfingstrennen, sortes de chevauchées bouffonnes comportant de nombreux participants. Les cavaliers symbolisaient des personnages aux noms pittoresques : le Riffeschmecker (goûteur de gelée blanche), le Taumäher (faucheur de rosée), le Gasserümer (nettoyeur de rues), le Schutz der Geiger und Weibel (protecteur des violonistes et des appariteurs) ; ils étaient accompagnés de nombreux Kritzliritter (ceux qui tournoyaient). Après 1815, Hansel et Gretel, héros des contes de Grimm, trouvèrent leur place dans le cortège, dans lequel ils symbolisaient le roi de mai et son épouse. Ils étaient les seuls à ne pas être à cheval, mais étaient figurés par deux mannequins fixés sur une roue de char qui en tournant les faisaient se rapprocher, puis provoquait leur chute. Le personnage principal, le Pfingstflitter (frileux de Pentecôte), était vêtu d’une ample chemise blanche à laquelle étaient fixés des feuillages et des fleurs ; il portait un chapeau confectionné avec des joncs, tenait à la main, un sceptre fait de branchages (Maïe). L’accoutrement du Pfingstflitter (tenue blanche, chapeau orné de rameaux et de fleurs) fut repris à partir du XIX e siècle par les conscrits de nombreux villages alsaciens. Les cavaliers du cortège entraient ensuite dans les cours des fermes et récitaient de vieilles comptines, tandis que les autres jeunes gens récoltaient des victuailles et du vin : Pfingstflitter bin ich genannt, Ich hab den Maien in meiner Hand. Heut morgen bin ich früh aufgestanden, Um halb sieben vor de Bettlad gestanden. Ich hab gehorcht und gehört, Ob niemand reitet oder fährt. Da ich niemand hab gehört, Hab ich meine Pfingstpferd zuzammengespannt Und bin auf die Pfingstweid hinaugerannt. Ich hab gemeint, ich bin der erste, Und bin der allerletz gewesen!

La journée s’achevait par un repas festif accompagné de chants, de musique et de danses, auquel étaient conviées les jeunes filles (Dorfschönen) qui avaient confectionné les décorations, tressé les feuillages et orné les crinières des chevaux. Ces joyeuses festivités constitueraient des réminiscences d’antiques coutumes de cavalcades avec des mannequins représentant des Maigestalten et des démons (Lefftz, van Gennep). On rencontre une coutume analogue à Marckolsheim qui perdura jusque vers 1870. Entre vingt et trente jeunes gens, tous montés à cheval, y prenaient part. Seuls les deux cavaliers de tête montaient des chevaux sellés. Comme à Baldenheim, ils symbolisaient des personnages précis, le Schneckebeller (l’aboyeur aux escargots) ou le Riffebieger (celui qui fait se ployer, donc éloigne la gelée blanche). Les cavaliers portaient des faucilles en bois, des fourches ou des râteaux à faire les foins. Après avoir parcouru au galop le village, ils annonçaient le début de la cavalcade du Pfingstflitter, tandis que dans toutes les fermes étaient ramassés des œufs, du lard et du vin qui étaient ensuite consommés dans une grange ; le surplus d’argent ramassé était destiné à la caisse des pauvres. Selon J. Lefftz, cette vieille coutume rappellerait le temps où Marckolsheim possédait de grandes étendues d’Allmende en prés où des bergers à cheval gardaient d’importants troupeaux. La cavalcade à travers le village était destinée à rappeler le droit des bergers à percevoir à la Pentecôte le Wein- et Pfingstrecht (Lefftz). Plus modestement des Pfingstumzüge se tenaient à Uhrwiller jusqu’à la fin du XIX e siècle le lundi de Pentecôte ; ils constituaient pour la jeunesse le jour le plus gai de l’année. Les écoliers formaient des cortèges joyeux à travers le village et se livraient à des courses à pied, tandis que les jeunes gens montés sur des chevaux richement harnachés effectuaient des cavalcades pour célébrer l’explosion de la végétation.

Reconnaissance des limites du ban communal Dans plusieurs villages avait lieu le lundi de Pentecôte la reconnaissance à cheval des limites du ban, les Pfingstritten. On aurait plutôt attendu cette opération après la fonte des neiges, mais le choix du lundi de Pentecôte correspondait à l’ouverture des prés à la pâture (Pfingstweiden). Elle revêtait, suivant les localités, des formes variées. Ainsi à Jebsheim, des jeunes gens masqués parcouraient d’abord le village en récitant des comptines, puis accompagnés d’hommes d’âge mûr qui connaissaient l’emplacement des pierres-bornes, partaient à la reconnaissance des limites du finage. Des cavalcades à travers champs terminaient la journée ; elles seraient destinées à insuffler à la terre nourricière une vie nouvelle (Lefftz). Pour la commune de Sundhouse, nous disposons de données plus précises. Une Dorfordnung (date non connue) rappelait que la commune était tenue d’organiser le premier jour après l’Ascension (Auffahrtstag) un Bannritt autour du village avec les jeunes gens, afin que ceux-ci prennent connaissance des limites du ban. Et le même jour, tous ceux qui possédaient un cheval, mais aussi les autres qui n’en possédaient pas et qui étaient invités à en louer un, participaient à une cavalcade. Ailleurs, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui allaient à la reconnaissance des bornes.

Un Bannritt mêlant sacré et profane Selon les dires de Lefftz, il y avait déjà au Moyen Âge, et encore plus tard, un Bannritt à Ammerschwihr pendant la Bittwoche (Rogations) et même à la fête de l’Ascension. Les Rogations, implantées très tôt en Alsace, consistaient en des processions dans le ban de la commune durant les trois jours précédant l’Ascension. Les litanies des saints étaient chantées, implorant leur secours pour envoyer la pluie bienfaisante et protéger les récoltes du gel et des maladies. Au XIV e siècle, l’Église