Prébende, Prébendier : Différence entre versions

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(Les différents prébendiers)
(Les conditions de vie des prébendiers)
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==== Les conditions de vie des prébendiers ====
 
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Les comptes des institutions (hospices, hôpi-
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Les comptes des institutions (hospices, hôpitaux, léproseries...) font apparaître qu’une part importante de leurs ressources provient de l’accueil des prébendiers qui versent un « droit d’entrée », conformément aux statuts, et qui sont les ''Pfründener''. Les prébendiers impécunieux ont la possibilité d’emprunter des fonds à l’institution qui les accueille, charge leur incombant de créer une rente au profit de cette dernière (Clementz, ''Les lépreux...'', p. 170). À Obernai, ils doivent par ailleurs apporter un trousseau composé de draps, nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et gobelet (''Médecine et assistance'', qui se fonde sur ABR, G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette institution pour garantir son honnêteté, moyennant quoi il est reçu comme pensionnaire de première classe dans ses vieux jours, ''Herrenpfründner'' (''Ibid.'', p. 76). Les catégories de prébendiers en riches, moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de fortune : argent, champs, vignes, maisons, rentes qui reviennent à l’institution et leur entretien varie en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (''Ibid.'' p. 78), le prébendier riche est admis à la « table supérieure » et dispose d’une grande et d’une petite chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques), le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150 à 200 florins, les derniers mangent à la table commune et logent à plusieurs dans une seule chambre pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette
taux, léproseries...) font apparaître qu’une part
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ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes (1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684) (Adam). Un règlement régit l’hébergement dans ces institutions ; la transgression des divers articles est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente entre les prébendiers est obligatoire, les injures et disputes et blasphèmes sont punis d’amendes, les critiques concernant les repas et les préposés proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent conduire à la perte du bénéfice de la pension et des biens transmis. La léproserie de Strasbourg interdit même les mariages entre lépreux qui encourent la peine d’être renvoyés et de perdre leur prébende (Brucker, cité par Clementz, ''Les lépreux...'', p. 152).
importante de leurs ressources provient de l’ac-
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À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis à heure régulière (trois repas à Saverne), la viande fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe aux lentilles ou aux pois figure au menu quotidien, à l’exception du vendredi où l’on mange du hareng, de la morue, du fromage et du pain bis. Les jours de fête sont servis un rôti et du pain blanc, agrémentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans).
cueil des prébendiers qui versent un « droit d’en-
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Ces repas sont pris à la lumière du jour, les luminaires étant économisés. Ces derniers sont du reste interdits aux pensionnaires pour éviter les incendies (''Médecine et assistance'', p.80-81).<br>
trée », conformément aux statuts, et qui sont les
 
Pfründener. Les prébendiers impécunieux ont la
 
possibilité d’emprunter des fonds à l’institution
 
qui les accueille, charge leur incombant de créer
 
une rente au profit de cette dernière (Clementz,
 
Les lépreux..., p. 170). À Obernai, ils doivent par
 
ailleurs apporter un trousseau composé de draps,
 
nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et go-
 
belet (Médecine et assistance, qui se fonde sur ABR,
 
G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie
 
parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de
 
l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette
 
institution pour garantir son honnêteté, moyennant
 
quoi il est reçu comme pensionnaire de première
 
classe dans ses vieux jours, Herrenpfründner (Ibid., p. 76). Les catégories de prébendiers en riches,
 
moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de
 
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qui reviennent à l’institution et leur entretien varie
 
en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (Ibid.
 
p. 78), le prébendier riche est admis à la « table su-
 
périeure » et dispose d’une grande et d’une petite
 
chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques),
 
le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150
 
à 200 florins, les derniers mangent à la table com-
 
mune et logent à plusieurs dans une seule chambre
 
pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun
 
d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit
 
vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois
 
de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres
 
sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette
 
ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes
 
(1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684)
 
(Adam). Un règlement régit l’hébergement dans
 
ces institutions ; la transgression des divers articles
 
est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente
 
entre les prébendiers est obligatoire, les injures
 
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les critiques concernant les repas et les préposés
 
proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine
 
des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent
 
conduire à la perte du bénéfice de la pension et des
 
biens transmis. La léproserie de Strasbourg inter-
 
dit même les mariages entre lépreux qui encourent
 
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(Brucker, cité par Clementz, Les lépreux..., p. 152).
 
À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis
 
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fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe
 
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mentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans).
 
Ces repas sont pris à la lumière du jour, les lumi-
 
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==== Les soins médicaux ====
 
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Version du 3 mai 2026 à 14:05

Pfründe, Pfründener, beneficium, praebenda, praebendarius

Les termes français et allemands recouvrent le même sens et ont la même étymologie, venant du verbe latin praebere, fournir, praebenda (adjectif verbal) signifiant ce qui doit être fourni, ce qui doit assurer l’entretien d’une personne.

Les différentes prébendes

Le bénéfice ecclésiastique (geistliches beneficium) est un « office ou charge ecclésiastique auquel est attaché l’usufruit d’un bien pour assurer la subsistance du desservant ou bénéficier chargé de rendre les services prescrits par les canons, l’usage ou la fondation ». Le bénéfice, autre terme pour prébende, a été étudié dans la notice éponyme (v. Bénéfice). Elle concerne les curés, vicaires et chanoines, ces derniers disposant d’une praebenda sine cura [animarum], donc d’une sinécure, d’une prébende sans charge d’âmes (sans charge pastorale).

La prébende, constitution de pension, signifie l’entretien, les éléments dont une personne a besoin pour vivre, la nourriture y compris. Elle est un contrat relatif à la prise en charge dans une fondation (Stift), une maison d’accueil pour les pauvres (Armenhaus), un hôpital (Spital), un hospice (Verpflegungshaus) ou une léproserie (Gutleuthaus, leprosorium) (v. Léproserie) et désigne aussi la situation vécue par une personne dans un tel lieu. Elle indique également une fonction (Amt) et les revenus (Einkünfte) qui en sont issus, dans une administration communale, ainsi que le salaire annuel perçu par un « employé » municipal, par exemple le gardien de troupeaux. Ce salaire est versé par les propriétaires du bétail. Cependant, à Zillisheim, les animaux reproducteurs doivent être libres de prébende (sollen pfruendtfrey sein) (Grimm, IV 70). La prébende concerne de même la distribution quotidienne ou occasionnelle d’aliments à une communauté religieuse ou la livraison quotidienne d’aliments à un seul ecclésiastique.

Les différents prébendiers

Au Moyen Âge et dans les siècles suivants, les prébendiers, personnes à entretenir, sont nombreux et divers. Les hôpitaux ou les léproseries entretiennent des prébendiers. Ce sont soit des personnes malades entretenues dans ces maisons, soit des personnes saines ayant acheté leur prébende en versant un capital en échange d’une pension viagère. Il existe une différence entre personnes saines et personnes malades, les besoins n’étant pas les mêmes. La différence vient aussi du prix à payer au moment de l’accueil dans l’une de ces institutions. À Strasbourg, par exemple, il existait, en plus des bâtiments communs (1468), trois maisons recevant les lépreux : le Schnelling, pour les pauvres, une deuxième pour les femmes ayant acheté une prébende et une troisième pour les hommes ayant fait de même (V. Léproserie). Cette léproserie n’admettait comme prébendiers que les bourgeois de la ville. Les serfs non chasés (qui n’avaient ni maison – casa – ni lopin de terre en propre) et qui vivaient à la cour domaniale de leur seigneur, étaient également qualifiés de prébendiers, le seigneur les entretenant en échange de leur travail.

Les conditions de vie des prébendiers

Les comptes des institutions (hospices, hôpitaux, léproseries...) font apparaître qu’une part importante de leurs ressources provient de l’accueil des prébendiers qui versent un « droit d’entrée », conformément aux statuts, et qui sont les Pfründener. Les prébendiers impécunieux ont la possibilité d’emprunter des fonds à l’institution qui les accueille, charge leur incombant de créer une rente au profit de cette dernière (Clementz, Les lépreux..., p. 170). À Obernai, ils doivent par ailleurs apporter un trousseau composé de draps, nappes, serviettes, brocs, plats, marmite, pots et gobelet (Médecine et assistance, qui se fonde sur ABR, G1718/5 fo 11r et v, p. 73). Il existe une hiérarchie parmi les prébendiers. Par exemple, le directeur de l’hôpital de Haguenau doit léguer ses biens à cette institution pour garantir son honnêteté, moyennant quoi il est reçu comme pensionnaire de première classe dans ses vieux jours, Herrenpfründner (Ibid., p. 76). Les catégories de prébendiers en riches, moyens ou pauvres se fondent sur leur niveau de fortune : argent, champs, vignes, maisons, rentes qui reviennent à l’institution et leur entretien varie en fonction de leurs biens. À Bouxwiller (Ibid. p. 78), le prébendier riche est admis à la « table supérieure » et dispose d’une grande et d’une petite chambre pour 250 à 400 florins (selon les époques), le moyen s’assied à la « table moyenne » contre 150 à 200 florins, les derniers mangent à la table commune et logent à plusieurs dans une seule chambre pour un prix de 70 à 140 florins (Klein). Chacun d’eux doit se vêtir, apporter son mobilier et ne doit vendre ni literie ni linge (ABR G1718, 5). Le bois de chauffage est fourni. Les prébendiers pauvres sont tenus d’effectuer de menus travaux. Dans cette ville, l’hôpital accueille tout au plus 32 personnes (1622), Sélestat en accueille une douzaine (1684) (Adam). Un règlement régit l’hébergement dans ces institutions ; la transgression des divers articles est l’objet de poursuites. Ainsi, la bonne entente entre les prébendiers est obligatoire, les injures et disputes et blasphèmes sont punis d’amendes, les critiques concernant les repas et les préposés proscrites, le vol de nourriture ou de vin entraine des peines. L’adultère et les mœurs libres peuvent conduire à la perte du bénéfice de la pension et des biens transmis. La léproserie de Strasbourg interdit même les mariages entre lépreux qui encourent la peine d’être renvoyés et de perdre leur prébende (Brucker, cité par Clementz, Les lépreux..., p. 152). À Bouxwiller, les deux repas par jour sont servis à heure régulière (trois repas à Saverne), la viande fait partie du menu trois fois par semaine, la soupe aux lentilles ou aux pois figure au menu quotidien, à l’exception du vendredi où l’on mange du hareng, de la morue, du fromage et du pain bis. Les jours de fête sont servis un rôti et du pain blanc, agrémentés d’un dessert à Pâques (gâteaux et flans). Ces repas sont pris à la lumière du jour, les luminaires étant économisés. Ces derniers sont du reste interdits aux pensionnaires pour éviter les incendies (Médecine et assistance, p.80-81).

Les soins médicaux

Les soins correspondent à la médicine pratiquée en ces temps, soit essentiellement par des barbiers et, dans les villes d’une certaine importance, par un médecin formé et assermenté, engagé par la ville, le physicus (v. Médecine). Les soins consistent en sai- gnées, pansements, ventouses, bains, diète ou nour- riture plus riche (pain blanc, vin). Les épidémies étant légion et la prophylaxie inexistante, les décès sont nombreux. Les sépultures sont simples, les traces archivistiques concernant les émoluments d’un prêtre ou d’un chantre font défaut, le prix des cercueils est pris en charge par l’institution.

L’encadrement religieux

Quasiment tous les établissements recevant des prébendiers possèdent une église ou une chapelle assurant une vie spirituelle commune par le biais des offices. À chacune de ces églises ou chapelles est attaché un (ou plusieurs) bénéfice dont le titu- laire assure des charges bien définies (Médecine et assistance, p. 81). Par ailleurs, les repas sont précé- dés de prières, le jeûne est suivi aux jours prescrits par l’Église, la morale chrétienne respectée sous peine de sanctions, voire de l’exclusion.

Us et coutumes de l’hôpital d’Issenheim

Cet établissement reçoit de nombreux prében- diers dont les obligations et les droits sont détaillés dans l’ouvrage d’E. Clementz (Les Antonins...) Au moment de leur admission, ils prêtent « le serment de fidélité et de respecter tout ce qui est écrit ici et de promouvoir le bien du couvent ». En échange de leur prise en charge, ils lèguent leurs biens, opé- ration qui correspond à une rente viagère. Cette pratique est attestée en Alsace dès 1270 ou 1278 (Saverne) ou à Strasbourg en 1282. Aux fonctions hospitalières s’ajoutent celles d’une maison rece- vant les personnes âgées, ce qui, petit à petit, se fait au détriment des pauvres et conduit à transformer les institutions d’assistance en maison de retraite.

Sources - Bibliographie

GRIMM, Wörterbuch (1854-1960) : https://woerterbuch- netz.de/?sigle=DWB#1. NIERMEYER ( Jan Frederik), Mediae Latinitatis Lexikon Minus : http://linguaeterna.com/medlat/list.php?letter=P. BRUCKER ( Johann Karl), Straßburger Zunft- und Polizeiverordnungen des 14. und 15. Jahrhunderts, Strasbourg, 1889, p. 44. PFLEGER (Lucien), Die elsässische Pfarrei: ihre Entstehung und Entwicklung: ein Beitrag zur kirchlichen Rechts- und Kulturgeschichte, Strasbourg, 1936. ADAM (Pierre), Annuaire de la Société des Amis de la Bibliothèque de Sélestat, 1958, p. 53. LIVET (Georges) et SCHAFF (Georges), « Les établisse- ments d’assistance en Basse-Alsace au début du XVIIe siècle », Médecine et assistance en Alsace, XVIe-XXe siècle, Strasbourg, 1976, p. 71-81. KLEIN (Ch.), Études et documents, p. 19. CLEMENTZ (Elisabeth), Les Antonins d’Issenheim. Essor et dérive d’une vocation hospitalière à la lumière du temporel, Strasbourg, 1998, p. 128 et suivantes. CLEMENTZ (Élisabeth), Les lépreux en Alsace : marginaux, exclus, intercesseurs ?, Paris, 2022 (recensant d’innombrables exemples de prébendiers). V. Bénéfice ecclésiastique, Léproserie, Médecine, Physicus.

Monique Debus Kehr